Plop bonsoiiiir !

Chapitre 4, enjoy ! Je l'ai pas posté la semaine de Noël parce que quelqu'un m'a dit que ça plomberait l'ambiance (c'est si vrai) puis j'ai oublié derrière, pardon.

Voici donc la fin de cette mini fic ^^

Disclaimer : Tout appartient à Tolkien et Peter Jackson.


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CHAPITRE 4

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Frérin soupire une nouvelle fois devant l'enveloppe qui repose sur la table. Il reconnaît dessus l'écriture encore ronde de Fíli, mais il ignore pourquoi son neveu lui écrit. Il n'ose pas l'ouvrir, de peur de recevoir de mauvaises nouvelles. Il ne peut cependant pas l'observer non plus pendant des heures ; tôt ou tard, il devra bien y répondre. De préférence, avant que le Rôdeur qui lui a transmis la lettre ne reparte aux frontières.

― Si tu veux, Adad, je peux l'ouvrir.

Hellébore lève son nez de son dessin, repose sa plume sur le repose-plume, avant de poser ses yeux noirs sur lui. Ses boucles couleur corbeau tressautent dans son dos alors qu'elle penche la tête sur le côté en attendant sa réponse. Le nain sourit et tend la main par-dessus la table pour lui ébouriffer les cheveux.

― Je vais attendre le retour de ta mère pour discuter du contenu avec elle. Que dessines-tu ?

― Nous ! Et j'en suis à l'encrage.

La jeune fille sourit, lumineuse comme un rayon de lune, avant de tourner vers lui son dessin. Le jardin s'étale sur le parchemin ; à l'arrière-plan, Frérin se retrouve en train de bêcher la terre et Belladone cueille les tomates. Au devant, sa fille s'est représentée en pleine passe d'arme avec Bilbon, un bâton en main. Arïn est positionné à droite de l'image, lisant au pied du pommier, croquant dans l'un des fruits. La composition est magnifique ; cela a dû lui prendre énormément de temps de travail, comme les autres dessins qui ornent les murs du smial.

― Tu auras besoin que ta mère crée un nouveau cadre en bois, j'imagine ? Ton dessin serait merveilleux au-dessus de la cheminée du salon.

― Je pensais… Je voulais le garder avec moi, celui-là. Pour quand je rejoindrais la Garde.

L'adolescente est soudain hésitante et à raison. Frérin soupire, se pinçant l'arrête du nez. Une pierre semble avoir élu domicile au fond de son ventre, alors que le sujet de tension entre eux revient sur la table. Objectivement parlant, le nain sait que sa fille peut tout à fait rejoindre les Gardes-frontières ; il lui a appris à manier les armes pour qu'elle ne se retrouve jamais sans défense. Mais ce n'est pas pour autant qu'il accepte l'idée qu'elle aille elle-même à la rencontre des périls en devenant garde.

Il a connu trop de champs de bataille pour être serein à cette idée.

― On en a déjà parlé, Hell. Tu n'es même pas majeure. Je sais que ça ne t'empêchera pas de partir, vu à quel point tu y tiens, mais tu m'as promis d'attendre tes trente-trois ans.

― Je sais. Je… Je veux juste pas le faire à la dernière minute.

Le silence qui suit ses paroles est plus lourd que Frérin ne le souhaiterait. Il se lève pour l'embrasser sur le front, caressant tendrement ses cheveux ensuite. Il ne lui en veut pas d'être aussi passionnée ; au moins sait-elle ce qu'elle veut faire. Une telle assurance n'est pas donnée à tout le monde.

― Je vais rejoindre ton petit frère à la forge. J'imagine que tu restes à la maison finir ton dessin ?

― Je partirai peut-être voir Oncle Isengrim. J'aimerai le croquer en tant que Thain, je n'ai pas vraiment eu le temps depuis la mort de grand-père.

― Laisse un message pour ta mère si tu pars avant son retour, alors. Elle aura notre peau à tous deux sinon.

Elle hoche la tête et Frérin se redresse, lui tapotant une dernière fois le crâne avant de se diriger vers le hall d'entrée. Il s'habille pour sortir, chantonnant à moitié, l'esprit tout de même préoccupé par la lettre de son neveu. Thorïn et Dís ne lui auraient pas demandé de lui écrire, il a sans doute pris la décision seul, ou alors avec son petit frère Kíli. Il n'aime pas ça. Peut-être est-ce simplement pour avoir des nouvelles, mais il a la sensation diffuse que ses neveux n'auraient pas pris le risque pour si peu.

