Bonjour à toutes bonjour à tous !

Aujourd'hui c'est vendredi, et le vendredi c'est le jour du chapitre de Frères de cœur ! On reprend l'histoire exactement trente minutes après la fin du chapitre 17 (je viens de spoiler les 6 premiers mots du chapitre, C H E H) et on assiste au contre-coup de la révélation d'Albus !

J'ai été si touché par vos réactions au chapitre précédent ! Oh je m'attendais tellement pas à ce que vous soyez aussi émus par Albus... Je crois que c'est ça, la sensation la plus dingue, c'est quand un passage que je n'attendais pas vous marque. Quand je poste un de mes chapitres favoris (genre le prochain) je stresse parce que je prie pour que vous aimiez autant que moi et que j'aie pas merdé mon coup. Mais quand je poste sans rien attendre et que ça vous plaît tant, daaaaamn. Je dors si bien la nuit d'après !

Avant de vous laisser lire tranquillement j'ai l'obligation de répondre à la review anonyme d'Une lectrice, sans doute la plus belle que j'ai jamais reçue. Je l'ai relue plusieurs fois, je me suis même demandé si tu n'avais pas écrit un commentaire plus long que le chapitre ! Oh quelle classe, tu me disais craindre d'être trop longue, tu me promettais que tu allais bientôt finir, et moi je m'en foutais de ces promesses, j'aurais voulu que ça continue pour toujours ! J'avais l'impression d'être un gros chat qui ronronne. Avant toute chose je veux te remercier de m'avoir écouté. Je te demandais i chapitres de tenir bon et tu l'as fait. Tu l'as fait en silence et je ne vais pas m'en plaindre, tu n'as pas à te sentir coupable pour ça, tu reviewes si tu le souhaites ! Oui, lire vos avis me conforte et me fais du bien, mais vu ce que tu as écrit après ces quatre semaines sans nouvelle je n'ai aucun droit de me plaindre. J'aimerai te répondre en détail, en longueur, pour parler avec toi du ressenti de Scorpius vis-à-vis de la crasse d'Al ou d'autres choses sur lesquelles je veux ton avis. Alors par pitié crée un compte ! Ou commentes sur AO3, là-bas on peut converser avec les anonymes. Ou chope mon Discord, mais il faut qu'on puisse se parler sinon j'vais caner. (Oui j'suis un peu dramatique parfois)

Si la déclaration d'Albus t'a touchée, ce chapitre devrait te toucher aussi. J'ai une scène en particulier en tête qui devrait te plaire. Quant aux autres choses que tu réclames eh bien... Rendez-vous aux chapitres 22 un peu, mais surtout 26. Héhé, moi qui adore teaser, tu me permets de le faire pour tout le lectorat d'un coup ! Oh, et bravo à toi pour ton analyse des similarités entre Albus et Harry. C'est subtil mais c'est bien là, et je suis trop heureux que tu l'aies vu.

Shoutout à Pouik et Shik-Aya-chan pour la relecture attentive, j'espère que ce chapitre vous plaira !

Bonne lecture


Chapitre 18

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Dans l'annexe de l'infirmerie


À peine une demi-heure plus tard, Albus était de retour dans l'annexe de l'infirmerie. Il traînait avec lui une valise pleine de vêtements qu'il avait jetés en vrac et un peu au hasard depuis leurs armoires. Il avait d'ailleurs réveillé Nigel et Kyle avec son manque de délicatesse, mais, pressé, il prit à peine le temps de s'excuser. Une fois revenu, Madame Shelby refusa qu'il ne défasse la valise, au prétexte qu'il était déjà bien trop tard pour cela et qu'à présent ils devaient dormir.

— Je n'ai aucune idée de ce que Monsieur le Directeur a dans la tête, à transformer mon infirmerie en succursale de Serpentard, mais je vous préviens, mes garçons, que j'attends de vous un comportement exemplaire ! On me force à vous avoir dans les pattes, alors vous vous rendrez utiles. Surtout vous, Monsieur Potter ! Vous n'êtes même pas un patient, vous m'aiderez donc à préparer mes potions.

— Oh, euh… D'accord, Madame.

Madame Shelby s'assura qu'Albus enfilât son pyjama en se cachant derrière un paravent, puis elle les laissa enfin seuls. La chandelle continuait de brûler sur la table de nuit. Dès que la porte se referma, Albus sauta hors de sa couverture et vint se rasseoir sur le fauteuil qu'il avait déplacé près du lit de Scorpius.

Il resta un moment en silence, à observer son ami qui fixait le plafond, les yeux ouverts.

— Tu te sens comment ? demanda-t-il enfin.

— Je ne sais pas trop, Al, avoua l'autre. Ça fait beaucoup pour un soir, tu ne trouves pas ?

