Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Beaucoup de choses à dire aujourd'hui, donc je ne perds pas de temps.

La plus importante d'entre toutes c'est que je dois souhaiter un excellent anniversaire à ma chère bêta Pouik, que j'embrasse bien fort et sans qui cette histoire n'aurait rien de la tête qu'elle a aujourd'hui. Sincèrement, ceux qui publient avec le tag "no beta we die like real men" sur AO3 j'sais pas comment vous faites pour avoir des écrits de qualité ! Y en a ptet pas, remarque, je peux pas le savoir car ce tag est un peu un repoussoir pour moi donc j'en lis peu :P

Pouik a publié son dernier OS qu'elle m'a dédié pour mon anniversaire il y a quelques semaines, allez le lire car il est vraiment bon ! J'ai été si touché par le geste, c'était vraiment adorable. C'est un scorbus, évidemment, mais dans le style militant et aiguisé de Pouik ça rend du tonnerre. Un long OS écrit dans le cadre d'un atelier d'écriture du Discord Potterfictions et qui s'intitule Se sentir à sa place, je vous laisse aller découvrir ça sur son profil ! Vous la trouverez dans mes reviews si vous avez la flemme de chercher. Et laissez-lui un petit message à elle aussi, elle le mérite de ouf !

Je continue en vous remerciant pour toutes vos reviews qui me touchent toujours autant, savoir qu'autant de personnes suivent ces histoires pour mes deux petits princes à moi et écrites par moi, c'est vraiment grandiose.

Un message pour Une lectrice qui m'a laissé une longue review anonyme à laquelle je ne peux malheureusement pas adresser une réponse digne de ce nom sans écrire une note de chapitre aussi longue que le chapitre lui-même. Je dirai donc juste merci à toi d'être là, pour ton retour si complet, merci de continuer à aimer cette histoire et ses persos, et je te suggèrerai d'attendre quelques chapitres. Ce que tu aimes viendra, promis, tout le dernier tiers de l'histoire y sera consacré. Mais j'adore explorer les sentiments adolescents et leur intensité si fulgurante, la dépression, le désespoir, et ce passage est pour moi un passage obligé pour qu'Albus devienne enfin la belle personne qu'il peut être. Il ne s'apitoie pas, il a envie de se battre, mais il se sent seul et dans une impasse. Ne t'inquiète pas, Albus reste un Potter, et il conquerra le cœur de Scorpius de la meilleure manière. Avec courage et héroïsme. Je comprends que tu voudrais plus du POV de Scorpius ou de Drago, mais cette histoire est belle et bien celle d'Albus, son point de vue était celui avec le plus d'intérêt à mon sens, et les écarts à ce principe sont peu nombreux. Je ne les fais que lorsque c'est nécessaire, comme au chapitre précédent où il était important que l'on voit que Harry est très inquiet pour son fils. On retrouvera le POV Scorpius dans au moins une longue scène qui viendra bientôt.

Mais merci à vous toutes et tous, qui reviewez chaque chapitre systématiquement, et qui me donnez l'envie et la force de continuer à écrire des trucs, et bien. J'aime recevoir vos avis, vos compliments, vos critiques et vos conseils. J'aime parler du scénario, des choix que j'ai fait, j'aime entendre quand vous pensez que ce sont les bons, ou les mauvais ! Donnez tout !

Shoutout habituel également à Shik-Aya-chan qui comme Pouik a assuré a la relecture de cette histoire ! Merci à elles !

Bonne lecture


Chapitre 14

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Échec critique


Lorsqu'Albus se réveilla le lendemain, il avait dormi à peine cinq heures. Ses nuits en pointillées étaient sans doute la conséquence la plus insupportable de son mal-être. L'avantage, au moins, c'était qu'en se levant à six heures, il avait la salle commune pour lui tout seul. Lorsque le soleil se levait, il venait glisser sur la surface du lac comme une pierre qui ricochait avant de percer les lucarnes de la pièce, ce qui faisait du matin le moment le plus lumineux de la journée dans la salle sous-marine.

Il profitait de ces matinées pour faire des devoirs ou lire des livres de potions. Tout plutôt que de penser à son état déplorable… Il détestait se voir le matin tant il ne reconnaissait plus le garçon terne qui l'observait en retour. Il se trouvait laid et si peu joyeux… Il n'était pas surpris que Scorpius, qui louait d'habitude sa bonne humeur permanente et son énergie inépuisable, s'éloignât de lui.

Il repassa dans sa tête son emploi du temps de la journée. Il avait quatre heures de cours ce matin : deux heures de sortilèges et deux heures d'histoire de la magie. Au moins, il n'était pas forcé de parler avec Scorpius pendant ces cours, il pouvait faire semblant d'être très occupé à gratter des mots en pattes de mouche sur ses rouleaux de parchemin. Après cela, il devait passer quatre heures en cours particulier de potions avec monsieur Malefoy. Voilà au moins une chose qui allait égayer un peu cette triste journée.

Il s'amusait d'à quel point son avis sur ce cours avait changé avec le temps. À présent qu'il avait atteint un niveau acceptable et qu'il se sentait faire de véritable progrès, il commençait à comprendre le fonctionnement merveilleux de toute cette matière.

Pour finir, il devait capter Rose et lui faire part de son plan pour protéger Scorpius des Fils du Phénix. Même s'il refusait de se l'avouer, le fait que ce plan le mettait aussi à l'abri d'Oriana la Maléfique n'était pas pour lui déplaire. Il y avait réfléchi une bonne partie de la nuit, son idée était risquée mais valait le coup, vu l'enjeu.

Abus avait abandonné l'idée de voir sa cousine pendant un repas. Dans la Grande Salle, Lyanna, Lysander et Lily ne seraient sans doute pas loin et il ne se sentait pas du tout de leur parler de tout ça. Il avait envie de discuter entre grands.