Une main se perd dans ses cheveux libres de toute décoration. Peut-être devrait-il ouvrir la lettre maintenant, avant que Bilbon et Belladone ne rentrent de leur visite aux membres de la famille des Saquet de Besace. Mais il n'a guère envie de laisser son fils seul à la forge. Déjà qu'il ne l'a sans doute pas attendu pour entrer dans le bâtiment et commencer à préparer leur forge du jour, s'il ne le rejoint pas, il risque fort de démarrer seul. Et à son humble avis, il est encore bien trop jeune.

Mais l'entêtement légendaire des Durin est bien quelque chose que ses deux enfants ont en commun. Ou celui des Touque, vu que Bilbon est tout aussi bien pourvu de ce côté-là. Aussi rejoint-il son plus jeune enfant, préoccupé par cette lettre imprévue.

La journée passe et le crépuscule tombe lentement sur le Quartier Ouest de la Comté sans que Frérin n'arrive à se défaire du nœud dans son ventre causé par le courrier. Il s'intensifie même lorsque Belladone entre dans la forge, interrompant son fils et lui dans le rangement après leur journée de travail.

― Frérin, j'ai ouvert la lettre qui était sur la table. Tu devrais la lire.

Le nain essuie son front et ses mains avec un morceau de tissu déjà noirci, alors que Arïn range leurs outils en sifflotant un air en sindarin. Frérin lui adresse un regard amusé, se souvenant vaguement de l'enfant le tannant pour apprendre cette langue. Comment le précédent Thain s'est-il débrouillé pour obtenir des parchemins auprès d'Elrond de Fondcombes, il ne le saura jamais, mais son petit garçon s'en sort très bien. Sans doute aurait-il été un érudit comme son cousin Balin, s'il avait été un vrai nain.

― Que dit-elle ? s'enquit-il en saisissant la lettre que lui tendait son épouse.

Il sait d'avance que la réponse lui fera mal, au regard désolé qu'elle lui lance, aux doigts serrés sur le papier. Il le déplie, perdant quelques couleurs alors qu'il aperçoit des taches sombres et des mots qui ont bavé.

― Je… Tes neveux ont perdu leur père. Un accident minier. Ils voulaient juste te mettre au courant…

Frérin parcourt rapidement les lignes tracées d'une main tremblante. Fíli ne lui demande même pas de rentrer, ou quoi que ce soit du genre ; il l'informe seulement de leur perte. Sans doute même s'attend-t-il à un simple faire-part de condoléances en retour, voire juste le silence.

Le nain doit s'appuyer contre son plan de travail pour ne pas s'effondrer au sol, alors que les larmes coulent le long de ses joues. Il devrait être aux côtés de sa sœur à cet instant, elle qui a perdu son Unique - est-ce qu'elle est même encore en vie au moment où il les ces lignes, ou la douleur de la perte l'a-t-elle brisée ? - il aurait dû être là pour la soutenir, pour consoler ses neveux et leur promettre que tout irait bien. Ce n'est pas que Thorïn soit mauvais à cela, mais il n'est pas très doué avec les émotions. Il gére déjà mal les siennes, alors celle des autres ? Une véritable catastrophe.

Sa femme vient l'enlacer avec douceur, déposant un baiser dans ses cheveux. Il pose sa tête sur son épaule alors qu'un hoquet le secoue. Même si par Mahal, il adore sa famille, à cet instant, il donnerait tout pour être aux Eren Luid et consoler le reste des siens. Ils auront beau avoir du soutien du reste de la famille Durin, il souhaiterait tant pouvoir rentrer aux Montagnes Bleues et les étreindre contre lui.

― Tu devrais aller les voir.

Belladone l'oblige à relever la tête à ses mots, effleurant ses joues mangées par sa barbe de ses mains. Elle a son regard sérieux, celui des grandes décisions. Frérin sent son cœur se tordre. Il ne veut pas quitter sa famille, car il n'est pas certain de pouvoir rentrer. S'il est vu par un des membres du Conseil, il se fera arrêter. Il a fui sans intention de retour pour une bonne raison.