— Si… J'ai l'impression que mon quotidien depuis janvier c'est de ne pas savoir ce qu'il m'arrive…

— Oui, c'est un peu ça… murmura Scorpius.

Il paraissait perdu, comme s'il n'arrivait pas à assembler chacune des pièces du puzzle pour donner un sens à ce chaos.

— Je suis quand même content que tu sois là, ajouta-t-il après un petit temps.

— Oh oui, moi aussi vieux…

Scorpius laissa échapper un long bâillement.

— Je suis épuisé, Al. On peut parler demain, si ça te va ?

— Sans souci. On a même plusieurs semaines, du coup…

Al sauta sur ses pieds. Il tourna les talons et s'éloigna tandis que Scorpius l'observait.

— Juste un truc ! appela-t-il avant qu'Albus n'atteigne son lit.

Albus le vit rabattre sa couverture sur le côté, révélant son torse nu et le simple bas de pyjama qu'il portait. Sa poitrine ne brillait plus, à présent, car sa peau avait absorbé l'étrange onguent. Scorpius se releva, frissonna lorsque ses pieds nus touchèrent les dalles de pierre froides, puis il lui fit face en le fixant de ses beaux yeux bleus.

— Je… Oui ? couina Albus, surpris et ne sachant pas ce qu'il lui voulait.

Scorpius l'attrapa par les épaules et le serra contre lui. Fort. Au départ, Albus ne parvint qu'à penser à l'odeur médicale qui accompagnait son ami. Puis la chaleur de son corps le frappa. Et d'un seul coup, il se rendit compte de ce qui était en train de se passer ! Alors, Albus le serra dans ses bras à son tour aussi fort qu'il le put pour ne pas l'étouffer, frissonnant au contact de sa peau nue contre lui.

Merlin ! C'était ça, c'était exactement ça dont il avait besoin, en cet instant. Dans ce câlin, tout passait. C'étaient à la fois leurs retrouvailles, un pas vers leur réconciliation, et surtout c'était une promesse. La promesse de chercher à recoller les morceaux, ensemble, de ne plus laisser les choses se mettre en travers d'eux, de ne plus jamais se séparer. C'était la plus belle promesse que Scorpius pouvait lui faire en cet instant.

Albus se laissa aller jusqu'à reposer sa tête contre l'épaule de son ami, juste un peu ! Scorpius ne le repoussa pas, ni ne montra de signe d'appréciation ou de rejet.

Ils finirent par se séparer après quelques instants. Ils ne dirent rien, échangèrent simplement un regard qui contenait tout à la fois. La gratitude, le pardon et surtout l'affection que les deux garçons se portaient. Elle était presque palpable à cet instant. Dire quoi que ce soit aurait été superflu. Alors, Scorpius se glissa en silence dans son lit et Albus en fit de même dans le sien.

Ce soir-là, il s'endormit avec quelques difficultés, mais le sourire aux lèvres.

Lorsqu'il se réveilla le lendemain, il eut l'impression de ne s'être jamais autant reposé. Il ouvrit les yeux doucement, s'étira avec paresse et observa la pièce autour de lui. Scorpius était assis sur le fauteuil, les jambes repliées sous ses fesses. Il tenait son recueil de Rimbaud dans les mains et l'observait en silence. Albus nota qu'il portait une chemise blanche et un jean tout simple, mais aussi qu'il était pieds nus.

— Salut, lança-t-il depuis le fauteuil.

— Bonjour… répondit Albus avec un petit sourire, la voix encore endormie.

— Je savais que c'était une idée nulle de te faire aller chercher nos vêtements. Tu as pris ma superbe chemise en lin, et aucun des pantalons qui va avec !

Albus eut un petit rire rauque. Il n'y avait vraiment que lui pour s'inquiéter de ses vêtements alors même qu'ils n'allaient pas voir le moindre élève pendant des semaines ! Cela lui fit du bien de rire. Scorpius était le seul être capable de le faire rire autant.

— Tu veux pas attendre que j'aie pris une douche pour me faire des reproches, non ? grogna-t-il, faussement outré.

— Il est midi quinze, Al, et j'attends qu'on nous serve le repas.

— Pardon ?

Albus se redressa sur son lit, soudain droit comme un i. Il n'arrivait pas à y croire ! Lui qui se réveillait sans exception depuis quatre mois avant sept heures, il avait dormi au-delà de midi ? Il avait eu un sommeil agité, et avait mis du temps à s'endormir, mais il avait quand même réussi à en profiter aussi longtemps ?

— Shelby a essayé de te réveiller ce matin, elle t'a secoué et tout, mais elle n'a pas réussi. Elle a lancé un sort ou deux et a juste vu que tu dormais. Elle a hésité à te tirer du sommeil à coup de magie, mais elle a préféré te laisser te reposer… Du coup tu as manqué tous les cours de la matinée… Pour être honnête, j'ai même un peu eu peur que tu ne reviennes pas à toi.

