Bonjour à toutes, bonjour à tous !
Nouveau et long chapitre en ce tardif vendredi ! Désolé, une discussion de bêta-reading au sujet du titre du prochain chapitre a retardé celui-ci... et comme j'annonce le titre du suivant en bas du précédent, eh bien nous devions régler la question avant que je puisse publier ! Mais à présent c'est fait, et je suis techniquement pas en retard (je le serai jamais, na) !
Il est grand temps de retrouver Albus et de voir un peu dans quel état il est, le pauvre. Vous avez été un certain nombre à trouver Scorpius méchant d'agir ainsi, et c'est vrai que c'est un peu un boulet d'essayer d'échapper aux rumeurs en se mettant en couple sur un coup de tête... mais il ne pensait certainement pas faire autant de mal à Albus. La différence entre eux, c'est qu'à présent Albus a bien intégré son attirance, mais pas Scorpius qui reste terrifié. Dans ce chapitre, peu de Scorpius et des autres, on suit surtout Albus qui essaye de supporter sa nouvelle vie, à trois.
Comme d'habitude, un grand merci à toutes celles et ceux qui laissent des commentaires, je suis vraiment comme un gosse à surveiller le compteur monter comme des likes sur un post Instagram ravagé... Mais c'est tellement sympa quand vous me dites ce que vous pensez de tout ça, ce que vous aimez, ce que vous aimez moins... J'aime même quand vous m'engueulez parce que je maltraite mes protagonistes, c'est dire ! Continuez, reviewez, on va bientôt passer la barre des cent reviews ! J'suis extatique, 100 reviews en 12 chapitres c'est rare !
Au passage, merci à Leeloo pour la review anonyme, et à qui je peux pas dire merci autrement. Je suis toujours trop heureux de savoir que tu lis et review une fois de temps en temps, ça me fait vraiment plaisir. Le déclic pour Scorpius viendra, promis, mais il prendra son petit temps car il va se passer quelques petites choses avant ça... Je ne dis rien de plus ! Je vais pas commencer à teaser les chapitres en note de lecture comme je le fais parfois en MP, parce qu'on va me hurler dessus, haha !
Le petit shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour leur relecture attentive, c'est aussi grâce à elles tout ça, et on peut y aller !
Bonne lecture !
Chapitre 12
.
Le journal à hypothèses
Dans le miroir, son reflet était aussi décrépi que lui. Le visage du garçon qu'il observait était plus émacié, plus tiré qu'à l'accoutumé. Il ne souriait pas. Le plus impressionnant étaient les deux cernes qui lui marquaient les yeux en leur donnant un aspect terrifiant. On aurait dit un enfant sans famille qui dormait dans la rue.
Albus se détestait comme rarement il s'était détesté. Ce visage n'était pas le sien, pourtant il ne voyait aucune méthode pour s'en débarrasser. Chaque jour qui passait, il devait supporter de voir Scorpius donner la main, câliner, embrasser cette stupide fille comme si elle était la seule personne digne de son attention. Chaque jour, les voir ensemble lui donnait envie de se faire du mal voire, les pires jours, de sauter par une fenêtre pour que son cœur cesse enfin d'être aussi acide.
La nuit venue, il repensait à la journée passée. Il s'imaginait mille scénarios capables de guérir son corps, son cœur, tout. Il voulait se battre, se révolter contre ce plomb qui lui emplissait l'estomac, sa gorge qui se serrait, cette angoisse permanente dont il ne se tirait jamais, mais rien n'y faisait. Alors, parfois, il imaginait se laisser tomber, comme ça, dans les airs. Sentir le vent filer jusqu'à ce que toutes les douleurs cessent, ensemble.
La conséquence, c'était qu'il ne dormait presque plus. Il en était incapable. Il était anxieux, blessé, déprimé… Il pouvait passer des heures à regarder le sommet de son baldaquin, sans bouger, sans penser, sans rien ressentir. Ses yeux restaient désespérément ouverts et son esprit passait et repassait en boucle les mêmes scènes horribles dont il ne pouvait se défaire. Scorpius qui embrassait Oriana. Scorpius qui serrait Oriana contre lui. Scorpius qui marchait dans les couloirs en lui tenant la main et qui était heureux qu'on le voie ainsi. Al les suivait quelques pas en arrière, les yeux fixés sur le bel qui donnait la main à la bête, tout en maudissant le monde entier.
Il avait l'impression de ne plus être lui-même tant ses pensées tournaient autour de Scorpius et de sa greluche. Il n'était plus que l'ombre du couple phare de Poudlard. Enfin, phare… On grognait toujours sur le passage de Scorpius, on lui jetait toujours des regards en coin, certains disaient même qu'il avait ensorcelé la pauvresse… Mais le couple était indéniablement le sujet de discussion de toute l'école. Lui, il était devenu comme un chien qui suivait ses maîtres et dont on ne se souciait plus. Lorsqu'ils marchaient, s'il devait s'arrêter pour refaire un de ses lacets, les deux continuaient à avancer sans se soucier de lui et le laissaient seul.
Si seulement il pouvait parler de tout cela à quelqu'un… Dans ces moments, son manque d'ami se faisait le plus terrible. Lily était trop jeune, James ou sa mère trop loin – et hors de question d'écrire une lettre ! Il ne voulait pas parler de la situation par écrit, et d'ailleurs il aurait été incapable de trouver les bons mots. Il y avait bien Rose, mais Albus ne se sentait pas capable de s'ouvrir à elle à cause de son passif avec Scorpius. Quant à son père… Ha ! Quelle blague. Comme s'il pouvait parler de quoi que ce soit avec son père…
L'illumination lui vint tandis qu'il achevait de se préparer pour la journée. Son parrain ! Son parrain était là, son parrain l'écouterait, le conseillerait, lui dirait quoi faire ! Bon sang, comment avait-il pu ne pas y penser plus tôt ? C'était déjà son lui qui l'avait rassuré lorsqu'il paniquait à l'idée d'être un Serpentard ayant pour ami le fils de Drago Malefoy…
Il se précipita hors de la salle de bain, ne salua même pas Scorpius qui était éveillé et lui adressait un petit signe de main, et se saisit d'un bout de parchemin et d'une plume.
Il écrivit à toute allure.
« Cher parrain, » commença-t-il.
Comment exprimer clairement ce qu'il ressentait ? Comment dire qu'il avait besoin de parler sans passer pour un imbécile d'ado fleur bleue ? Les mots mirent du temps à venir. Albus prit une longue inspiration.
« Je suis désolé de te déranger pour ça, mais tu m'as dit une fois que si j'avais un souci à Poudlard je pourrais toujours t'en parler, et c'est le cas. Pas grave si tu n'as pas le temps, ça peut attendre !
À plus tard !
Albus. »
C'était un mensonge, évidemment, il se sentait incapable d'attendre maintenant qu'il avait eu cette idée ! Il craignait simplement de déranger son directeur avec des bêtises et prenait ses précautions. Sans se laisser le temps de changer d'avis, il plia sa lettre, la mit dans une enveloppe et se dirigea vers la volière. Il retrouverait Scorpius dans la Grande Salle. Ou plus tard, il s'en moquait. Moins il voyait Oriana la Maléfique, mieux il se portait, de toute façon.
Il donna la lettre à un des hiboux de l'école en espérant qu'il trouverait plus vite le bureau du directeur. Avec raison ! À peine une heure plus tard, tandis qu'il mangeait son petit-déjeuner dans la Grande Salle en observant Scorpius assis avec les Serdaigles – il faisait ça de temps en temps depuis qu'il était avec elle – le courrier arriva et, avec lui, le hibou qu'il avait envoyé dans la matinée.
