Merci AmbreKuchiki47 pour la review :)


Chapitre 3

Byakuya sentait les maux de tête arriver.

À peine avait-il contacté son avocat, enfin celui de la famille, qu'il avait récupéré les papiers du divorce. Dans la foulée l'avocat de Sôsuke avait émis un avis favorable et souhaitait organiser le rendez-vous pour la signature.

Sa secrétaire sembla désespérée lorsqu'il lui demanda de réorganiser son agenda pour lui libérer une heure pour la signature et un rendez-vous chez le notaire. Cela était allé bien plus vite que prévu. Il espérait avoir le temps de se préparer pour l'annoncer à ses filles mais il n'en aurait pas l'occasion. L'information allait vite circuler.

Les documents du divorce devaient attendre dans les tiroirs depuis un moment déjà. Il n'aurait pas dû les recevoir si rapidement et la convention devait déjà avoir eu l'aval de la famille. Il vit les prestations compensatoires prévues et comprit que sa famille avait enfin pris au sérieux le cas Sôsuke Aizen. En entendait il allait devoir sortir ça de sa poche. Enfin ce n'était pas insurmontable. Il comprenait que Sôsuke souhaitait rapidement expédier cette formalité administrative.

Ce serait un miracle si tout le bâtiment n'était pas au courant dès ce soir.

Il se rappela qu'il n'avait pas encore parlé à Renji depuis son retour au bureau et ces heures passées à organiser cette paperasse. Il se redressa sur son siège.

« Renji ! Appela-t-il. »

Il entendit du bruit derrière la verrière qui isolait son bureau. Il vit Renji pointer le nez dans l'embrassure de la porte.

« Vous m'avez demandé ?
- Entre, s'il-te-plait et installe toi. »

Renji ne sembla mal à l'aise.

« Tu as eu le temps de parcourir le dossier que je t'ai envoyé ?
- Oui pour la nouvelle gamme, vous souhaitez organiser un évènement pour la présentation, c'est bien ça ?
- C'est ça… J'aimerais te confier l'évènement. »

Le temps s'arrêta. Renji le fixa l'air hébété, le temps que l'information circule. Une expression choquée s'afficha sur son visage.

« Vous… Vous, bégaya-t-il. Vous voulez que je… Vous souhaitez me confier la gestion de la présentation de la collection ? C'est… C'est une grande responsabilité.
- Et je pense que tu peux gérer ça. Nous avons besoin de quelque chose de nouveaux. On se dirige vers une nouvelle clientèle avec cette gamme et si on rate le coche pour la sortie on aura du mal à se rattraper. La com' travaille sur un plan, tu devrais les contacter pour faire quelque chose de coordonné enfin c'est toi qui décide. »

Lui qui voulait se montrer rassurant, il se rendit compte qu'il venait de lui mettre encore plus de pression sur les épaules. Renji était devenu livide, il vacillait dangereusement. Il aurait dû mieux préparer le terrain.

Renji secoua la tête et se reprit. Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises et Byakuya attendit qu'un son sorte : « Je suis très flatté et j'espère ne pas vous décevoir.
- Je vais te donner les contacts dont tu as besoin, tu ne travailleras pas seul mais je voulais t'en parler avant. Je demanderai à ce qu'on nous cale des rendez-vous pour que nous fassions le point, cela te convient ?
- Oui, c'est très bien. Et… Pour le reste ? Je veux dire que je continue de vous seconder ?
- À moins que je ne te fasse une demande express ou que je te prévienne à l'avance… Tu pourras consacrer ton temps à la préparation de la sortie de cette gamme.
- Merci monsieur.
- Si tu as des questions… Ou si tu penses à quelque chose fait le moi savoir. »

Renji s'inclina légèrement et repartit à son bureau. Ça c'était réglé. Maintenant il devait réfléchir à comment annoncer le divorce à ses filles. De toute manière il ne pourrait pas travailler sereinement temps qu'il n'aurait pas de solution. Ils devraient un minimum se coordonner avec Sôsuke.

o~~O~~o

« Vous voulez divorcer ? S'exclama Yuzu. »

Elle était au bord des larmes. Voilà pourquoi il voulait préparer le terrain et ne pas faire ça dans la précipitation. Karin s'était terrée dans le mutisme et se contentait de les fixer. Il venait tout juste d'annoncer le départ de Sôsuke pour Kyoto que la question avait sifflé.

« Oui, répondit Sôsuke, mais sachez que nous restons en bon terme. Nous savons que se sera difficile au début mais il ne faut pas vous inquiéter. Nous continuerons à nous voir, vous le savez ?
- Et nous avons pensé que vous pourriez passer les vacances d'été à Kyoto comme ça vous verrez Sôsuke. »

Cette nouvelle ne réconforta pas et Yuzu renifla bruyamment.

« Alors tu vas partir ?
- Oui. Je ne vais pas déménager tout de suite mais je vais faire beaucoup de voyage à Kyoto dans prochaines semaines.
- Nous tenions à vous l'annoncer de vives voix avant que l'information ne fuite. »

Yuzu quitta la table en pleurant et Karin partit à sa suite pour la réconforter. Sôsuke eut un soupir à côté de lui, il se doutait que cela finirait ainsi.

« Je vais attendre un peu et j'irai leur parler. »

Byakuya hocha la tête. Les mots étaient bloqués dans sa gorge. Il voulait les rassurer, trouver les bons mots mais rien ne venait. Ces interventions ne recevaient aucun impact et ses filles préféraient se tourner vers Sôsuke. C'était pourtant avec lui qu'elles restaient et il devrait gérer cette situation mais ça lui échappait totalement. Il aurait aimé leur dire que cela arrivait parfois pour un couple de se rendre compte qu'ils étaient plutôt des amis que des amoureux et qu'elles n'avaient rien à voir avec cette situation.

Mais rien. Il n'arrivait pas à communiquer avec ses enfants.

Ichigo était resté en retrait. En rentrant le soir il avait senti que quelque chose clochait. Pour la deuxième fois de la journée les deux hommes étaient réunis. Ils avaient mangé tous ensemble et Yuzu avait de nouveau affiché sa bonne humeur. Karin discuta plus que le matin.

Cependant lorsque Sôsuke avait dit qu'ils devaient leur parler d'une chose importante, l'ambiance s'était refroidie. Ichigo avait vu les deux jeunes filles se décomposer face à ces deux nouvelles successives : le départ de Sôsuke et le divorce de leur parent.

Il regarda Sôsuke se lever pour rejoindre les filles refugiées dans la chambre de Yuzu. Il remarqua une chose étrange : Byakuya était figé les yeux rivés sur la table. Pour la première fois, il vit une faille dans son expression : une forme de détresse. Cela ne dura qu'un bref instant. Byakuya n'était pas aussi froid qu'il le montrait. La réaction de ses filles l'atteignait. Il se prit la tête entre les mains avant de se redresser. Leurs regards se croisèrent et le brun eut un moment d'hésitation avant de finalement se diriger vers la cuisine.

