Bonjour à toutes, bonjour à tous !

La semaine dernière le chapitre était tardif ? Cette semaine, il sera hâtif ! Merci à toutes et tous pour votre patience la semaine dernière, et pour vos retours incroyable ! Visiblement le journal à hypothèses vous a plu, je suis trop content !

J'fais un ptit shoutout à Calcyne qui a décroché la 100e review, j'aurais jamais cru qu'on atteindrait si vite ce stade ! Vous êtes incroyables. Je sais pas pourquoi, dans ma tête je me suis toujours dit qu'une publication avec 10 reviews par chapitre devait être excellente. J'ai que rarement été déçu dans mes lectures par ce principe, malgré son arbitraire total ! Et grâce à vous on est déjà si proche de ce cap que je n'ai encore jamais réussi à franchir dans mes précédentes publications, je suis si reconnaissant ! Je compte sur vous pour qu'on le franchisse bientôt :P

Je remercie aussi Une lectrice (impatiente, hein ? :P) et Leeloo pour leurs reviews, car je ne peux toujours pas le faire en privé, ainsi que toutes celles et ceux qui découvrent cette histoire et décident de me laisser des commentaires, c'est si cool de voir de plus en plus de monde à bord ! Installez-vous, venez, on est bien !

Un shoutout tout spécial cette semaine à Pouik et Shik-Aya-chan, car ce chapitre contient tout simplement le plus gros changement que cette histoire a subi et il leur est dû ! Toute cette première partie n'existait tout bonnement pas dans les premières versions de l'histoire, et vous le constaterez, elle est pourtant capitale ! Comme quoi, avoir des bêtas c'est quand même la vie. Merci mes chères !

Je ne vous retiens pas plus, bonne lecture à vous !


Chapitre 13

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L'Œil du père


L'agitation molle de la Grande Salle au petit-déjeuner était toujours pittoresque. Il était curieux de voir un millier d'adolescents émerger peu à peu, encore perdu dans les limbes du sommeil, et essayer de mettre un pied devant l'autre à travers le bourdonnement pâteux des conversations endormies, jusqu'à s'asseoir et grignoter mollement des tartines ou des saucisses accompagnées de haricots blancs. Certains paraissaient mieux supporter que les autres le réveil difficile d'une matinée de cours.

Harry balayait du regard la Grande Salle afin d'essayer de repérer une tête familière. Il avait aperçu Lily, déjà énergique, mais Albus était toujours absent. Ou perdu dans la foule. Dans tous les cas, il ne l'avait pas vu.

C'était son rituel du matin. Tous les jours, Harry essayait d'attraper un regard de ses enfants. Une manière de leur dire plein de choses à la fois. Bonjour, bonne journée, amusez-vous bien, as-tu bien dormi ? Le tout sans les déranger au milieu de leurs amis. Il se doutait que de leur point de vue, avoir un père professeur relevait plutôt d'une gageure que d'une sinécure. Alors, il essayait de se faire oublier. Dans ces petits saluts discrets mais quotidiens, il essayait de tout faire passer à la fois, sans trop savoir si cela fonctionnait. Souvent, Lily lui adressait un petit signe de la main à travers la salle, mais Albus était plus avare de ces marques d'affection. Il lui rendait néanmoins presque toujours son regard et un léger sourire. Presque.

C'était bien cela qui l'inquiétait. Depuis son retour à Poudlard, Albus avait une mine affreuse et il l'évitait avec soin. Son sourire constant avait disparu, il paraissait morne et épuisé. Même sa manière de parler à Scorpius semblait différente. Lui qui était en temps normal si loquace lui parlait peu, et c'était bien là le problème.

Depuis leur violente dispute du nouvel an, Albus ne lui avait pas adressé la parole une seule fois en dehors de ses cours, et cela le terrifiait. Il avait pourtant tant de choses à lui dire ! Il voulait s'excuser d'avoir surréagi, il voulait lui demander comment il allait, lui dire qu'il l'aimait, mais son propre fils lui refusait ce droit. Harry savait que sa relation avec Albus était devenue difficile avec le temps, mais il avait besoin qu'il l'autorise à recoller les morceaux ! Deux semaines sans lui adresser un mot hors de sa salle de classe ! Harry en avait mal au cœur rien que d'y penser.

Albus avait été un enfant calme, autrefois, quoiqu'un peu bousculé par son frère de temps en temps. Heureusement, sa répartie et sa bonne entente avec son frère et sa sœur l'avaient aidé à développer en grandissant cette énergie et cette joie de vivre à toute épreuve, qui lui donnaient son ineffable sourire. James taquinait sans cesse son petit frère, qui dans son plus jeune âge avait été plus proche de ses parents que lui. Avant qu'il n'entre à Poudlard, Albus fut un gamin très câlin, que Harry comprenait et avec lequel il parvenait à communiquer.

Tout avait changé avec l'arrivée de Scorpius. Dans ses premières lettres, Albus leur décrivait ce nouvel ami le long de grandes pages où il jetait tous ses sentiments de manière brute, sans y faire attention. Albus avait été un enfant sociable dans les écoles moldues, cependant Scorpius semblait destiné à devenir son premier vrai et grand ami, et Harry avait vu cela d'un mauvais œil.

Le passif avec Malefoy était trop grand. À cette époque, Harry, encore auror, découvrait d'enquête en enquête les horreurs toujours plus glauques commises par d'anciens partisans de Voldemort. Certes, la famille de Drago Malefoy n'y fut jamais mêlée directement, mais Harry savait que l'absence de fait d'un jour ne présageait en rien de celle du lendemain. Une obsession qui devint bientôt paranoïa. Son propre fils au contact direct de la famille Malefoy ! Ami du descendant direct de Drago qui avait dû être élevé selon les mêmes préceptes stupides que lui ! Cela ne signifiait rien de bon. Scorpius ne pouvait qu'être un petit imbécile arrogant qui défendrait la pureté du sang dès qu'il en aurait l'occasion et qui allait mettre de sales idées dans la tête de son fils.