Neville lui écrivait d'être à dix heures dans son bureau. Albus accueillit la nouvelle avec un soulagement intense, son parrain allait l'écouter, lui dire ce qui n'allait pas ! C'était un homme si sage, il le connaissait plutôt bien et avait toujours de bons conseils à lui donner.
Il était déjà neuf heures trente. Il avait à peine le temps de retourner dans sa chambre se brosser les dents avant de devoir filer dans la Tour du Directeur.
Tandis qu'il sortait de la Grande Salle, on l'interpella.
— Al ! Attends !
C'était Scorpius qui accourait à grands pas. Albus s'arrêta à contrecœur, il se sentait trop mal pour lui parler et il ne voulait pas lui dire où il allait.
— Tu vas où, vieux ? demanda-t-il, presque peiné. Tu m'as à peine dit bonjour ce matin et tu m'avais dit qu'on pourrait travailler la métamorphose ensemble aujourd'hui…
— Oh, c'est vrai…
— Tu avais oublié ?
Albus ne put s'empêcher de remarquer la pointe de déception dans sa voix.
— Non, non, répondit-il précipitamment. Ça m'était juste sorti de la tête.
— Oui. On appelle ça oublier.
— Ça t'ennuie si on fait ça cette aprèm plutôt ? reprit Albus en feignant ne pas l'avoir entendu. J'ai promis d'aider Rose à, euh… Choisir un cadeau pour l'anniversaire de ma sœur, bafouilla-t-il, assez content de son mensonge.
Scorpius le regarda avec un air difficile à déchiffrer. Il dit simplement :
— Ok. Mais tu vas où, là ? Si tu veux, on va aller se poser dans le parc avec Or…
— Non, merci, ça va, interrompit Albus bien trop rapidement. Je… J'ai, euh… Je dois y aller, tu sais… Retrouver Rose !
Il tourna les talons et l'abandonna sur place sans lui laisser le temps de répliquer. Lui qui se gaussait de son mensonge, il devait encore travailler la confiance en lui pour être parfait… Bah ! Il n'était vraiment pas d'humeur à supporter une journée entière d'horribles papouilles entre Scorp et cette fille. Tout était bon pour mettre de la distance entre eux et lui !
Comme prévu, il alla se brosser les dents, puis se mit en route vers la Tour du Directeur. Depuis le Donjon de Serpentard jusqu'à la tour, il allait devoir gravir huit étages, sans compter le colimaçon final ! Quel enfer de vivre si bas dans le château...
Tandis qu'il marchait à grandes enjambées et un peu haletant dans le couloir du premier étage, juste après avoir gravi l'escalier du Grand Hall, il entendit une voix un peu robotique qui émanait de l'une des alcôves. Une voix de femme.
— Je vous le dit, faisait la voix avec conviction, c'est toute cette famille qui n'est pas nette ! Deux Mangemorts confirmés mais jamais condamnés pour commencer, un fils dont on sait tous qu'il a été Mangemort lui-aussi, même si on nous le cache… Et le fils du fils… Ha ! Parlons-en ! Vous pensez sincèrement que le gosse de Harry Potter aurait pu devenir un lèche-botte des Malefoy sans qu'on ne l'y force ? Ben voyons ! Je vous le dis, moi, ce jeune homme est soumis à l'Imperium, ou pire, à un philtre d'amour absolument malsain !
Albus s'arrêta net. On… On parlait de lui ? Et Scorpius ? Qui osait parler de son meilleur ami ainsi ? Il écouta encore.
— Et à présent, on voudrait nous faire croire que le décès de l'unique héritière de l'une des plus grandes familles de sorciers de Grande-Bretagne est un accident ? Une maladie ? Ben voyons !
— C'est vrai, ça, Elisabeth !
Albus sursauta. Cette voix-là, il l'avait reconnue ! C'était cet horrible Maury, le présentateur de la pire émission de radio du monde. Et visiblement, son invité parlait d'eux !
L'émission de radio venait de l'une de ces alcôves dans laquelle était une statue et où les étudiants aimaient se cacher pour fricoter ou fomenter des mauvais coups. Albus s'approcha en faisant le moins de bruit possible. Il ne pouvait voir qui écoutait la radio.
— Je vais vous le dire, moi, reprit la dénommée Elisabeth. Les Malefoy sont ruinés. La mort d'Astoria Greengrass n'a rien d'un accident. Son mari, Drago Malefoy, va recevoir une immense partie de la fortune prodigieuse des Greengrass en guise de succession, et ça, personne ne le dit ! Pas un média ! Pas un mot dans les journaux ! Vous croyez que la Gazette du Sorcier, à la botte du ministère, parlerait de ça ?
— Il n'y a pas eu un seul article ! confirma Maury.
— Pas un ! Mais Les Fils du Phénix l'ont compris, eux ! Et croyez-moi, ils feront tout ce qu'ils peuvent pour empêcher la réincarnation de Voldemort à travers son fils. Nous serons là, et nous ne…
N'y tenant plus, Albus se montra dans l'alcôve en s'écriant :
— Putain mais c'est quoi ces conneries ?
Albus s'était attendu à trouver cet imbécile de McLaggen, mais il n'était pas là. À la place, il trouva deux garçons. À en juger par leurs cravates, l'un était de Poufsouffle, et l'autre de Serpentard. Ils semblaient n'avoir que treize ou quatorze ans.
En voyant Albus apparaître soudainement, l'un coupa la radio tandis que l'autre, celui de Serpentard, prenait ses jambes à son cou et s'enfuyait sans qu'il n'ait le temps de l'en empêcher. En revanche, il ne laissa pas filer l'autre, et le tenait en joue de sa baguette à présent.
— C'est quoi. Ces. Conneries ! répéta-t-il lentement en détachant chaque mot.
— Laisse-moi, j'ai rien fait ! grogna le garçon qui fixait le sol.
— Ils parlaient des Malefoy ! Pourquoi tu écoutes cet imbécile de Maury ? Et c'est qui les « Fils du Phénix », à la fin ? Des anciens partisans de Voldemort ?
Le garçon le fixa tout à coup, l'air moqueur. Il eut un ricanement qu'il voulut sans doute méchant mais qui sonnait forcé.
— Pff, tu connais même pas les Fils du Phénix ?
— J'entends parler d'eux que chez cet abruti de Maury, qui leur laisse dire n'importe quoi.
— Il a bien raison ! s'écria le garçon de Poufsouffle. C'est le seul qui dit la vérité, c'est ma mère qui le jure ! Tous les autres médias sont censurés, ce sont des pions du Ministère ! La Gazette, ce sont les pires ! Alors faut écouter Maury !
— Putain mais t'as entendu comme moi ! s'énerva Albus. Qui peut croire ces conneries sur la famille de Scorpius ?
— Haha, comme si c'était son petit copain qui allait dénoncer le fils de Voldemort !
Il n'aurait pas dû. Il savait qu'il n'aurait pas dû. Mais le « levicorpus ! » partit presque tout seul, les mots franchirent ses lèvres sans même qu'il n'eut à penser les dire, et le garçon se retrouva immédiatement pendu par la cheville, à plusieurs mètres du sol, hurlant des insanités.
C'était sans doute un peu lâche d'attaquer par surprise des gamins plus jeunes que lui, et ça lui vaudrait sans doute une retenue, mais il l'avait cherché. Lui parler de Scorpius comme du fils de Voldemort, en ajoutant qu'il était son petit copain… C'était peut-être le pire jour pour lui sortir un truc pareil.