L'adolescent se rendit dans sa chambre, il ne pouvait rien faire pour consoler les jeunes filles et se voyait mal aller discuter avec Byakuya. En passant devant la chambre de Yuzu, il entendit la voix de Sôsuke et supposa que Karin devait y être aussi. Il eut un petit sourire, peut-être qu'elles arriveraient à dormir comme ça. Il entra dans sa chambre et s'allongea sur le lit. Son premier entrainement de kendo avait été brutal, dire qu'ils appelaient ça un essai… Au moins il dormirait bien. Il allait surement le regretter mais il avait accepté de rejoindre le club.

L'entraineur avait dit vrai, les emmerdeurs qu'il ne supportait pas ne passaient pas les portes de ce club. Il était trop difficile de s'y imposer surtout avec Kenpachi Zaraki. Maintenant qu'il l'avait vu à l'œuvre durant une séance d'entrainement, il se questionnait encore plus sur le fait qu'il ait été ami avec Byakuya.

C'était aberrant.

C'était une brute, un ours au langage douteux. Il détonnait dans le tableau de sérénité et de contrôle qu'exposait l'académie. Il était vraiment effrayant et en même temps cela avait quelque chose de rassurant de voir que son monde ne s'était pas réduit à des fils de bonnes familles.

Il bailla, le lit était confortable.

Il ouvrit les yeux et eut un sursaut : pourquoi était-il dans le noir ? Il regarda son réveil par automatisme et vit « 23 : 30 » affiché dans une lumière jaunâtre aveuglante.

Il se redressa : il devait se brosser les dents.

Il aurait pu juste l'ignorer mais maintenant qu'il y avait pensé il ne pourrait pas se rendormir… Et de toute façon il devait aussi se changer. Il soupira et tituba dans la pénombre jusqu'au couloir. La lumière de la ville filtrait par la baie vitrée. Il y voyait suffisamment pour se rendre jusqu'à la salle de bain. S'il pouvait éviter d'allumer des lumières aveuglantes et réveiller tout le monde autant en profiter. Il avança à tâtons et réussi à se brosser les dents avec les plus grandes précautions.

Il retourna dans le couloir à pas de loup et se glissa sur la passerelle intrigué par un bruit. Au-dessus du salon, il aperçut de la lumière venir de la cuisine. Il hésita. Et si, Yuzu ou Karin s'étaient relevées car elles n'arrivaient pas à dormir ? D'un autre côté s'était aussi prendre le risque de tomber sur une discussion entre Sôsuke et Byakuya. Ce qu'il préférait éviter. Il n'entendit aucun bruit troubler le silence. Il décida malgré tout d'aller voir.

Il descendit l'escalier et se faufila jusqu'à la cuisine pour tomber sur Byakuya accoudé à la table devant une tasse fumante.

« Alors elles ont réussi à s'endormir ? »

Byakuya redressa la tête. Il avait l'air épuisé. Il se redressa sur sa chaise et chassa l'air morose de son visage.

« Excuse-moi. Je croyais que c'était Sôsuke… Tu ne dors pas ? »

Il le détailla des pieds à la tête et fronça les sourcils. Ichigo avait oublié qu'il était encore en uniforme.

« Tu ne t'es pas couché ? S'inquiéta-t-il. Tu avais des devoirs ?
-En fait je me suis endormi comme ça. »

Le brun arqua un sourcil.

« J'ai passé un essai pour le club de kendo aujourd'hui et je crois que j'ai un peu sous-estimé la fatigue en rentrant. Je me suis assis cinq minutes et pof ! Je les ai rouverts et il était vingt-trois heures.
- Tu veux boire quelque chose ? J'ai fait de la camomille… Un peu trop d'ailleurs.
- Oui, je veux bien.
- Installe-toi. »

Il le regarda se relever et attraper une tasse et la théière. En le voyant debout cela lui sauta aux yeux. C'était la première fois qu'il le voyait sans costume. Un simple pyjama et une robe de chambre trop large pour lui. Il semblait fragile sans son armure de grand patron. Il avait presque l'air normal. Un père désemparé face à la tristesse de ses filles. Il plaça la tasse à côté de la sienne et Ichigo s'assit à côté de lui.

« Tu n'étais pas obligé de rejoindre ce club tu sais ? Le directeur a insisté pour m'informer des travaux à venir.
- J'ai cru comprendre mais… L'essai c'est bien passé alors… J'avais besoin de me dépenser et c'est efficace. J'ai rempli le formulaire d'inscription.
- Je vois. Tant mieux si ça te plait.
- De toute façon je ne vise pas l'équipe principale.
- Tu pourras toujours voir ça en terminale. Les secondes et les premières ne rentrent pas dans l'équipe principale.
- Il y a bien eu des exceptions… D'après ce que j'ai entendu toi et monsieur Zaraki vous êtes entré dans l'équipe principale dès la première.
- Kenpachi avait pu entrer au Seireitei grâce à une bourse sportive et pour rester il lui fallait rapidement s'imposer. Il m'avait agacé alors je voulais lui faire ravaler ses paroles. »

Ichigo écarquilla les yeux et Byakuya ajouta : « J'étais plus sanguin à l'époque.
- Tu devais être bon quand même… Pour devenir capitaine en terminale.
- J'ai commencé tôt et j'aimais ça aussi, comme tu le dis : ça défoule.
- Tu devais déjà être pas mal occupé, non ?
- Hum… J'étais délégué et vice-président du conseil des élèves. J'avais des cours d'anglais et de musique en plus. Rien d'insurmontable.
- Vraiment ? S'exclama-t-il.
- J'avais moins de cours particuliers au lycée. Ce sera aussi le cas pour les filles. Elles ont beaucoup de cours maintenant temps que leur programme est plus léger. Elles retiennent mieux les bases et sont déjà consolidées pour le collège et le lycée. Elles prennent un peu d'avance pour que la suite se passe mieux, en théorie, on adapte au fur et à mesure. Enfin pour le moment ce ne sera pas la priorité. »

Il soupira et prit une gorgée de sa boisson. Ichigo se dit qu'il n'avait jamais autant parlé tous les deux.

« Je pense qu'elles ont surtout besoin de savoir que vous êtes là. »

Ichigo se mordit les lèvres. Il ne pensait pas le dire à voix haute, il se corrigea aussitôt : « Désolé, je ne voulais pas… Faire la morale.
- Ce n'est pas grave. Tu as surement raison de toute manière il leur faudra du temps pour s'y faire. Le pire c'est qu'elles le verront peut-être plus souvent maintenant qu'il est loin. »

Le roux écarquilla les yeux une nouvelle fois. Il l'entendit soupirer, la fatigue le rendait bavard.