Ginny semblait penser la même chose à l'époque, bien qu'elle crût à la possibilité d'un Scorpius différent de son père. Mais le risque était trop grand, aussi Harry essaya dans ses réponses d'expliquer à son fils ce qu'il savait des Malefoy. Il en profita pour l'encourager à rencontrer tous ses autres camarades de Serpentard. Albus cessa de parler de Scorpius dans ses lettres après quelques échanges sur ce ton et elles se firent plus rares. Sans doute le signe qu'il s'intégrait bien dans Poudlard, avait déduit Harry.

Cet été-là, Harry retrouva son Albus métamorphosé. Il semblait se désintéresser de lui, il ne cherchait plus ses câlins, ni même ses conseils comme il le faisait autrefois. Harry se sentait rejeté et Scorpius était toujours son ami. C'était douloureux, d'autant qu'il ne savait s'il devait mettre ce changement sur le compte des douze ans de son fils qui s'éloignait forcément peu à peu de lui, ou sur l'influence de ce Malefoy. Dans le doute, il choisit d'imputer cela aux deux à la fois.

La communication devint de plus en plus difficile. Les lettres ne venaient plus et lorsqu'ils se voyaient, les engueulades se faisaient de plus en plus fréquentes. Père et fils semblaient ne jamais devoir se comprendre. Ils explosaient pour un rien, et sur des sujets stupides ! Albus lui reprochait parfois ne pas lui faire assez confiance pour lui prêter son Éclair de feu, ou de préférer James à lui parce qu'il était un adolescent populaire à Poudlard… Un tissu de bêtises ! Il lui prêterait son Éclair de Feu ! Cependant, il attendait d'être convaincu qu'Albus était capable de maîtriser l'ivresse qu'il procurait sans se mettre en danger. Quant à James, il avait été un adolescent simple à gérer et qu'il comprenait, mais cela ne changeait rien à son amour pour son autre fils !

La situation resta critique un bon moment. Elle ne changea que lorsque, épuisé par le métier d'auror, Harry se décida à s'engager à Poudlard. Il découvrit alors pour la première fois le vil Malefoy qu'était Scorpius.

Au quotidien, il put voir la complicité des deux amis. Durant ses cours, il comprit que Scorpius n'était pas un gamin aussi pourri qu'il l'imaginait. Mais tout changea avec les cours particuliers. Il ne fallut qu'une heure à lui enseigner le vol sur un balai pour que tout ce que Harry pensait savoir de lui n'explose dans sa tête telle une nuée de petits éclats de verre. Et avec elle, il comprit l'ampleur de son erreur et sans doute une des raisons de sa mésentente avec son propre fils. Scorpius était un garçon adorable, attentionné, dévoué, loyal… Il était l'ami parfait de son fils. Il l'avait compris à présent et il allait devoir rattraper le coup auprès d'Albus. Il le savait.

Cela s'avéra plus compliqué qu'il escompta. Harry cessa évidemment de rabrouer son fils sur son amitié avec Scorpius, mais il avait beau avoir confiance en Scorpius, son père restait son père et la famille Malefoy était lourde d'un passé qu'il n'était pas prêt à pardonner.

Ce fut la raison qui le poussa, lorsque son fils le lui demanda, à refuser qu'il aille au triste manoir de cette famille damnée. Sur le moment, il ne s'était pas attendu à une réaction aussi viscérale de la part d'Albus. Pour la première fois, il avait décerné de la haine dans ses yeux. Et elle lui était destinée. Ce jour-là, il n'aurait eu aucune chance d'empêcher Albus d'aller où que ce soit sans détruire à jamais les dernières miettes de leur relation. Il le laissa donc s'enfuir lorsque, après qu'ils se furent échangés bien des mots idiots, il quitta la maison avec son frère et sa sœur.

Ce fut Ginny qui fut seule capable de lui faire comprendre ce qu'il venait de faire. Il avait eu toutes les pièces du puzzle en tête, mais il avait fallu qu'elle les assemble pour lui afin qu'il comprenne enfin la réaction de son fils. Et sa grave erreur au passage. En le laissant partir, il avait sauvé ce qu'il y avait eu à sauver, néanmoins beaucoup de choses s'étaient brisées et reconstruire une relation de confiance avec Albus allait être un processus long.

À présent, cela faisait deux semaines qu'il ne lui avait pas adressé la parole. Autrefois, quand Harry ne connaissait pas encore Scorpius en personne, la communication péchait mais elle avait le mérite d'exister. Albus répondait à ses regards du matin, il lui souriait, ils parlaient après les cours, ils passaient du temps ensemble et allaient avec Lily à Pré-au-lard… Tout cela avait désormais disparu. Et tout cela lui manquait férocement. Il voulait reconstruire leur histoire, il voulait serrer à nouveau son fils dans ses bras et lui dire qu'il l'aimait… Mais à cet instant les liens entre eux étaient si inexistants que même cela n'était pas possible, et ça lui faisait diablement mal.

— Il est là-bas, Harry. Regarde.

Neville s'était approché et, du doigt, il désignait Albus. Il était assis à la table de Serpentard, une assiette vide devant lui. En face de lui étaient Scorpius et sa nouvelle petite amie, la fille que Katie Bell avait eu avec sa femme. Oriana Bell était une excellente élève dans sa classe d'ASPIC. Si les deux se parlaient et riaient ensemble, Albus restait dans son coin, silencieux. Il avait les mains serrées entre ses cuisses et des yeux vitreux fixés sur la porcelaine comme s'il attendait qu'elle se remplisse d'elle-même. Harry sentit son cœur se serrer.

— Je crois qu'il se passe un truc grave, Nev…

Neville, à côté de lui, poussa un long soupir.

— Harry, je dois t'avouer quelque chose, commença-t-il à voix basse. Il est venu me voir, hier.

Harry se tourna vers son ami et le fixa droit dans les yeux.

— Il s'est confié à toi ? demanda-t-il en essayant de masquer l'angoisse dans sa voix.

— Il avait, euh… besoin d'être rassuré, hésita Neville.

Harry dévisageait le directeur avec une telle insistance qu'on aurait pu croire qu'il essayait de lui arracher le souvenir de l'esprit. Neville ne lui disait pas tout, c'était évident. Mais il avait besoin de savoir !

— Harry, reprit-t-il en détournant le regard vers son filleul. Il a besoin de toi. Vraiment.