Albus voulut dire quelque chose, mais rien ne vint. Alors il tourna simplement les talons, laissant le bruyant garçon abandonné à son sort. S'il parvenait à lancer le Levicorpus sans trop de mal, il n'était pas assez puissant pour le faire durer dans le temps. D'ici quelques minutes, le gamin retomberait au sol… Cela lui laisserait le temps de réfléchir à ses bêtises.
Il se demanda si ce Maury n'était pas la raison pour laquelle Scorpius et lui recevaient bien plus de regards mauvais depuis la rentrée. Mais pourquoi maintenant ? Et pourquoi cette émission, qui se contentait autrefois de n'être qu'un rassemblement de réactionnaires un peu inoffensifs, était-elle devenue subitement une actrice politique conspirationniste ? D'autant qu'il ne savait toujours pas qui étaient ces fameux Fils du Phénix… Il se promit de parler de tout cela à son parrain, en plus du reste.
Peu de temps après, il arriva enfin devant la gargouille qui protégeait l'accès à la Tour du Directeur. En fait de tour, il s'agissait plutôt de trois petits miradors encastrés les uns dans les autres qui pointaient hors du sommet de la Tour des Escaliers, laquelle était la plus large et la plus au centre du château.
Il lui donna le mot de passe, la gargouille s'écarta, puis il se laissa mener au sommet par l'escalier en colimaçon qui tournait sur lui-même. Il était dix heures passées depuis quelques minutes, si bien que lorsqu'il arriva à la porte du bureau, celle-ci était déjà entrouverte.
Neville avait le visage penché sur la pensine de pierre qui ornait une bonne partie du côté droit de la pièce, dans l'entrée.
— Bonjour Monsieur, salua-t-il respectueusement.
Le directeur se retourna et l'accueillit avec un grand sourire.
— Combien de fois faudra-t-il que je te dise que quand tu parles à ton parrain, tu n'es pas obligé de l'appeler Monsieur ?
Albus ne put retenir un sourire. Merlin, que ça faisait du bien de sourire. Neville ouvrit les bras, comme une invitation silencieuse, et Albus s'y laissa aller avec plaisir. Il se demandait parfois pourquoi ce n'avait pas été Neville, son père… Il y trouvait tout ce qu'il aurait aimé voir chez un parent, et puis il n'aurait jamais été embêté avec ce nom de famille qui lui allait si mal. Tout le monde s'en foutait, d'un piètre sorcier chez les Londubat ! En revanche, chez les Potter, c'était une autre affaire…
— Veux-tu un thé, Al ?
Il hocha la tête. Neville l'invita à s'asseoir dans le confortable fauteuil qui faisait face à son bureau, tout en haut de la troisième tourelle.
— Alors… J'ai cru comprendre que tu voulais me parler de quelque chose ? commença Neville lorsqu'ils furent installés et servis en thé et en petits biscuits.
— Euh, je… Oui, admit Albus, mais je sais pas trop par où commencer.
— Si tu veux, je peux essayer de deviner, si c'est plus simple pour toi…
— Oh, euh… Je vois pas comment tu pourrais deviner, c'est… J'en ai jamais parlé à personne, et…
— C'est au sujet de Scorpius ? interrompit Neville avec un sourire malicieux.
Albus en resta bouche bée. Comment avait-il pu savoir ?
— Tu ne devrais pas t'étonner que je devine si simplement, Al, rit son parrain avec douceur. Ta vie tourne plus autour de ce garçon que tu ne le crois ! J'ai vu juste, n'est-ce pas ?
Albus hocha lentement la tête. Le plus dur restait à faire… Expliquer qu'il n'allait pas bien, tout en ne faisant pas passer ses problèmes pour une simple histoire de cœur d'adolescent. Ce n'était pas gagné… Plus il y réfléchissait, plus il se trouvait stupide d'avoir dérangé son directeur avec cela. Il allait le prendre pour un gamin, incapable de gérer ses histoires tout seul…
— Al ? Tu peux tout me dire, tu sais, encouragea Neville.
— Je… Je sais, mais, euh… En fait, ce n'est pas grand-chose quoi, expliqua-t-il piteusement. J'ai sans doute un peu surréagi, mais c'est juste que… Je savais pas trop à qui parler d'autre…
Neville ne dit rien. Il le fixait de deux yeux bienveillants, quoiqu'interrogateurs. Albus se sentit obligé de continuer.
— Enfin, voilà, il est avec cette fille… Oriana Bell, de Serdaigle, et depuis j'ai l'impression que c'est plus le même... Il me parle plus tellement, ou alors que de trucs pas importants, il veut plus que je le touche… Y a eu cette histoire de photo, dans le Poudlard Express, tu sais sans doute de quoi je parle ?
— Pas du tout, avoua Neville, curieux. Des photos ?
— Oui, tu… Tu sais vraiment pas ? Je pensais que les profs sauraient ça… Y a des types qui nous ont pris en photo Scorp et moi alors que, euh… Enfin, je lui faisais un massage après une séance de sport avec mon père. C'est lui qui a voulu ! se défendit Albus sans qu'on ne l'attaquât.
— Ne te justifie pas, Al. Vous vous faites des massages si vous le voulez… rassura Neville, le ton doux.
— Ben voilà, quelqu'un nous a pris en photo et l'a imprimée en sous-entendant qu'on était… Enfin, qu'on était ensemble quoi, et que c'était une mauvaise chose… Et ça a été distribué dans tout le train.
— Je vois... Al, tu m'autorises à noter une partie de ce que tu viens de me dire ?
— Hein ? Euh… Je préfère pas que…
— Ton père n'en saura rien, ni celui de Scorpius, promit-il.
— Oh. Alors pas de problème.
Neville sortit un petit carnet de son bureau et se mit à écrire dessus à toute vitesse. Lorsqu'il eut fini, il posa sa plume, prit une gorgée de thé et fixa son filleul d'un air grave.
— Al, dit-il au bout d'un moment, redevenu sérieux. Je veux que tu me promettes quelque chose. Si des incidents comme celui du Poudlard Express se produisent encore, je veux que tu viennes immédiatement vers moi, d'accord ? Ce genre d'intolérance a mené le monde sorcier vers la première puis la seconde guerre magique, et il est hors de question que Poudlard, de toutes les institutions, continue à laisser passer des actes pareils, entendu ?
— Je… Je sais pas, c'est pas si grave, tu sais…
— Al, promets-moi ! pressa Neville.
Le directeur paraissait sérieux. Troublé. Comme s'il s'en voulait que l'événement lui ait échappé. Albus ne comprenait pas vraiment comment il pouvait ne pas en avoir entendu un seul mot alors que toute l'école ne parlait presque que de ça depuis une semaine.
— D'accord, lâcha-t-il finalement. Je te promets.
— Merci. Après le coup des dessins dans la Tour de Gryffondor puis l'affaire du match de Quidditch en novembre dernier je crains que ces problèmes de harcèlement prennent de l'ampleur… Bref. Je t'écoute, donc, que se passe-t-il après cette histoire de photo ?
Son parrain l'écoutait avec une attention véritable, comme s'il était passionné par ses histoires de cœur. Peut-être était-ce le cas, à vrai dire cela importait peu à Albus. Parler de tout cela, c'était comme ouvrir une large vanne en lui. D'un seul coup, des flots et des flots de tout ce qu'il avait retenu se déversait, et plus il ouvrait, plus le flot était dense, compact et intense.