« Et toi ? Cela ne t'inquiète pas ? Si les filles vont chez Sôsuke pendant les vacances tu risques de te trouver seul ici… Enfin ce ne sera pas cette année.
- Je suis enfant unique alors ça devrait aller. »

Il prit une première gorgée de son breuvage en se demandant pourquoi il avait accepté une camomille… Il avait quinze ans pas quatre-vingt !

Le silence s'installa mais le moment restait plaisant. Ichigo ne pensait pas qu'il aurait pu avoir une conversation comme celle-ci avec son tuteur. Il fallait trouver le bon moment. Le fond de la tasse fut plus vite découvert qu'il ne l'aurait cru.

« Cette fois il est peut-être temps de dormir… Tu ne crois pas ? »

Il hocha la tête. Byakuya reprit sa tasse et s'occupa de tout ranger. Il se releva maladroitement.

« Bonne nuit alors.
- Vas-y. Je vais nettoyer la théière… Dors bien. »

Il hocha la tête et quitta la cuisine. Byakuya ne semblait pas pressé d'aller se coucher. Peut-être n'avait-il pas envie de retrouver Sôsuke ? Peut-être qu'ils s'étaient disputés ? Faisaient-ils chambre à part à présent ? Ils n'avaient pas l'air si différent des semaines précédentes… Que pouvait-il redouter pour ne pas aller se coucher ?

Il remonta sur la passerelle et glissa silencieusement. Il s'arrêta. De nouveau il lui semblait entendre du bruit. Il observa. C'était surement son imagination, Byakuya était toujours dans la cuisine. Il arriva devant sa porte et soupira de soulagement. Il avait vraiment besoin de dormir.

« Ichigo ? »

Il s'arrêta et regarda autour de lui. Avait-il rêvé ? Il se tourna et avança dans le couloir pour trouver la source de cette voix.

« Ichigo tu es réveillé ? »

Cette fois il avait bel et bien reconnu Yuzu. Il regarda la jeune fille qui était apparue dans l'entrebâillement de la porte. Il ne pouvait pas la rater. Elle illuminait la pénombre dans sa chemise claire. Du bleu ? Du rose poudré ? Difficile à dire. Il rebroussa chemin et s'avança vers elle. Il se pencha et prit une intonation plus douce.

« Que se passe-t-il ? Tu n'arrives pas à dormir ? »

Elle secoua la tête et il crut percevoir des sanglots.

« C'est… Je sais qu'on va rester une famille… Ils se montrent rassurant tous les deux mais… Avec Karin on sait bien qu'une fois qu'ils auront divorcé… Papa, il… Il aura quitté le clan et nous… Nous nous resterons des Kuchiki et… Il va refaire sa vie et, peut-être pas tout de suite mais nous… Nous n'en ferons plus parti. »

Que pouvait-il lui répondre ? Yuzu était mature pour son âge et comprenait ce qu'il se jouait mais elle gardait la sensibilité de ses onze ans. Elle ne voulait pas perdre ses parents et la famille qui s'était construite autour. Il ne le comprenait que trop bien.

« Tu sais Sôsuke sera toujours ton père… Vous pourrez l'inviter pour fêter vos diplômes, pour vos mariages, rencontrer vos enfants… Il pourra être là. Et s'il refait sa vie et bien tu auras l'occasion de devenir grande sœur, c'est plutôt sympa non ? »

Cela lui tira un sourire.

« Un autre avantage, c'est que t'aura pas à changer de couches ou entendre des pleures de bébé la nuit. »

Elle eut un rire cette fois.

« Sauf si c'est Byakuya, là ce sera plus difficile d'éviter, murmura-t-il.
- Mouais… Tu sais, je suis pas sûr qu'il ait du temps pour ça… Enfin… Tu vois… Il est pas… Je crois pas que ça l'intéresse, enfin…. Dans la famille c'est rare les remariages.
- J'y pense Byakuya était dans la cuisine si tu veux. »

Elle baissa la tête et se tut.

« Je le connais pas bien c'est vrai mais… Je crois qu'il sait pas trop comment s'y prendre avec ta sœur et toi. Il a l'air inquiet pourtant, la preuve il n'arrive pas à dormir, peut-être que si tu lui montre comment faire…
- Tu crois ?
- Tu peux toujours essayer. Il ne va pas se fâcher. »

Il lui fit un petit sourire d'encouragement et lui caressa les cheveux. Elle hésita une seconde avant de le serer dans ses bras et il lui rendit son étreinte. Il entendit des pas dans l'escalier et Yuzu desserra ses bras pour se tourner vers Byakuya qui arrivait en haut de l'escalier. Ichigo lui fit un signe de tête et la jeune fille acquiesça. Il retourna à sa chambre et entendit Byakuya parler à Yuzu.

Puis le silence.

Il jeta un coup d'œil et vit qu'elle s'était serrée contre lui. Il entra dans sa chambre alors que le brun passait les bras autour de sa fille. Il sourit dans le noir et se dit qu'il avait fait une bonne action.

o~~O~~o

Sôsuke avait disparu de la vie d'Ichigo. Il n'avait jamais été très présent il est vrai mais là c'était le silence radio. Il s'était écoulé une dizaine de jours depuis l'annonce du divorce et il ne l'avait pas revu. Il ne savait même pas s'il vivait toujours à l'appartement ou s'il était parti à Kyoto pour son nouveau poste. Il ne savait pas si Yuzu ou Karin avaient de ses nouvelles et il préférait ne pas poser trop de question pour le moment. Elles étaient toujours aussi sensibles sur le sujet : Yuzu semblait s'être fait une raison mais Karin restait toujours aussi silencieuse.

Il nota un changement chez Byakuya : il attendait toujours pour prendre le petit déjeuner avec eux. Il partait avant qu'ils aient terminé mais prenait le temps de les saluer et qu'ils soient tous attablés. Il sirotait son café et leur souhaitait une bonne journée.

Ce matin-là pourtant il n'était là.

Hanatarô était bien plus tendu et maladroit que d'habitude. Yuzu le questionna sur l'absence de Byakuya et il lui répondit qu'il était parti en urgence. Il indiqua à Ichigo qu'il devrait partir avec les filles et le chauffeur. Quelque chose ne tournait pas rond. Elles paraissaient aussi perplexes que lui. Il s'y plia, Byakuya devait avoir une bonne raison.

Une lumière s'alluma.

La nouvelle du divorce avait dû être rendue publique. Peut-être Byakuya craignait qu'ils ne soient la cible de photographes ou journalistes peu scrupuleux. Il trouvait cela un peu exagéré. Certes c'était une famille influente mais de là à en faire la une des journaux.