La matinée se fit aussi lente qu'il s'y était attendu. Lui et Scorpius n'échangèrent aucun mot pendant les cours, excepté peut-être lorsque Al fit tomber sa plume et que son ami la ramassa pour lui. Et encore.

La seule « conversation » entre eux eut lieu lors du repas de midi. Albus oubliait souvent que le mardi, Oriana avait un cours en option de midi à treize heures et mangeait plus tôt. En conséquence, Scorpius se retrouvait seul et n'avait d'autre choix que de manger face à lui, qui ne pipait mot.

— Tu as bien dormi ? demanda celui-ci avec un ton pas vraiment intéressé.

Albus approuva d'une onomatopée.

— Je t'ai pas vu, ce matin. Tu étais dans la salle commune tôt ? C'est pas cool que tu dormes aussi mal en ce moment…

À nouveau, il acquiesça sans lâcher le moindre mot.

— C'était chiant, le cours de botanique…

Voilà. C'était là le niveau le plus élevé de conversation qu'Albus Potter et son ami de toujours, son frère de cœur Scorpius Malefoy étaient capables d'échanger ces dernières semaines. Cela le rendait fou, mais le pire c'était la façon dont son ami semblait ne pas se rendre compte qu'ils n'étaient à présent pas plus proches que deux étrangers. Lui vivait sa petite vie, sans s'inquiéter du visage émacié, cerné, épuisé qu'arborait Albus depuis des semaines…

Ils ne parlèrent même pas de leurs cours particuliers, malgré l'excitation évidente de Scorpius à l'idée de remonter sur un balai pour la première fois depuis trois mois. Ils se séparèrent simplement, sur un « à toute' ! » enjoué de Scorpius. Sans y réagir, Albus se dirigea vers l'escalier du Grand Hall qui descendait vers les donjons et les salles de potions.

Lorsqu'il arriva, il vit son professeur affairé à sortir un nombre colossal d'ingrédients, de verrerie et d'ustensiles des placards de la salle. Deux paillasses étaient pleines d'instruments et une troisième contenait tous les ingrédients.

— La potion de perceptivité ! annonça celui-ci avec enthousiasme en désignant tout le bazar qu'il avait étalé dans la salle.

Albus observait le tout, ahuri.

— Il faut vraiment tout cela ? lâcha-t-il sans parvenir à masquer l'inquiétude dans sa voix.

— Eh oui. C'est une potion extrêmement difficile, Albus.

C'était amusant comme son professeur le tutoyait et l'appelait par son prénom durant leurs cours particuliers, mais préférait le vouvoyer et l'appeler « Monsieur Potter » durant les heures de cours classiques.

— Comme je te l'ai dit, continua le professeur, il s'agit d'une potion un peu plus compliquée que la potion Tue-Loup, mais plus simple que Felix Felicis. Tu sais donc à quoi t'attendre.

Albus était inquiet. Angoissé, même, et il avait beau se dire que si son professeur lui proposait la tâche, c'est qu'elle était à sa hauteur, il ne parvenait pas à se rassurer. De plus, il n'était vraiment pas en état de se lancer dans une recette de haute voltige actuellement… Il avait l'impression qu'il pouvait s'effondrer à chaque instant qui passait, sans compter qu'il avait du mal à supporter l'échec ou la pression. Il se tança mentalement de n'avoir pas pensé à se faire porter malade alors que son professeur lui avait annoncé le sujet de la séance la veille !

— Au boulot, Albus. Je t'observe. Vu le temps que prend la potion, tu ne devrais pas traîner.

Il s'installa, debout, derrière une paillasse libre. Il ouvrit son sac et prépara sa plume à recettes, puis installa son chaudron sur un brûleur, et déroula le parchemin qui l'attendait.

Sans rire, il n'avait jamais lu une recette aussi longue et compliquée. La vingtaine d'ingrédients à ajouter nécessitait à chaque fois une préparation différente, minutieuse et affreusement technique. Le pire venait de l'écorce de saule cogneur. Il fallait râper des morceaux d'écorce à l'aide d'un couteau d'obsidienne, puis utiliser les copeaux pour en extraire ce qu'on appelait le sérum de saulier en se servant d'une autre potion à faire en parallèle ! Heureusement, il avait déjà entendu parler de celle-ci. Il avait appris l'existence du sérum de saulier grâce à un livre et la potion qui permettait de l'obtenir était raisonnablement difficile à faire, soit rien qu'il ne pouvait surmonter. Ce qui l'inquiétait plus, c'était que le sérum devait être mélangé avec le contenu du chaudron principal pendant dix à douze secondes. Cela signifiait que les particules de sérum devaient être extraites du mélange à l'aide d'un sortilège d'attraction, et au bon moment ! Moins de dix secondes avant, et l'effet du sérum serait trop faible, et une demi-seconde après la douzième le chaudron explosait. Or lui, il était pitoyable en sortilèges, encore plus avec le sortilège d'attraction qui nécessitait d'avoir confiance en soi pour réussir. Plus l'objet était loin ou petit, plus il fallait être ferme et confiant dans son sort. Autant dire qu'à ce stade, il aurait été incapable d'attirer un éléphant placé à deux mètres de lui.

Il voulut expliquer à son professeur qu'il ne se sentait pas assez en forme pour tenter une préparation aussi exigeante, mais lorsqu'il leva les yeux de la recette, celui-ci l'observait avec un mélange d'anticipation et de fierté qu'il n'avait jamais vu sur son visage, encore moins à son adresse. Il croyait en lui et cela le rendit incapable de renoncer. Il s'en serait trop voulu de décevoir son professeur, le père de Scorpius, par-dessus le marché ! Il se secoua, retira sa cape et son pull pour se retrouver en chemise et retroussa ses manches.