Il raconta comment Scorpius refusait qu'il ne le touche, à présent. Comment cela lui faisait mal de se sentir repoussé, mis sur le côté par son ami de toujours. Comment, dans les pires jours, cela le rendait si triste qu'il était prêt à n'importe quoi pour que cela cesse.
Neville l'écoutait, le relançait, demandait des précisions… Mieux encore : il s'intéressait ! Il paraissait vraiment avoir envie de l'aider, lui le garçon épuisé et déprimé qui lui servait de filleul. C'était si agréable !
Albus ne se souvenait même plus comment il y arriva, mais vint un moment où il se retrouva à expliquer le feu qu'il avait ressenti en lui, ce soir de janvier où, après l'enterrement d'Astoria, il avait été à deux doigts d'embrasser son ami. Le simple fait d'évoquer cet épisode, de dire à haute voix « j'avais tellement envie de l'embrasser ! », et le même feu recommençait à brûler dans ses entrailles. Cette occasion manquée lui paraissait si lointaine, à présent !
Albus finit par se taire, tout de même. Lorsque le flot se fut tari, il n'eut plus rien à dire, et resta là, en silence, à réfléchir à tout ce qu'il venait de laisser filer hors de lui.
— Albus…
La voix de son parrain le tira hors de sa rêverie. Soudain, il se mit à penser qu'il n'aurait jamais dû dire tout cela. Il se rendit tout à coup compte de l'étendue de ce qu'il venait de révéler, pour la première fois…
— Je suis désolé, s'excusa-t-il piteusement. Tu dois trouver tout cela ridicule…
— Certainement pas ! s'exclama Neville à sa grande surprise.
Albus l'observa. Il reprit rapidement.
— Al, tu ne dois surtout pas sous-estimer la puissance de ces choses que tu ressens, en ce moment… C'est vrai, tu n'es pas bien vieux, glissa-t-il avec son sourire malicieux, et à ton âge, tu as sans doute l'impression que la moindre braise peut tout enflammer comme un vulgaire feu de paille et tout dévaster en quelques secondes…
— Et tu te dis que c'est un truc d'ado éclaté !
— Pas du tout. D'autant qu'on se moque de ce que je pense. C'est ce que tu ressens qui compte.
Albus l'écoutait avec attention. Son parrain savait toujours trouver les mots justes, avec lui.
— Tu n'as pas arrêté de me parler de Scorpius comme d'un ami, mais tu me parles à présent de l'embrasser, et tu es, disons-le, très jaloux de sa copine Oriana Bell, n'est-ce pas ?
Albus voulut répliquer, mais au fond de lui, il savait que Neville avait raison. Il hocha simplement la tête.
— Tu es sûr que Scorpius n'est qu'un ami, pour toi ?
La question qui tue. Si Albus avait été sincère, il aurait répondu qu'il ne savait plus, à ce stade, ce qu'il devait penser. Mais il préféra ne pas l'être, et dit plutôt :
— Je crois, oui. Je veux dire, je suis un peu attiré par lui, mais j'crois pas que je pourrais tomber amoureux d'un garçon.
— Tu ne penses donc pas que… Eh bien, que tu aimes les garçons ?
L'autre question qui tue. Son parrain était décidément de ceux qui voulaient sa mort, semblait-il… À nouveau, il préféra éviter de dire qu'il ne savait pas.
— J'crois pas. Juste… Curieux, quoi. On peut, pas vrai ? On peut être juste curieux mais aimer les filles, non ?
— Absolument, approuva Neville. Et si tu penses que c'est ton cas, eh bien soit ! Tout cela ne regarde que toi, Al. Si tu penses vouloir vivre avec un garçon, c'est très bien, si tu vis avec une fille c'est très bien aussi, et tout le reste, ce n'est l'affaire de personne d'autre que toi. Si tu es amoureux de Scorpius, ainsi soit-il ! Cela ne veut absolument pas dire que tu ne seras jamais attiré par une fille !
Albus resta silencieux un moment, comme pour réfléchir. Il reprit après quelques secondes en lançant :
— Quand même, j'suis pas gay !
— Mais Al, ça ne veut rien dire, ça ! Gay, hétéro, on s'en fiche à la fin !
Albus fronça les sourcils. Il n'avait pas l'habitude que son parrain s'emporte. Celui-ci continua.
— Tu aimes qui tu aimes pour qui il est, pas pour son genre ! Alors oui, tu t'apercevras peut-être un jour que tu n'aimes que les garçons, ou que les filles, mais en réalité on s'en fiche, tu ne crois pas ?
— Moi je m'en fiche un peu, admit Albus à voix basse, mais pas Scorp, pas mon père… Pas Monsieur Malefoy… Et les autres…
— Vos pères vous aiment, Al…
— Oh, j'en ai assez d'entendre ça ! grogna Albus, agacé. Neville, tout le monde me dit ça, mais lui ne me le montre jamais ! Je… J'ai l'impression de ne jamais être bien, pour lui ! Je ne suis pas brillant comme Lily, je n'ai pas plein d'amis comme James, alors…
— Alors tu te sers de cela comme excuse pour laisser tomber, abandonner, et tu te mets toi-même en situation d'échec.
Albus leva deux yeux un peu surpris sur son parrain. Celui-ci reprit d'une voix plus douce :
— Vos pères vous aiment, Al… Ça, c'est juste évident, c'est comme ça, c'est aussi certain que le soleil est chaud ou que le ciel est bleu. Arrête de croire que ce n'est pas le cas, arrête de croire que tu n'es pas assez bien pour lui ! Et par-dessus tout, continue sur ton chemin, continue ce que tu fais même si tu crains sa réaction ! Vos pères… Ça leur prendra un peu de temps, mais à terme, ils vous accepteront pour qui vous êtes, tant que vous êtes heureux. Et tout porte à croire que toi et Scorpius seriez deux garçons très heureux, à deux.
— Moi oui, lui apparemment ne le sera jamais avec moi… murmura Albus.
Il n'était pas sûr que Neville pût l'entendre, mais il s'en moqua. Il repensa à Scorpius. Dire qu'il aurait apprécié passer sa vie avec ce garçon était un euphémisme. À cet instant, rien ne pouvait le rendre plus heureux que de savoir qu'il allait vivre dans une petite maison, Scorpius à ses côtés, jusqu'à la fin de ses jours. Il s'imaginait les soirées à se câliner distraitement en regardant un film, les discussions, les rires, les nuits endiablées…
Merlin, il donnerait n'importe quoi pour ça ! Et à la place, qu'est-ce qu'il avait ? Oriana la Maléfique qui lui vampirisait son ami… Scorpius, qui préférait lui rouler des immondes pelles plutôt que de passer du temps avec lui…
— Le truc, c'est que rien ne me dit que Scorpius veuille de moi un jour ! gémit Albus. Il a pas l'air du tout intéressé par les garçons, il craint la réaction de sa famille, des autres, et moi je vais crever s'il me rejette pour de bon ! Sérieusement, j'pourrais pas vivre avec ça ! J'pourrais pas vivre sans lui, s'il me déteste… Déjà, savoir qu'il en embrasse une autre… Regarde dans quel état ça me met ! s'écria-t-il en se désignant lui-même de la main.
Neville fronçait les sourcils. Il paraissait hésiter à dire quelque chose. Comme s'il savait une chose qu'il ne voulait pas laisser échapper…
— Al… Le… Le lien qui existe entre Scorpius et toi, c'est… Je… Je ne sais pas comment l'expliquer, mais il ne se brisera pas. Une amitié pareille, c'est éternel…
— Qu'est-ce que tu en sais ? questionna Albus un peu trop sèchement. Je passe chaque jour à me demander quand est-ce que Scorpius va m'ordonner de ne plus jamais lui adresser la parole ! Ça me semble pas si solide que ça !