Le repas fut silencieux.

Il prit ses affaires et suivit sagement les jumelles. Il ne pouvait rien faire d'autre.

« Il se passe quoi à votre avis ? Demanda Yuzu.
- Rien de bon, commenta Karin. »

Elles ne comprenaient pas mieux que lui. Ils finiraient par trouver des réponses. Le trajet jusqu'au parking fut silencieux.

Ichigo n'était pas à l'aise dans cette voiture. Elle était bien trop grande et trop brillante. Les filles parlaient de leurs cours de la journée et il se rendit compte qu'il ne savait rien de leur établissement. Une école primaire privée dans le même genre que son lycée ?

Il était dans un lycée pour un alpha et mixte mais les filles n'étaient pas nombreuses. Pour l'école des jumelles il ne devait pas faire une telle différence, à leur âge cela n'était pas être faisable. Le sexe secondaire n'était pas encore connu.

« Il est bien ton lycée ? »

La voix de Yuzu le sortit de sa torpeur.

« Euh… Oui… C'est bien équipé. Les professeurs sont parfois dures mais j'imagine que c'est normal…
- Il est comment le réfectoire ? La bibliothèque ? Et la cours ?
- Et doucement ! Moi je veux connaitre les clubs sportifs !
- Rooh… D'ailleurs tu es dans quel club ?
- Je viens de rejoindre le club de kendo.
- Oh c'est vrai ? Je crois que tante Rukia en faisait aussi c'est drôle…
- Je crois que grand père aussi en faisait, je voulais rejoindre ce club aussi du coup, ajouta Karin.
- Tu voulais pas faire du foot ? Reprit Yuzu. »

Ichigo arqua un sourcil, pourquoi ne parlaient-elle pas de leur père ?

« Votre père aussi en faisait, il y avait des photos dans la salle d'entrainement. Il avait l'air plutôt doué, il est même devenu capitaine.
- Vraiment ? S'exclama Karin. »

Elles se tournèrent aussitôt vers lui. Il ne pensait pas capter toute leur attention ainsi.

« Il l'a jamais dit mais c'est vrai qu'il parle pas beaucoup du lycée… En même temps je ne crois pas qu'on ait déjà vu des photos de l'époque où il était lycéen… D'ailleurs maintenant que j'y pense il y a la photo de l'obtention du diplôme de Rukia mais pas celle de papa.
- Tu es sûre ? Il me semblait qu'elle y était… On demandera en grand père Hiro. Oh mais c'est vrai que tu as pas encore rencontré Hiro non plus, c'est le mari de Ginrei et le père de grand père Sôjun. Ils sont à Kyoto et Hiro tient les albums de familles. En générale on fait une photo de famille à chaque vacance. Il a plein de photos de papa lorsqu'il était petit, c'est fou comme ils se ressemblent avec grand père au même âge. C'est dur de faire la différence entre les deux.
- Papa sourit moins sur les photos, songea-t-elle. Je crois qu'on a vu aucune de ses photos du lycée en fait, celles qu'on a vues c'était celles de grand père ! »

Les filles échangèrent un regard surpris.

« Hum… Faudra demander. S'il était capitaine il doit y avoir des photos de compétition.
- Je pensais pas déclencher un tel engouement.
- Tu sais, papa ne parle pas beaucoup de sa jeunesse. Des fois il parle de quand il était petit et qu'il était à Kyoto avec grand père Hiro ou de Rukia lorsqu'elle était petite mais il ne raconte pas grand-chose sur lui directement.
- Enfin si tu vas par-là, on ne sait pas trop comment ils se sont rencontrés avec papa. À part qu'il était à la fac et que papa travaillait dans le secteur commercial, je vois toujours pas comment ils se sont croisés… Si c'était un mariage arrangé pas étonnant qu'ils se séparent maintenant que nous sommes grandes.
- Karin ! »

C'était la première fois qu'il l'entendait exprimer un avis sur ce qu'il s'était passé et elle était amère. Il n'avait jamais vu non plus Yuzu se mettre en colère.

« Quoi ? Parce que tu crois que s'était des amoureux transis ? Ils s'entendent bien c'est tout. Et puis tu vois bien dans notre classe la plupart ont des parents divorcés, c'est pas un hasard. Ils ne s'aiment pas, c'est évident. Il n'y a que toi pour croire qu'ils formaient un couple heureux. »

Karin croisa les bras et s'enfonça dans son siège. Ichigo vit Yuzu fulminer. Il ne s'attendait pas à ce que cela dégénère si vite. La colère de la brune avait éclaté d'un coup, il valait mieux de cela sorte mais… Il ne savait pas si cela suffirait.

La fin du voyage se fit en silence.

Elles ne rouvrirent la bouche que pour lui souhaiter une bonne journée une fois devant leur école. L'enceinte dissimulait les bâtiments et il n'aperçut même pas un mur. Le chauffeur reprit la route et l'emmena au lycée. Il n'avait jamais pris cette route, les immeubles et bâtiments lui étaient tous étrangers. Après dix minutes il reconnut enfin le paysage et aperçut l'enceinte de son académie. Il ne tarda pas à arriver sur le parking et le chauffeur lui souhaita une bonne journée.

Il ne lui restait plus qu'à trouver le chemin vers sa salle.

o~~O~~o

Il sentait des regards le suivre depuis qu'il était entré dans le lycée. Des regards de tout bord et de personne qu'il ne connaissait pas. Il était habitué à recevoir des regards en coin de ses camarades mais d'élèves qu'il ne connaissait pas c'était une nouveauté.

Il n'aimait pas ça.

Quelque chose se tramait et il n'arrivait pas comprendre de quoi il retournait. Il espérait que Mizuiro et Keigo pourraient éclairer sa lanterne. Il ne supportait pas d'être le centre de l'attention et des murmures. Il entendait des messes basses à son passage et il ne doutait pas que ça le concerner. Il aurait aimé en faire fie mais il n'y parvenait pas.

Cet endroit avait tendance à détruire sa confiance. Lui qui était si assuré au collège ne savait pas comment réagir. Il marchait sur des œufs et ne savait comment répondre aux provocations. Avec ses parents il savait à quoi s'en ternir mais aujourd'hui il ne savait pas comment son tuteur pourrait agir s'il avait une altercation. Il ne pouvait pas envoyer balader tout le monde ou se battre : cela serait un véritable incident diplomatique. S'il venait à se disputer avec un fils à papa qui était un collaborateur de Byakuya ou un partenaire financier il ne savait pas comment cela pouvait se terminer.

Au collège s'il venait à se battre, un coup de poing ou deux et l'histoire en restait là. Cela n'allait pas plus loin à part pour les plus hargneux qui revenaient pour un deuxième round. Il gagnait toujours et savait qu'ici il n'aurait pas de mal à gérer les petites frappes qui trainaient, ils pouvaient bien tous être des alphas, aucun ne savait se battre ou se défendre.