― Je ne veux pas vous laisser seuls…

― Tout ira bien. Que veux-tu qu'il nous arrive dans la Comté ? Je te connais assez bien pour savoir que tu souffriras de ne pas les soutenir dans cette épreuve. On enseigne à nos enfants à n'avoir aucun regret, cela vaut pour toi aussi.

― Je pourrais me faire arrêter…

― Dans ce cas-là, je viendrais te délivrer moi-même si tes frère et sœur ne le font pas.

Frérin rit à travers ses larmes. Cela ressemble tellement à son Unique qu'il n'est même pas surpris. Il lui rend son étreinte, passant sa main dans les boucles aussi noires que celles de Hellébore avec un sourire apaisé. Si sa femme lui en donne l'autorisation - l'ordre, presque - il peut partir sans trop s'en vouloir. Il fera tout pour ne pas se faire prendre et pour rentrer au plus vite. Il ne se fait pas d'illusions : Belladone serait bien capable de le sortir des Montagnes Bleues armée de sa simple volonté et de son bâton de marche.

― Tu vas partir, Adad ?

Arïn se réfugie contre son flanc, ses yeux remplis de larmes retenues. Il cache aussitôt sa tête contre lui, comme pour l'empêcher de s'en apercevoir, mais trop tard. Il se doute que son plus jeune enfant est inquiet, qu'il a peur de ne plus le revoir. Mais tout ira bien. Il sait se faire discret, il est déjà rentré aux Eren Luid sans se faire remarquer tout de suite. Il n'arrivera sans doute pas à se dissimuler plus d'un ou de deux jours, mais une nuit devrait suffire pour s'assurer de l'état des siens. Peut-être devrait-il proposer à sa sœur de venir faire son deuil à la maison, avec ses deux fils ? Ainsi, ils pourraient enfin rencontrer leurs cousins nés au mépris de la tradition.

― Je pense, oui, sans tarder. J'aimerai revenir avant que l'hiver ne pointe le bout de son nez.

― C'est si soudain… Hell sera déçue de ne pas avoir pu te dire au revoir !

Frérin tressaille ; il n'y a pas pensé. Il ne veut pas rendre malheureuse sa fille, mais il ne veut pas perdre non plus trop de temps. Plus il sera vite parti, plus vite il rentrera. Il sait déjà que sa famille lui manquera tout le long du voyage - il tuerait pour pouvoir les emmener avec lui - alors il préfère ne pas perdre plus de temps.

― Vous lui direz adieu de ma part, alors. Je compte sur Bilbon et toi pour l'empêcher de faire des bêtises, d'accord ?

Arïn rit à ses mots, souriant joyeusement en retenant ses larmes. Frérin grave l'image dans sa mémoire, avant de se baisser pour lui embrasser le front. Belladone glisse son bras sous le sien, l'embrassant furtivement alors qu'ils sortent de la forge.

À peine quelques heures plus tard, alors que la nuit est tombée, le nain quitte le Quartier Ouest de la Comté pour la première fois depuis des années.

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Les ombres sont ses alliées. Même des années après son départ, les rondes ont les mêmes horaires, les mêmes itinéraires. Frérin les connaît presque par cœur pour avoir aidé Dwalin à les mettre en place. Il a un peu honte de s'infiltrer dans la montagne comme un voleur, mais il n'a guère le choix. Personne ne doit savoir qu'il est là, ou il ne pourra pas rentrer à la maison. Il refuse de laisser son Unique seule pour élever leurs enfants, ils sont encore trop jeunes pour perdre leur figure paternelle. Et cela briserait Bilbon de perdre une deuxième fois un père.

Il a le cœur qui bat contre ses côtes, bien trop bruyamment, alors que des gouttes de sueur coulent le long de sa nuque. Il prie Mahal pour qu'aucun caillou ne se dérobe sous son pied et n'alerte les gardes qu'il contourne difficilement. Il commence à être trop vieux pour ces acrobaties. Peut-être n'aurait-il pas dû venir ? Même si sa femme l'a encouragé de peur qu'il ne soit rongé par la culpabilité, il a peur de ne pas pouvoir revenir chez lui. Et il lutte de toutes ses forces pour ne pas en rester paralysé, parce qu'être immobile trop longtemps le ferait sans nul doute repérer.