Deux heures après le début de la préparation, il se sentait curieusement bien. Alors certes, son front était perlé de gouttes de sueur auxquelles il devait faire très attention pour qu'aucune ne vienne contaminer sa préparation, il avait mal aux pieds à force d'aller et venir et aux poignets à force de mélanger et couper, mais à part ça, rien ne lui échappait. Il avait trois chaudrons sur le feu : le principal au centre, celui qui contenait la potion pour extraire le sérum de saulier et qui fumait d'une bonne odeur de sous-bois à gauche, et à droite un troisième qui devait servir à rendre inertes les particules du sérum après leur extraction de la préparation – celles-ci étaient très instables et risquaient de causer un accident. Il approchait du moment fatidique, et malgré toute sa réussite jusqu'à présent, il ne parvenait pas à avoir confiance en lui.

Sa potion intermédiaire avait exactement la transparence nette et l'odeur qu'elle devait avoir. Albus déglutit. Il prit le petit bocal qui contenait ses copeaux d'écorce de saule et les plongea dans le chaudron. Aussitôt, son contenu devint noir et épais comme de la poix, l'odeur vira soudainement d'un sous-bois d'automne à celle du pétrole brut. Son sérum de saulier était prêt et d'une excellente qualité. Albus prit sa baguette.

— Concentration, Al, prévint son professeur, les yeux rivés sur sa potion.

Albus tiqua. C'était la première fois que monsieur Malefoy l'appelait par son surnom. Son professeur paraissait si fasciné par ce qu'il faisait depuis le début de la séance qu'il s'en sentit soudain fier.

Il coupa le feu sous le sérum de saulier, puis se saisit d'un verre gradué. Il le remplit d'exactement un décilitre de potion. Avant de continuer, il chaussa une paire de lunettes et des gants de protection. Ajoutés à l'épais tablier de cuir qu'il portait, il était fin prêt pour tenter la dangereuse étape finale. Il prit sa baguette dans sa main droite, son sérum dans la gauche, et se tint prêt à verser. Monsieur Malefoy avait sorti un chronomètre d'un côté et sa baguette de l'autre, afin d'être prêt à récupérer une éventuelle catastrophe.

— Prêt, Albus ?

— Prêt, Monsieur.

— Alors verse !

Il s'exécuta. Son professeur déclencha le chronomètre et égraina les secondes à voix haute, une par une.

Pendant trois secondes, la potion resta étrangement calme, à tel point qu'Albus commençait à se demander s'il n'avait pas foiré un truc. Puis tout à coup, elle se mit à bouillonner avec tant de violence qu'on aurait cru qu'une tempête soufflait dans le chaudron. Elle sifflait, puis brillait, changeait de couleur… C'était un vrai festival confiné au récipient. L'odeur de pétrole du sérum de saulier emplit toute la pièce, et, finalement, des flammèches apparurent au-dessus de la surface du chaudron tandis que monsieur Malefoy achevait son décompte.

— Dix ! À toi Albus !

Accio sérum !

Il ne se passa rien.

— Onze ! Albus !

Accio ! Accio sérum !

Il serrait sa baguette si fort dans sa main que ses phalanges étaient devenues plus blanches que jamais. Il avait prononcé sa formule avec toute la fermeté et la confiance en lui qu'il avait été capable de rassembler en cet instant, mais cela ne paraissait pas suffire !

Soudain, sous ses yeux ébahis, le sérum noir et épais s'éleva au-dessus de la surface du chaudron, comme en apesanteur. Immédiatement, les étincelles à la surface du chaudron disparurent et sa potion de perceptivité prit une belle couleur d'ambre, comme un gros seau de miel. Albus en resta bouche bée. Il sentait sa baguette vibrer dans sa main, puissante, irradiante de la confiance qu'il avait en lui ! C'était un moment dingue, comme suspendu dans le temps, qui dura à peine une seconde mais qui parut s'éterniser pendant des heures pour le jeune garçon.

Il ne pouvait pas croire qu'il était capable d'un sortilège pareil ! C'était trop inconcevable, surtout vu son état de déprime constante… Qu'il était triste de se dire qu'il allait rentrer dans son dortoir, ce soir, et qu'il n'aurait personne à qui raconter cela !

Immédiatement après qu'il pensa à Scorpius, il sentit sa baguette redevenir inerte dans sa main et la chaleur qui l'enveloppait disparut. Les bulles de sérum cessèrent de s'élever au-dessus du chaudron.

— Non, Albus ! Accio !

Son professeur se précipita pour tenter de rattraper son sortilège, mais c'était trop tard. Toutes les bulles retombèrent dans la potion avec un « plouf » sonore.

PROTEGO ! cria monsieur Malefoy.

Trop tard pour les protéger tous les deux. Le bouclier eut à peine le temps de se déployer devant son professeur que le chaudron détonna dans un « BANG ! » assourdissant. Avant de comprendre ce qui lui arrivait, Albus fut projeté en arrière, son dos vint frapper contre la paillasse derrière lui, puis il tomba au sol, le souffle coupé. En un instant, lui et toute la salle se retrouvèrent couverts du contenu du chaudron, devenu aussi épais et noir que du goudron. Le liquide bouillant l'avait atteint en plein visage et sur tous ses vêtements, il en aurait probablement eu plein les yeux s'il n'avait pas porté de lunettes.

Incapable de respirer, il ne parvenait pas non plus à émettre le moindre son de douleur. Il se tortilla au sol pour tenter d'enlever, sans aucune maîtrise de ses mouvements, les mouchetures de potion qui le brûlaient. Heureusement pour lui, il fut bientôt rejoint par son professeur qui s'agenouilla au sol à ses côtés. Il disait des trucs, mais Albus n'entendait qu'un sifflement dans ses oreilles.

À un moment, il lui enfonça un bézoard profondément dans la bouche, ce qui lui donna envie de vomir, puis d'un coup de baguette il fit disparaître toute trace de la potion de la salle. Il sortit une espèce d'onguent qu'il appliqua sur ses brûlures au visage, ce qui le soulagea aussitôt. Reprenant peu à peu la maîtrise de sa respiration et la douleur enfin calmée, Albus parvint à aligner quelques pensées cohérentes. Ses yeux se remirent peu à peu du flash de l'explosion et son ouïe revint, quoiqu'il continuait d'entendre son professeur comme à travers un épais rideau.