— Vraiment ? Oh putain, on était censés avoir potions !

— Ouais. Tu aurais dû voir la tête de mon père quand il s'est rendu compte qu'il devait me faire cours pendant que tu dormais à côté, c'était assez inoubliable ! Du coup on a parlé un peu, tous les deux.

— Oh, je vois… De quoi ?

— De toi.

— De moi ?

— Oui. Et d'Oriana. Enfin, c'est lui qui a amené le sujet… Il paraissait très préoccupé par Oriana et moi, commenta Scorpius à voix basse.

Albus soupira.

— Je… Ce que je t'ai dit hier, Scorp, je… Nos pères le savent. Le tien l'a découvert et je l'ai dit au mien juste après ton agression…

— Oh… Je comprends mieux pourquoi il tenait à savoir où j'en étais avec elle…

— Et tu as répondu quoi ?

Scorpius le fixa de ses yeux candides, l'air un peu gêné.

— Va prendre une douche, Al. Chaque chose en son temps. Je… Il y a de nombreux trucs dont on doit parler.

Albus acquiesça. Cette réponse ne lui plaisait qu'à moitié, mais il était conscient que tout n'était pas oublié juste parce qu'ils s'étaient faits un câlin la veille. Cela dit, c'était un signe, une marque de sa volonté d'essayer de passer à autre chose et de reconstruire ce qui s'était cassé, ensemble.

Il prit une douche rapide. Il s'observa dans le miroir du coin de l'œil. Il avait certes un peu meilleure mine, mais il avait toujours le visage émacié et on pouvait encore compter ses côtes sous sa peau. Ces quatre mois lui avaient coûté, et pas qu'un peu. Il prit tout de même le temps de se coiffer, mettre du déodorant, se brosser les dents et s'asperger d'un peu d'eau de toilette. Cela ne paraissait pas grand-chose, mais voilà plusieurs semaines qu'il ne se donnait même plus la peine de prendre soin de lui tant il se moquait de tout. C'était sans doute la première fois depuis un mois qu'il se parfumait !

En essayant de s'habiller, Albus poussa un juron. Il avait oublié de prendre un t-shirt avec lui. Il n'avait qu'un boxer, des chaussettes et un pantalon à enfiler. Cela voulait dire qu'il allait devoir aller torse-nu jusqu'à son armoire, or l'idée de se montrer aussi maigre à Scorpius le répugnait ! Malheureusement pour lui, il n'avait pas d'autre choix.

Il pria pour que son ami soit plongé dans la lecture de son livre et qu'il ne le regarde pas lorsqu'il sortirait, sans succès. À peine poussa-t-il la porte que Scorpius ne put retenir un hoquet de surprise. Il posa sur son corps un regard appuyé, le visage choqué. Albus aurait voulu disparaître sous un lit.

— Putain, Al… souffla-t-il au bout d'un moment. Tu… Tu as perdu combien de kilos ?

— J'sais pas.

Scorpius le voyait torse-nu pour la première fois depuis la rentrée de janvier. Depuis que son appétit avait disparu, il s'habillait dans la salle de bains de leur dortoir pour éviter de se montrer.

— Mais… Tu ne manges plus du tout ou quoi ?

— J'avais pas faim, répondit-il une nouvelle fois, laconique.

C'était vrai. Il aurait aimé que Scorpius cesse de le harceler et lui laisse enfiler son t-shirt. Au lieu de cela, il posa son livre, sauta sur ses pieds et s'approcha de lui pour pouvoir lui tourner autour et l'observer sous toutes les coutures.

— J'avais vu que tu avais perdu un peu de poids, mais je ne pensais pas à ce point… Tu t'es pesé ?

— Non.

Scorpius le fixa, l'air déterminé.

— Il y a une balance dans la salle de bains. Monte dessus ! Je veux connaître l'étendue des dégâts.

— T'es sérieux, Scorp ? Je peux pas juste mettre un t-shirt ?

— Non ! Et s'il le faut, je m'enchaîne au placard pour t'empêcher d'en prendre un jusqu'à ce que je connaisse ton poids !

— Tu fais chier, grommela Albus.

Il retourna dans la salle de bains. Il n'avait pas envie de monter sur la balance, il craignait ce qu'il allait voir.

Il ne retira pas son pantalon, en espérant s'alourdir un peu, puis mit les pieds sur le petit engin. Le cadran prit quelques secondes à se stabiliser, mais lorsque sa position cessa de bouger, Albus ne put retenir un juron.

— Putain… murmura-t-il à voix basse.