— Crois-moi ! Tu ne pourras sans doute jamais vraiment te passer de lui…
— Mais bon sang, justement ! reprit Albus sur le même ton. Je sais que je ne vais jamais pouvoir me passer de lui, et ça me tue ! J'ai qu'une envie en ce moment c'est de ne jamais avoir été son ami ! J'aimerais tant pouvoir le voir avec cette stupide fille et rester indifférent !
Neville l'observait en fronçant les sourcils, à présent. Albus se demanda s'il n'avait pas dit quelque chose de vexant… Son parrain se leva, descendit chercher dans une armoire un petit carnet relié de cuir, puis il revint s'asseoir en face de lui et le déposa sur la table.
— J'aimerais te dire bien des choses que je crois savoir, commença Neville, mais je crois que cela ne serait pas la bonne manière. Ces choses, tu dois les découvrir par toi-même.
Albus ne comprenait pas où son parrain voulait en venir. Il désigna le carnet, et reprit.
— Ce petit journal est une invention de Carm Cromswell, un alchimiste contemporain de Nicolas Flammel mais qui excella surtout comme inventeur de toutes sortes d'outils magiques. C'est un objet parfaitement fascinant. Cela s'appelle un journal à hypothèses.
Albus écoutait avec curiosité.
— Son fonctionnement est très simple. Tu choisis une page, puis tu n'as qu'à écrire une hypothèse que tu aimerais tester. Le livre s'occupe du reste.
— Euh… hésita Albus. Je suis pas sûr d'avoir compris…
— C'est très simple. Tu pourrais écrire « et si je ne m'appelais pas Albus ? », ou « et si j'étais envoyé à Gryffondor ? », ce que tu veux, et le livre te montrerait ce que serait le monde si cette hypothèse était vraie.
— Oh, je vois. Et après ?
— Essaye, encouragea Neville. Tu verras bien ce que ça fait.
Albus prit la plume qui était sur le bureau du directeur et ouvrit le carnet à une page au hasard. On en avait arraché plusieurs, sans doute celles que Neville avait noircies lui-même. Il réfléchit quelques instants puis écrivit « et si j'étais le fils de Neville Londubat. »
— Albus ! s'exclama son parrain d'un air choqué.
— Ça va, c'est juste pour essayer, grommela-t-il en réponse.
Il ne savait pas trop pourquoi c'était ça qui lui était venu en tête en premier. C'était venu, c'est tout.
Tandis qu'ils parlaient, le journal s'était mis à luire d'une puissante lumière blanche qui devenait à chaque instant un peu plus éblouissante. Il émettait un inquiétant et surtout très bruyant sifflement qui semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Albus ferma les yeux et malgré cela, il avait l'impression de voir comme en plein jour. La lumière perçait ses paupières comme si elles avaient été transparentes.
Le sifflement s'arrêta soudain et Albus se retrouva dans le noir. Il rouvrit les yeux.
L'endroit était assez étrange. Tout autour de lui était flou, vaporeux, comme s'il voyait le monde à travers la vitre d'un aquarium. Ses pieds touchaient le sol sans qu'il ne ressente sa pression sous ses chaussures. Seul Neville, qui observait autour de lui avec curiosité, semblait être réel.
Peu à peu, les contours de la scène se firent plus nets, bien que tout était encore étrangement irréel. Comme si son cerveau savait qu'il n'était pas dans le monde réel et qu'il refusait de considérer quoi que ce soit ici comme véritable.
Ils étaient dans une pièce ronde, pleine d'étudiants de Poudlard. Elle était richement décorée de rouge et d'or et sur le côté, entre deux grandes fenêtres qui offraient une vue imprenable sur le parc, était une grande cheminée majestueuse.
— On est dans la salle commune de Gryffondor ? demanda Albus, fasciné.
Il n'y était jamais entré. Neville acquiesça.
— Je suis à Gryffondor dans ce monde-là ? s'étonna-t-il.
— Il semblerait. Le journal nous envoie toujours près du sujet de l'hypothèse. Tu dois être quelque part…
Albus s'approcha d'un garçon qui traînait là, mais il ne lui ressemblait en rien. Il essaya de lui demander où était un certain Albus, mais le garçon ne lui répondit pas.
— Tu ne peux pas interagir avec ce monde, prévint son parrain.
— J'ai cru comprendre…
Il observa chacun des garçons de la salle commune, mais aucun n'était lui ! Il n'était tout simplement pas là.
— Tu es sûr que ça nous a placé près de moi ?
— Al, regarde ! appela Neville. Je te présente ton frère et ta sœur.
Albus se retourna, pensant tomber sur James et Lily, mais son parrain désignait deux gosses d'environ treize ans qu'il connaissait bien ! Lyanna et Lysander Londubat, la fille et le fils de son parrain et… Ah ! Il comprit soudainement que, dans ce monde, il s'agissait de son frère et de sa sœur…
Les deux jumeaux descendirent de l'escalier du dortoir des garçons, et appelèrent :
— Lysander !
Albus fit volte-face en une fraction de seconde. Lyanna se dirigea vers un garçon avachi sur le canapé face à la cheminée.
— Quoi, c'est moi ça ? grogna Albus, le vrai. Je m'appelle Lysander ?
— Ça a toujours été le nom que je voulais donner à mon fils, admit Neville en haussant les épaules.
— Lyanna ! Viens voir, on est en train de finaliser le plan ! annonça, guilleret, le Albus-Lysander.
— C'est quoi cette voix ? rouspéta encore le vrai Albus.
Le Albus-Lysander Londubat était un garçon aux cheveux blonds, un peu pataud, un peu enrobé, également, mais qui semblait curieusement ami de tous et extraverti. Il était entouré d'un garçon qu'il reconnut comme étant cet imbécile de Flinch McLaggen, ainsi que deux filles qu'Albus identifia immédiatement.
— Lily ! Rose !
— Vous semblez bien vous entendre, commenta Neville, amusé.
— Avec McLaggen aussi… ajouta Albus, dégoûté. Tu crois que Scorpius est aussi à Gryffondor dans ce monde ?
— Cela m'étonnerait, Al. Dans le vrai monde, tu as été réparti à Serpentard parce que Scorpius venait d'y être envoyé et que, depuis le tabouret du Choixpeau, tu pouvais le voir trépigner et prier pour que tu le rejoignes. Sans compter ta volonté de contrarier ton père… Le Albus qui est mon fils, en revanche, semble ne pas avoir eu de raison pour le pousser vers Scorpius Malefoy. Ou même vers Serpentard. Peut-être ne l'as-tu pas rencontré dans le Poudlard Express ?
Albus réalisa soudainement ce que cela voulait dire. Dans ce monde, Scorpius n'était pas son ami. Bon sang, il devait absolument savoir comment il était ! Il essaya de sortir de la pièce, mais la porte ne s'ouvrit pas.
— On est obligés de rester près de toi, Al, expliqua Neville. La simulation n'existe qu'ici.
— Et il n'a pas une soudaine envie d'aller trouver Scorpius Malefoy, le Club des six, là ? râla Albus.
Il ne s'aimait pas, dans ce monde. Ce garçon qui pouvait être lui était trop différent pour qu'il l'apprécie. Il trouvait son corps laid et sa voix agaçante. Sans compter qu'il ne pouvait imaginer qu'on puisse être ami avec Flinch McLaggen et ne pas être un abruti.