Mais les insultes et humiliations détournées… Ça ils maitrisaient à la perfection. Il ne savait pas comment y réagir : répondre c'était leur accorder de l'attention et du temps qu'ils ne méritaient pas ne rien dire c'était se laisser marcher dessus. Il le vivait mal.

Il accéléra le pas jusqu'à la classe et fut ravi de voir qu'il était en avance. Seuls les habitués étaient là. Keigo et Mizuiro relevèrent la tête mais leurs mines étaient fermées. Il vit Keigo ouvrir la bouche puis la refermer. Il s'approcha d'eux et de cette ambiance étrange. Il s'assit et entra dans le vif du sujet : « Qu'est-ce qu'il se passe ici ? J'ai l'impression d'avoir tué quelqu'un.
- J'en conclu que tu n'as pas vu les journaux, commenta Mizuiro.
- Non…
- Tes parents, enfin… Tes tuteurs, excuse-moi, vont divorcer.
- Oui mais… Je comprends pas pourquoi on me fixe comme ça. J'y suis pour rien. »

Keigo soupira bruyamment et se détendit enfin.

« En fait on était pas sûr que tu sois au courant. Tu sais la presse scandale, des fois, ils utilisent des fuites et ce n'est pas toujours officiel.
- D'accord.
- Les articles ne sont pas tendres. Ils en profitent pour critiquer les contrats et exposent toute la famille. Y même des photos de toi et de tes sœurs.
- Je comprends pas pourquoi ça intéresse à ce point…
- Tu ne te rends vraiment pas compte, sourit Mizuiro. La famille Kuchiki fait partie des familles les plus riches du pays, si ce n'est la plus riche. Leur entreprise est internationale et aussi historique du pays. En plus ils sont jeunes, non ? Ils ont la trentaine, ça fait de bons partis et un peu de scandales.
- Beaucoup de scandale oui, soupira Keigo. »

Les deux jeunes se regardèrent, Ichigo sentit qu'ils ne lui avaient pas encore tout dit.

« Il y a autre chose, non ?
- Ils t'ont pas mal exposé en se demandant pourquoi Byakuya t'avais accueilli et ils parlent aussi de ta famille.
- Je ne pense pas que ça t'en dissuadera mais tu ne devrais pas lire les articles… Ou te rappeler que ce sont des torchons.
- Ça à l'air inquiétant… Mais si tout le monde ici les a vus, mieux vaut que je sache de quoi il retourne exactement. Je comprends mieux maintenant pourquoi on me dévisage depuis ce matin et que Byakuya est parti en trombe.
- Ça sent le procès tout ça… C'est étonnant qu'il ne vous ait pas gardé chez vous le temps que ça se calme un peu.
- Ouais, soupira-t-il. Ça vous dérange pas si on change de sujet… Je me sens pas d'attaque à démarrer la journée en restant sur ça. Y a rien de nouveau ?
- On va voir notre nouvelle professeure d'histoire en première heure aujourd'hui. D'après ce que j'ai entendu elle est sympa… Plus que l'ancien en tout cas. Elle a déjà enseigné ici apparemment, c'était même la première femme à devenir professeure titulaire dans l'académie.
- Tu es toujours au courant de tout, commenta Keigo.
- Quoi ? Ce n'est pas souvent qu'on a une femme comme enseignante !
- C'est vrai qu'il y en a pas beaucoup, remarqua Ichigo. C'est même la seule, non ? »

Ils arrivèrent à changer de sujet et Ichigo retrouva une certaine sérénité. La cloche sonna et le début des cours avec. Les lycéens entrèrent dans la classe et tous les regards se tournèrent vers lui. Il sut que la journée allait être longue. Il jeta un coup d'œil à son emploi du temps et vit avec soulagement qu'il aurait l'après-midi pour décompresser : seulement deux heures de cours et il irait à son club. Il sentait les courbatures de son essai le brûler et entraver ses mouvements même les plus basiques pourtant il avait hâte d'y retourner.

Le silence se fit lorsqu'une femme d'une cinquantaine d'année entra. Les regards se tournèrent vers elle et Ichigo fut soulagé de ne plus être le centre d'attention. Elle avança d'une démarche gracieuse jusqu'au bureau, un sourire flottant sur ses lèvres rouges. Elle posa ses affaires et salua la classe.

« Bonjour, je suis Yumi Izaka et je serais votre professeure d'histoire-géographie pour ce trimestre. J'ai pu récupérer toutes les informations nécessaires auprès de votre professeur pour que la transition se passe bien… »

Elle continua de parler et exposa le nouveau plan de cours. Ichigo la regarda et un détail attira son attention : ses cheveux. Ils avaient la même couleur que ceux de sa mère. Il perdit le fil de ses paroles. Elle avait les cheveux attachés en un chignon flou, ils commençaient à se teinter de blanc mais c'était le même châtain tirant sur le doré. C'était leur seul point commun, elle avait des yeux sombres, des traits stricts et une tenue des plus classiques : un chemisier à un col montant, une jupe crayon noire et des escarpins assortis. La petite fantaisie résidait dans des boucles d'oreilles pendantes.

Il n'arriva pas suivre le cours après ce constat.

o~~O~~o

La fin du cours sonna sans qu'il n'ait réussi à prendre la moindre note. Sa main tremblait. Il pensait avoir réussi à avancer, peut-être fait son deuil, mais cela l'avait heurté de plein fouet. Il n'avait fallu qu'une couleur de cheveux pour l'ébranler. Une vague de tristesse le submergea et le climat de tension dans sa famille d'accueil y participait. Trop de chose en même temps se superposaient.

Il eut dû mal à se reconcentrer pour les cours suivants.

À la pause du midi, ses deux amis ne manquèrent pas son changement d'humeur. Ils attendirent d'être entre eux pour le questionner.

« T'es tout pâle, tu ne te sens pas bien ?
- Tu devrais aller à l'infirmerie si ça ne va pas… Je pense qu'ils se montreront compréhensifs aujourd'hui.
- Faut pas vous inquiéter ça va aller, j'ai juste eu un coup de mou.
- On dirait que t'as vu un fantôme. Tu sais on peut te prêter nos cours si tu veux rentrer…
- Ou tu peux nous parler si tu as besoin, compléta Mizuiro. Il n'en a pas l'air comme ça mais il peut être de bon conseil, dit-il en désignant Keigo. »

Le concerné s'insurgea. Leur micro dispute lui tira un sourire.