Il ne s'y était pas attendu. Vraiment, il savait qu'il avait perdu du poids, mais jamais il n'aurait cru autant ! Il resta sur la balance, figé, comme pour s'assurer que le chiffre qu'il lisait était bien réel.

Scorpius passa la tête à travers la porte de la salle de bains, curieux.

— Alors ?

Albus, le regard toujours fixé sur le cadran, ne dit rien. Scorpius s'approcha.

— Mince, sérieusement ? Cinquante-cinq kilos ?

— J'ai perdu dix kilos, constata Albus à voix basse.

Il y avait dans sa voix un air ahuri, comme s'il ne pouvait pas vraiment croire ce qu'il voyait.

— Et tu mesures quoi, un mètre quatre-vingts ?

— Un mètre soixante-dix-huit, corrigea-t-il.

— Bon. Alors à partir d'aujourd'hui, je m'occupe de toi, Al. J'espère que tu as faim, Shelby vient d'apporter le déjeuner !

— Pas trop, admit-il, mal à l'aise. J'aimerai bien pouvoir mettre un t-shirt, Scorp…

Celui-ci l'observa, l'air inquiet. Son ami sembla d'un coup se rendre compte que le sujet était sensible pour lui. D'un autre côté, il faisait pâle figure à côté de Scorpius, que le sport avait sérieusement épaissi !

Albus sortit de la salle de bains et acheva enfin de s'habiller. Leur déjeuner les attendait sur deux copieux plateaux-repas placés sur leurs tables de nuit. Scorpius avait déjà entamé le sien.

— Je te préviens, je vais jamais pouvoir manger tout ça, soupira Albus.

— Tu as intérêt à manger tout ça, sinon je te l'enfonce de force dans l'estomac.

Albus secoua la tête. Il sentait que cette histoire de nourriture allait être un sujet peu agréable de leur séjour ensemble. Il s'installa. Son déjeuner était composé d'une salade bien garnie en entrée et d'une généreuse quantité de gratin de pomme de terre en guise de plat principal. En dessert, il avait le droit à une part de tarte au citron. Et tout cela, c'était sans compter tous les à-côtés, comme le verre de jus de citrouille ou les deux tranches de pain.

Il se força à manger autant qu'il put, jusqu'à ce que son estomac refuse d'avaler la moindre miette supplémentaire. Entre-temps, Scorpius avait fini son repas et était venu s'asseoir dans le fauteuil, face à lui.

Il avait mangé deux feuilles de salade et la moitié de son gratin. Il avait l'impression qu'une seule cuillère de plus le ferait exploser.

— Tu ne veux pas au moins boire ton jus de citrouille ? poussa Scorpius, l'air inquiet de voir tout ce qu'il laissait dans son plateau.

— J'peux plus, Scorp. J'ai déjà trop mangé.

— Tu plaisantes ! Tu n'as rien avalé, vieux… Tu ne veux pas goûter la tarte ?

— Je veux bien, oui, mais après je dégueule sur le sol et je te laisse t'en occuper ! grinça-t-il, agacé.

— Oh, bon, bon… J'essaye de t'aider moi…

— Je sais, et c'est sympa Scorp ! Mais juste dire « mange plus », ça sert à rien…

Scorpius l'observa un court instant, l'air pensif, puis il alla fouiller dans sa table de nuit pour en sortir du parchemin et une plume.

— Tu as raison, ça ne suffit pas. Je vais donc m'attaquer au problème de face, si tu le veux bien. Je vais noter tous les plats que tu préfères, puis on choisira les plus caloriques, et on demandera aux cuisines de te préparer ceux-là exclusivement pendant deux semaines. Tu vas aussi me suivre dans quelques routines d'entraînement que ton père me fait faire. Rien de bien compliqué, je te rassure, mais assez intense pour être sûr que tu regagnes un peu de muscle aussi !

Albus se gratta la tête. Il ne savait pas trop dans quoi il s'était lancé… Sans oser rejeter l'idée de Scorpius, il acquiesça, peu rassuré.

Ils passèrent toute leur pause de midi à énumérer des plats. Scorpius soutenait que s'il ne voulait pas se dégoûter de toute nourriture, il devait avoir une liste assez diverse de trucs à lui faire manger.

— Et la purée ? C'est bon, ça, la purée, surtout avec du poulet ou des saucisses. Tu aimes bien ? demanda Scorpius, pensif.

— La purée ? C'est pas si calorique que ça, la purée, si ?

— Tu veux rire ! Si tu écrases juste une patate c'est sûr que ce n'est rien, mais chez mon père, je suis sûr que le chef utilise autant de beurre que de patates. Et du lait ! Crois-moi, une purée pareille non seulement c'est excellent, mais en plus tu prends cinq kilos par assiette !

Albus, étalé en travers de son lit et les pieds appuyés contre le mur, eut un léger rire.