— Sans blague ? grogna-t-il, amer.

Neville eut l'air étonné par sa réaction. Harry se passa la main sur le visage, comme pour se calmer, puis il expliqua :

— Mon fils qui arbore une tête de zombie depuis qu'il est rentré de vacances a besoin de moi ? Tu enfonces des portes ouvertes, Nev, j'avais compris... J'essaye de lui parler chaque fois que je le vois dans un couloir, à la sortie des cours, tout le temps ! Il me fuit comme la peste et il refuse de m'adresser la parole.

— Tu es professeur, Harry ! Fais-le sortir de classe pendant un cours s'il faut.

Harry se gratta la nuque. Il y avait pensé, mais user de son autorité pour embusquer son fils ne lui paraissait que peu recommandable. Il était presque surpris que ce soit Neville qui lui propose cela.

— Je voulais pas en arriver là, souffla-t-il. Ça fait un peu brutal. J'ai une autre idée que je veux essayer avant.

— Laquelle ?

— En parler à Scorpius. Il a forcément remarqué son état, il en sait peut-être plus que moi. Il ne peut pas avoir manqué l'attitude de mort-vivant de son meilleur ami. Et lui, pour le coup, je passe quatre heures par semaine avec grâce à toi, Nev !

Neville eut un petit rire. Son attention se reporta une nouvelle fois sur Albus, puis Harry l'observa à son tour. Sa position était inchangée. Les mains serrées entre les cuisses, il était assis sur son banc, la tête basse, à observer son assiette. Scorpius l'avait remplie d'œufs brouillés et de ketchup, mais malgré cela, Albus n'y touchait pas. Son ami le fixait avec l'œil perdu d'un gamin à un enterrement.

— Réponds-moi sincèrement, Nev. Tu sais pourquoi il est comme ça ?

— J'ai ma petite idée, avoua le directeur dans un souffle.

— Et tu ne comptes pas me le dire ?

Neville resta silencieux quelques secondes, puis il répondit :

— Albus doute de lui, et il doute aussi de ce que tu penses de lui, mais tout cela tu le sais déjà… Quant à ta question… Honnêtement, non, je ne crois pas qu'il faille que je te dise ce que je crois savoir. Il existe une probabilité que tout se résolve si je t'explique tout... Mais il y a une probabilité équivalente que cela tourne au vinaigre. Je n'ai qu'une seule certitude : si tu découvres tout toi-même, en parlant à ton fils et – c'est une bonne idée – à Scorpius, tout se résoudra pour le mieux. J'en suis certain.

— C'est mon fils, Nev. Tu ne penses pas avoir un devoir de me dire ce que tu sais ? essaya Harry en connaissant déjà la réponse.

— Non. Pas si pour cela je dois trahir la confiance de mon filleul.

Harry soupira. Il savait que Neville répondrait un truc du genre et au fond de lui, il le comprenait. Peu importe, sa décision était prise depuis un petit moment. Son fils allait mal, il l'aiderait ! Qu'Albus le veuille ou non. Hors de question de laisser quoi que ce soit qui le fasse souffrir à ce point continuer à le dévorer de l'intérieur.

La première partie de son plan consistait à essayer d'arracher des informations à son jeune élève voltigeur. L'occasion pour le faire vint deux jours plus tard, lors de leur cours hebdomadaire.

Harry attendit la fin des quatre heures pour aborder le sujet, il ne voulait pas déconcentrer Scorpius avec des questions qui allaient le faire cogiter en pleine séance de musculation au sol. Ils avaient effectué leurs exercices en extérieur malgré le froid hivernal, pour renforcer la résistance de Scorpius aux températures des hautes altitudes. Seule une petite flamme que Harry avait conjurée brûlait dans un bocal entre eux et fournissait assez de chaleur pour faire fondre la neige alentour.

— Je peux te poser une question au sujet d'Albus, Scorpius ? demanda Harry avec un air préoccupé.

Le garçon leva sur lui deux yeux un brin étonnés. Il laissa retomber au sol sa jambe droite, qu'il maintenait jusqu'ici tirée en arrière contre ses fesses.

— Oui, bien sûr, répondit-il sans paraître trop enthousiaste.

Il attrapa sa jambe gauche pour l'étirer de la même manière. Harry chercha un peu ses mots. Il ne voulait pas avoir l'air trop intrusif… Il avait eu le temps de réfléchir à de bonnes tournures, mais à présent que le temps était venu de les dire rien ne le convainquait. Il soupira. Pas le choix de se lancer, l'état de son fils ne s'améliorait pas. Impossible de fermer les yeux.

— C'est un peu délicat, expliqua Harry, mal à l'aise. Je… Voilà, tu as dû voir comme moi qu'il ne va pas très bien non ?

— Oh, vous trouvez également ?

— C'est assez évident. Je le trouve amaigri, et il a un visage de zombie, on dirait qu'il ne dort pas la nuit !

— Il ne dort vraiment pas.

— Comment ça ?

Scorpius parut chercher ses mots, comme s'il ne voulait pas lui avouer quelque chose d'un peu honteux.

— Le soir, on s'endort toujours en laissant… euh, disons que je peux le voir, même la nuit. Parfois, si je me réveille et que j'allume ma baguette ou qu'il reste assez de braises dans la cheminée, je le vois les yeux grands ouverts dans son lit.

— Ah oui ? Et que fait-il ?

— Il cogite. Je crois.

— Il déprime ? demanda Harry, le cœur lourd.

— Oui, je crois bien que oui… J'ai connu ça, vous savez, et je faisais pareil.

Harry se passa la main sur le visage, les yeux fermés. Il n'y connaissait rien, il était incapable de diagnostiquer à coup sûr une dépression… Mais de son œil peu avisé, tout semblait l'indiquer. Scorpius pensait la même chose.

Il releva la tête.

— Étire-toi les lombaires, Scorp. Tu vas souffrir cette nuit, sinon. Il nous faudrait un kiné, ou un masseur si on doit ouvrir une section sport-études…

— Un masseur ? répéta-t-il d'une voix si faible que Harry crut avoir mal entendu.