— Albus, ça va ? Parle-moi !

— Mal au dos… grogna celui-ci.

— Tu peux bouger tes orteils ?

Il acquiesça d'un hochement de tête. Monsieur Malefoy parut soulagé.

— Tu m'as fait une sacrée frayeur…

— Sans déconner… répondit-il avec ironie, encore un peu sonné par l'expérience.

Il essaya de se relever, mais son professeur l'en empêcha.

— Non, ne bouge pas. Tu as été atteint par la potion et il est encore trop tôt pour savoir s'il va y avoir un effet.

— Oh, évidemment, y a des effets…

— Les explosions à ce stade sont très documentées, figure-toi. Les effets sont aléatoires, mais toujours liés à ceux de la potion de perceptivité, et vont jusqu'à la mort si la potion parvient à l'intérieur du corps.

— De quoi ? s'écria-t-il.

— Rassure-toi, avec le bézoard, tu ne risques rien.

— Tant mieux, grogna-t-il encore, toujours sarcastique. J'ai toujours…

Il s'interrompit d'un seul coup en constatant, consterné, que de légères fumerolles s'échappaient de sa main. Et pas seulement ! Quelques secondes plus tard, la fumée venait aussi de ses pieds, de son torse, de ses jambes, partout, comme si son corps se réduisait soudain en poussière, alors qu'il se sentait parfaitement bien si l'on omettait l'explosion.

Monsieur Malefoy et lui observèrent, fascinés, les fumeroles qui s'élevaient de son corps. Il vit tout à coup, avec horreur, cette fumée de plus en plus épaisse prendre l'apparence d'un garçon un peu plus petit que lui. Mince, les cheveux courts, bien habillé, l'air noble et amical à la fois, le visage fin et mignon comme tout… Il souriait, riait parfois, s'animait… Un garçon qu'il connaissait trop bien et dont la présence ici ne pouvait être qu'un signe de malheur. Son professeur plissa les yeux en voyant tout à coup son fils face à lui.

Bientôt, un autre Scorpius de fumée apparut. Celui-ci était assis sur une chaise, la tête rejetée en arrière et les yeux fermés.

« Oh putain non ! » pensa Albus, d'un seul coup pris de panique.

Un autre Scorpius apparut, cette fois-ci en pyjama de soie blanche et endormi. Et encore un, avec sa tête niaise de quand il mangeait son dessert favori. Et un autre ! Puis un autre ! Toute la pièce se peuplait de spectres de Scorpius, tous à l'aspect fumant et vaporeux, et pourtant tous dans des poses si réalistes… À chaque fois qu'un nouveau Scorpius apparaissait, Albus avait un peu plus envie de disparaître sous terre. Il était juste là, immobile, écarlate et impuissant, à observer chaque apparition se former et rester suspendue. Il attendait, mortifié, que son professeur lui dise quelque chose, n'importe quoi ! Même d'aller au diable…

Monsieur Malefoy ne prononçait toujours pas un mot, mais il ne perdait pas une miette de la scène. Il observait chacune des apparitions de son fils avec un œil plus circonspect que la précédente.

Dans des gestes désespérés, le cœur battant, Albus s'employa à faire disparaître les apparitions, ce qui était à peu près efficace. Il pouvait chasser la fumée comme celle d'un feu de bois, faisant disparaître le spectre peu à peu, mais dès qu'il avait fini avec l'un d'entre eux, un autre était apparu. Là, Scorpius à onze ans, le visage rond et enfantin, ici, Scorpius qui pleurait à chaudes larmes, un médaillon brisé dans la main, ici encore, Scorpius en boxer et qui cherchait son pyjama.

— Ça suffit ! s'écria soudainement son professeur en voyant cette dernière apparition.

— Mais je… je, je suis désolé Monsieur, je n'y peux rien, je…

Ventus !

Aussitôt, une bourrasque souffla dans la pièce et emporta avec elle tous les spectres de fumée. Une fois celle-ci passée, un léger courant d'air venu de nulle part empêchait le moindre spectre de se reformer.

Albus se triturait les doigts en voyant son professeur se laisser tomber sur sa chaise, à son bureau, puis se prendre le visage dans les mains. Il se sentait si humilié… Il avait déjà honte d'avoir échoué la potion et d'avoir causé tout ce bazar, mais le fait d'avoir laissé voir à son professeur, au père de Scorpius, ce qu'il lui avait laissé voir, ça c'était impensable. Il allait probablement mourir d'embarras.

— Euh, Monsieur ? risqua-t-il d'une petite voix, son professeur toujours immobile.

Il ne savait pas ce qu'il devait dire. Il avait envie de s'excuser mais il ne savait pas comment procéder. Il sentait ses yeux humides le piquer, comme ils le faisaient régulièrement ces jours-ci…

— Je… Je suis désolé, Monsieur, je voulais pas…

— Cela fait combien de temps ? articula lentement son professeur derrière ses mains.

— Hein, que ? Comment ça ?

— Oh, et puis je ne veux pas savoir. Allez-vous-en, Potter.

Albus resta cloué sur place, terrifié par la voix bien trop calme et si glaciale de monsieur Malefoy.

— Monsieur ? couina-t-il, inquiet.

— Va-t'en, Potter, va-t'en ! File ! Je te dirai par hibou si nous nous voyons la semaine prochaine.

Il était toujours si calme, si glacial, bon sang c'était la pire chose qui pouvait lui arriver !

— Mais je…

— FILEZ ! rugit soudainement l'adulte, faisant sursauter Albus.

Celui-ci ne demanda pas son reste. Il tourna les talons, saisit ses affaires au passage et quitta la salle de classe avec précipitation. Il sentit les larmes couler le long de ses joues tandis qu'il montait l'escalier vers le Grand Hall quatre à quatre.

