Bonjour à toutes, bonjour à tous !

Nous approchons de l'exact milieu de cette histoire, et nos héros en sont là où ils en sont. C'est à dire encore bien loin d'être ensemble, mignons et amoureux. Oui, je sais, mais j'ai prévenu que le burn était slow, et je tiens mes promesses. Bref, voici le chapitre 15, où l'on va pouvoir voir ce fameux plan tordu d'Albus être mis à exécution, ainsi que la tentative de Harry de le faire parler. J'espère que tout cela vous plaira !

Merci mille fois pour vos reviews toujours aussi nombreuses et touchantes, je profiterai de la semaine prochaine et du cap du milieu de l'histoire pour faire un salut particulier à toutes celles et ceux qui m'en ont laissé, car c'est vraiment grâce à vous que j'apprécie autant publier un chapitre, chaque semaine. Vous avez l'air de penser à l'unanimité que le plan est une idée merdique, mais certains d'entre vous se demandent tout de même s'il va réussir... La réponse est là !

Je n'en dis pas plus et je vous laisse découvrir ce chapitre. Shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan qui ont assuré la relecture, et on y va !

Bonne lecture !


Chapitre 15

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Le plan qui fonctionna


Harry observait sa classe ranger ses affaires avec une boule dans la gorge. Pas que la vue d'une trentaine d'élèves qui récupérait ses parchemins, plumes et cahiers était angoissante, mais il avait décidé de profiter de la fin de son cours pour enfin essayer de parler avec son fils. Or ça, c'était angoissant. Il inspira profondément pour se donner une stature et un air neutre, puis appela :

— Monsieur Potter, vous voudrez bien venir me voir à mon bureau s'il vous plaît ?

Albus leva les yeux vers lui avec la même rapidité anxieuse que celle d'un oiseau pris au piège par un renard. Harry fit semblant de ranger un peu son bureau en attendant que tous les autres élèves quittent la salle, tout en observant du coin de l'œil son fils chercher le regard de Scorpius. Sans doute voulait-il demander silencieusement à son ami s'il avait la moindre idée de ce que lui voulait son père. Scorpius haussa les épaules, l'air désintéressé, puis Harry l'entendit dire à voix basse qu'il devait rejoindre Oriana qui l'attendait pour réviser, mais que Al pourrait les retrouver à la bibliothèque. Harry ne manqua pas l'éclair de tristesse qui traversa les yeux de son fils.

Lorsqu'Albus acheva de fermer son sac, il passa la bandoulière sur son épaule de sorte qu'elle lui barre le torse. Il se retourna pour observer Scorpius remonter l'allée de la classe d'un pas léger puis s'en aller sans un regard en arrière.

À la surprise de Harry, son fils resta immobile quelques instants, les yeux fixés sur la porte qui claqua derrière Scorpius, avant de le rejoindre d'un pas lent, le regard bas. Harry s'était assis sur sa chaise. Il s'efforçait d'avoir l'air détendu, il ne voulait pas qu'Albus croie qu'il y avait un problème. Bien que fondamentalement, il y avait un colossal problème.

Albus se laissa tomber sur la chaise devant son bureau sans même prendre le temps de retirer son sac. Il avait toujours les deux mains serrées autour de la bandoulière et son regard cerné, épuisé, restait fixé sur ses genoux. Il se mura dans un silence obstiné, refusant de regarder son père dans les yeux. Harry hésitait, il ne savait pas comment entamer cette conversation.

— Albus ? essaya-t-il d'une voix douce.

Son fils n'esquissa pas le moindre mouvement.

— Albus ? Regarde-moi.

Il serra la mâchoire, comme s'il devait se retenir de dire tout un tas de choses. Il leva sur lui deux yeux inexpressifs, vides de bien des choses.

— Albus, je… Je m'inquiète pour toi, tu sais ?

Il eut un ricanement, bref et sourd. Comme si l'idée même que son père s'inquiétât pour lui était absurde. Il répliqua sur le ton de la conversation, sans sarcasme ni réelle joie.

— C'est nouveau, ça.

Harry fronça les sourcils.

— Nouveau qu'un père s'inquiète pour son fils ? Je ne trouve pas, non. Je dirais même que c'est assez banal et dans l'ordre des choses.

— Oh, un père je n'en doute pas, mais pour Harry Potter c'est nouveau.

Harry encaissa le coup comme si on venait de lui asséner un uppercut. Il ressentit la pointe acérée de la colère s'emparer de son cœur, mais elle ne parvint pas à obscurcir son bon sens. Albus lui en voulait, c'était à prévoir. Albus le provoquait, ça aussi c'était à prévoir. Alors cette fois, il ne laisserait pas la colère entraver son jugement. Il ne s'énerverait pas, il parlerait.

