Chapitre 1 : Né, Vie, Meurt
"Nous vous invitons, où que vous soyez, à la maison ou ailleurs, à, euh... enlever vos chaussures, vous posez dans un bon fauteuil et euh... à prendre une tasse de café ou quelque chose, et tout simplement se détendre et... rejoignez-nous, et profitez de cette musique calme et reposante pendant quelque temps."
Ses yeux se posèrent nerveusement sur l'écran de la télé avec le nouveau présentateur calme dans une tenue parfaitement repassée avec une cravate assortie. Il avait l'air trop surréaliste à son goût. Son apparence impeccable ne correspondait tout simplement pas avec les mots qu'il disait, et ne correspondait pas non plus avec les images qu'ils montraient en fond. Il représentait le sang-froid du professionnalisme. Elle n'avait pas confiance en ce visage vide d'expression.
Le requiem inachevé de Mozart coulait à ses oreilles. La main tendue incertaine jusqu'à ce qu'elle trouve sa destination et la musique importune mourut avec le grand écran. Ses doigts blancs et osseux se déplacèrent vers le téléphone et firent maladroitement un numéro familier, aussi rapidement cependant, qu'elle en fut capable.
Deux bips sonores sortirent du combiné.
Son regard revint sur le présentateur des nouvelles. Sa voix l'avait obligé à le regarder à nouveau.
"...cial sur la mort récente de 5 jeunes femmes. Les policiers travaillent pour capturer ce tueur en série et demande la coopération des citoyens de la ville. Si vous avez la moindre information qui pourrait faire avancer l'enquête, appelez le numéro gratuit affiché en bas de votre écran. Cependant, la police demande à ce que vous appeliez les services d'urgences directement si vous recevez des mena...
Elle se détourna de l'écran. Elle sanglotait.
"Salut, c'est Pagaya Angelus. Désolé, je ne peux pas prendre votre appel en ce moment. S'il vous plaît, laissez un message après le bip avec votre nom et numéro de téléphone et je vous contacterai dès que je le pourrais. Merci."
Le téléphone fit le bip sonore, indiquant que c'était à elle de parler, mais elle ne réussit pas directement. Sa bouche s'ouvrit une première fois, puis se referma. Elle aurait tant aimé qu'il décroche. Elle se décida finalement à parler.
"Papa, c-c'est Conis." commença-t-elle en espérant que sa voix tremblait moins que ce qu'il semblait. "Je... J'ai reçu des appels bi-bizarre ces derniers temps et je commence à penser que j'ai des pro-problèmes." Elle fit une pause pour essayer de se calmer et de mieux parler. "Il-Il y a des r-rumeurs qu'un tu-tueur en série passe des a-appels à ses victimes a-avant de..." elle eu un halètement étouffé. "les tu-tuer, et-et je pense que... je pense que je suis la pr-."
Le bip de fin l'interrompit et le mot ne sortit jamais complètement de sa bouche. Des cascades de larmes coulèrent le long de ses joues, tandis que seul le son de la télé retentissait dans toute la maison. Elle se sentait perdue et ne savait pas quoi faire.
"... en particulier les femmes, devrez prendre des mesures de précaution et éviter d'être seu..."
Elle détestait le calme du présentateur des infos, la façon dont il semblait imperturbable même si un homme recherché errait librement, mais il était sa seule compagnie elle alla donc devant la télé.
Respirer était devenu difficile, mais elle avait toujours été bonne pour reprendre le contrôle de ses émotions. Après avoir retrouvé une respiration assez convenable par rapport à d'habitude, elle vérifia sa boîte vocale pour la sixième fois de la nuit. C'était le même numéro inconnu qu'avant et elle redouta d'entendre cette voix. Elle attendit que la voix du répondeur s'arrête pour écouter le message avec crainte.
"Vis."
Elle laissa tomber le téléphone et pleura à nouveau, car c'était le même que tous les autres.
"...ant alerte météo sur tout Grand Line City ainsi que les régions avoisinantes. Le blizzard est prévu pour durer pour les prochains jours. Conduisez prudemment sur la ..."
Le téléphone s'alluma et sonna soudainement. Elle reconnut le numéro.
"N-non, s'il vous plaît laissez-moi tranquille ! Laissez-moi !"
Elle ramassa la source de sa peur et le jeta violemment loin d'elle. Elle posa ses deux mains sur la petite table sur laquelle se trouvait habituellement son téléphone fixe, fermant les yeux espérant se réveiller de ce cauchemar. Le répondeur parla avec sa voix de son ton habituellement joyeux, résonnant dans toute la pièce.
"Salut, c'est Conis Angelus ! S'il vous plaît, laissez-moi un message, je reviendrai pour vous bientôt !"
La voix enjouée n'allait pas du tout avec la situation. Il y eut le bip inoffensif indiquant que le message allait commencer.
"Meurs."
C'était comme si la voix résonnait en écho dans la pièce... ou était-ce dans sa tête ? Il y eut un grand silence pendant qu'elle regardait le combiné resté au sol dans un coin de la pièce. Puis elle cria, un cri qu'elle n'avait jamais fait avant, c'était un cri d'une personne véritablement effrayée. Il fallait qu'elle appelle la police.
"Salut, Conis Angelus." salua d'un ton moqueur la même voix qu'au répondeur. Elle se retourna effrayée, vit un homme à l'entrée du salon et tenta de courir. Mais dans sa précipitation, elle se prit les pieds dans quelque chose de non identifié et trébucha. La chute fut violente et elle sentit alors un liquide couler le long de sa tempe, et après avoir passé sa main dessus remarqua que c'était du sang. Elle s'était cognée à un coin de meuble en tombant. Elle tenta de se relever tant bien que mal, mais une main brutale lui tira les cheveux pour placer son visage en face de l'homme fou.
"Tu ne peux pas échapper à mon jugement." proclama cette voix horrible. "car le prix du péché est la mort."
Elle pleurait et ne pouvait plus distinguait si sa vue se brouillait à cause de ses larmes ou du sang. "M-mon Dieu, aidez-moi s'il vous plaît..." gémit-elle désespérément.
"Au revoir, Conis Angelus." murmura la voix à son oreille.
Puis soudain tout devint noir. Elle quitta ce monde dans la peur causée par un fou. Sa dernière pensée fut pour son père et ses amis à qui elle n'avait pas pu dire au revoir.