— Ils parlent de lui depuis tout à l'heure, tu devrais écouter, Al, conseilla son parrain.
Surpris, Albus se tut et s'approcha.
— On récapitule, donc. On a une caisse de vieilles tomates des serres, on la met en haut de l'escalier du donjon de Serpentard, et quand il arrive, bam ! Impedimenta dans sa tronche, et il atterrit la tête la première dans les tomates.
— Yeah ! firent les autres en chœur.
— Putain, c'est quoi ce plan à la con ? grogna le vrai Albus.
— Je crois que j'aurais pas été un très bon père pour toi, Al, constata Neville, comme pour s'excuser.
— Non mais c'est juste débile... Si tu veux jeter des tomates sur quelqu'un, jette-lui des tomates, et c'est réglé… Je peux pas croire qu'un mec censé être moi organise des réunions pour humilier Scorpius ! On peut sortir d'ici, Neville ? J'en ai assez vu…
— Ah ? Tu n'as pas envie de voir comment se débrouille Scorpius ?
— Si, mais… Je veux essayer une autre hypothèse. Il y a trop d'effets secondaires à celle-ci…
Tandis que les six amis se levaient et commençaient à se diriger vers la Grande Salle, les deux Albus virent Lily cacher dans sa poche une petite enveloppe rouge. Le faux Albus l'interpella.
— C'est quoi, ça Lily ? Tu envoies encore une beuglante à James ?
— J'en peux plus de mon adoré frère, avoua-t-elle en ronchonnant.
N'y tenant plus, le vrai Albus s'écria :
— Et elle déteste James en plus ! J'ai même pas envie de savoir pourquoi, Neville, on peut rentrer ?
L'adulte sortit sa baguette et prononça « finite incantatem ». Immédiatement, tous les objets, les gens, les murs, tout s'effaça, et ne resta plus qu'un fond blanc qui se rétracta dans le livre, toujours ouvert à la même page. La phrase d'Albus y était toujours inscrite.
— Okay, j'ai compris comment marche ce truc.
Albus se saisit immédiatement de la plume et écrivit sans se laisser le temps de trop y réfléchir « si Scorpius Malefoy n'était pas mon ami. »
— Oh, Al… Tu es sûr de vouloir voir cela ? s'inquiéta son parrain.
Albus acquiesça. Son parrain préféra tout de même le prévenir :
— Si je vois quelque chose qui va trop loin, je stoppe tout.
À nouveau, le livre se mit à briller d'une puissante lueur blanche ainsi qu'à siffler d'une manière insoutenable. Préparé, cette fois-ci, Albus ferma les yeux et attendit que le sifflement ne disparaisse. Lorsqu'il les ouvrit, il reconnut immédiatement son dortoir, avant même que les lignes eussent fini de se stabiliser.
Le dortoir comptait toujours quatre lits. L'ambiance semblait être celle d'un samedi matin, du genre où l'on traînait au lit, bavardait tranquillement et ne se pressait pas à la douche pour arriver à temps en cours. Albus reconnut Nigel et Kyle et, curieusement, il se vit lui, cette fois-ci quasiment identique à l'original. À l'exception, peut-être… Oui, le faux Albus était un peu plus musclé, il avait des bras qui, pour une fois, ne ressemblaient pas à des pattes de pigeon et sa chemise paraissait en peu plus serrée que l'originale.
De l'autre côté de la porte de la salle de bains, on entendait la douche couler. Excité, Albus se dit que c'était probablement Scorpius. Il se demandait à quoi pouvait ressembler son ami dans ce monde où ils n'étaient que d'indifférents compagnons de dortoir…
— Visiblement, ta volonté de mettre en rogne ton père suffit seule à t'envoyer à Serpentard, commenta Neville, amusé. Tu n'as même pas besoin d'être ami avec Scorpius pour ça !
Sur le lit de Kyle, qui semblait être celui d'Albus dans cette version du monde, les trois garçons complotaient à voix basse.
— Je te dis qu'il passe ses soirées à te regarder ! disait Nigel.
— Ce sont des conneries, répondit le faux Albus.
— Je confirme, Al. Hier, tu lisais torse-nu, je te jure qu'il faisait que te mater. Dès qu'il pensait que personne le regardait, il levait les yeux de son parchemin et il te bouffait, mec.
— Scorpius est sur moi dans ce monde ? s'étonna le vrai Albus entre deux répliques, interloqué.
Son parrain ne répondit rien. Il regardait simplement la scène qui se déroulait sous ses yeux.
— Non mais il ne peut pas être gay, Kyle ! insista le faux Albus.
— Pourquoi pas ?
— Ben parce que… C'est dégueulasse, enfin ! Surtout s'il est sur moi, beurk !
— De quoi ? s'exclama le vrai Albus, abasourdi.
Son parrain ne disait toujours rien. Si ce qu'il voyait l'agaçait, il ne réagissait pas pour autant.
— Ben moi j'te le dis, il est pédé ce type, et il veut ton cul, prophétisa grossièrement Nigel.
— J'vais régler ça, avec lui. Tout à l'heure ! conclut le faux Albus.
— Oh putain, qu'est-ce que je vais lui faire ? se demanda l'original d'une voix plaintive.
La porte de la salle de bains s'ouvrit alors. Albus s'attendait à y voir sortir le resplendissant Scorpius Malefoy, beau gosse incontesté de Serpentard, la serviette autour des hanches comme il le faisait à chaque fois. Il perdit immédiatement son sourire.
Scorpius était habillé de pied en cap, robe de sorcier, cravate, tout. Malgré le weekend, il avait décidé de mettre tout l'attirail comme s'il avait cours ce matin-là. Mais ce qui le surprenait le plus, c'était à quel point son visage était… terne ! Morne, comme si rien ne se passait dans sa tête. Comme si le corps sur laquelle elle était vissée n'était qu'une coquille vide, dans laquelle rien ne se passait.
Il était maigre, aussi. Affreusement maigre. Non seulement on voyait qu'il ne subissait pas les exercices de musculation que lui imposait son père, mais même sans ceux-là, il devait peser à peine plus d'une cinquantaine de kilos ! Son visage, cependant, restait assez mignon, exception faite des cernes qui en creusaient les traits.
Albus aurait préféré ne pas le voir ainsi.
— Bon sang, c'est quand même pas parce que je suis son ami qu'il mange le matin, si ? Pourquoi il est si maigre ?
— Je ne sais pas, mon garçon, admit son parrain. Je pense qu'il y a toute une chaîne d'événements dont on n'a pas conscience et qui l'a mené là. Tu es ami avec lui depuis tes onze ans, or le journal ne peut voyager dans le temps. Il nous manque quatre ans de non-amitié pour comprendre exactement la situation.
Les murs commençaient à s'estomper autour d'eux. Les trois garçons sur le lit parlaient sans émettre le moindre son, et ils commençaient à s'effacer dans le décor.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? Je croyais que le journal simulait celui qui écrit l'hypothèse !
— Non, il simule le sujet de l'hypothèse. Tu as tourné ta phrase de telle sorte que nous suivons la vie de Scorpius, et il est sorti. Nous devons le suivre !
Ils se dirigèrent vers le Grand Hall, où ils retrouvèrent le garçon qui avançait mollement vers la Grande Salle. Les murs redevinrent aussitôt nets, ainsi que tous les gens que l'on voyait dans la salle. Il était curieux de voir comment toute l'école paraissait refuser la moindre interaction avec lui. Personne n'était assis à table à moins de trois places de lui, les gens lui jetaient des regards en coin puis se moquaient de lui une fois qu'il était passé… À peu de chose près, on aurait pu croire que même les personnages des peintures désertaient leurs tableaux sur son passage.