— Tu es dur avec moi, Albus, reprit Harry avec une voix peinée. Je sais que tu ne penses pas ce que tu viens de dire.

— Dur ? Tu me trouves dur ? souffla Albus, les yeux écarquillés.

Harry fut rassuré de parvenir à y déceler une émotion.

— « Dur », Merlin… Moi je suis dur, mais toi qui m'empêche de rejoindre mon meilleur ami qui vient de perdre sa mère, ça n'est pas dur ça peut-être ? Non, tu vas me dire qu'il y avait une raison, pas vrai ? Une leçon d'éducation délivrée par le célèbre Harry Potter à son stupide fils, Albus Potter.

Sa voix était neutre, sans colère, mais il y avait dans le choix des mots une acidité qui réveillait une horrible douleur. Cette souffrance hurlait en lui, elle criait sa volonté de devenir de la colère. Mais Harry ne l'autoriserait pas.

— Je sais ce que tu essayes de faire, Al. Ça ne marchera pas. Pas aujourd'hui.

— Et qu'est-ce que j'essaye de faire ? ricana-t-il sans joie.

— Me faire sortir de mes gonds.

Albus le fixa en fronçant les sourcils, sans savoir si son père était sincère ou s'il se moquait de lui. Harry continua :

— Écoute, Al. Je suis désolé d'avoir agi comme ça. Mille choses se sont passées dans ma tête, mille souvenirs que je ne voulais plus jamais voir sont remontés quand tu as parlé de ce stupide manoir. Sur le moment, je n'ai pas pris la mesure d'à quel point cela comptait pour toi d'être avec Scorpius, ni à quel point Scorpius avait besoin de toi. Je m'en suis déjà excusé auprès de lui, et maintenant je le fais pour toi. Je suis désolé. Tu veux bien me pardonner ?

Albus avait toujours les yeux atones, mais la manière qu'il avait de serrer sa bandoulière dans ses mains comme si elle était la seule ancre qu'il avait dans le vrai monde trahissait sa surprise. Il ne s'était pas attendu à ça, Harry était satisfait de son petit effet.

— Oui, ok, marmonna Albus.

Harry hocha la tête. Tout cela se passait mieux qu'il l'avait imaginé, le premier pas était fait. Restait à aborder le gros du sujet.

— Est-ce que c'est à cause de notre engueulade le soir du trente-et-un que tu vas aussi mal ?

Pour la première fois, Harry décela une expression dans les yeux de son fils. Pas celle à laquelle il s'était attendu, cependant, puisqu'il eut l'impression qu'Albus était inquiet. Sur la défensive.

— Je ne vais pas mal, essaya-t-il en parlant bien trop rapidement.

— Tu ne vas pas mal ? Tu plaisantes, Al ? Tu ne manges plus le matin, tu ne me regardes plus, tu as des cernes, Scorp m'a avoué que tu ne lui parlais presque plus et que tu ne dormais pas…

— Scorp ? l'interrompit Albus, la voix trop aigüe.

— Eh bien oui, Scorpius !

— Tu l'appelles Scorp ?

Harry se mordit la langue. Il avait gaffé. Le surnom lui avait échappé, or c'était sans doute le pire instant pour révéler la proximité qu'il avait avec le meilleur ami de son fils. Le souvenir des mots de leur dispute était encore vif. Il essaya de minimiser la chose.

— Oh non… Enfin, pas en cours en tout cas, tu le sais bien.

— Mais pendant vos séances, oui, pas vrai ?

L'estomac de Harry se tordit dans son ventre en entendant la détresse dans la voix de son fils.

— Parfois, admit-il. Mais c'est parce que je me vois plus comme un coach que comme un prof, pendant les entraînements.

Il y eut un long silence. Albus avait ramené ses yeux sur ses genoux, le regard impénétrable. Harry attendait, anxieux, de savoir à quel point la révélation allait mettre son fils hors de lui.

— D'accord, conclut Albus d'une voix si faible que Harry douta l'avoir entendue.

Sa réaction surprit Harry. Il s'était attendu à ce que son fils se mette en colère, ou recommence à le provoquer… Or il avait préféré se murer dans une sorte de résignation triste, un désespoir abattu déchirant. On aurait dit un chien malade qui comprenait que la prochaine piqûre serait la dernière. Cela lui fendit le cœur.

— Al… Tu sais que tu comptes énormément pour Scorpius, pas vrai ? Tu sais que tu comptes énormément pour moi ?

— Il parait.

— Alors dis-moi… Pourquoi es-tu si malheureux ? Laisse-moi t'aider ! Tu sais que je peux le faire !