Harry l'observa, mais Scorpius avait détourné le regard. Le garçon s'assit dans l'herbe du terrain, les jambes droites, puis il roula en arrière pour finir allongé sur sa nuque et le haut de son dos, tandis que ses jambes étaient au-dessus de sa tête et son dos rond. Harry lui attrapa les pieds et l'aida à s'étirer au maximum en appuyant dessus. Il ne s'arrêta que lorsqu'il vit grimacer son élève.

— Trente secondes mon garçon.

— Je douille.

Harry eut un petit rire. Il égrena les secondes à voix haute, puis libéra Scorpius une fois son supplice terminé. Celui-ci expira avec soulagement et laissa retomber tout son corps dans l'herbe froide, les bras en croix et les muscles amorphes.

Harry s'assit lui-aussi dans l'herbe, appuyé sur ses mains et les jambes droites. Il devait avoir l'air préoccupé, car Scorpius se redressa sitôt qu'il vit son visage.

— Vous vous inquiétez pour Al ? demanda-t-il d'une voix douce.

— Oui, évidemment… Pour ne pas te mentir, Scorpius, depuis qu'il est né il ne se passe pas un moment sans que je m'inquiète pour lui.

— Pourquoi ?

— Oh, ça vaut pour mes trois enfants… Un truc de père, je suppose, tu verras quand cela t'arrivera.

— Oh, moi j'ai le temps.

Harry eut un petit rire à nouveau.

— C'est sûr.

Il resta silencieux quelques secondes, puis il fixa Scorpius qui le regardait du même air curieux qu'auparavant.

— Toi aussi, tu t'inquiètes pour lui, n'est-ce pas ?

Il hocha doucement la tête.

— Mais moi, ce n'est que depuis la rentrée… Je… Je…

Scorpius paraissait hésiter à poser une question qui le démangeait. D'un seul coup, son regard se fit acéré et les mots s'échappèrent de sa bouche en un sifflement, comme la vapeur d'une théière.

— Pourquoi vous ne vouliez pas qu'Albus vienne chez moi, Monsieur ? Après… Après la m… J'avais besoin de lui ! C'était si cruel de refuser !

Harry fut surpris par le ton de Scorpius qui s'acidifia en quelques secondes. Ses yeux étaient durs et ses poings fermés serraient l'herbe du stade. Il ne parvenait pas à prononcer la fin de sa phrase, mais Harry avait bien compris ce qu'il voulait dire.

— Scorp, il faut que tu me pardonnes, l'interrompit-il, d'une voix douce mais assurée. Tu sais que ton père et moi ne nous sommes pas toujours bien entendus.

— C'est un euphémisme, souffla-t-il.

— En effet. Je n'ai que peu d'excuses pour ce qu'il s'est passé le soir du trente-et-un. Je n'aurai pas dû faire ce que j'ai fait. Le manoir de ton père a été un lieu sombre, très sombre dans le passé. Assez pour me marquer au point que j'agisse avec stupidité quand il en est question… Alors sur le moment, je n'ai pas su laisser dans le passé les choses qui devaient y rester. J'en suis désolé.

— Ces vacances… reprit Scorpius d'une voix plus calme mais néanmoins tremblante. C'était si bizarre. J'étais à la fois au fond du gouffre et si heureux que Al soit là. Mais depuis qu'on est à Poudlard, il va mal alors que moi j'ai rarement été aussi bien… Je ne comprends pas ce qu'il se passe, Merlin, c'est si nul…

Harry fut étonné de voir ses yeux humides. Sa voix laissait entendre qu'il se retenait de pleurer et ses yeux fixaient le sol. Il continua :

— Je devrais pleurer pour ma mère, mais je n'en ai pas envie. Je me sens mal de ne pas être triste, bon sang. Je suis heureux parce que j'ai mon ami, j'ai ma petite amie, j'ai mon père… Oui, ma mère me manque, mais ça ne suffit pas à me faire pleurer. Cependant, Al… On dirait qu'il est dans l'état dans lequel moi je devrais être, et je ne saisis pas pourquoi ! Je ne sais pas ce qui ne va pas, il ne veut pas me le dire, il m'ignore, il oublie nos trucs… Parfois il est si triste qu'il pleure dans son lit et ça me tue, de le voir comme ça… On ne rigole plus, on ne fait plus rien ensemble…

La détresse de Scorpius transpirait par tous les pores de sa peau. Harry avait envie de le prendre dans ses bras pour le consoler, mais il n'osa pas. Il se releva simplement, tendit sa main au garçon qui la saisit et se laissa relever. Il lui mit alors une simple main sur l'épaule et lui dit :

— Tu n'as pas à te sentir mal parce que tu ne pleures plus ta mère, Scorpius. Crois-moi, de là où elle est, elle est la plus heureuse des femmes de savoir que son fils va bien. Et tu lui manques aussi.

Il hocha doucement la tête, l'air toujours abattu.

— Et pour Albus ?

— Garde l'œil sur lui, mon garçon. Je vais tout faire pour essayer de l'aider de mon côté. Si j'y arrive, il aura besoin de son meilleur ami pour achever de lui faire retrouver le sourire, d'accord ?

Scorpius hocha à nouveau la tête.

— Allez, va te doucher. Regarde, je crois que ta belle t'attend déjà.

Au bout du stade, vers les vestiaires des joueurs, Oriana lui faisait un grand signe de main. Scorpius s'essuya les yeux d'un revers de la manche et se mit à marcher vers elle.


— Tu es sûr que tu ne veux rien, Al ? s'inquiéta Rose en essayant de le servir en tourte au poulet.

— J'ai pas faim… répondit-il à voix basse en repoussant l'assiette qu'elle lui tendait.

Cela faisait un mois qu'Albus avait compris qu'il n'était pas juste attiré par Scorpius. Un mois depuis cette séance avec le journal à hypothèses dans le bureau de son parrain. Le soir venu, lorsqu'il essaya de mettre de l'ordre dans sa tête et de comprendre la signification de ce qu'il avait vu, cela lui était apparu comme une évidence.

Oui, il était amoureux de son meilleur ami. Il rêvait de pouvoir passer sa vie à ses côtés, il voulait ne jamais le quitter, il voulait l'embrasser, le tenir contre lui, il voulait tout ce que cette débile d'Oriana Bell lui avait piqué. Il voulait être celui qui, chaque matin, rendait Scorpius heureux par sa simple présence. Celui qui le protégerait de tout, celui qui l'aimerait pour toujours… En revanche, l'idée d'être amoureux d'un garçon, ce garçon, le déprimait toujours autant. Cela faisait de sa vie un enfer absolu.