— Bordel, il a l'air tellement… vide ! Je l'ai jamais vu comme ça, s'inquiéta Albus.
— Je dois avouer que je n'ai jamais vu qui que ce soit comme ça, admit son parrain.
Il mangeait distraitement, comme si rien n'avait de goût.
— C'est marrant, il a pas l'air triste, mais… C'est quand même dur à voir…
Albus était affecté, ébranlé. Voir son ami ainsi, aussi morne, aussi terne, cela le rendait désespérément triste. Il avait envie de se jeter sur lui pour le toucher, lui dire qu'il était là pour lui, et essayer de comprendre ce qui n'allait pas… Mais il était sans arme. Et le voir comme ça, cela lui flanquait un sacré cafard…
Le faux Albus accompagné de Nigel et Kyle finit par arriver dans la Grande Salle. Ils s'installèrent à l'autre bout de la table, mais Al, le vrai, ne manqua pas le regard que leur lança Scorpius. Il paraissait fixer quelque chose de concret pour la première fois depuis qu'il était là. Et c'était lui. Enfin, le faux lui.
Cela commençait à faire beaucoup d'informations pour Albus qui sentait son cœur sur le point d'exploser. Voir Scorpius ainsi était une épreuve, entendre son double dire qu'être gay était dégueulasse le dégoutait de lui-même, et voilà qu'il devait essayer de comprendre tout ce que cela voulait dire quant à leur relation dans la vraie vie.
Quelques minutes plus tard, Scorpius quitta la table et commença à se diriger vers le couloir du premier étage. Albus vit son alter-ego se lever et le suivre, soutenu par les ricanements de Nigel et Kyle. Il sortit de la Grande Salle, suivit Scorpius en haut de l'escalier, avant d'accélérer le pas une fois qu'ils furent tous deux dans le couloir du premier étage. Il était désert. D'un seul coup, le faux Albus poussa violemment Scorpius dans une alcôve et le plaqua contre le mur, au fond.
— Bonjour Albus, fit Scorpius d'une voix faible.
Cela le soulagea presque de l'entendre parler ! N'importe quoi capable de lui prouver qu'il y avait bel et bien encore une âme à l'intérieur de cette coquille de chair et d'os.
Le faux Albus avait sorti sa baguette et l'enfonçait dans la mâchoire de Scorpius d'une main. De l'autre, il le tenait plaqué au mur par la gorge. Avec son poids actuel et ses bras sans aucun muscle, Scorpius n'avait aucune chance de se dégager, il tirait sur le bras de l'autre autant qu'il pouvait, mais cela ne servait à rien.
— Tu me mates ? Le soir, dans la chambre, devant Nigel et Kyle en plus ? Espèce d'imbécile !
— Je n'y peux rien si tu es mignon quand tu lis ! grogna Scorpius, la voix étouffée.
Al ne put retenir une exclamation. À ces mots, le faux Albus eut un soudain mouvement de recul et lâcha Scorpius. Celui-ci se massa la gorge quelques instants, attendant la suite.
— J'suis pas gay, Malefoy, gronda-t-il.
— Tu m'as embrassé, répondit-il comme s'il énonçait un simple fait.
— DE QUOI ? s'écria le vrai Albus, qui décidément allait faire un arrêt cardiaque.
— Je suis pas gay, Malefoy ! répéta sa copie avec un air menaçant cette fois-ci.
— Tu m'as embrassé quand même. Dans le train, quand je pleurais à cause de ma mère, tu te souviens ? Il y a eu ce bruit d'explosion, après, et les étincelles, n'est-ce pas ?
Scorpius avait une voix si neutre que c'en était effrayant. Même pour parler du décès récent de sa mère, il n'y avait aucun sentiment, aucune émotion. Juste une simple énonciation de faits, comme un juge qui lirait un acte d'accusation à un suspect. Albus frissonna.
— Ça voulait dire quoi, Potter ? Tu ne t'intéresses jamais à moi d'habitude et voilà que, soudain, tu m'entends pleurer, tu viens, et ça finit comme ça ? Assume, Potter.
— JE SUIS PAS GAY ! vociféra l'autre d'une voix qui résonna dans tout le corridor. Je suis pas gay, répéta-t-il à voix basse.
— Du coup tu vas me frapper, encore ? demanda Scorpius d'un ton neutre.
Albus passa de la surprise à l'horreur. Il l'avait frappé ? Lui ? Il avait frappé Scorpius ? Bon sang et ce ton de simple conversation qu'il utilisait, comme si tout était normal… Il avait envie de se jeter sur lui et de le secouer, qu'il se révolte un peu ! Qu'il gronde, qu'il hurle, qu'il se défende ! Plutôt que de subir des choses aussi affreuses sans même protester !
— Je vais pas te frapper, soupira le faux Albus. Tu m'y as forcé, la dernière fois, Scorpius. Tu m'y as forcé, alors que ce n'est pas ce que je veux. Donc je ne vais pas te frapper, sauf si tu continues de me mater ou de sous-entendre que je suis gay.
Le faux Albus et Scorpius échangèrent un regard. D'un seul coup, pendant un vif instant, Al eut l'impression de voir passer une étincelle dans les yeux de Scorpius.
Brusquement, le garçon se jeta en avant et alla écraser ses lèvres sur celles du faux Albus.
— Woah ! s'exclama l'original.
Putain, ils s'embrassaient ? Mais comment, ils… Ils n'étaient même pas amis ! Pourquoi dans ce monde-ci Scorpius était-il si ouvertement gay et amoureux de lui ?
Albus ne pouvait détacher ses yeux du baiser, mais celui-ci ne dura qu'une fraction de seconde. Jusqu'à ce que le faux Albus ne réagisse et n'envoie son poing en plein dans le ventre de Scorpius, qui tituba et s'effondra au sol, souffle coupé.
— SCORP ! cria-t-il en essayant de lui venir en aide, oubliant que ses mains passaient au travers de son ami comme s'il n'était qu'un fantôme.
— Espèce de malade, va ! s'écria le faux Albus. Putain de taré ! Toi, je te promets, toute l'école va savoir ça !
Et il s'enfuit.
Au sol, le garçon finit par se relever, seul. Il souriait. Albus ne comprenait plus rien, bon sang. Pourquoi souriait-il ? Pourquoi décidait-il de choisir ce moment pour enfin sourire et montrer qu'il ressentait quelque chose ? Il était perdu. Scorpius l'aimait ? Il le matait le soir et l'embrassait dans les alcôves ? Comme ça, en plus, en étant impulsif…
Et pourquoi l'Albus de ce monde était-il aussi détestable ? La seule amitié de Scorpius fut donc ce qui l'empêcha de devenir un odieux être humain ?
Titubant, Scorpius se rendit à la bibliothèque. Il avait une expression étrange sur le visage, comme s'il était à deux doigts de pleurer alors que ses yeux étaient aussi secs que le désert et qu'il souriait de toutes ses dents.
— On en a assez vu, tu ne crois pas, Al ? demanda son parrain.
— Attends.