Dès qu'il atteindra le centre-ville, cela sera déjà plus simple. Il pourra se faire passer pour un nain qui goûte aux plaisirs nocturnes que les Ered Luin ont à offrir.

Ses espoirs s'effritent soudain lorsque plusieurs gardes lui barrent brusquement la route, comme sortis de nulle part. Merde, ont-ils anticipé sa venue ? Comment l'ont-ils anticipé, surtout ? Ses neveux l'ont-ils trahi sans le vouloir ?

Ou alors, le Conseil a fait pression sur eux pour qu'ils lui écrivent cette lettre, comme un bel appât auquel il a mordu sans hésiter. Quelle bande d'orcs !

― Prince Frérin, veuillez nous suivre sans résistance, s'il vous plaît.

Ils rêvent. S'il se rend, ses enfants et son épouse seront inconsolables. S'il se rend, tout ce qu'il a construit s'effondrera.

― Le Conseil aime pas ne pas avoir ses petits pions sous la main, hein ? C'est pas comme s'ils peuvent faire quelque chose de moi, que ces putains de conseillers me foutent la paix !

Il faillit rajouter « et retournent cultiver leurs salades », preuve que sa vie à Hobbitbourg a influencé jusqu'à son langage. Il recule d'un pas, alors que les gardes portent la main à leurs armes. Dwalin n'est-il pas censé être leur chef ? Est-ce qu'il est au courant ? Est-ce qu'il a dû approuver contre son gré ce guet-apen ? Frérin brûle de savoir si sa famille nanique l'a trahi ou non.

Il pourra leur pardonner s'ils ignorent ces ordres, ou si Fíli et Kíli ont été menacés pour qu'ils courbent l'échine. S'ils l'ont poussé à venir ici en toute connaissance de cause, il n'est pas certain de pouvoir leur faire face sans avoir envie de les frapper. Il doit trouver un moyen de fuir. Il doit rentrer chez lui, il a promis à Bella qu'il serait de retour avant l'hiver !

― Prince Frérin…

― Je ne suis plus un prince ! hurle-t-il, sur les nerfs.

Il n'est plus un prince depuis que Erebor est tombé, il n'est plus un prince depuis qu'il a laissé son frère diriger pratiquement seul leur peuple, il n'est plus un prince depuis qu'il a épousé son Unique. Il n'est rien de ce que son peuple exige de lui ; comment ne l'ont-ils pas encore remarqué ? Les Montagnes Bleues se portent aussi bien sans lui. Le Conseil n'a pas besoin de lui ; aussi lâche soit cette pensée, Frérin a envie de hurler qu'ils n'ont qu'à exercer leur soif de pouvoir sur son frère aîné.

Il sort son arme, prêt à défendre chèrement sa liberté. Il doit rentrer. Il refuse toute autre possibilité. Pourvu que le bruit attire Thorïn, Dwalin, n'importe qui, pourvu qu'il soit de son côté et puisse retarder cette folie pour qu'il prenne la poudre d'escampette.

― Ne nous obligez pas à vous affronter, prince Frérin...

― C'est vrai que ça doit vous foutre les jetons d'affronter un survivant d'Azanulbizar.

Peut-être y a-t-il des vétérans de guerre parmi les gardes présents, mais il y a eu si peu de survivants que cela l'étonnerait fortement. La plupart des nains doivent être des jeunes qui n'ont connu ni Smaug ni la guerre. Peut-être peut-il leur faire peur ? Il n'est pas aussi bon combattant que Dwalin ou Thorïn, il a même dû se rouiller avec les années, mais il n'en reste pas moins une fine lame.

Il sent soudain une présence derrière lui et il se tend, se retournant vivement. Il a rouillé ; il n'a pas senti le garde lui couper la route. Un bref instant, il songe que Belladone a intérêt à rester à Hobbitbourg plutôt que de venir le chercher, avant de se faire violemment assommer.