Il rêvait de lui, parfois. Certaines nuits, souvent lorsque toute une journée s'écoulait sans qu'ils ne s'adressent la parole, il rêvait de Scorpius. Il rêvait qu'ils se câlinaient, se tenaient la main, s'embrassaient parfois, ou même simplement qu'ils discutaient. Chaque fois, il se réveillait reposé mais paradoxalement plus épuisé que la veille.

Le plus terrible était de se dire que cette fascination qu'il ressentait – il peinait toujours à prononcer le mot « amour » – il serait à jamais le seul d'entre eux à la ressentir. Scorpius avait été clair : il n'était pas intéressé par les garçons. C'était simple, net, aucun sortilège, aucune potion ne pouvait faire devenir son ami gay. La froideur implacable de cette vérité le plongeait dans une tristesse infinie. Que pouvait faire un jeune garçon gay quand il était amoureux d'un mec hétéro ? Rien. Il n'y avait rien à faire, si ce n'était passer à autre chose. Quelle blague ! Il était bien incapable de passer à autre chose, Scorpius était toute sa vie depuis quatre ans et le serait encore longtemps, ami ou amant !

Sans compter que tous ces mots, « gay », « amoureux »… Ils le terrifiaient ! Il ne voulait pas être gay, il ne voulait pas être amoureux de Scorpius ! Et pourtant, chaque heure, chaque minute, chaque seconde où il était éveillé, il n'avait que l'image de cet adorable garçon en tête, chaque instant où ils n'étaient pas ensemble il se demandait où il était et s'il pensait à lui, et dès qu'ils étaient ensemble il haïssait la présence d'Oriana la Maléfique, cette horrible fille.

Les rares moments où il parvenait à évacuer Scorpius de sa tête, il les passait à chercher un moyen de vivre toute sa vie avec ce sentiment dévorant qui lui mettait chaque matin une boule de plomb dans l'estomac. Chaque fois, il se heurtait à un mur : nul ne pouvait vivre comme cela. Tôt ou tard, cela devrait cesser. Si seulement il savait comment ! Il donnerait tout pour que cela cesse.

Alors, nécessairement, ce mois passa lentement. Il dormait peu tant il pensait à tout le reste, et surtout il mangeait peu. De toute façon, il n'avait aucun appétit. En un mois, il se fit plus maigre, son visage s'était creusé, émacié et les cernes semblaient s'être installés pour de bon. Régulièrement désormais, afin de fuir l'omniprésence d'Oriana la Maléfique aux côtés de Scorpius, Albus abandonnait son ami pour manger avec sa cousine et sa sœur à la table de Gryffondor. Pas qu'il n'en eût spécialement envie, mais s'il allait à la table de Serdaigle, il subirait Oriana et toutes ses amies qui paraissaient s'entendre à merveille avec Scorpius. Cette image lui donnait la nausée, il préférait s'en éloigner.

Rose soupira.

— Cela fait combien de temps que tu n'as pas parlé avec Scorpius ? demanda-t-elle.

Albus leva les yeux au ciel.

— En dehors du strict minimum pendant les cours ? J'sais pas. Deux jours ? marmonna-t-il.

— Al, qu'est-ce qu'il se passe, enfin ? Y a un mois tu t'enfuis de chez tes parents pour vivre avec ce mec pendant une semaine, et là tu ne lui parles plus ? Dis-moi ! Vous vous êtes engueulés ?

Il fit non de la tête.

Il n'avait jamais avoué ses sentiments à qui que ce soit. Son parrain avait sans doute fini par deviner qu'il n'était pas juste « attiré », mais il était sûr et certain que c'était le seul autre être humain sur cette Terre à savoir cela. Il avait beaucoup hésité, mais il s'était finalement refusé d'écrire une lettre à James… Il avait beau avoir promis, il ne se sentait pas la force de mettre ses sentiments par écrit, encore moins dans une lettre froide et impersonnelle. Il le ferait, mais plus tard, quand il serait prêt.

Lyanna, Lysander et Lily s'échangeaient des regards circonspects. Rose reprit :

— Vous ne vous êtes pas engueulés, mais vous ne vous parlez plus quand même. Est-ce que… Euh… Est-ce que quelque chose a changé, entre vous ?

Albus fronça les sourcils. Il se tourna vers sa petite sœur.

— Qu'est-ce que tu lui as encore raconté, Lily, putain ?

— Moi ? Mais… mais rien du tout ! bafouilla sa jeune sœur.

— Vous me faites chier, grogna Albus, exaspéré, en se levant de son banc. Je vais à la bibliothèque. J'ai besoin de calme.

Il s'en alla. La jeune Lyanna l'observa partir, toujours interdite, puis, une fois qu'il eut disparu, annonça :

— Bien trop peu subtil, Rose ! Il nous faut un nouveau plan si on veut lui faire cracher le morceau !

— J'fais ce que je peux… grogna-t-elle, agacée.

Pendant ce temps, dans le couloir du premier étage, Albus se dirigeait vers la bibliothèque. C'était un peu devenu son repère, ces jours-ci. Il y était tranquille et il lisait des tonnes et des tonnes de livres sur les potions et les ingrédients les plus rares.

Au moins, ses résultats académiques resplendissaient depuis qu'Oriana la Maléfique s'était mise entre Scorpius et lui. Il passait tellement de temps à se réfugier dans les études qu'il obtenait un nombre de O et de E à ses tests qu'il n'avait jamais eu auparavant. Même en sortilèges et en défense contre les forces du mal, il parvenait à lancer tous les sorts qu'il apprenait en quelques jours à peine.