« Je vous remercie. On a que deux heures de cours cette après-midi alors ça devrait aller. »

Keigo et Mizuiro commencèrent à parler du cours de madame Izaka et Ichigo se sentit flancher à nouveau. Il prétexta le besoin d'aller aux toilettes pour échapper à la discussion. Il s'éclipsa et sentit des regards inquiets le suivre. Il traversa le couloir et allait tourner à l'embranchement lorsqu'il tomba sur madame Izaka. Il sursauta et vit ses sourcils s'arquer.

« Excusez-moi, reprit-il. Je ne vous ai pas entendu arriver.
- Ce n'est pas la première fois que je vous trouve distrait… Je vous ai eu en cours ce matin il me semble et vous n'étiez guère plus concentrer, monsieur ?
- Ichigo Kurosaki… Enfin Kuchiki, corrigea-t-il.
- Vous hésitez même sur votre nom ? Sourit-elle
- J'ai été adopté par la famille Kuchiki il y a peu, j'ai pas toujours les bons réflexes.
- Oh je comprends mieux, dit-elle. Vous savez si vous ne vous sentez pas bien vous pouvez vous rendre à l'infirmerie, vous êtes pâle… Vous avez bien mangé ce midi ?
- Oui mais ça devrait aller. Je serais en meilleur forme pour votre prochain cours. »

Elle s'approcha et posa une main sur son épaule. Un sourire compatissant se dessina sur ses lèvres.

« Vous savez que vous pouvez nous parler si vous avez besoin. Nous sommes vos professeurs mais nous pouvons aussi vous conseiller ou vous écouter si vous avez besoin. Ne l'oubliez pas. »

Elle recula.

« J'espère vous voir en forme et plus actif à notre prochain cours. »

Elle s'éloigna et disparut au bout du couloir. Il resta quelques secondes sur place sans trop savoir comment réagir. C'était la seule professeure à avoir manifesté de l'intérêt pour son état. Elle avait raison, il devrait en parler à quelqu'un.

Il retourna en classe, regarda autour de lui pour vérifier qu'ils étaient tranquilles. Keigo et Mizuiro arrêtèrent de parler comme s'ils avaient senti son besoin.

« Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ses cheveux… Ceux de madame Izaka, ma mère avait exactement la même couleur de cheveux. C'est ça qui m'a perturbé, ça… M'est revenu en pleine face d'un coup et j'ai pas réussi à gérer. J'ai eu la tête ailleurs toute la matinée. »

Ils accueillirent la révélation en silence. Après quelques regards gênés, le brun reprit la parole: « Tu sais, tu aurais pu nous le dire dès le départ. On est pas des monstres, ce n'est pas comme si on allait se moquer. »

o~~O~~o

Il se sentit plus léger et les cours de l'après-midi passèrent à une vitesse folle. L'heure d'aller à son club arrivait enfin, il salua ses amis et les quitta avec un sourire. L'atmosphère changea dans le couloir, un silence épais le couvrait et des regards le suivaient, il grimaça, comme s'il avait besoin de ça. Il se demanda quand il avait cessé d'être combatif et choisi de se laisser marcher dessus. Le chemin vers le dojo lui parut très long.

Il souffla en entrant dans les vestiaires. Il remarqua quelques regards en coin mais cela s'arrêta lorsqu'ils entrèrent dans la salle d'entrainement.

Il ne pensait pas que cela était possible mais il devait reconnaitre que son essai de la veille était facile en comparaison de ce qu'il subissait. Il transpirait à grosse goutte et ses poumons le brûlaient mais cela lui plaisait. Il aimait ce sport qu'il découvrait et l'atmosphère était plaisante. Ses ainés le félicitaient et se montraient chaleureux. L'ambiance ne ressemblait en rien à celle des cours.

« Hey ! Vous autre, vous êtes en train d'être ridiculisés par un nouveau alors bougez-vous ! »

Kenpachi Zaraki.

Il jeta un coup d'œil vers les lycéens qui subissaient son courroux. Il reçut un coup de coude.

« Reste concentré si tu ne veux pas qu'il t'engueule aussi. Il n'est pas méchant en réalité… C'est juste qu'il dit tout ce qui lui passe par la tête sans filtres.
- Hey ! On est pas là pour discuter ! »

Ils sursautèrent et reprirent l'entrainement.

Après deux heures de séance intensif, il vint à la conclusion que ce club voulait sa mort. Il tenait à peine debout, ses jambes tremblaient. Il se souvint que le chauffeur devait le récupérer et en fut reconnaissant. Il finissait de ranger le matériel lorsqu'une ombre s'éleva derrière lui. Il eut un frisson.

« Arrête de trainer ! Le pion veut nous voir devant l'entrée. »

Il acquiesça et le suivit.

« C'est vraiment la première fois que tu fais du kendo ? T'es plutôt doué.
- Ah bon ? J'ai pas l'impression de suivre le rythme pourtant.
- D'ici un mois t'aura plus de souci. »

Il vit le surveillant piétiner devant l'entrée.

« Monsieur Kuchiki, votre père nous a contacté. Il semble que le chauffeur soit bloqué et les entrées sont épiées. Monsieur le directeur a proposé que monsieur Zaraki vous raccompagne comme il a terminé ses heures de cours aujourd'hui.
- Il aurait pu me mettre au courant avant non ? Ralla-t-il.
- Si vous avez un empêchement je peux m'en occuper mais il faudra patienter une petite heure dans l'enceinte du lycée.
- Je vais m'en occuper mais j'aurais préféré l'apprendre avant. »

Le brun soupira.

« Allez va te changer, je t'attends devant. »

Le roux s'échappa de ce climat étrange et se questionna sur la gravité de la situation. Pourquoi Byakuya avait dû contacter directement le directeur pour organiser sa sortie ? Qu'est-ce qu'il l'attendait dehors ?

Il se rendit dans le vestiaire déjà vide. Il se rendit à son casier et l'ouvrit : un pile de revues dégringola aussitôt. Instinctivement il regarda autour de lui mais il ne vit personne. Il reporta son attention sur le contenu. Toutes les couvertures affichaient Byakuya ou Sôsuke et dataient du jour même. Une d'elle attira particulièrement son attention, il y avait sa photo dessus. Il hésita puis feuilleta l'article aux couleurs criardes.

« À qui profite ce divorce ? Un outsider pourrait obtenir l'héritage !

Au début de l'année Ichigo Kurosaki a fait son entrée dans le prestigieux clan Kuchiki, un inconnu pris son l'aile de Byakuya Kuchiki, héritier de l'empire Kuchiki. En effe,t le lycéen a été adopté par l'homme d'affaire et est par la même occasion devenu l'ainé de la fratrie : les filles du couple Byakuya-Sôsuke n'ayant que onze ans.

Que comprendre de cette situation ?