— Je n'en suis pas si sûr…

Albus avait dit ces mots dans un soupir, mais Harry y décela sans erreur possible une pointe d'espoir qui fit s'emballer son cœur. Pour la première fois, il sut qu'il avait une chance de faire craquer son fils, de le convaincre de se confier à lui, de lui dire tout ce qui n'allait pas ! Harry, revigoré, essaya de le pousser dans la bonne direction.

— Mais pourquoi ? Dis-moi, Al, dis-moi ce dont il s'agit !

Albus parut hésiter. Il lâcha la bandoulière de son sac tandis qu'il se mordait la lèvre. Il semblait sur le point de lui avouer une chose qu'il était bien plus simple à concevoir qu'à exprimer. Harry crut même voir revenir cette flamme de vie qui brillait toujours dans ses yeux. Il fallait qu'Albus parle, il fallait que son fils lui dise tout ! Il insista :

— Dis-moi ! Si c'est quelque chose avec Scorpius, je peux aussi lui en parler et voir comment arranger les choses !

Albus cligna, et la flamme disparut aussitôt. Ses mains enserrèrent à nouveau la bretelle de son sac, puis il secoua la tête.

— Non, tu ne peux pas m'aider. Personne ne le peut. C'est insoluble.

La déception envahit Harry telle une vague froide et mordante. Bon sang, il avait été si près du but !

— C'est absurde, enfin ! Tous les problèmes ont une solution et je suis ton père ! C'est Scorpius, c'est ça ?

— Non ! s'écria-t-il, ce qui fit sursauter Harry.

Albus s'était relevé. Il avait les mains tendues devant lui, comme pour se protéger d'un effrayant prédateur. Son regard était paniqué et sa voix à nouveau trop aigüe.

— Non, Papa ! Tout va bien ! Je vais bien ! Ce n'est pas Scorpius, si je dors mal, c'est, euh… C'est parce que je stresse pour les BUSE. Voilà, c'est pour ça, c'est pour les BUSE ! bafouilla Albus sans la moindre conviction.

— Je n'en crois pas un mot, Al ! Écoute-toi enfin ! Toi même ne crois pas à ce que tu dis !

Harry se releva aussi, la panique de son fils lui brisait le cœur. Il avait envie de le prendre dans ses bras, le rassurer, même juste le toucher lui suffirait ! Bon sang cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas pu toucher l'épaule de son propre fils ! En le voyant s'approcher, Albus recula d'un pas précipité.

— Si ! Si j'y crois ! C'est les BUSE ! Les cours de cinquième, tu sais, c'est dur ! Mais ça ira ! Ça ira !

Sa voix se brisa.

— Ça ira…

Harry fit un nouveau pas vers lui, avec douceur, comme pour approcher un animal blessé. Il tendit la main, mais Albus recula encore.

— Je… Je dois y aller ! Scorpius m'attend sans doute.

— Je crois l'avoir entendu te dire qu'il rejoignait Oriana Bell…

Al eut un petit grognement blessé.

— Je dois quand même y aller !

— Mais… Pourquoi ? Albus, tout va bien, tu peux me parler, enfin !

— Non ! Pas de ça ! Pas de ça ! Pas maintenant ! Je dois y aller, je… Je suis désolé !

Albus tourna les talons et s'enfuit avec précipitation, sans fermer la porte, sans même laisser son père prononcer le moindre mot.

Harry se laissa retomber à son bureau, la tête dans les mains. Sa gorge était nouée par l'amertume et son estomac vrillé par la déception. Il n'avait rien appris de tout cela, si ce n'est que son fils avait un problème, un grave problème, et qu'il ne se sentait pas capable de lui en parler.

Il était parfaitement désarmé.

Le cœur lourd et la tête pleine, il commença à écrire une lettre. Il avait besoin de parler de tout ça à Ginny.


— Al, au risque de me répéter, c'est une idée à la con ! Je t'aurais prévenu !

— Merci, Rose…

Le jour où il devait mettre son plan à exécution était venu. Albus marchait d'un pas décidé à travers le couloir du premier étage, en direction du Grand Hall, sa cousine sur les talons. Il l'avait croisée en sortant de la bibliothèque, elle paraissait décidée à le décourager de mettre son plan à exécution. Trop tard. Il avait eu encore une semaine pour y penser et il ne voyait pas d'autre solution.

Il avait passé une semaine de plus à subir les assauts d'Oriana la Maléfique sur son ami, les moqueries des autres et les regards haineux de certains, les nuits sans sommeil, les repas en solitaire, l'impression que sa vie s'écoulait et qu'il n'en était que spectateur… Et voilà que son père avait failli le faire craquer, il avait failli lui faire tout avouer ! Il eut un frisson en y repensant. Il était passé à deux doigts de répéter le fiasco de son dernier cours de potion, mais cette fois avec son propre père, et ça, il n'aurait pas eu la force de le supporter. Pas en ce moment… Il avait dû fuir.