Scorpius se dirigea vers le mur le plus éloigné du bureau de la bibliothécaire. Il en ouvrit la fenêtre. Là, il prit une grande goulée d'air, les yeux fermés. Il semblait apprécier le vent frais qui battait contre son visage, les chants des quelques oiseaux d'hiver que l'on entendait, le soleil pâle qui lui réchauffait le corps…
De ses beaux yeux bleus si inexpressifs, il fixait un point, au bord du lac. Ou plutôt trois petits points : Nigel, Kyle et le faux Albus qui les rejoignait en trottinant. Et que Scorpius devait être en train d'observer tout particulièrement. Les trois garçons s'étaient retrouvés et vivaient comme si de rien n'était.
Scorpius se mit même à rire. Pas un ricanement malsain, non, un vrai rire, clair et beau, qui réchauffait le cœur exactement comme le rire du vrai Scorpius dans la vraie vie… Ce rire qu'il n'avait pas entendu depuis si longtemps…
Albus attendait la suite, anxieux. Alors, d'un seul coup, et toujours le sourire aux lèvres, son ami grimpa sur le rebord de la fenêtre ouverte et prit une impulsion.
— NON PUTAIN !
— Finite incantatem !
Albus ne put jamais voir comment la scène se finissait. L'image de son ami, prêt à basculer dans le vide et sur lequel il venait de s'élancer dans l'espoir fou de le sauver, restait là, figée debout sur le rebord de la fenêtre tandis que ses mains lui passaient au travers.
Tout s'estompa. Quelques secondes plus tard, le livre redevenait inerte et Albus et son parrain se retrouvèrent une nouvelle fois assis autour du bureau du directeur de Poudlard, leurs tasses de thé vides devant eux.
Albus tremblait. Sa main tremblait, ses genoux tremblaient, tout son corps tremblait. Ses yeux le piquaient, son cœur palpitait, et il avait le souffle court.
— Tu… Tu crois qu'il allait sauter ? Tu crois qu'il aurait sauté ? articula-t-il difficilement à son parrain, en s'essuyant les yeux d'un revers de la manche.
Il devait fournir un effort considérable pour ne pas éclater en sanglots.
— Je… n'en sais rien, mon garçon, admit son parrain. Mais même s'il ne sautait pas, je crois que ce garçon n'aurait jamais eu une vie très heureuse… Finalement, la situation du vrai monde n'est pas si mal, tu ne crois pas ?
Albus hocha la tête. Il était toujours en train de se battre contre ses sanglots. Il était soulagé d'être revenu dans le présent mais malgré cela, il avait besoin d'évacuer tout ce qu'il avait emmagasiné en lui. Toutes ces émotions, ces frustrations, ces sursauts de peur, tout cela devait sortir d'une manière ou d'une autre !
— Pourquoi… Pourquoi tu m'as montré tout ça ? dit-il à voix basse et en se mordant la lèvre pour retenir les larmes.
— Je ne pensais pas qu'on tomberait sur quelque chose d'aussi difficile, Al. Mais regarde le bon côté des choses…
— Le bon côté ? s'étrangla Albus.
— Oui, le bon côté, répéta son parrain. Tu as vu ce que serait la vie de Scorpius si tu n'en faisais pas partie. Tu as même vu ce que serait la tienne, sans lui. Ensemble, mon garçon, vous êtes plus forts. Vous faites face l'un et l'autre à toutes les épreuves, tous les combats, vous vous élevez l'un et l'autre et devenez meilleurs l'un pour l'autre ! Tu ne vois pas la beauté de la chose ? Ce que vous avez, tous les deux, c'est pur, c'est extrême, c'est un véritable amour pour l'autre en somme. Ça nous a aussi montré que, même sans être amis, il semblerait que vous vous tourniez autour de la façon la plus malsaine qui soit… Autant que cela se fasse sans que vous en souffriez autant, n'est-ce pas ?
— Mais j'en souffre, moi ! se plaignit Albus.
— Certes, mais à présent tu as la main, Al. Tu sais qu'il n'y a pas rien. Tu sais que tu comptes. Et tu sais à quel point tu es important dans sa vie. À toi d'en faire quelque chose.
Il y eut un silence. Albus reprit, à voix basse.
— Je crois que je comprends ce que tu veux dire…
— Tant mieux, mon garçon. Tant mieux !
Son parrain était si rassurant lorsqu'il parlait de cette voix douce… Ils restèrent un moment assis sans rien dire. Il y avait quelque chose qu'il aimerait essayer. Une dernière hypothèse à tester. Il ne savait pas trop si cela était une bonne idée, mais il en crevait d'envie.
Après quelques temps, n'y tenant plus, il demanda :
— Dis, Neville… Le journal, il peut nous montrer ce qu'aurait été une scène qui ne se serait pas déroulée aujourd'hui mais plutôt il y a quelques jours ?
Son parrain le dévisagea d'un regard perçant, à tel point que cela finit par le mettre mal à l'aise. Après quelques minutes, il expliqua :
— Non, malheureusement. Le journal ne peut voyager dans le temps, tout ce qu'il pourrait faire, c'est te montrer ce que serait votre journée aujourd'hui si tu avais agi différemment il y a quelques jours.
Albus sentit la déception envahir tout son corps. Il aurait tellement voulu voir ce qui se serait passé ce soir-là, dans la clairière du jardin des Malefoy, s'il avait eu le courage dont il avait manqué…
— Je vois… Tant pis. Je vais y aller, Neville, j'ai… Pas mal à réfléchir. Je vais aller dans ma chambre je crois.
— Al… Je sais très bien ce que tu aurais aimé écrire dans le journal. Mais si je peux me permettre un dernier conseil avant que tu t'en ailles…
— Tu… tu sais ce que j'aurais écrit ?
Il hocha la tête. Albus était effaré par la force de déduction de son parrain. Il se sentit rougir.
— Al, ce journal est un objet puissant, très puissant. Dangereux. Il est aisé de se perdre dans les hypothèses, les « et si », on finit par passer des heures à chercher quel mot il aurait fallu dire pour avoir la vie dont on rêve… La vie que tu as là, elle peut te paraître horrible en ce moment, mais crois-moi, elle va s'améliorer. Ça va aller. Et je suis prêt à mettre ma main au feu qu'un jour, tu auras une autre occasion d'embrasser Scorpius Malefoy.
Il acquiesça à nouveau, écarlate à présent. Il était un peu gêné par la facilité qu'avait son parrain à parler d'embrasser Scorpius.
— Merci, Neville…
— Alors file, maintenant. Hop !
Albus tourna les talons. Juste avant de passer la porte, il se souvint soudainement :
— Oh, au fait, en venant, j'ai entendu cette émission de radio, tu sais, de Maury ?
— Oui, et ?
— Ils disaient les pires choses sur la famille de Scorpius ! Vraiment, tout un tas de conneries à vomir ! Et y avait ces mecs, les « Fils du Phénix », qui arrêtaient pas de dire qu'ils s'occuperaient du fils de Voldemort ou je ne sais pas quelle bêtise…
Neville écrivait dans son carnet à toute allure.
— Tu fais bien de me le dire ! Merci Al, à bientôt !
Albus acquiesça, tourna les talons et s'en alla.
Alors ? Neville, toujours un king ou pas ?
Dans le prochain chapitre on retrouve un peu tous les autres, enfin. Ils ne peuvent pas rester insensible à l'état d'Albus, qui va définitivement pas très bien. Ce sera pour le vendredi 23 septembre avec le chapitre 13 : L'Œil du père.
N'hésitez pas à laisser une review, à me dire ce que vous en pensez, même pour une seule phrase c'est vraiment si cool et si important ! Mettez l'histoire en fav, en alert pour ne rien manquer, et on se retrouve vendredi prochain !
Bonne semaine !