Byakuya Kuchiki est connu pour son pragmatisme alors pourquoi adopter ce garçon ? Et surtout pourquoi maintenant ? Cette adoption cacherait-elle une nouvelle stratégie dans le clan ? L'influence de Sôsuke et son pouvoir acquis grâce à ses années au sein du clan a laissé des traces. Des traces dont voudraient se débarrasser le clan… Quoi de mieux que de proposer un nouvel héritier qui n'a aucun lien avec lui. Mais la question reste : le lycéen aura-t-il les épaules pour reprendre cet empire ? »

Ichigo ferma le feuillet abasourdi. Voilà ce qu'il se disait dans les nouvelles ? Ses camarades pensaient-ils ça ? Qu'il allait reprendre l'entreprise de sa famille d'adoption ? Cela l'ébranla plus qu'il ne l'aurait cru. C'était aberrant et il le savait mais cela l'atteignait. D'autres couvertures sous-entendaient la même chose : qu'il avait été adopté pour prendre la suite de Byakuya… Personne ne parlait du drame qu'il avait vécu, il se contentait de parler de son adoption comme si sa vie n'avait commencé qu'à partir de ce jour-là.

Cela faisait trop pour cette journée.

Les doutes l'assaillirent : et si Yuzu ou Karin tombaient sur ça ? Que penseraient-elles ? Pourraient-elles croire que leur père allait les remplacer ? Ses mains tremblèrent. Il ferma les yeux et prit le temps de respirer. Il resserra les mains sur la pile de torchons. Si ces camarades avaient choisi de mettre ces titres en particulier cela devait être parce qu'ils étaient les plus insultants et les moins recommandables. Il les jeta rageusement dans la poubelle.

Ils ne les laisseraient pas gagner.

Il se changea et ralla après sa chemise d'uniforme qui ne voulait pas coopérer. Il jeta son sac sur son épaule et eut l'étrange impression que la lanière était détendue. Il sortit de sa rêverie en attendant son entraineur l'appeler.

Kenpachi fronçait les sourcils en le regardant arriver. Cela devait l'ennuyer de faire un tel détour. Il le détailla des pieds à la tête et lui fit un signe de tête. Il le suivit sans rien dire jusqu'au parking réservé aux professeurs.

« Passe à l'arrière et fais toi petit le temps de sortir. Les sorties sont épiés par des paparazzis. »

Ichigo écarquilla les yeux : « Quoi ?
- C'est ça les vedettes. »

Il resta interloqué. Il monta à l'arrière et se fit tout petit comme il lui avait demandé. Malgré les différents sacs éparpillés à l'arrière, la voiture était bien entretenue. Son entraineur n'était pas aussi bordélique qu'il le laissait présager. En sortant de la protection des hautes palissades qui gardaient l'académie, il regarda autour de lui et remarqua qu'il y avait bien plus de voitures que d'habitude.

Alors il disait la vérité.

Le silence fut complet pendant de longues minutes. Il se racla la gorge : « Euh… Je vous ai pas donné l'adresse si ?
- Le surveillant me l'a donné, t'inquiètes… Alors comme ça t'es le fils de Byakuya… Je pensais pas qu'il avait un fils si âgé. »

Ichigo releva la tête vers l'entraineur.

« Hum… C'est mon tuteur en réalité, bafouilla-t-il.
- Alors il faisait pas juste la visite pour la campagne de financement du dojo.
- J'ai cru comprendre que vous étiez dans ensemble au club pendant le lycée.
- Ouais. On était dans le même classe puis pof ! Il a disparu. Parti à l'étranger apparemment. »

Ichigo nota l'information. Les filles n'avaient pas évoqué ce détail le matin, elles ne seraient pas passées à côté… Mais pourquoi Byakuya aurait caché qu'il avait étudié à l'étranger ?

« Dès le lycée vous voulez dire ?
- Il s'est évaporé pendant la première du jour au lendemain.
- Vous… Vous entendiez bien ?
- Va savoir… Il ne m'a rien quand il est parti alors je suppose que non.»

Il entendit un tressautement dans sa voix. Très léger mais bien présent. Il conclut qu'il devait être proche… Suffisamment pour que ce départ sans un mot agace le géant. Il commença à se demander si son accord pour le ramener ne cachait pas une arrière-pensée.

Une envie de renouer avec son ancien ami.

o~~O~~o

Ils arrivèrent au parking de la résidence. Kenpachi soupira. C'était bien une baraque de riche. Un vrai sac de nœuds pour y entrer. Il remarqua que l'adolescent ne semblait pas plus à l'aise que lui dans cet univers.

Un peu comme lorsqu'il était entré au Seireitei.

Ichigo le salua et le remercia poliment puis sorti de sa voiture. Il le regarda avancer jusqu'à l'ascenseur mais fronça les sourcils. Les livres du garçon sortaient de sous son sac. Il ouvrit la portière et l'interpella, le jeune homme se retourna dans un craquement sec. Ses livres, cahiers et stylos s'éparpillèrent sur le sol.

Il soupira et sortit de sa voiture. Il connaissait que trop bien ce genre d'acte lâche pour en avoir été victime. Ses comportements puérils qui finissaient par vous gâcher la vie. Il clôtura sa voiture et aida l'adolescent à ramasser ses affaires. Il ne pourrait pas trimbaler ses affaires en vrac et son sac de sport plein de matériel.

« Où est passé ma trousse ? Murmura-t-il.
- Laisse tomber tu la retrouvera pas. Tes petits camarades ont dû s'ennuyer… Je ferais gaffe à ce que les vestiaires sont bien fermés pendant les entrainements la prochaine fois. Laisse je vais t'aider sinon tu vas en semer la moitié.»

Ichigo se retint de le questionner, cet acte d'intimidation ne lui était pas étranger. Il reporta son attention sur le dessous de son sac et remarqua les déchirures un peu trop net pour être accidentel. Il souffla et tenta d'équilibrer sa pile de livre. Il aurait pu s'en sortir mais puisque Zaraki insistait il n'allait pas le contrarier… Surtout maintenant qu'il tenait des ciseaux.

Il le suivit dans l'ascenseur en silence.

Une fois à l'étage l'homme sembla perplexe de ne voir qu'une porte : « Vous devez pas être emmerdé par les voisins…
- C'est sûr que c'est calme dans l'immeuble.
- Donne tes affaires le temps de sortir ta clef… Enfin si y a des clefs dans ce genre de baraque. »

Ichigo eut un petit sourire. Kenpachi n'était pas plus habitué que lui à ce mode de vie. Il lui tendit les livres et sortit ses clefs pour ouvrir en grand. Il se retourna vers Kenpachi pour récupérer ses affaires et il le vit se tendre.

« Ichigo tu es rentré ? Je commençais à m'inq- »

Byakuya releva la tête de sa montre et se figea aussitôt. Il s'était précipité en entendant la porte d'entrée s'ouvrir. Il souhaitait s'assurer que l'adolescent allait bien et n'avait pas eu affaires à la vague médiatique qui leur tombait dessus. Il s'attendait à tout, sauf trouver Kenpachi Zaraki sur le pas de sa porte.