Il avait passé une bonne partie de son temps à se demander comment Monsieur Malefoy allait se venger après son coup d'éclat de la dernière fois. Vu sa réaction lorsqu'il avait compris la portée de ses sentiments, il était certain que son professeur allait lui en vouloir et se retourner contre lui d'une manière ou d'une autre.

Mais cela ne se produisit pas. Au contraire, ce mardi matin, Albus avait reçu un mot lui disant de manière laconique qu'il aurait bien cours à quatorze heures comme prévu. Il ne s'y était pas attendu, cela mettait même son plan à mal puisqu'il avait prévu d'être aux alentours du terrain de Quidditch à quatorze heures, quand commencerait la séance de Scorpius. Il inventa une excuse afin d'arriver avec quinze minutes de retard, puis renvoya le courrier à son expéditeur.

À présent, l'heure était bientôt là. Il se dirigeait vers le terrain de Quidditch d'un pas rapide, il devait arriver avant Scorpius et son père afin d'avoir le temps de pénétrer sans être vu sous les gradins du stade.

Rose l'abandonna en soupirant lorsqu'il traversa la Cour Carrée. Le stade était encore désert quand il y parvint. Il en profita pour passer sous les gradins, comme il était aisé de le faire en grimpant par-dessus la rambarde de l'entrée des visiteurs. Il s'approcha ensuite des premiers rangs par en-dessous et sortit sa baguette. De là où il était, il pouvait voir tout le stade dans l'interstice des planches qui le composaient.

Cinq minutes plus tard, son père sortit sur le terrain, mais toujours aucune trace de Scorpius. Sous le gradin, Albus trépignait. Il passait et repassait son plan dans sa tête, il analysait les issues possibles, il essayait de calmer son cœur rebelle... Après son petit coup, il devrait encore retourner au château et descendre dans les donjons, or il n'avait que quinze minutes pour le faire. Où pouvait bien être son ami ?

Scorpius apparut à peine cinq minutes avant le début du cours. Il s'excusa auprès de son père sans qu'il ne parvînt à entendre la raison de son retard. Sans importance, sans doute, mais il nota tout de même l'air passablement agacé qu'avait son ami lorsqu'il alla se changer dans les vestiaires.

Quand vint le moment de mettre son plan à exécution, Albus prit une grande inspiration. Il avait sorti sa baguette et se préparait à enchaîner coup sur coup deux sortilèges que, par bonheur, il maîtrisait plutôt bien depuis qu'il avait commencé à travailler avec sérieux.

Il devrait se débrouiller de telle sorte que son sortilège atteigne Scorpius exactement au bon moment. Ni trop tôt pour qu'il ne s'en sorte pas sans un voyage à l'infirmerie, ni trop tard car les conséquences pouvaient être terribles.

Scorpius et son père parlèrent pendant encore quelques instants au centre du terrain de Quidditch. L'adulte décrivait de grands gestes en direction du ciel, comme s'il désignait un chemin balisé aisé à suivre. Puis, maître et élève enfourchèrent leurs balais. Albus constata avec jalousie que Scorpius utilisait toujours l'Éclair de Feu de son père que lui n'avait jamais eu le droit de toucher. Les yeux plissés, il leva sa baguette et la pointa entre l'interstice des planches par laquelle il observait la scène. Tous ses doutes quant à son plan s'étaient envolés à présent.

D'un seul coup, son père s'envola à une vitesse folle et quasiment verticalement. Scorpius lui emboîta le pas aussitôt, si bien que lorsque le sortilège d'entrave l'atteignit, il était déjà bien plus haut que prévu. Albus vit son ami pris par surprise se faire éjecter du manche de son balai et tomber après un juron, en faisant de grands moulinets des bras.

Protego ! enchaîna-t-il à voix basse et en visant un peu au hasard, juste au-dessus de Scorpius.

Harry ne manquerait pas d'envoyer le charme du coussin pour essayer de faire atterrir son élève sans dommage, il devait donc réussir à le bloquer avec son bouclier pour que son plan réussisse.

Apparemment, son plan fonctionna. Ou son père manqua, c'était au choix. Le résultat fut le même : Scorpius s'écrasa au sol avec un craquement sinistre qui résonna dans le stade. C'était un bruit horrible, qu'Albus aurait préféré ne jamais entendre et qu'il ne sortirait pas de son esprit de sitôt. Sec, comme si on lançait une pierre au fond d'un puits asséché, mais avec ce son caractéristique des os que l'on brise et qui lui donna la nausée. Scorpius eut un cri de douleur qui lui vrilla le cœur.