De légères fumeroles le suivirent pendant encore un moment, mais elles étaient à présent trop faiblardes pour faire apparaître le moindre Scorpius de fumée. Arrivé dans le Grand Hall, il se précipita vers la sortie du château et la Cour Carrée. Il ne ralentit que lorsqu'il se trouva enfin dans le parc. Il alla s'asseoir contre un mur du château, pour éviter de s'approcher du lac, là où était tout le monde.

Il avait beau être seul et loin de son professeur, à présent, il n'arrivait pas à retrouver son calme. Il paniquait toujours. Il savait, bon sang, il savait ! Sans le vouloir, à cause de son pauvre petit cœur incontrôlable, il avait révélé l'unique chose qu'il voulait que personne ne sache jamais, et au père de Scorpius, par-dessus tout ! Et il l'avait mal pris. Comme s'il y avait eu la moindre chance qu'il accepte la nouvelle sans sourciller… Scorpius avait sans doute raison quand il disait que son père ne supporterait pas qu'il soit gay… Sa réaction à la simple idée qu'un autre garçon soit intéressé par son fils confirmait son intuition.

Mais quelle horrible manière d'avouer… Il repensait à ce dernier spectre, quasiment nu, qui provenait une fois encore de cette semaine qu'ils avaient passée ensemble au manoir des Malefoy. Leur complicité d'alors, leur insouciance, ensemble face au monde, avec personne pour leur dire ce qu'ils avaient le droit de faire ou pas… Et résultat : ils avaient joué, s'étaient baignés, s'étaient matés, tournés autour, avaient bu, et pour finir, par couardise, il n'avait pas osé l'embrasser.

Si seulement il l'avait embrassé, bon sang si seulement ! Toute cette saleté d'histoire avec Oriana n'existerait pas, il serait en ce moment même en train de le serrer contre lui à la fin d'une excitante séance d'exercices de vol… Et qui sait, peut-être bien que le lit de Scorpius serait devenu, cette nuit-là, le témoin silencieux de leur première nuit, ensemble et amoureux !

Il aperçut soudain au loin, quasiment de l'autre côté du lac, deux points qui filaient à tout vitesse dans le ciel, zig-zaguaient, montaient, piquaient. Alors, incapable de se retenir, il éclata en sanglots.

Il resta là plus d'une heure à pleurer, et, une fois ses larmes séchées, à observer, l'esprit vide et le cœur battu, son Scorpius voler au loin dans un élan de liberté si beau à voir… Puis, le soleil descendit dans le ciel, et les deux points rejoignirent le terrain de Quidditch de l'autre côté du château.

Morose, Albus se releva, puis se dirigea vers le Grand Hall avec comme idée d'aller à la bibliothèque, ou n'importe où, tant que c'était loin de Scorpius. En traversant la Cour Carrée, il aperçut du coin de l'œil une chevelure rousse entourée de deux autres Gryffondors de cinquième année avec des têtes à dormir debout. L'un avait des yeux globuleux et des cheveux sales qui lui donnaient une allure de crapaud et l'autre avait les dents en avant si bien qu'elles reposaient sur sa lèvre lorsqu'il ne disait rien.

— Rose, tu as deux secondes ? appela Albus lorsqu'elle fut assez proche pour l'entendre.

— Tu veux quoi, Potter ? grogna le garçon avec les yeux de grenouille.

— J't'ai pas sonné, Kermit, rétorqua Albus du tac au tac et d'une voix neutre.

Celui-ci en resta bouche bée, tandis que son ami éclatait de rire face à la remarque assassine. Rose, visiblement soulagée d'avoir une raison pour s'éloigner des deux lourdauds, vint vers lui avec plaisir.

— Pédé, marmonna le garçon au yeux ronds tandis qu'ils s'éloignaient.

— C'est ça ! lança Albus à distance, toujours aussi neutre. Viens que j't'embrasse, avec ta face de grenouille tu te transformeras peut-être en prince charmant !

L'autre était hilare. Rose soupirait en s'en allant.

— Tu as d'étranges amis, commenta Albus lorsqu'ils furent seuls.

— Ce sont pas mes amis ! Ces deux gros cons se sont mis dans l'idée de me courtiser à l'ancienne. Avec les poèmes et tout. J'ai envie de crever, j'te jure…

— Ah bon ? Et Clyde est pas là pour t'aider à les repousser ? C'est débile comme idée, de te draguer à deux, remarqua Albus. Ils espèrent quoi, en sortie ? Un plan à trois ?

— Beurk, Al ! Bon, tu voulais me dire quoi ? Je dois retourner dans la Tour de Gryffondor.

— Tu as cinq minutes ? Je… C'est un peu long.

Elle regarda sa montre, puis Albus. Elle sembla soudain se rendre compte de l'état de son cousin.

— Merlin, Al ! Tu as vu ta gueule ?

Il haussa les épaules.

— Je dors pas bien, ces temps-ci.

Ce n'était même pas un mensonge, il ne disait simplement pas toute la vérité. Rose ne lâcha pas l'affaire aussi facilement. Elle le fixa d'un regard déterminé, les sourcils froncés. D'un coup, elle le prit par le bras et le tira autour du château, jusque dans la roseraie, près des serres. Là, elle s'assit sur un banc et l'invita à en faire autant.

Albus ne savait pas pourquoi elle l'avait amené ici, mais il aimait cet endroit. Même lorsqu'elle n'avait aucune fleur, la roseraie sentait bon et était un peu éloignée de tout. Il s'assit, puis Rose se mit à parler assez rapidement et d'un air déterminé.

