Á toi lecteur,

Au fond de moi, aussi cliché soit-il, j'ai toujours été une grande amatrice du romantisme. L'adolescente qui lit des romans à l'eau de rose, qui rêvait de l'amour avec un grand A, des papillons à l'intérieur du ventre, des grandes déclarations enflammées ainsi que d'histoires aux amants maudits et séparés par le destin, vous voyez le bateau ? J'ai toujours imaginé mes histoires d'amour comme ceci à l'époque du collège, du lycée ou des histoires que je m'inventais avant de m'endormir le soir. Maintenant, je me suis calmée, la cruelle réalité m'a ramenée sur terre. Lorsque tu réalises que la galanterie, peut-être en réalité aussi sexiste est-elle, n'est pas propice aux garçons de cette époque, que l'amour guérit mais blesse tout aussi bien, et surtout, que l'être humain, un jour ou l'autre, est mauvais, égoïste et cruel. Quand tu comprends tout cela, tu te prends une sacrée claque.

Mais que voulez-vous, j'étais une enfant à cette époque de croire au parfait amour. Et sans doute le suis-je encore un peu. Les livres ont toujours été un lieu de refuge pour mon imagination trop productive. Ironique qu'aujourd'hui, j'en aie perdu le goût. Oh, ne vous inquiétez pas, je lis toujours mais les mêmes, inlassablement. Je n'ai plus cette même envie d'éplucher chaque étagère de Fleury & Bott. Ou de me perdre dans les rayons de la grande bibliothèque de Poudlard sous le regard méfiant de Mrs Pince. En grandissant, je suis restée dans mes acquis, j'ai perdu de la curiosité, tout me lassait. J'ai encore quelques petites passions mais rien qui n'anime ma flamme intérieure, aucun ne suscite chez moi une véritable passion.

Je suppose que cela a commencé quand j'ai vraiment trop consacré de temps à l'amour. Vers mes seize ans. Dès toute petite, j'ai voulu avoir un amoureux. Comme les grands, comme dans les histoires. Une gamine encore qui rêvait du grand amour, qui voulait être elle aussi heureuse comme ses cousins, comme Teddy et Victoire qui avaient fini par se marier dès la sortie de Victoire de Poudlard. Comme je les enviais... En même temps, quand vous voyez mes parents, il était normal qu'à l'époque, je croyais en l'âme-sœur.

Quand je repense à ces dernières années, on dirait que j'évoque une époque si lointaine... Celle où Albus a sombré en dépression notamment. C'était un mal qu'il souffrait depuis que le choixpeau avait décidé qu'il serait à Serpentard. Cette répartition à l'époque, fut la source de nombreux débats dans la famille. Premier Weasley et Potter dans cette maison, pourtant pas le premier de notre génération à être réparti ailleurs. Ce fut le cas pour Dominique, Louis, Rose, Lucy et moi. Hormis Lucy qui le rejoindra une année après lui, Dominique, Louis et Rose allèrent chez les aigles et moi, vous l'auriez deviné, je suis parti chez les blaireaux. Grande surprise également. La si enflammée, énergique et enfantine Lily Potter chez les Poufsouffle, qui l'eût cru ? Seul James est le parfait Gryffondor. Il est grand, il est fort, il a même eu des lunettes à son adolescence. La fierté de papa je suppose ?

Nous, Albus et moi, nous étions les faibles, même si de mon côté, je faisais de mon mieux pour le dissimuler. Cette année-là donc, en septième année, Albus péta les plombs. Ce fut une rupture amoureuse qui fit exploser le chaudron et le reste vint naturellement. Le harcèlement qu'il avait vécu, le rejet, l'isolement, ses rares amis qui le lâchaient…tout ça, boum, tout en même temps. Sa dernière année à Poudlard fut un enfer, autant pour lui que le reste de la famille. Combien de fois avait-il fini à l'infirmerie en tentant de mettre fin à ses jours ? Combien de fois je craignais qu'on ne le retrouve pendu dans sa chambre si personne ne le surveillait, autre que Rose, de son âge et Lucy, de la même maison ? Ce qui l'a sauvé, c'est la musique. Il s'y consacra une fois ses ASPIC en poche, il monta même un groupe amateur. Maintenant, il va mieux, on voit encore chez lui quelques fragilités mais une fois plongé dans ses instruments, et une séance chez le psy de temps en temps, il était plus calme.

De mon côté, dès mes quinze ans, je connaissais mes premières amourettes, les premiers baisers, les longs câlins, les balades dans le parc main dans la main. Mais pourtant, même si je n'étais pas toujours amoureuse à chaque fois, mon petit cœur d'adolescente gardait un goût amer à chaque rupture. Tout était à recommencer, à chaque fois. Une fois, j'ai eu la trahison de trop, puis une autre quelques mois plus tard et encore un traumatisme et ce fut comme si toutes mes émotions positives s'étaient envolées. Mes passions, l'envie de vivre, de voyager, ma curiosité, piouf, parti, plus rien. Et tandis que mes cousins construisaient petit à petit leurs vies, déménageaient, allaient dans des travails qu'ils aimaient, sortaient et rompaient leurs relations, moi je sombrais. Dans mes études qui ne marchèrent pas les deux premières années. Et quand bien même la réorientation fut réussie, je serais incapable de vous dire dans quoi j'aimerais travailler. Si en réalité, ces efforts, n'avaient servi à rien.