Albus observa Scorpius geindre, immobile au sol, en se demandant s'il ne venait pas de faire une énorme bêtise. Le garçon bougea – Merlin merci ! – et tenta de se relever en position assise, dans l'herbe, mais il gémit encore de douleur et se laissa retomber lourdement au sol, le souffle court. Lorsqu'Albus vit son père atterrir et s'affairer autour du blessé, il sut qu'il était temps de prendre ses jambes à son cou. Son ami irait bien, ou tout du moins essayait-il de s'en convaincre. Il n'avait de toute façon pas de temps pour les sentiments : il devait rejoindre son cours de potion, sinon Monsieur Malefoy risquait de se douter de quelque chose. Sans compter que les deux voltigeurs n'étaient pas stupides, ils comprendraient bien vite que cette chute était due à un sabotage et non à une simple erreur de pilotage.

Il s'extirpa hors de la structure des gradins et, lorsqu'il fut sûr que personne ne le verrait remonter le chemin du stade en courant, il s'enfuit. Dix minutes plus tard, il était dans la salle de potion avec son professeur et s'excusait pour son retard. Malgré son air essoufflé, il se sentait satisfait. S'il était inquiet pour Scorpius, son plan avait tout de même réussi ! Son ami passerait la nuit à l'infirmerie, dans un endroit où il pourrait le rejoindre sans peine, loin de Nigel et Kyle et de leurs oreilles traitresses, loin d'Oriana la Maléfique, loin de sa cousine et de son air moralisateur, loin de ces idiots de Fils du Phénix... Juste Scorpius et lui, comme pendant les vacances, juste tous les deux et loin des autres… Ils allaient enfin s'enfuir, tous les deux, et être en sécurité !

— Êtes-vous sourd, Monsieur Potter ? Je vous ai dit de vous mettre au travail !

Oh, le ton de son professeur n'annonçait rien de bon. Tout comme le retour du vouvoiement et du sarcasme. Son cours passa lentement, Monsieur Malefoy ne lui adressa pas plus la parole que nécessaire. Apparemment, s'il continuait de lui donner des cours particuliers de potions, il avait aussi décidé de ne faire que le service minimum et de reprendre le formalisme habituel. Albus soupira, puis se mit au travail. Il avait hâte que la nuit tombe.

Lorsque le moment vint, Albus ne dormait pas plus que d'habitude. Derrière les rideaux de son baldaquin, il était encore habillé et observait la Carte du Maraudeur, à l'affut du moment où les couloirs seraient assez désertés entre Scorpius et la salle commune de Serpentard. L'infirmerie se trouvait au sommet de la Tour de l'Horloge, soit huit étages à grimper du sous-sol au septième ! Le chemin le plus court passait par la volée de marches dédiée au pendule et qui partait du Grand Hall, mais ce chemin était étroit et s'il y croisait quelqu'un il serait fait comme un rat. Il préférait donc faire un détour par les grands escaliers mouvants de la Tour des Escaliers afin d'arriver au septième, puis rejoindre l'infirmerie depuis là. De cette manière, s'il entendait du bruit, il pourrait se cacher dans une alcôve ou derrière une porte quelconque.

Il était deux heures du matin lorsque Albus osa quitter son lit. Cela faisait plus de quinze minutes que plus personne ne bougeait sur la carte. Chaque point était dans ce qui ressemblait à une chambre et tout le château paraissait endormi. Il s'attarda un peu sur Scorpius, dans l'infirmerie. Il était immobile dans un coin de la pièce et de l'autre côté d'un mur, dans sa chambre, l'infirmière Shelby semblait s'être endormie elle aussi.

Albus enfila des chaussettes pour se protéger des dalles froides du château, mais il préféra ne pas mettre de chaussure pour éviter de faire du bruit. Il sortit du dortoir sur la pointe des pieds, puis traversa la salle commune déserte et se retrouva bien vite dans le couloir des donjons. Il se dirigea vers l'escalier au sommet duquel il croisa le fantôme de la Dame Grise, qu'il préféra éviter afin de ne prendre aucun risque. Avec la Carte, il se sentait invincible. Et puis, il allait enfin retrouver Scorpius, son Scorpius, celui qui l'écoutait, blaguait avec lui et partait à l'aventure sur un coup de tête ! Il avait tellement hâte.

Il se dirigea vers le couloir du premier étage par le Grand Escalier, rejoignit les escaliers mouvants, grimpa les sept étages restants aussi vite qu'il put et ne se sentit même pas essoufflé une fois au sommet ! De là, il traversa un couloir qui paraissait situé dans les combles du château afin de retourner dans la Tour de l'Horloge. Il remonta le corridor, puis se retrouva face à la grosse porte de bois de l'infirmerie.