— Écoute Albus, j'en ai assez de tes bêtises. On se connait depuis qu'on est gamins, on a grandi ensemble, et… c'est bien simple : tu n'as jamais été comme ça ! Je vois bien que tu dors pas, ça fait un mois que tu dors pas espèce d'idiot ! Mais là c'est pire, on dirait que tu as passé la journée à chialer ! Bon sang, c'est si peu toi de ne jamais rien dire, de ne jamais sourire, de ne pas avoir un avis sur tout…

— Je ne vois pas…

— Laisse-moi terminer ! interrompit-elle sèchement. Je sais pas ce qu'il t'arrive, Al, mais je sens que si tu ne me le dis pas, je vais devoir aller trouver moi-même et quand je saurai, je t'assassinerai pour ne pas me l'avoir dit plus tôt ! Il se passe un truc depuis la rentrée que soit tu refuses de voir, soit tu refuses de me dire. Et je crois savoir ce dont il s'agit, hein, j'suis pas débile. Je voudrais juste l'entendre de toi !

Albus se prit le visage dans les mains. Putain, elle ne pouvait pas arriver à un pire moment avec ses questions et ses remontrances ! Il avait si peu envie de parler de ce qu'il ressentait pour Scorpius, d'à quel point il haïssait sa débile de copine, surtout maintenant qu'un adulte était au courant ! Son père serait sans doute bientôt mis au courant… Cela allait se répandre comme une traînée de poudre et malgré ça, il se sentait incapable d'en parler.

Il soupira, puis articula entre ses doigts :

— J'sais pas, Rose… Je… C'est compliqué, okay ?

Elle lui mit une main sur l'épaule. Le contact le fit tressaillir. Il ne s'y était pas attendu, mais c'était agréable. Chaud et réconfortant.

— Écoute, Al… Je sais que… Je sais que dans le passé, j'ai peut-être dit des choses sur toi, sur Scorpius ou sur ta manière d'être que je n'aurais pas dû dire. Mais tu dois comprendre un truc, c'est que je déteste te voir comme ça. Même si tu es à Serpentard, même si tu n'es pas le type le plus populaire de cette école, je m'en fiche. Tu es mon cousin, mon ami, et j'ai besoin que tu ailles bien pour m'endormir tranquille, la nuit. Tu vois ce que j'essaye de te dire ?

Al se redressa et prit une longue inspiration. Il avait beau s'être entouré de solides carapaces, il pouvait les sentir se fracturer, petit à petit.

— J'ai… Je… J'ai peur, Rose. Je… Principalement, j'ai peur. Tout le temps. J'ai peur de perdre Scorpius, j'ai peur de parler de moi, j'ai peur de la réaction des autres et… Et ce que je vois, ce que je vis chaque jour, ça me fait me dire que j'ai raison d'avoir peur.

Au fond de lui, il sentait chacune des barrières qu'il avait érigées s'effondrer les unes après les autres, tandis que ses yeux recommencèrent à devenir humides. Il pleurait bien trop, ces temps-ci.

— C'est ce que j'essaye de te dire, Al. De moi, tu n'as pas à avoir peur. Peu importe ce que tu me dis, j'aurai toujours confiance en toi. Je te dirais peut-être que tu es con de penser ce que tu penses, ça okay, tu me connais…

Al eut un petit rire. Oh ça oui, il connaissait son honnêteté et sa franchise brutales !

— Mais je ne cesserai jamais de t'aimer pour ça, conclut-elle.

Cette fois, il le savait, il était perdu. D'un seul coup, toute la digue s'effondra en lui et les flots qu'il avait accumulés derrière un épais barrage se mirent à se déverser sans ménagement. Une phrase sortit, une toute petite phrase, mais qui franchit ses lèvres pour la première fois, et avec elle la sensation de tonnes de plomb qui s'envolaient soudain.

— Je suis amoureux de Scorpius, lâcha-t-il sans crier gare.

Curieusement, au lieu de s'étonner, de se lever, de crier et de l'insulter, Rose eut un geste de victoire, en rabattant son poing vers elle.

— Ha ! J'le savais ! lâcha-t-elle.

— Tu… Quoi ? balbutia Albus.

— Oh oui mon petit pote. Je commençais à m'en douter. Entre les rumeurs et le fait que tu as commencé à être déprimé quand il s'est mis à sortir avec Oriana Bell… J'le savais !

— Génial… En plus c'est visible !

— Ouais, enfin moi je te connais, Al. Ta sœur aussi, elle s'en doutait même avant moi ! Mais à part nous, tout le monde ne peut pas te deviner gay comme ça, essaya-t-elle pour le rassurer.

— Mais justement, Rose ! J'veux pas être gay, moi ! Je… C'est horrible, d'être gay ! J'veux pas qu'on m'insulte dans la rue juste parce que je l'aime, je veux avoir des gosses plus tard, et je veux pas me faire mettre à la porte de chez moi par mon père ! Chaque fois que j'entends un mec m'insulter de pédé, j'ai envie de crier que je le suis pas, alors que je sais même pas pourquoi c'est une insulte ! Et le pire, c'est que c'est sur putain de Scorp que c'est tombé ! Alors que lui, pour le coup, c'est sûr qu'il est pas gay ! Il a sa connasse de copine, là, et depuis il me regarde plus, je lui parle plus, c'est à peine si je les suis comme une ombre, et on ne me remarque même pas. Il ne fait plus attention à moi, on se dit maximum trois phrases par jour… Rose, avant ça, c'était mon frère, Scorpius ! Je serai allé au bout du monde pour lui ! Avec lui ! Il me disait de sauter, je sautais ! Mais il a suffi d'une seule fille pour que son égo lui monte à la tête, qu'il se sente un peu cool, et qu'il ne me regarde même plus. Quand je l'imagine l'embrasser, ou pire, je… J'ai envie de gerber, de la buter, et de me buter après. J'en ai marre, Rose, car depuis que je suis amoureux, j'fais qu'avoir envie de mourir !

— Bordel, Al… mumura Rose, consternée. T'es pas simplement déprimé, t'es une véritable épave…

Albus baissa les yeux. Elle avait raison, évidemment.

— Hey, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle se saisit de ses épaules et planta son regard dans ses yeux.

— Ce n'est pas horrible d'être gay, dit-elle en détachant bien les mots.

Elle parla avec une voix si ferme et déterminée qu'il eut presque l'impression de se faire engueuler.