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Bien évidemment, Frérin doit faire face au Conseil, comme un traître à sa patrie, à genoux, alourdi de chaînes. Tout ça parce qu'il a voulu vivre libre, loin de leurs lois stupides et étouffantes. Il a envie de leur rire au nez. Mahal lui-même l'a béni d'une enfant de son épouse Yavanna. Il ne craint pas leur châtiment. Tant qu'ils ignorent pour sa famille, il pourra endurer la douleur de l'éloignement, la culpabilité de laisser sans père ses enfants. Au moins, la famille Touque aidera Belladone à prendre soin d'eux.

Pourvu que son épouse ne vienne pas le chercher. Pourvu qu'elle ne se mette pas en danger.

Le regard de son frère en bout de table est rempli de peur. Bien évidemment que Thorïn aurait aimé ne pas se retrouver dans cette situation. Il doit avoir envie de tuer tous ces immondes nains attirés par le pouvoir qui mettent à genoux son précieux petit frère. Pourtant, il reste immobile, il reste royal, comme leur père et leur grand-père leur ont appris.

Frérin n'a pas envie que son frère ait plus d'ennuis à gérer à cause de lui. Il lui adresse un sourire rassurant, secouant légèrement la tête pour lui signifier de ne pas intervenir. Il trouvera bien une solution. Il en trouve toujours une, c'est lui le débrouillard de la famille dans les situations incongrues.

― Veuillez excuser mon ignorance, mais puis-je savoir pourquoi je suis traité comme un traître à notre peuple ? Ai-je fait la moindre chose pour…

Un battement contre ses côtés.

Le bruit infime d'un fil qui craque.

Un gouffre béant qui s'ouvre soudain pour avaler la moitié de son cœur.

Frérin entend quelqu'un hurler, la poitrine comme coupée en deux. Il ne peut même pas bouger ses mains, ligotées dans son dos. Il comprend que c'est lui qui crie comme un animal blessé seulement lorsqu'il sent des larmes glacées couler sur ses genoux ; il identifie avec horreur le vide dans son corps.

Belladone est partie.

Le fil de mithril n'a plus personne à qui se raccrocher.

Frérin n'a même plus la force de se tenir debout ; il s'effondre, tête contre le sol, incapable d'arrêter les hoquets qui le secouent alors qu'il réalise. Son Unique est morte. Il n'a pas su, il n'a pas pu la protéger. Est-ce qu'elle serait encore là s'il n'était pas venu aux Montagnes Bleues ? Est-ce qu'elle est morte en essayant de le rejoindre ? Non, non, ce n'est pas possible, ça doit être un cauchemar !

― Pour ceci, prince Frérin. Nous avons pris sur nous pour nettoyer la branche malade. J'espère que cela vous servira de leçon.

Non.

Non. Ils ne peuvent pas avoir fait ça ? Ils ne peuvent pas avoir tué sa femme et ses petits ? Ils ne peuvent pas… Le nain a l'impression de geler, alors qu'il a trop mal à la gorge pour continuer de hurler. Les gardes lui enlèvent ses chaînes et il peut entendre les chaises racler contre le sol en pierres.

Le Conseil se dissout maintenant qu'ils lui ont tout pris, maintenant qu'ils ont obtenu ce qu'ils voulaient.

Frérin réalise à peine que son frère s'est précipité pour le redresser et le serrer contre son torse, lui murmurant des excuses. Mais cela ne ramènera pas son Unique et la partie de son cœur qui l'a quitté avec. Cela ne ramènera pas sa fille et ses dessins, cela ne ramènera pas son plus jeune fils et ses petits objets forgés. Est-ce qu'ils ont tué Bilbon, aussi ? Est-ce qu'ils n'ont vraiment rien laissé derrière eux, à part des cendres et des corps ?

Le nain a l'impression d'être vide.

Le Thain lui avait promis qu'ils seraient en sécurité.

Thorïn avait promis de veiller sur ses arrières.

Alors comment a-t-il tout perdu ?

Les héritiers de Durin ne sont pas libres d'aimer.

Frérin aurait dû s'en souvenir avant d'épouser son Unique. Le prix payé pour ses années de bonheur est bien trop élevé.

― S'il te plaît, Thorïn, tue-moi.

Il ne peut pas vivre avec cette culpabilité qui ronge son ventre. Il ne peut pas vivre avec des souvenirs à la place de ses enfants en vie. Il ne peut pas vivre sans l'autre moitié de son âme.

Au fond, il est déjà mort et seul son corps fonctionne encore.

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