Scorpius,

Certaines personnes ne méritent pas d'être heureuse et tu en fais partie.

Mais vois-tu, j'ai encore fait preuve d'égoïsme, je n'ai pensé qu'à moi-même, qu'à mes sentiments et au fait que parfois, je repensais à toi, que je me demandais encore ce que tu ressentais à mon égard et que celle qui désormais tu embrasses, est-elle comparable à ce que tu disais ressentir pour moi.

Par fierté mal placée, à force j'ai oublié la première victime dans tout ça : Rose. Et j'ai payé le prix cher.

Tu sais ce qu'il s'est passé Scorpius, à cause de toi, ou de nous ? Rose est traumatisée. Peut-être même à vie, par ta faute.

Parce que tu l'as accusé de la pire chose possible.

Tu l'as fait passer pour une menteuse, une fausse victime en mal d'intention.

Tu as balancé à tes proches que Rose t'avait accusé, par vengeance de votre rupture et par jalousie des sentiments que tu éprouvais envers moi, de l'avoir violé.

Je l'ai su quelques semaines après votre rupture et quand nous avons cessé de parler. Rose à ce moment-là, était seule, le cœur brisé et à l'étranger. Comme j'ai été si en colère quand je l'ai su. Je n'espérais qu'une chose : te détruire. Qu'importe mon gabarit et les risques encourus : je voulais te mettre en pièces, arracher ton visage, te griffer jusqu'au sang et arracher ce cœur si noire de ta poitrine.

Rose eut des idées noires, elle m'en parlait par lettre après m'avoir pardonné. Tu n'as aucune idée du poids de ce que c'est, pour une femme, d'être accusé d'une chose pareille. Heureusement, peu de gens eurent vent de l'affaire car cela aurait suffi pour détruire à tout jamais sa crédibilité. Qu'importe ton nom, qu'importe tes origines, après tout ton physique et ta gentillesse auraient attiré la sympathie, ton métier aussi. Nous femme, on parle que pour causer des soucis, on imagine des problèmes imaginaires n'est-ce pas ?

Là où j'ai eu tort, c'est que six mois après, Rose ne t'a plus évoqué. Ou alors très rarement, l'affaire de son côté, semblait donc close. Il n'y avait que moi qui souffrais (et je le méritais) dans ma tête. Quelle naïveté…

La veille de mon anniversaire, deux ans et demi plus tard, Rose, devant toute ma famille s'est écroulée. Á cause d'un débat qui a mal tourné, un sujet qui est allé trop loin qu'il n'aurait dû. On parlait des derniers potins aux mystères, de sorcières qui montaient une attaque en justice contre d'anciens membres du magenmagot, des années après les faits. Mon frère James ne comprenait pas pourquoi se taire aussi longtemps et prendre la parole que maintenant. Hugo s'en est mêlé pour contre-attaquer, nos parents dans un coin, n'osaient rien dire, seul Albus priait de temps en temps pour changer de sujet. Moi, j'intervenais très peu, priant que la discussion n'envenime pas davantage.

« Mais connais-tu seulement quelqu'un qui s'est amusé à faire des fausses accusations ?! » ai-je soudainement balancé à mon frère ainé, assez ennuyé de cette discussion qui régnait depuis dix minutes.

Á ce moment-là, c'était trop tard. Avant que je ne comprenne quoi que ce soit, Rose me dévisage, ses yeux sortant presque de leurs orbites et (sans jamais que ça ne soit arrivé auparavant lors d'un repas de famille), elle hurla soudainement :

« MOI ! MOI J'AI ÉTÉ ACCUSÉ, OK ? MOI ! »

Il m'a fallu une seconde, une seconde pour comprendre ce qui se passait. Personne ne comprenait ce qui était en train d'arriver et c'est au moment où Rose fondit en larmes que j'ai réalisé à quel point j'avais oublié que non, pour Rose, cette histoire était loin d'être enterré. Et que je le croyais, naïvement.

Les larmes n'ont pas tardé de mon côté alors que je prenais ma cousine dans les bras en lui répétant combien de fois que j'étais désolé, que c'était de ma faute… Voyant que nos états ne se calmaient pas, mon copain proposa à voix basse de nous isoler un instant et c'est en traînant ma cousine que nous nous sommes enfermées dans le bureau de mon père.

Alors que Rose ne cessait de pleurer, je tapais du poing contre le carrelage, me maudissant pour être un monstre pareil. Rose continuait de souffrir pendant tout ce temps et je ne m'en rendais même pas compte. J'étais là, telle la reine des pourries gâtées à ressentir encore une attirance sordide (ou un manque, une illusion ?) envers toi malgré mon merveilleux copain et alors que j'avais trahi ma cousine de la pire des manières. Et elle, ne montrait rien. Elle continuait de vivre, de rire, d'aimer encore bien que différemment alors que c'était elle la plus grande victime. Je me sentais comme un véritable monstre, ne méritant ni l'amour ni le pardon de ceux que j'aimais.

Une fois les larmes séchées et la morve mouchée, j'ai essayé de discuter à nouveau avec Rose de toi, de ce qu'elle ressentait mais elle était sans appel : à quoi bon revenir sur le sujet ? Á quoi bon reparler de ce qu'elle ressentait, c'était passé après tout. Qui avait-il d'autres à faire maintenant et même l'option thérapeutique ne servirait peut-être pas à grand-chose. Elle garderait cette accusation en elle, cela la marquerait à vie…mais rien d'autre ne pouvait être ajouté. Ce n'était pas comme si tu allais revenir t'excuser de toute façon.

Il m'est arrivé de rêver de toi, parfois tu m'accusais de t'avoir chauffé et de me défiler. Une autre fois, je te confrontais et je te mettais face à tes responsabilités. « Tu as accusé Rose d'avoir inventé un viol » te disais-je, révoltée. « Oui, et alors ? » avais-tu répondu, désinvolte, juste avant de me réveiller.

Après cet incident, s'ensuivit une période très gênante. Les parents ont dû être rassurés car ils ne connaissaient rien de cette histoire et n'eurent le droit qu'à une version édulcorée pour garder cette histoire privée. Le reste de la soirée s'était déroulé comme si rien n'était arrivé mais des jours encore, j'étais encore hantée par le visage de Rose, hurlant sur la terrasse qu'elle avait été accusée.

De cette histoire, je préfère me souvenir que de la haine. La haine que je ressens contre toi car c'est plus facile de te détester que de te pardonner. La haine qui aurait dû continuer à m'alimenter durant ces deux dernières années au lieu d'offrir à mes pensées un manque sadique. La haine de vouloir à nouveau te faire souffrir, toi et ta belle gueule. La haine dès que je vois ces fichues photos des paparazzis dans les journaux à ragots de toi et ta petite catin en vacances, au restaurant, avec ta mère, heureux comme si de rien n'était. Je sais que je devrais arrêter de lire ces articles, de regarder ces photos. Mais c'est plus fort que moi : je veux te voir, te garder à l'œil. Au cas où. De quoi, je n'en sais rien… Et si ça me fait mal ces images, tant pis, je ne l'aurais pas volé, car je l'ai bien mérité, non ? Hein, moi, celle dont ta mère traitait d'allumeuse alors qu'elle avait littéralement séduit ton père, alors à l'époque fiancé à sa propre sœur aînée. Les pommes ne tombent jamais trop loin de leur pommier, n'est-ce pas ?

Certaines personnes méritent de crever la bouche ouverte et tu ne l'aurais pas volé.