— Mais je…

— Non ! Stop ! Des millions de gens sont gays dans le monde. Juste parce que tu fréquentes une école peuplée de gros cons qui pensent que c'est acceptable d'insulter tout le monde de pédé, ça ne veut pas dire que toute ta vie sera ainsi. Regarde tout à l'heure ! Tu sais t'en tirer, quand on t'insulte. Surtout quand Scorpius est impliqué ! Alors je me fais pas de souci. Maintenant, j'aimerais que tu me dises un truc… Depuis quand tu le sais ?

— Euh… Je crois que c'est depuis les vacances de Noël. Mais il m'a fallu quelques semaines pour l'accepter.

— Évidemment… Tu me racontes ?

Al, dont l'âme était à présent mise à nu, raconta tout. Il commença par ce jour de décembre qui avait été le premier domino d'une longue suite, lorsqu'il proposa à Scorpius de lui masser le dos pour le soulager de sa journée. Il raconta comment il s'était senti en le faisant et comment il s'était fourvoyé en pensant que ces choses venaient de son corps d'ado qui lui jouait des tours. C'était amusant de repenser à ça et à la façon qu'il avait, avant, d'éviter le sujet… Il raconta ensuite leur engueulade dans le Poudlard Express et les dix jours chez lui qui avaient achevé de lui ruiner le moral. Puis comment il était arrivé au manoir déjà au bout du rouleau pour y trouver un Scorpius dévasté, qui venait de perdre sa mère, comment ils s'étaient tombés dans les bras l'un de l'autre, avaient pleuré, avaient ri… Il raconta la cérémonie, jusqu'au soir avec leur pique-nique dans la clairière… Là, il l'avait massé à nouveau, Scorpius s'était laissé aller, avait rejeté la tête en arrière et lui… Il avait laissé passer sa chance.

Alors, il raconta le Poudlard Express une semaine plus tard, avec ces regards, ces insultes et cette photo qu'on leur avait volée. Il raconta la réaction violente de Scorpius et la façon dont cela l'avait poussé à accélérer les choses avec Oriana la Maléfique. Il s'attarda un long moment sur ce qu'il avait ressenti en les voyant s'embrasser dans le wagon et comment il avait voulu être à la place de cette fille.

Lorsqu'il termina, Rose explosa d'un seul coup :

— Al, bon sang, rends-toi compte ! Vous êtes faits l'un pour l'autre et ça se voit, tout le monde le voit ! Sauf vous ! Et crois-moi, ça me fait mal de l'admettre, lança-t-elle avec un petit rire. Mais sérieusement, c'est juste évident... Quand je t'entends parler de lui, quand je t'entends me dire ses réactions… Al ! Enfin !

— Et Oriana ? T'en fais quoi, d'elle ? Et toi, d'ailleurs ! Avant d'être sur Oriana, il était sur toi !

— On s'en fout de ça ! Il est peut-être intéressé par les filles et les garçons, peu importe. Ce qui compte, Al, c'est à quel point c'est évident qu'il t'aime au moins autant que toi tu l'aimes !

Cette phrase fit remonter le souvenir de l'expérience avec le journal à hypothèses. Albus raconta la scène à Rose et comment, alors qu'ils n'étaient pas amis, ils avaient quand même fini dans une étrange relation d'amour et de haine mutuelle qui n'était absolument pas saine.

— Bon, Al, j'en suis convaincue désormais. Vous devez finir ensemble, c'est juste impossible autrement.

— Rose, déconne pas ! Tu l'as jamais entendu parler de ça alors tu vas devoir me croire quand je te dis que c'est juste impossible. Tiens, tu veux savoir un truc marrant ? J'ai fait exploser mon chaudron en potion aujourd'hui. J'en ai pris plein la tronche, et tu sais ce que c'était l'effet secondaire ? Tous mes souvenirs les plus dingues avec Scorpius, exposés là, devant son père.

— Pardon ?

— Oui. Monsieur Malefoy est au courant.

— Et il a réagi comment ?

— Exactement comme je pensais qu'il réagirait. Il m'a viré de la salle, et m'a dit qu'il me préviendrait par hibou la date de notre prochain cours. Autant dire jamais.

— Merde.

C'était le moins que l'on pût dire.

— Donc tu vois, les « ça va bien se passer », « ne t'inquiète pas » et autres « tu devrais lui dire », je suis immunisé à présent. Je dis rien, je la ferme, et Scorpius reste mon ami. Si un jour il a le malheur d'apprendre que je l'aime, Rose, il voudra disparaître de ma vie dans la minute ! Et ça, crois-moi, je n'y survivrai pas.

Rose soupira.

— D'accord. Du coup, tu vas rester combien de temps déprimé et malheureux ? Il va peut-être passer sa vie avec Oriana, tu sais. Et s'il la quitte un jour, il en retrouvera une autre !

— Je ne sais pas, Rose, j'ai pas la solution, okay ?

Albus était frustré par l'impasse dans laquelle il se trouvait. Heureusement, cette discussion eut au moins un effet bénéfique : il se sentait soulagé ! Avec ses barrages mis à terre et Rose dans la confidence, d'un seul coup il n'était plus seul pour affronter l'enfer qu'était sa vie en ce moment. Elle savait tout, il n'avait rien caché, et elle le vivait plutôt bien. Comme c'était curieux, après l'incident avec monsieur Malefoy, de se sentir soutenu à ce sujet ! Cela lui fit un bien fou.

Ils restèrent ainsi en silence un moment, à apprécier le calme et l'odeur de la roseraie, quand tout à coup Albus se souvint de ce pour quoi il avait eu envie de parler à Rose de prime abord.

— Ah, au fait. Tu as entendu parler des Fils du Phénix ?

— Tu parles… Tout le monde n'a qu'eux à la bouche dans la salle commune.

— Pour de vrai ? s'exclama Albus, surpris.