Il s'assura une dernière fois que rien ne bougeait à l'intérieur, avant de pousser la porte. Les lits étaient tous inoccupés, excepté celui, derrière deux paravents, de Scorpius. Il s'y dirigea sur la pointe des pieds, décala la petite cloison et…

— Al ! C'est toi ! Merlin, tu m'as fait peur, s'exclama Scorpius à voix basse, bien réveillé sur son lit. Qu'est-ce que tu fais ici ? enchaîna-t-il, suspicieux.

— Oh, je pensais que tu dormirais… répondit Albus en chuchotant également.

— Non, je n'arrive pas à m'endormir. C'est sa potion, elle fait un mal de chien, grogna Scorpius avec une grimace.

Albus le dévisagea un moment. Scorpius était torse nu et avait un long bandage serré autour des hanches et qui descendait dans son pantalon de pyjama, hors de sa vue. Il paraissait aller plutôt bien. C'était curieux, mais maintenant qu'ils étaient tous les deux là, il ne savait plus trop quoi dire. Il avait envie de profiter du moment, tout en sachant que s'ils comptaient encore s'enfuir avec la poudre de cheminette du bureau du directeur, il ne fallait pas qu'ils traînent.

— Tu as manqué l'heure des visites ? envoya soudain Scorpius, l'air un peu vexé. Je pensais que tu serais passé me voir dans la soirée, pas à deux heures du matin ! Que fais-tu ici ?

— Oh, je, euh… Je voulais pas te déranger, tu devais être avec Oriana… mentit-il en guise d'excuse.

— Ouais, justement, grommela-t-il.

Albus tiqua en entendant son ton agacé. Il n'avait pas le temps de se demander ce que cela signifiait à cet instant, mais il se promit d'y réfléchir plus tard.

— Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demanda-t-il avec fausseté.

Il devait faire la conversation pour se laisser le temps de trouver un moyen d'aborder la suite de son plan et les raisons pour lesquelles Scorpius n'était plus en sécurité à Poudlard.

— Je suis tombé de balai et ton père n'a pas réussi à me rattraper. Madame Shelby dit que je me suis cassé la hanche et tassé une vertèbre, expliqua-t-il de façon sommaire.

— Oh, et ça fait mal ?

— Al, tu ne veux pas me dire ce que tu fais là plutôt ? soupira Scorpius. Tu es… Tu es hyper bizarre depuis des semaines, et je t'avoue que te voir avec ta tronche d'inferi à deux heures du matin dans l'infirmerie est assez inquiétant…

Albus accusa le coup en retenant une insulte. Comme si c'était sa faute ! Bordel, il avait l'impression d'être un condamné à mort dont le bourreau se payait la tête pour le plaisir.

— Je vais te le dire, grommela-t-il, vexé. Excuse-moi si je m'inquiète d'abord de ton état !

Scorpius soupira.

— Tu as raison, pardonne-moi, dit-il d'un ton désabusé.

Il étala alors son diagnostic comme s'il récitait un texte pour lequel il n'avait aucun intérêt.

— Madame Shelby dit que ça aurait pu être plus grave. À ce stade quand je m'assois j'ai mal, mais allongé ça va. Je ne peux pas trop bouger… Elle dit que je vais passer une sale nuit mais que demain ça ira mieux.

— J'm'attendais pas à ce que vous partiez aussi haut et aussi vite.

— Oui ! Ton père voulait me faire travailler les manœuvres verticales, et… Attends… Comment tu sais ? Tu étais là ?

— Oui, mais tu dois me promettre de pas t'énerver. C'est une longue histoire.

Scorpius le dévisageait avec insistance et les sourcils froncés. Il répondit avec une voix lente et assez froide.

— Parle, Al. Tu me fais peur.

Albus frissonna. Il prit une longue inspiration et se mit à expliquer.

— Okay, tu connais cette émission à la radio, celle de Maury ? Ben j'ai appris que le mec casse du sucre sur toi et ta famille depuis un moment, et qu'il a quelques ramollis du cerveau complotistes qui le suivent.

— Oui, jusque là rien de nouveau. Tout le monde déteste ma famille depuis des lustres et Maury fait son beurre dessus depuis bientôt un an…

— Je sais, mais pas à ce point ! Il y a ces mecs, ils se font appeler les Fils du Phénix, et ils prétendent finir le travail de l'Ordre du Phénix en pourchassant les Mangemorts qui ont pas été mis à Azkaban. Tu vois où on se dirige ?

— Ouais, ils en veulent à mon père. Et alors ? Il sait se défendre, et entre Poudlard et le manoir, j'ignore quel château est le mieux sécurisé.