— C'est un bourrin, ton chef, Scorp !

— Il est français, expliqua-t-il en guise de réponse.

Scorpius ajouta cette purée au beurre à la liste. Il avait à présent assez d'éléments variés pour pouvoir la donner à Madame Shelby.

Ils continuèrent à parler de sujets légers, pour le plus grand soulagement d'Albus qui put enfin cesser de se faire un sang d'encre au sujet de son poids. Il détestait l'idée que Scorpius puisse le trouver, d'une quelconque manière, peu attirant. Cela lui donnerait sans doute la motivation dont il avait besoin pour pratiquer ce sport dont il parlait.

Ils eurent bientôt un cours d'histoire de la magie, puis de défense contre les forces du mal. Albus s'amusait de voir comment chaque professeur avait sa manière de réarranger l'espace pour l'adapter à son enseignement. Binns n'avait besoin que de deux tables, mais Harry repoussa les deux lits dans un coin pour avoir assez d'espace. Le sujet de la leçon porta sur le charme du bouclier et le sortilège de stupéfixion, qu'Albus avait eu l'occasion de pratiquer dans son dortoir, quelques nuits plus tôt. L'événement avait donné l'idée à son père de leur faire prendre un peu d'avance sur le programme. Ils s'essayèrent un peu au charme du patronus, également, comme au début de chacun de ses cours, mais aucun d'entre eux ne fut capable de produire la moindre volute de fumée argentée.

Bientôt, la journée toucha à sa fin. On leur apporta le dîner, auquel Albus toucha à peine, bien qu'il se forçât à essayer de manger jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. Enfin, après une dernière visite de Madame Shelby ainsi que de Neville qui voulaient s'assurer qu'ils étaient bien installés, ils se retrouvèrent seuls.

— Tu veux faire quoi, ce soir ? demanda Albus, un peu fébrile.

— Hum, eh bien j'ai cet enfer de devoir d'histoire de la magie à remplir et sinon j'ai toujours un livre à lire, mais…

— Mais ?

— Mais je suppose que tu ne serais pas contre juste parler, n'est-ce pas ?

Albus approuva avec un sourire. En effet, il avait attendu ce moment toute la journée.

Scorpius était assis sur son lit, adossé au mur à côté de la fenêtre. Le soleil achevait de se coucher dans le ciel qui virait peu à peu au noir. De sa baguette, Albus alluma la bougie de la table de nuit et s'assit sur le fauteuil, comme le premier soir. Il ne remarqua qu'à ce moment que la petite chandelle était enchantée pour ne jamais se consumer.

— Et de quoi veux-tu parler ? lança Scorpius lorsqu'il fut installé.

— Euh… Bonne question ! Je croyais qu'on avait mille sujets à évoquer ? Commence par celui que tu veux.

Scorpius se gratta la tête en détournant le regard, l'air un peu gêné.

— Comme le fait que tu m'aies avoué que tu m'aimais, hier ?

Albus sentit l'anxiété monter en flèche dans son sang. Il ne s'était pas attendu à ce que ce soit le premier sujet qu'ils évoqueraient ! Surtout vu la manière dont Scorpius paraissait mal à l'aise à l'idée, la discussion promettait de ne pas être drôle.

— Je… Euh, on peut… on peut en parler oui, mais… J'suis désolé d'avoir lâché ça aussi abruptement, je pensais qu'on allait me forcer à retourner dans le dortoir et je voulais te le dire avant de plus te voir pendant un mois…

— Je ne sais pas trop quoi en penser, Al… souffla Scorpius, un peu gêné lui aussi. Je crois que j'ai besoin de temps pour digérer ça…

Albus hocha doucement la tête. Il détestait cette réponse, bien entendu, mais que pouvait-il faire d'autre que prendre son mal en patience et espérer le meilleur ?

— Ça te fait flipper ? interrogea Scorpius sans le regarder dans les yeux.

Albus s'étonna de l'étrange question. Il était évident que toute cette situation l'effrayait... Est-ce que Scorpius se sentait anxieux à ce sujet lui aussi ? Il se décida à répondre avec sincérité.

— Flipper ? Scorp, je suis mort de peur, vieux. T'avouer cela et devoir attendre ta réponse, c'est… c'est le truc le plus terrifiant que j'ai jamais vécu… Je peux pas te forcer à quoi que ce soit, déjà je suis un mec, et puis… Je peux pas te faire détester Oriana, et si tu l'aimes…

— Je n'aime pas Oriana, interrompit-il tout à coup.

Cet aveu frappa Albus comme un boulet de canon.

— Vraiment ? tenta-t-il, pas sûr d'avoir bien entendu.