Qui suis-je en réalité ? Qu'est-ce qui me rend vivante ? Quelles sont mes qualités véritables ?

L'élément perturbateur supplémentaire, ce fut l'amoureux de Rose : Scorpius Malefoy

On ne le connaissait que de loin mais on ne lui avait jamais parlé. Nos parents ne s'aimaient guère et personne ne cherchait à aller à l'encontre de leurs idées. Pourtant dans la même année et maison qu'Albus, les deux s'étaient assez bien ignorés pendant des années. C'est grâce à la dépression de mon frère qu'ils se sont rapprochés. Rose à l'époque, ne s'en souciait guère jusqu'à qu'elle le retrouve par hasard, au ministère, lors d'une soirée de Noël. Ils étaient rapidement devenus amis et, ça personne n'aurait pu le prédire, ils se sont aimés. Leur couple fit scandale dans la famille. Rose avait quitté son ancien copain, ô combien aimé par tous, pour cet homme : Scorpius Malefoy. Venant de la famille dont on prononçait rarement le nom. Le nouveau couple a pris pas mal de foudre, seuls les plus jeunes, nous les cousins, n'avons rien dit. Evidemment, on eut tous au début des petits aprioris mais bien vite disparus une fois que Scorpius se présenta. Et puis, il était devenu un ami proche d'Albus, il ne pouvait donc pas être quelqu'un de mauvais.

Je fus, avec James et Hugo, l'une des premières à le rencontrer à l'époque. C'était au mois d'avril, lors d'un week-end où ils étaient passés. Scorpius était très gentil, bien que peu bavard au début. Selon Rose, c'était normal, il était toujours assez discret, très introverti. Je n'ai pas cherché à insister à l'époque mais je l'aimais bien. Durant l'été, le contact se fit plus facilement, Scorpius venant de plus en plus aux soirées qu'on organisait entre cousins. C'était une belle époque ces vacances d'été. Molly s'était enfin dégoté un copain qu'on aimait victimiser, Roxanne assumait enfin sa bisexualité, Dominique nous présentait sa copine de longue date et Albus allait de mieux en mieux. Nous fêtons avec Hugo la fin de notre scolarité et notre arrivée (« enfin » avais-je pensé à l'époque) dans la cour des grands. Scorpius nous quitta à la fin de l'été, allant en Écosse pour sa formation dans le commerce et nous le vîmes beaucoup moins durant le reste de l'année. Rose nous donnait quelques nouvelles, il était à chaque fois le bienvenu dès qu'il revenait. Mais nous ignorons à cette époque que ses études le rendaient malheureux…tout comme moi et l'enfer que furent mes deux années d'études en journalisme.

J'avais voulu faire comme ma mère, ignorant réellement ce que je voulais faire après l'école…quelle grave erreur. La première année, j'essayai de m'accrocher car après tout, je ne savais pas où aller mais j'étais trop timide, trop dans ma tête, pas assez cultivé. J'étais à la ramasse et j'enviais encore plus les autres de mieux réussir que moi. Je réussis néanmoins à valider mes examens de peu mais la suite fut bien miséricordieuse. Ce ne fut pas le cas l'année suivante. Maintenant, j'ai une licence dans une autre filière mais avec le recul, j'ai l'impression que ce diplôme ne vaut rien. Que je n'en sors pas plus instruite qu'à l'arrivée.

Pourquoi je raconte tout ça ? Á toi, lecteur imaginaire, tandis que j'écris ces lignes sur un vulgaire morceau de parchemin. Ce n'est pas comme si j'allais envoyer ça à quelqu'un, n'est-ce pas ? Ou…à lui.

J'avais beau avoir une famille unie et les voir régulièrement, je me sentais plus que jamais abandonnée, seule, indésirable en amour et sans amis. Hugo était parti à l'étranger, les autres, avec leur travail, leurs unions, leurs maisons et leurs âges, avaient un lien plus fort entre eux. Á côté, j'étais le bébé, j'étais à la ramasse. J'avais besoin de créer des liens, j'avais l'impression de ne vivre ma vie que lorsque celle-ci était en pause, en compagnie de mes cousins, ceux qui, à défaut, étaient mes amis, après avoir perdu les miens après ma septième année. Avant de me réorienter, quelques mois avant, j'avais tenté de voir une conseillère d'orientation mais je sortis de la consultation plus perdue que jamais. « Je ne peux rien faire pour vous », avait-elle dit, « renseignez-vous déjà sur les formations qui existent, tenter de finir votre année et aller voir un psychologue ». Et c'est ce que je fis, comme je pus, sauf pour la psy. J'avais trop honte à l'idée de consulter. Trop peur de blesser mes parents après tout ce qui s'était passé avec Albus des années plus tôt. Je ne voulais pas créer des problèmes supplémentaires à cause de ce que je devenais.

Mais malheureusement, c'est en essayant très fort d'empêcher quelque chose, que l'inverse se produit. Je suis devenue un plus gros problème que je ne l'étais déjà en réalité. Et j'ai tout gâché, tout.