— C'est pire que ça, Scorp, ils t'en veulent à toi. Ces conneries de fils de Voldemort, ils y croient à mort ! C'est même eux qui font tourner ça à tout va. Tu trouves pas que depuis janvier tu prends plus cher que d'habitude ?

— Je n'ai pas remarqué… Je n'y fais pas attention, Al, tu sais bien. Je te conseille de faire pareil !

— Non ! Moi j'y fais attention, surtout quand le résultat est… Euh… Enfin bref, j'y fais gaffe. J'me suis retrouvé deux fois à parler avec un de ces mecs dont les parents sont des Fils du Phénix. Ils t'en veulent, Scorp, vraiment ! Ils m'ont même demandé de te livrer à eux, ces grands dingues. Je pense qu'ils préparent un truc pour venir te chercher, même à Poudlard !

— À Poudlard ? Mais tu dis n'importe quoi, Al ! Ce bâtiment a repoussé des milliers de Mangemorts, des loups-garous, des géants et des acromentules pendant toute la Bataille de Poudlard, et tu crois que c'est quatre pauvres fanatiques qui vont réussir là où Voldemort a échoué ?

— Dumbledore aussi pensait Poudlard imprenable, résultat l'école a été infiltrée par des Mangemorts une nuit, un an avant la bataille, et ils l'ont buté ! Donc me dis pas que c'est impossible !

Scorpius grimaça, comme s'il pensait à quelque chose de désagréable sans qu'Albus ne parvienne à savoir quoi. Il resta silencieux un moment.

— Bon, admettons, des fous m'en veulent. Ça change quoi ?

— Ça change qu'il faut qu'on se tire, Scorp ! On reste pas là ! Ma tante est la Ministre de la Magie, on va aller la voir et on va lui expliquer tout ça, que quelqu'un fasse enfin quelque chose contre ces salauds de fanatiques !

Son ami l'observa avec des yeux ronds comme des cognards.

— Mais… Tu es complètement fou, Al !

Il commençait à en avoir assez que tout le monde lui dise qu'il était fou alors qu'au contraire, il était le seul à agir !

— Mais non ! On a qu'à monter dans le bureau de mon parrain, on prend la poudre de cheminette, et on file ! C'est simple comme bonjour !

— Enfin Al, tu as cru que je pouvais marcher ? Je n'arrive même pas à m'asseoir !

Albus se prit le front dans la main. Il n'avait pas pensé à cela.

— Fait chier, grogna-t-il… Et avec un sortilège de lévitation ?

— Mais non c'est mort ! Le voyage en poudre, tu fais comment ? C'est plus violent encore qu'un transplanage, non merci !

— Mais on va pas rester ici, Scorp !

— Évidemment que si ! Tu es devenu complètement cinglé ou quoi ? À avoir des idées pareilles !

— Elle était nickel mon idée ! rétorqua Albus, vexé. J'ai juste pas eu de chance de te casser un truc qui t'empêche de marcher, mais sinon…

— Attends, quoi ? C'est toi le responsable de ça ?

Albus sentit son cœur se serrer.

— Al. C'est toi le responsable de ce merdier ?

Son ton était glacial et ses yeux semblaient emplis d'une haine qu'Albus n'avait jamais vu. Il était tétanisé sur place, il ne répondit rien. Après quelques secondes de silence, Scorpius explosa :

— PUTAIN AL, TU AS FOUTU QUOI ESPÈCE DE GROS CON ? RÉPONDS !

L'insulte lui brisa le cœur.

— Ben, euh… Je devais trouver un moyen de venir te parler loin de tout le monde, surtout d'Oriana, et qu'on puisse agir dans la foulée et l'infirmerie c'est le seul endroit…

— Oh, putain…

Scorpius se prit le visage dans les mains et détourna le regard. Ses mains tremblaient, ses yeux l'assassinaient… Il semblait lutter contre une rage sans nom.

— Et donc, trembla Scorpius dont la voix transportait toute la colère sourde qu'il ressentait, tu t'es dit que la meilleure chose à faire c'était de me briser les os ?

— Exagère pas, le bras suffisait !

— Dégage, Al.

Albus recula comme s'il venait de se prendre un coup de poing en plein ventre.

— Je… Quoi ?

— Dégage. J'veux plus te voir. Dégage.

— Mais… Scorp, je…

— DÉGAGE PUTAIN ! cria-t-il d'un seul coup. J'veux pas t'entendre ! Shelby disait qu'à deux centimètres près je me sectionnais la colonne et que c'était adieu le vol à jamais. Je… Dégage ! Tu n'as jamais fait un truc aussi con, aussi égoïste de ta vie, Al ! Tout ton plan, là, putain mais tu l'as lu dans une BD pour gamin ou quoi ? Tu as vraiment cru que ça marcherait ? Qu'on irait réveiller la foutue Ministre de la Magie pour des histoires de gosse ?