— Je n'ai jamais été amoureux d'elle… Elle est géniale, hein, c'est une excellente amie ! Mais… Je crois que je me suis servi d'elle, un peu inconsciemment. Je… Je ne voulais pas qu'on croie que je suis gay, Al. Alors c'était ma solution de facilité. Si j'étais avec elle, je devenais un mec cool et d'un seul coup, j'étais fréquentable aux yeux de Poudlard…

« Je ne voulais pas qu'on croie que je suis gay… » Ces mots résonnaient dans la tête d'Albus, plus terribles encore qu'une malédiction noire et dangereuse. Il sentit une boule de plomb lui remplir l'estomac et, du bout des lèvres, il murmura :

— Je suppose que j'ai ma réponse…

— Quelle réponse ? questionna Scorpius, surpris.

— T'en fais pas, je m'y attendais. Sur le fait que tu ne peux pas m'aimer.

— De quoi ?

Scorpius paraissait aller de surprise en surprise, comme s'il ne comprenait pas un traître mot de ce qu'il disait.

— Tu as dit que tu ne voulais pas être gay, Scorp. Et je comprends, t'en fais pas. Je t'ai aussi entendu parler à Nigel et Kyle le jour de l'agression. Tu leur disais que…

— Tu m'as entendu ? s'écria Scorpius d'un coup, horrifié, la main sur la bouche.

— Oui, la porte était ouverte, alors j'ai écouté.

— Oh, Al, je… Je suis désolé, Merlin, j'étais… Je n'allais pas bien, je pensais pas le moindre mot de ce que j'ai dit, et…

Ce fut au tour d'Albus d'être perdu. Bon sang, cette conversation était une véritable montagne russe ! Un moment il avait l'impression d'enfin comprendre l'état des choses, et l'instant d'après tout volait en éclats ! Il interrompit Scorpius :

— Attends, attends ! Je pige plus rien. On peut reprendre du début ?

Scorpius paraissait toujours autant en proie à la détresse. Il hocha la tête avec fébrilité.

— Tu as dit à Nigel et Kyle que tu me détestais à cause des rumeurs sur nous, pas vrai ?

Scorpius gémit. Il paraissait véritablement souffrir de savoir qu'il avait entendu tout cela.

— Oui, je l'ai dit, mais je ne le pensais pas, Al. Ou plutôt, je ne le pense plus… J'étais en colère contre toi, tu n'imagines pas à quel point !

— Et tu avais de bonnes raisons de l'être…

— Oui, mais j'ai dit des choses horribles, Al, horribles ! Et rien n'excuse cela ! Je ne te pensais pas vraiment gay, à l'époque, et maintenant de savoir que tu m'as entendu dire ça alors que tu étais amoureux de moi, je… Je me sens trop mal, Al !

— Marrant, moi quand je t'ai entendu dire ça j'ai été incapable de ressentir quoi que ce soit… J'étais tellement au fond du gouffre, je ressentais plus rien. J'avais mal au cœur en permanence.

— Oh non, je… C'est… Ça va mieux, à présent ?

— Un peu. Je suis content d'être là, avec toi.

Il y eut un silence. Scorpius parut parvenir à se calmer un peu.

— Ça te fait quoi, Scorp ?

— Comment ça ?

— De savoir que… que je…

Albus avait du mal à répéter ces mots qui lui étaient pourtant venus si facilement, la veille.

— Ah, ça ! Euh… Je… Je ne sais pas trop. Hier j'étais surpris, je suppose… Et j'y ai réfléchi ce matin, pendant que tu dormais, et… Je crois que… Je ne sais pas si je suis amoureux de toi, mais je sais aussi que ça ne me déplaît pas autant que j'aurais pu le croire.

— Ah ?

— Ouais. Je ne sais toujours pas si je pourrais ressentir la même chose pour toi un jour… Mais ce que je sais, la seule chose sûre, c'est que cela ne me déplaît pas. C'est bête, mais depuis que je suis avec Oriana, je réfléchis à comment lui annoncer que je ne l'aime pas... Cette relation, ça m'a fait prendre conscience de tout ce que je ne voulais pas dans un couple. Et quand je m'imagine avec toi, je… J'ai rien de tout ça. Je m'imagine juste heureux. Bêtement, purement heureux.

— Pour de vrai ?

Albus ne put empêcher l'espoir latent qui illuminait sa voix de sortir avec les mots qu'il prononça. C'était si évident qu'il était soulagé d'entendre cela que Scorpius eut un petit rire.

— Pour de vrai, répéta Scorpius, toujours le sourire aux lèvres.

— Et ton père ? Le fait que je suis un mec ?

— Je ne pense pas être gay, Al.

— Oh…

De l'espoir, il retourna à l'anxiété. Les montagnes russes ne s'arrêtaient jamais.