Mais la plus spectaculaire progression bénéficia à son niveau en potions. Lors de leurs cours du mardi, Monsieur Malefoy n'était plus indifférent à ses préparations. Et Albus devait bien avouer qu'il se prenait à ce petit jeu. Il commençait à comprendre comment les ingrédients interagissaient entre eux, l'alchimie qui prenait et les règles que dictaient les lois universelles qui régissaient le monde… Cela lui plaisait, une fois par semaine, de s'éloigner de tout dans la cave du maître des potions. Il ne pensait plus à Scorpius ou à Oriana, et encore moins aux Fils du Phénix au sujet desquels il n'avait toujours aucune information… Non, à ces moments, il ne pensait qu'à sa potion, comment la rendre plus belle, plus amusante, plus créative…

Monsieur Malefoy, plutôt que de lui faire fabriquer des potions aux recettes connues, avait continué à le laisser inventer ses propres préparations. Albus trouvait que la création de potion était une discipline fascinante lorsqu'on comprenait ce qui se cachait derrière. Ce n'était pas de la simple cuisine, il était réellement stupéfié par les possibilités. Il n'y avait jamais de potion parfaite, on pouvait toujours être plus poétique, plus charmeur… Il avait réussi une fois à produire une potion qui faisait parler son sujet en bulles. À la place de mots, c'étaient des grosses bulles multicolores qui sortaient de la bouche et l'on entendait les mots que lorsqu'elles explosaient. On avait l'air débile, mais cela avait un côté poétique tout à fait charmant. Ce jour-là, pour la première fois, Monsieur Malefoy l'avait félicité pour sa création. Cela dit, il ne lui avait fallu que quelques minutes pour suggérer d'ajouter de l'essence d'arquebuse, ce qui permit aux bulles d'exploser en une multitude de papillons qui disparaissaient après quelques secondes. C'était encore plus beau !

Albus voulait être capable de ce genre de perfection, de pouvoir citer en quelques secondes l'ingrédient parfait, l'ultime touche qu'il manquait. Alors il lisait et il s'appliquait en cours. La plume à recettes que lui avait offerte Scorpius était l'unique chose qui lui faisait parfois penser à son ami pendant ses cours particuliers. Le reste du temps, il était concentré sur sa préparation et ses effets. Monsieur Malefoy commençait même parfois à prendre des notes.

Les premiers cours au retour des vacances avaient été étranges. Si devant ses classes, le père de Scorpius ne laissait jamais paraître le visage d'un époux qui venait de perdre sa femme, lorsqu'il était seul avec Albus, c'était différent. Cela fut laborieux. Monsieur Malefoy paraissait absent, parfois complètement absorbé par ses pensées, perdu, il pouvait passer des heures à regarder un genre de petit bout de papier sans rien dire… Sans doute une photo.

Puis cela s'était amélioré en même temps que la compétence d'Albus. Ils discutaient à présent, parfois longuement, de tout et de rien. Cela leur arrivait d'évoquer Scorpius, mais Albus préférait éviter le sujet et répondait aux questions de manière laconique lorsque Monsieur Malefoy essayait de l'emmener sur ce terrain.

— Pas un pas de plus, Potter !

Albus sursauta. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas fait attention au lieu où le menaient ses pas. Il était à présent à deux embranchements de la bibliothèque, dans l'un des petits couloirs qui menaient aux toilettes et aux petites salles de classes des cours en option.

Devant lui, trois garçons se tenaient. Ils paraissaient plus âgés que lui et, vu leur tenue, ils semblaient tous être de Poufsouffle.

— Je vois le genre… grogna Albus. C'est McLaggen qui vous envoie ? Les Poufsouffles s'allient aux Gryffondors, c'est ça ?

Les trois garçons se regardèrent, puis le plus vieux éclata d'un rire mauvais.

— McLaggen ? Cet incapable tout juste bon à finir à poil devant toute l'école ? Jamais…

— Fais un effort, Potter ! enchaîna un autre. Tu crois vraiment que nous, on prend nos ordres de McLaggen ? Ce type est bien trop con pour rejoindre un jour les…

— Ta gueule ! interrompit le plus grand.

Il y eut un silence. Albus plissait les yeux. Les quoi ? Qu'est-ce qu'on l'avait empêché de dire ?

— Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il, peu rassuré.

Derrière les trois garçons, il en vit alors un quatrième, bien plus jeune, qu'il reconnut immédiatement. C'était celui qu'il avait attrapé en train d'écouter Maury avec son ami de Serpentard le jour où il était allé voir son parrain. Le plus grand, qui le menaçait de sa baguette, était sans doute son frère. Dans sa poche, Albus referma lentement sa main sur sa baguette.

— On devrait te stupéfixer sur place, Potter, gronda le plus grand.

— À trois contre un, ce serait courageux ! commenta-t-il en sentant son cœur battre.

Il se devait de garder la face, mais il n'avait pas vraiment confiance en lui. Il avait beau s'améliorer en magie, son état général risquait de le trahir et de l'empêcher de se défendre convenablement. Sans compter qu'il n'avait aucune chance de s'en tirer seul face à trois brutes, mais il ne voulait pas se montrer faible !

— T'es bien placé pour parler de courage alors que tu attaques mon petit frère par surprise ! asséna encore le plus grand.

Albus ne sut que répondre.

— Tu es bien le petit copain de ce salaud de Malefoy, pas vrai ? envoya le deuxième bonhomme.

— Le fils de Voldemort ! précisa le troisième comme si c'était nécessaire.

— Saleté de pédé ! cracha le plus jeune.

En une seconde, l'anxiété d'Albus devint de la colère.

— D'une, envoya Albus d'un air menaçant et en faisant un pas, je suis pas son petit copain, c'est clair ? Faudrait être aveugle pour pas voir qu'il est avec cette Serdaigle depuis des semaines, imbécile !

Il fit encore un pas.

— De deux, c'est pas le fils de Voldemort. Vous voyez comme moi que c'est une copie de son père, non ? Bande de demeurés.

Il s'avança une dernière fois et se retrouva nez-à-nez avec le plus grand d'entre eux.

— Et de trois, si j'entends encore une fois le sale mioche qui te sert de frère prononcer le mot « pédé », je lui jette un sort. Tu as compris ?

Toutes les baguettes pointaient sur lui, mais il était armé de la sienne. La colère exagérait sa confiance en lui. Il n'attendait qu'une chose : que l'un d'entre eux craque et envoie un sort, pour dégainer et tirer dans le tas. Il aurait le temps de se faire mettre à terre dix fois, mais il toucherait à coup sûr au moins l'un d'entre eux, et il comptait bien être efficace.