Scorpius exagérait, ce n'étaient certainement pas que des histoires de gosse ! Il était réellement en danger, même s'il refusait de l'admettre ou qu'il ne s'en rendait pas compte… Bon, okay, il avait sans doute été trop loin avec cette histoire d'infirmerie. Peut-être qu'inconsciemment, il avait eu envie de se venger de ce que lui faisait subir Scorpius depuis la rentrée… Même si ce n'était pas sa première intention ! Jamais ! Il tenta de s'excuser, pitoyable.

— Je suis désolé, Scorp, je voulais pas…

— Mais je m'en fous à la fin de ce que tu voulais ! « Désolé, désolé… » Bordel de merde, c'est pas toi qui a failli finir à Sainte-Mangouste ! C'est pas toi qui a un mal de chien en ce moment parce que tu as fait une chute de six mètres ! C'est toujours autour de ta gueule que ça tourne ! Depuis la rentrée, tu es plus le même gars, Albus ! Tu es chiant, tu parles pas, tu es toujours triste, déprimé, ou même méchant quand il s'agit d'Oriana !

Albus tremblait de peur. Il ne savait pas qui était ce garçon devant lui, mais ce n'était pas Scorpius Malefoy. Scorpius Malefoy ne jurait pas, il ne perdait pas sa contenance, il ne l'insultait pas de gros con… Albus avait les yeux humides et le cœur en miettes. Il voulut répliquer, mais Scorpius fut plus rapide que lui et anticipa ce qu'il allait dire.

— Quoi ? Tu crois que j'ai pas vu comment tu la regardes ? Juste parce que je mange avec elle une fois de temps en temps ? Ben va falloir t'y faire, bordel, parce qu'elle est avec moi pour longtemps ! T'es pas le putain de centre du monde, Albus Potter. Tu n'es pas mon seul ami, tu n'es pas le seul avec qui j'ai envie de passer du temps, okay ? Et maintenant que je vois jusqu'où tu es prêt à aller juste pour que les choses se passent comme tu l'as décidé, j'me dis que je suis mieux sans toi dans ma putain de vie !

Cette dernière phrase sonna comme une détonation de révolver. D'ailleurs, il avait l'impression que Scorpius venait de lui tirer une balle à travers le cœur. Des larmes se mirent à couler de ses yeux.

— Ne dis pas ça, Scorp… S'te plaît, ne dis pas ça…

Scorpius le fixa avec des yeux pleins de larmes lui aussi, mais pleins de larmes de rage.

— J'ai jamais été aussi sincère de ma vie. Jamais un vrai ami ne me trahirait comme ça. J'ai plus envie de te parler. Dégage.

— Non.

— Dégage, Al, juste… Dégage ! Tu vas quand même pas me forcer à réveiller Shelby pour te faire partir, si ?

Il observa encore un peu son ami. Scorpius le regardait plus méchamment encore que lorsqu'il menaçait un de ces connards qui l'insultait de pédé. Il paraissait sur le point de le frapper. Il l'aurait peut-être fait, s'il n'avait pas été cloué à un lit.

Albus voulut répliquer, mais rien ne vint. Alors, il tourna les talons et s'enfuit.

Il se sentait nauséeux et des larmes coulaient de ses yeux. Il avait la furieuse impression que quelque chose s'était brisé entre eux.


Merci de m'avoir lu, j'espère que ça vous a plu !

Je suis désolé de vous faire subir tout ça, mais un tel plan ne pouvait pas bien se passer... et vous vous en doutiez, pas vrai ? Albus a été bien trop loin pour que de simples excuses rattrapent le coup, et voilà le résultat.

Bon, laissez-moi vous rassurer un petit peu, nous sommes au fond du gouffre. Il est à présent l'heure des révélations et d'enfin leur mettre un peu de bon sens dans le crâne, à ces deux lascars, et c'est à cette ardue tâche que s'attacheront les prochains chapitres. Cela commencera dès le vendredi 14 octobre avec le chapitre 16 : L'effet Pewden. Ah oui, il était temps qu'on entende enfin parler de celui-ci, n'est-ce pas ?

N'hésitez pas à me dire comment vous vous sentez, à lâcher votre rage sur moi et à m'insulter de tous les noms, tant que j'ai un petit commentaire, une ptite review de vous, je suis trop heureux ! C'est hyper important pour moi de savoir tout ce que vous en pensez ! Ce chapitre est difficile, j'en suis conscient, mais c'est un passage obligé. Albus a besoin de perdre les choses pour comprendre à quel point il en a besoin, et à quel point il doit y faire attention. La leçon est rude, cela dit.

Courage à lui, et bisous à vous !