— Mais ce matin, j'ai eu beau te voir maigre comme un fil de fer, j'ai pas pu m'empêcher de te mater…

Albus sursauta en entendant la phrase. Scorpius avait dit cela avec une telle légèreté. Il le matait ? Vraiment ?

— Tu me matais ? répéta-t-il, pour être sûr qu'il avait bien entendu.

— Je l'ai toujours fait, admit Scorpius en haussant les épaules. Et tu l'as toujours fait aussi ! Je ne suis pas fou, Al, je sens ton regard quand je sors de la douche ! Ou chez moi, quand on s'est baignés… C'est juste de l'intimité, non ? On a grandi comme des frères, je ne pense pas que ça veuille dire quoi que ce soit…

— Peut-être bien que oui, et peut-être bien que non… C'est pas pour rien que, tous les deux, ça fait quatre mois qu'on ne s'habille plus devant l'autre… C'est bien qu'on est conscients que c'est pas si innocent, pas vrai ?

Scorpius n'eut rien à répondre, il ouvrit la bouche, puis la referma. Il y eut de nouveau un long silence introspectif. Albus finit par lâcher une question qui lui brûlait les lèvres depuis plusieurs minutes.

— Tu crois que tu pourrais être amoureux de moi un jour ?

Scorpius soupira, comme si c'était une question qui lui tournait dans la tête tous les jours depuis des années et à laquelle il n'avait jamais eu la réponse.

— Je ne sais pas, Al. Là comme ça, je crois que non. Mais tu sais, je ne crois pas que qui que ce soit sera un jour plus proche de moi que toi… C'est déjà beaucoup.

— Moi, je m'imagine parfois que tu finis avec quelqu'un d'autre. Je m'imagine comment cela me forcerait loin de toi, puisque tu vivrais avec cette personne des trucs qui ne me regarderaient pas… Je m'imagine être mis de côté, et j'ai envie de chialer, Scorp.

— Oh non, ne pleure pas, Al. Je te jure, je suis déjà à deux doigts d'exploser depuis tout à l'heure, si tu pleures ça va m'achever.

Albus s'essuya les yeux d'un revers de manche. Scorpius reprit.

— Écoute, c'est évident que je ne peux pas te promettre de tomber amoureux de toi ! Mais, si cela peut te rassurer… Pour la première fois je réfléchis sérieusement à ce que serait ma vie si j'étais en couple avec toi, et elle n'a pas l'air si horrible que ça… C'est juste que… J'ai l'impression que si on était en couple, il n'y a pas grand-chose qui changerait entre nous, excepté une certaine attirance, non ? Tu vois ce que je veux dire ?

Albus fit non de la tête.

— On est déjà aussi proches l'un de l'autre qu'un couple, voilà ce que je veux dire ! La différence, c'est qu'on n'a pas envie de s'embrasser, ou de… de… Enfin voilà quoi ! Être en couple, c'est juste comme maintenant, mais avec de l'attirance en plus… Or je ne sais pas si je pourrais un jour avoir envie de ça avec toi, ou même avec un garçon…

Albus trouva son analyse assez pertinente. Lui, bon sang qu'est-ce qu'il avait envie de ça ! Chaque fois qu'ils se faisaient un câlin, chaque fois qu'il sentait le corps chaud de Scorpius près du sien, son odeur envoutante, sa respiration calme, il avait envie de l'embrasser. Prendre son visage entre ses mains et voler à Oriana la Maléfique ces lèvres qui étaient à lui depuis le premier jour ! Quant à imaginer faire plus qu'un simple baiser, l'idée même le mettait dans tous ses états. Il avait fait bien assez de rêves à ce sujet pour savoir qu'il en mourait d'envie.

— Mais si pour finir tu étais attiré… Ton père, les autres, tout cela ne te ferait pas peur ?

— Si, un peu. Mais tu es plus important que tout ça.

Albus hocha doucement la tête. Il ne savait pas trop s'il devait se sentir apaisé par cette discussion ou inquiété. Pour finir, en guise de mise à plat, il eut surtout le droit à encore plus de questions !

— Pendant les heures que j'ai passées à la bibliothèque, j'ai fini par trouver un livre qui parle de ça…

— De quoi ?

— D'aimer un mec.

Albus vit Scorpius ouvrir des yeux étonnés, en secouant la tête. Il enchaîna :

— En vrai, est-ce que tu peux prétendre que tu sais comment on fait ? Précisément ?

— Euh… Je suppose que je connais les bases, rougit Scorpius. Mais ça a l'air affreusement douloureux, sans compter le côté sale du truc… Ça me donne des frissons rien que d'y penser.

— Exactement ! Je pensais tout pareil que toi, jusqu'à ce que je lise ce livre. Paraît que c'est pas douloureux, parait que c'est pas sale du tout, bref, ça m'a pas mal rassuré sur la, euh… Faisabilité de la chose. Je l'ai là, tu le veux ?