— Tu veux m'embrasser, Potter ? provoqua le plus grand, menaçant, lorsqu'il se trouva à quelques centimètres de lui.

— Ça te plairait, hein ? répondit Albus en le fixant droit dans les yeux.

— Si c'est vraiment pas ton copain, alors donne-le aux Fils du Phénix ! grinça le deuxième garçon. Eux pourront prouver si oui ou non il est le fils de Voldemort.

Albus hésita. Sa première idée fut de répondre qu'il étranglerait le premier qui touchait à Scorpius, mais en y réfléchissant, il avait peut-être là de quoi comprendre un peu mieux qui étaient ces Fils du Phénix ! Il décida de jouer la carte de l'ignorance et de tenter le coup. Afin de ne pas paraître trop suspect, il reprit sur le même ton qu'il avait jusqu'à maintenant :

— Ouais, alors faudrait déjà que j'aie la moindre idée de qui sont ces mecs, pauvre taré.

— Te moque pas de nous, Potter. Avogado McKinsey ou Elisabeth Landnorth sont présents à chaque émission de Maury. Tout le monde sait qui ils sont ! grogna le troisième.

— Eh ben pas moi ! répondit-il. J'écoute pas Maury, donc je veux bien parler de ce que vous voulez, mais sans en savoir plus, ça va être compliqué.

— Nos parents en sont ! couina le plus jeune depuis derrière son grand frère.

— Tais-toi !

Albus resta bouche bée. Ces imbéciles étaient des fils de Fils du Phénix ? Ça expliquait pourquoi ils avaient le cerveau réduit en bouillie. Il était néanmoins terrifiant de savoir que cette espèce d'organisation avait déjà infiltré Poudlard ! Oh, ce n'étaient pas ces quatre idiots qui allaient faire grand mal, mais leurs parents étaient bien plus dangereux et Scorpius était facilement accessible une fois que l'on était dans le château…

La première des trois brutes reporta son attention sur Albus et se mit à expliquer à voix basse :

— Les Fils du Phénix finissent le travail de l'Ordre du Phénix. Après la guerre, ils ont continué à pourchasser tous les Mangemorts que l'Ordre avait oubliés, et ils se sont assurés que tout le monde obtienne justice. Désormais, vu que le fils de Voldemort pourrait permettre sa réincarnation, ils veulent le supprimer.

Albus eut un frisson. Il prenait soin d'enregistrer chaque mot qu'il entendait pour les redire tels quels à son parrain.

— Ah carrément ! Et donc s'ils veulent Scorpius, je suppose que ce n'est pas pour lui offrir le thé ? demanda-t-il, faussement détaché.

À l'intérieur, son cœur battait comme jamais. Il était terrifié.

— Ils veulent juste l'interroger. Savoir s'il est bel et bien le fils de Voldemort. Et si oui, ils le remettront aux Détraqueurs. Les Fils du Phénix ne font rien d'illégal, Potter.

— Qu'est-ce qu'il se passe ici ? fit une voix traînante dans le fond du couloir.

Drago Malefoy approchait à vive allure. Tout le monde rangea précipitamment sa baguette, mais le professeur n'était pas dupe.

— Quatre contre un dans un couloir sombre et des baguettes qui disparaissent quand j'arrive ? Je suppose que vous ne répétiez pas un morceau de scies musicales, messieurs, n'est-ce pas ? Filez dans votre salle commune. Et j'enlève 10 points chacun à Poufsouffle !

— Hey ! Potter était là aussi, pourquoi il perd pas de points, lui ? grogna l'un des garçons.

— Parce qu'il était seul contre vous quatre.

— C'est pas juste !

Les quatre Poufsouffles finirent par détaler. Albus, le cœur battant toujours la chamade, sauta sur l'occasion.

— Monsieur Malefoy, je dois vous dire quelque chose !

— Cela tombe bien, moi aussi !

— Mais c'est grave ! Je crois que Scorpius est en danger à Poudlard.

— Pardon ?

L'adulte parut soudain concerné, mais il ne semblait pas croire la chose possible. Albus parlait d'une voix précipitée, il voulait dire tout ce qu'il avait entendu le plus vite possible.

— Ces gars, les Fils du Phénix, ils en ont après lui ! Ça a l'air d'une secte ou quoi, qui s'est mise en tête de finir le travail de l'Ordre et de pourchasser les Mangemorts, et avec ces conneries de fils de Voldemort ils pensent qu'ils doivent interroger Scorpius, et y a des mecs ici dont les parents en font partie, et… Et… Il faut me croire, Monsieur !

— Albus ! Calme-toi jeune homme ! Tu as l'air pâle comme un fantôme, tu es sûr que tout va bien ?

— Certain ! Il faut me croire, Monsieur Malefoy !

Il se sentait prêt à prier, supplier, n'importe quoi pour qu'on le croie !

— Écoute, même si je te croyais, Scorpius est en sécurité à Poudlard. Des mômes de seize ans ne pourront pas lui faire de mal. Et crois-moi, j'ai l'œil sur lui ici. Je sais qu'on veut m'atteindre par lui. En plus ces derniers jours il n'est jamais seul, il est toujours fourré avec cette Serdaigle… Oh, à ce propos tu dois être content pour lui !

— Oh, euh… Oui, très content, bafouilla Albus qui ne s'était pas attendu au changement de sujet.

S'il était persuadé qu'en effet Scorpius ne craignait pas grand-chose dans l'enceinte de Poudlard, il n'était pas certain que ces Poufsouffles étaient si inoffensifs que ça. Si Monsieur Malefoy n'était pas intervenu par miracle pour éviter les sorts, qui sait ce qui se serait passé !

— Vous ne me croyez pas, constata Albus, mi-déçu, mi-paniqué.

— Mais si, mais si, je te crois ! Cependant, tant qu'il est à Poudlard, il est en sécurité, d'accord ? Si tu en doutes, tu peux toujours veiller sur lui, comme tu l'as toujours fait. Et passe le message à Oriana Bell également !