— Ouais, beaucoup de monde en parle à Gryffondor… On dirait une vraie secte, sérieux. Entre ceux qui se ramollissent le cerveau à écouter Maury toute la journée et ceux qui pensent que leurs parents sont des résistants de la guerre juste parce qu'ils ont acheté un badge par correspondance… J'en peux plus !

— Rose, je pense que c'est grave. Hier j'ai été embusqué par quatre mecs de Poufsouffle qui pensent sérieusement que Scorpius est le fils de Voldemort ! Leurs parents sont des Fils du Phénix, ils leur racontent des trucs, ils y croient, et se mettent en tête que c'est à eux de faire le boulot ! Sincèrement, je pense que Scorp pourrait être en danger... J'en ai parlé à son père, mais il ne m'a pas cru.

— Hmm… C'est pas impossible, pourtant. S'il y a autant d'élèves que ça qui pensent que c'est vrai, cette connerie de fils de Voldemort, certains lui chercheront des crosses !

— Exactement ! Il suffit d'un seul gars assez extrémiste dans le lot et il pourrait se faire salement agresser à Pré-au-lard ou quoi…

— Tu as un plan ? demanda Rose, à présent intéressée.

— Eh ben, oui. J'ai un plan. Pour protéger Scorpius, déjà, mais aussi pour qu'on se barre d'ici et que je le mette en sécurité…

Rose tourna la tête vers lui, les sourcils froncés. Elle semblait attendre qu'il parle pour juger. Alors, Albus expliqua :

— Je pensais qu'on pourrait s'enfuir. En poudre de cheminette, par le bureau du directeur ! C'est la seule cheminée raccordée au réseau, et je connais le mot de passe, Neville le change qu'une fois par mois.

— Quoi ? C'est quoi cette idée, Al ?

Albus ne s'était pas attendu à cette réaction. Rose le regardait d'un air circonspect.

— Vous vous enfuiriez ? Mais pour aller où ?

— N'importe où ! s'exclama Albus, pressé. Quelque part où on sera tranquilles ! Chez Mamie Molly, par exemple. Ou au Ministère de la Magie, tiens ! Hermione nous croirait, elle, elle nous protégerait !

— C'est la Ministre de la Magie, Al ! Elle a autre chose à faire que gérer ça, tu ne crois pas ? Et puis y a pas que ça ! Comment tu comptes convaincre Scorpius de t'accompagner ?

— Justement. Je me disais que le seul endroit où il serait à l'abri des autres élèves et surveillé en permanence, c'est à l'infirmerie ! En plus, avec la carte, je pourrais l'y rejoindre sans souci une fois la nuit tombée.

— Pardon ? Tu veux lui donner rendez-vous à l'infirmerie ?

— Non, il n'a pas la carte, lui. Il faut qu'il y soit légitimement et pour au moins une nuit. Je veux l'envoyer à l'infirmerie.

Rose pouffa, comme s'il venait de raconter une énorme blague. Albus resta impassible, agacé par ses réactions qui ne l'aidaient pas.

— Attends, t'es sérieux ? Mais enfin, Al, tu ne vas pas le blesser volontairement, si ?

— Pourquoi pas ? Si c'est pour lui sauver la vie ?

— Mais t'es complètement fou !

— Pas du tout ! J'y ai pensé, figure-toi. La semaine prochaine, il a entraînement de vol. Je serai sans doute libre vu la réaction de monsieur Malefoy, du coup je pourrai m'infiltrer dans les tribunes du stade, et dès qu'il est à genre trois mètres du sol je lance un maléfice d'entrave, il tombe, j'utilise le charme du bouclier pour empêcher mon père de le secourir, et par précaution, mon père l'emmènera à l'infirmerie ! Là, madame Shelby voudra le garder en observation la nuit, et hop ! Le soir-même on s'enfuit !

Il y eut un petit silence. Rose l'observa comme s'il était l'être le plus débile de la Création.

— Al, y a rien qui va, dans ton plan.

— Si ! protesta celui-ci, toujours agacé.

— Mais bien sûr que non ! Bon sang, ton plan c'est d'envoyer Scorpius à l'infirmerie juste parce que tu ne veux pas lui parler comme un adulte, pour ensuite aller demander à la foutue Ministre de la Magie de bien vouloir gérer tes problèmes de couple ! Et tu appelles ça un bon plan ?

— Tu me saoules ! Oui ma tante réagira, car il s'agit de la sécurité de Scorpius, mon ami, à moi qui suis son neveu ! Elle prendra ça au sérieux !

— Tu te feras mettre à la porte par la sécurité à peine le portail franchi, et tu te feras virer de Poudlard la seconde qui suit ! Écoute…

— Bon, Rose, coupa Albus. J'y ai réfléchi toute la nuit. Je sais que c'est risqué, mais crois-moi, c'est la seule solution. Le sol du terrain de Quidditch, c'est de l'herbe, pas du béton ! Je vais pas le faire chuter de dix mètres non plus, bref, tout ira bien !

— Oh, fais comme tu veux après tout. Mais si ça tourne au vinaigre, tu pourras pas dire que je t'ai pas prévenu…

— On aura compris, termina Albus sèchement.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu.

Que serait une histoire de découverte de sa sexualité gay sans un outing malheureux ? Drago réagit mal, mais peut-être est-ce sous le coup de la colère et tout s'arrangera ? Rose est finalement celle qui parvient à faire parler Albus, et son plan pour sortir Scorpius du danger se précise... Alors, cela fonctionnera-t-il ou est-ce voué à l'échec ? La réponse vendredi 7 octobre dans le chapitre 15, qui marquera le milieu exact de la publication : Le plan qui fonctionna ! Ah oui, le titre spoil ptet un peu ma question précédente... ou pas !

Merci d'être là, laissez un commentaire, vous savez à quel point cela me touche et compte pour moi, c'est très important ! Merci de me lire, merci de mettre en favori (je le dis trop peu ça) et à la semaine prochaine !

Et bon anniversaire, Pouik !