— Euh… Pourquoi pas…

Albus plongea dans son sac, et en sortit le livre. C'était un petit volume à la couverture rigide noire et au titre écrit en lettres d'argent par-dessus une photo qui montrait tout un tas de garçons aux physiques très différents. Il y en avait des maigres, des gros, des musclés, des fins, des poilus, des glabres… Tous étaient torses-nus, et tous étaient assez sexys, à leur manière.

— Je pensais pas que Poudlard avait ce genre de livres…

— C'est une étagère assez planquée tout au fond, juste avant la réserve, mais… Y a plein de livres intéressant sur euh… Tout ça ! La sexualité, quoi.

— La tête qu'a dû faire la bibliothécaire en te voyant emprunter ça !

— Le moment le plus gênant de ma vie, se souvint Albus avec une grimace.

Scorpius ouvrit le livre au hasard et tomba sur l'une des rares photos. Il y en avait une pour illustrer chaque chapitre, à chaque fois assez suggestive, érotique même, et qui s'étalait sur la double page. Or, évidemment, Scorpius ouvrit à ce chapitre, avec cette photo. Rien de très explicite, mais on voyait deux hommes, l'un au dos cambré et aux yeux étincelants de plaisir pur, et l'autre, derrière lui, tout aussi extatique, qui paraissait lui mordre le cou.

Scorpius devint aussitôt écarlate et referma le livre. Albus eut un petit rire.

— Je te laisse le parcourir, il est assez instructif !

— J'ai cru voir…

Scorpius rouvrit le livre à la même page, et passa sa main sur le garçon au dos cambré. Il semblait n'avoir jamais imaginé qu'on puisse ressentir un plaisir pareil…

Albus rejoignit son propre lit avec nonchalance et observa en coin les réactions de Scorpius chaque fois qu'il tournait une page. Il garda une belle couleur écarlate au fil de sa lecture, mais il semblait tout de même osciller entre la curiosité et l'excitation.

Bientôt, Madame Shelby revint leur demander de se coucher. Albus s'amusa de voir comment Scorpius essaya de cacher la couverture du livre qu'il lisait lorsqu'elle arriva.

L'infirmière s'en alla avant qu'ils ne se soient effectivement couchés. Scorpius commença à défaire les boutons de sa chemise qu'il laissa tomber dans un coin, avant de défaire son pantalon et de se retrouver en boxer. Albus le voyait ainsi pour la première fois depuis Noël, et bon sang il avait envie de lui sauter dessus.

Il avait le torse si bien dessiné à présent ! Là où lui avait perdu dix kilos, Scorpius avait dû en gagner au moins une demi-douzaine ! Il avait les abdos visibles sans même avoir à les contracter. Les traits de son ventre se perdaient sous l'élastique de son boxer si diablement sexy qu'il n'avait qu'une envie : le lui arracher ! Il en salivait presque.

— Tu vois, là je sais très bien que tu me mates ! lança Scorpius en rigolant.

— Ah ouais ? Si ça te gène tu peux venir me le dire ici, si tu veux ! répondit Albus avec une voix qu'il voulait transpirante de perversité.

— Non merci, Al. Je n'ai pas encore décidé que j'avais envie de passer à la casserole ! ricana-t-il en disparaissant derrière un paravent.

— Hey ! Tu sais même pas ce que j'allais proposer ! Si ça se trouve j'allais te proposer de régler ça dans un duel de lutte gréco-romaine !

— Nickel, le sport le plus gay de l'histoire ! Allez, tu pourras retenter ta chance demain, va ! se moqua-t-il en sortant de derrière le paravent, son pyjama enfilé et son boxer à la main.

Albus rigola franchement.


Merci de m'avoir lu ! J'espère que ça vous a plu !

Vous savez que j'aime teaser, et le prochain chapitre est un de mes préférés. Ca faisait longtemps, pas vrai ? Huit semaines depuis le dernier, le 11. J'ai trop hâte que vous l'ayez sous les yeux mais comme d'hab je stresse de ouf à l'idée d'avoir raté mon objectif... bref ! On verra là-bas !

Alors comment les choses vont-elles évoluer ? Scorpius va-t-il enfin comprendre ce qu'il ressent pour Albus ? Le temps des grandes discussions à cœur ouvert est bien là, et il met nos héros à rude épreuve. Supporteront-ils la promiscuité ? La réponse vendredi 4 novembre pour le chapitre 19 : Détonation sur le Lac Noir.

N'oubliez pas comme chaque semaine de laisser une petite review. Même une phrase, un mot, juste un petit machin pour me dire tout ce que vous en avez pensé c'est déjà grandiose. Merci d'être là, et on se voit vite !

À vendredi prochain !