Albus avait envie de sauter sur Monsieur Malefoy et de le secouer. Il donnerait tout pour qu'il le croie, mais cela n'allait pas arriver. En cet instant, le père de Scorpius paraissait si heureux que son fils sortît avec une fille, une vraie, qu'il en était totalement aveuglé. Résigné, il décida de s'occuper de la sécurité de Scorpius lui-même.

— Vous aviez quelque chose à me dire, Professeur ? demanda-t-il pour changer de sujet.

— Ah, oui, tout à fait, se souvint son professeur. Je te pense prêt à tenter la potion de perceptivité, tu en dis quoi ? Et selon le résultat, l'ultime but du Felix Felicis serait droit devant nous !

— Très bien, Professeur.

Celui-ci sembla surpris par la réponse laconique. Il laissa un petit silence gêné, puis reprit :

— Bon, eh bien dans ce cas, je te dis à demain, Albus !

— À demain, Professeur.

Albus passa tout le reste de la journée dans sa chambre, à suivre sur la Carte du Maraudeur les mouvements de Scorpius. Il regrettait de ne pas avoir obtenu le nom de ses agresseurs, il aurait voulu les suivre également ! À la place, il était forcé d'observer ce petit point, près du lac, auquel était désespérément accroché, telle une sangsue, le point d'Oriana Bell…

À tous les sentiments qui tempêtaient en lui depuis des semaines, il devait à présent ajouter l'angoisse permanente que quelque chose n'arrive à son ami. Ce soir-là, Scorpius rejoignit le dortoir après avoir passé de bien trop longues minutes dans une alcôve avec Oriana. Il adressa un regard en coin à Albus avant de s'asseoir négligemment sur son lit en poussant un soupir trop long. C'était le genre de soupirs faux, qui laissaient croire qu'on avait eu une journée bien pleine alors que pas du tout.

— Tu étais où, Al ? Je t'ai cherché partout !

Il eut envie de lui répondre que ce n'étaient pas ses affaires et qu'il pouvait aller se faire mettre, mais il dit à la place :

— J'étais là.

Scorpius se trémoussa. Il paraissait mal à l'aise.

— Tu es sûr que ça va, Al ? Je… Tu es bizarre, ces temps-ci, s'enquit son ami.

Il eut envie d'expliquer que s'il n'allait pas bien c'était à cause de la Maléfique qui le suivait comme un caniche depuis six semaines, mais il préféra répondre :

— Non, ça va…

— Pour de vrai ? Je… je veux dire, tu sais que tu peux tout me dire, n'est-ce pas ?

— Oui, je sais, Scorpius.

— Je vois bien que tu ne vas pas bien, Al.

Son ami baissa un peu les yeux. Il paraissait inquiet, préoccupé. Albus ne dit rien, mais au fond de lui, il priait pour qu'il le secoue un peu, qu'il l'engueule même, tant qu'il essayait de comprendre ce qui n'allait pas avec lui… Il serait heureux.

— Tu m'en parleras quand tu te sentiras prêt, d'accord ?

Albus sentit son estomac se serrer. Soupirant une dernière fois, Scorpius changea de sujet brusquement en racontant :

— J'ai croisé ton père ! Il m'a dit qu'on allait enfin remonter sur un balai, demain ! annonça-t-il, guilleret. Il m'a dit que j'avais pris assez de poids pour me tenir au manche.

Cette fois, il eut envie de crier. De frustration, de colère, d'angoisse, tout pour que cet imbécile heureux de Scorpius Malefoy comprenne qu'il n'était pas en état de l'entendre partager sa belle journée ! C'était fou, mais cela lui donnait presque envie de lui jeter un sort !

En enchaînant les réponses laconiques, comme chaque soir, Albus rendit la conversation aussi intéressante que le carton d'une boîte de céréales. Bientôt, Scorpius, soupirant une énième fois, abandonna tout espoir de partager une bonne soirée avec lui et se mit au lit.

Ils gardaient par habitude les rideaux de leurs baldaquins ouverts de sorte qu'ils puissent se voir en tout temps, mais cela ne leur servait plus à rien désormais. Ces rideaux qui autrefois furent leur meilleur moyen de discuter, de planifier, de comploter, n'étaient là que pour observer le désert morne et aride qu'étaient devenues leurs interactions. Albus ne savait pas trop si Scorpius souffrait de la dégradation de leur amitié autant que lui. Si oui, en tout cas, il ne le montrait pas. « Il est sans doute trop occupé à être heureux parce qu'il va bientôt voler », pensa-t-il avec rancœur.

Albus, lui, souffrait de cela. Ou plutôt, il souffrait de voir Scorpius aussi proche d'Oriana la Maléfique et de la ruine que cette horrible fille faisait planer sur eux telle une épée de Damoclès. Et ce n'était même pas la seule ! Une seconde épée avait été accrochée par les Fils du Phénix et que seul lui semblait prendre au sérieux ! L'idéal aurait été de trouver un moyen de le protéger tant d'eux que de sa petite copine. Il y avait ce dortoir, certes, mais il ne pouvait pas y enfermer son ami, ou alors…

L'infirmerie ! L'infirmerie leur permettrait d'être tranquille ! On pourrait interdire les visites d'Oriana et des autres inconnus, et puis Madame Shelby garderait sans cesse un œil sur lui ! C'était le lieu parfait…

Un plan se fomenta tout à coup dans la tête d'Albus. Il se promit d'en parler avec Rose le lendemain, lorsque ce serait écoulée cette nouvelle nuit à observer le plafond, trop torturé pour s'endormir.

C'était décidé. Il allait envoyer Scorpius à l'infirmerie.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !

Albus ne va toujours pas très bien, et il inquiète autour de lui. Ses amis et proches essayent d'agir, y parviendront-ils ? Et cette idée qu'il a soudain, bonne ou mauvaise ? Un début de réponse vendredi 30 septembre, pour le chapitre 14 : Échec critique !

Quant à moi il ne vous reste plus qu'à comme d'habitude vous supplier pour que vous me disiez ce que vous pensez de tout ça, j'adore avoir vos avis, vos commentaires, vos idées sur la suite, et j'aime parler avec vous, donc continuez continuez, envoyez, c'est si important ! J'ai hâte de vous voir chaque weekend, à présent :D

Je vous souhaite une très bonne semaine !