« Ça fait un bail Kuchiki, ironisa-t-il. »

Ichigo resta muet face à l'échange silencieux qui se jouait entre les deux hommes. Il percevait une certaine tension pourtant son professeur lui parut plus amical qu'à l'accoutumé. Cependant la présence de Byakuya était peut-être l'élément le plus surprenant de la scène. La situation était plus grave qu'il ne l'aurait cru.

« Je ne savais pas que tu faisais aussi coursier et porteur, remarqua-t-il.
- C'est vrai, je croyais que t'avais assez de monde qui travaillait à ton service sans avoir besoin de réquisitionner des membres du Seireitei.
- Certes… Je… »

Son regard se porta sur les livres et Ichigo décida d'intervenir pour éviter qu'une information de trop ne fuite. Pas besoin de l'inquiéter pour rien.

« Mon sac a craqué et monsieur Zaraki a bien voulu m'aider.
- J'aurais pas cru qu'un sac de riche ça pouvait craquer.
- Eh bien je n'aurais pas cru te voir avec des livres dans les mains, tout peut arriver. »

Ichigo n'arrivait pas à évaluer la situation : Byakuya était toujours aussi raide dans ses propos mais ça avait l'air d'amuser son entraineur.

« Ichigo si tu allais poser tes affaires pour décharger notre invité.
- Comme c'est aimable. »

Ichigo posa son sac de sport dans le vestibule et récupéra ses affaires à la hâte.

« Est-ce que tu pourrais aller voir Sôsuke par la même occasion ? »

Il opina du chef et fila en vitesse. Byakuya et Sôsuke sous le même toit en plein milieu de l'après-midi, à croire que le divorce les rapprochait… Ils n'avaient jamais été autant ensemble.

« Tu vis encore avec ton ex ? C'est drôle ça… Pourtant la séparation à l'air bien nette cette fois, non ? »

Byakuya accusa le coup. Il méritait bien cette pique.

« Je peux t'offrir quelque chose à boire ?
- Tu m'invites chez toi ? Alors je prendrais un café.
- Si tu veux bien entrer et me suivre jusqu'à la cuisine.
- Attend une minute ! Tu vas me préparer le café ? Railla-t-il. Ça valait le détour finalement.
- Je peux me même cuisiner par moi-même tu sais.
- J'espère que t'as des sièges confortables parce que je vais avoir besoin de me poser pour digérer ça.
- Il se pourrait que tu ais droit à une part de gâteau histoire que tu te taises cinq minutes.
- Ne rêve pas. »

o~~O~~o

Ichigo monta l'escalier en vitesse pour sortir de leur champ de vision. Il déposa ses affaires en vrac sur le lit et partit en quête de Sôsuke. Il le trouva dans la chambre parentale en train de préparer une valise. Il frappa à la porte ouverte pour annoncer sa présence. Le brun releva la tête et arrêta son mouvement.

« Byakuya m'a dit de venir te voir.
- Oui… Je dois partir à Kyoto cette semaine et j'emmène les filles le temps que… Tout ça se tasse un peu. Le manoir familial est isolé et bien sécurisé, nous nous sommes dit qu'elles seraient plus tranquilles. Nous avons arrangé ça avec l'école. Et pour toi, comme tu es plus âgé nous avons préféré te laisser le choix. Si tu souhaites venir avec nous tu as juste besoin de préparer ta valise et nous nous occuperons de contacter l'école. Qu'en penses-tu ? »

Il resta muet quelques instants. L'attitude de Sôsuke laissait présager qu'il n'avait pas prévu de l'emmener et qu'il le proposait par courtoisie… Ou que Byakuya lui avait fait la remarque. Il ne se voyait pas débarquer au manoir ancestral des Kuchiki comme ça. Il ne s'y sentirait pas à sa place et puis il n'allait pas fuir après ce qui était arrivé au lycée.

« Je crois que je vais rester ici, si ça ne dérange pas.
- Comme tu veux, si tu changes d'avis on pourra toujours s'arranger. »

Il commençait à peine à s'en sortir avec les cours, il n'allait pas passer à distance maintenant.

o~~O~~o

« Qu'est-il arrivé au sac d'Ichigo ?
- Je trouvais ça bizarre aussi que tu m'invites… Mais je ne pensais pas que t'irais droit au but comme ça. »

Byakuya soupira et détourna le regard. Il savait que ce n'était pas une bonne idée de l'inviter chez lui, c'était faire entrer le loup dans la bergerie.

« Pas besoin de raller… Je supposais juste que tu n'avais pas plus patience qu'au lycée. »

Byakuya posa une tasse de café fumante devant lui. Kenpachi fronça les sourcils devant l'agitation que son hôte manifestait. C'était discret mais bien présent.

« Un sucre, peut-être ?
- Ça ira merci… Mais toi tu devrais te calmer un peu. »

Byakuya soupira à nouveau. Sa présence chez lui le rendait nerveux et ce problème de sac n'arrangeait rien.

« Il s'est fait des amis au moins ? Ou il est tout seul et ses camarades s'amusent à le torturer ?
- J'ai rien entendu de ce genre avant aujourd'hui. Toi, t'avais pas d'amis et ça t'as pas empêché de t'en sortir…
- Personne n'aurait osé s'amuser de tel acte envers moi.
- Ils craignaient de s'en prendre une aussi. Ichigo a l'air plus mesuré… Ou il a peur de s'attirer des ennuis, j'ai l'impression qu'il n'arrive pas à trouver sa place.
- Et tu sais s'il s'entend avec des gens de sa classe ?
- Apparemment, il forme un petit trio. »

Byakuya tapait frénétiquement du bout des doigts sur la table, sans même s'en rendre compte. Kenpachi se leva et s'approcha de lui. Il sentait son odeur avec trop de netteté et de souvenirs. Il fuit son regard et se reconcentra sur la tasse qu'il n'avait pas touché. Il ne devrait pas laisser la familiarité se réinstaller entre eux. Il le savait pertinemment.

« Tu as l'air drôlement au courant de ce qu'il se raconte… Pourtant tu n'as jamais été du genre à te soucier de ce genre de ragot.
- Le nom de Kuchiki m'a interpellé… »

Byakuya pouffa.

« Vraiment ?
- Tu es inquiet pour lui…
- Bien sûr que je le suis, c'est mon fils. Après les mois qu'il vient de passer il n'a pas besoin de ça en plus.
- C'est ton pupille.
- C'est pareil ! Il est sous ma responsabilité. »

Son invité remarqua l'agitation de ses mains. Il fronça les sourcils. Il saisit son poignet et Byakuya releva la tête vers lui. Cette proximité n'aurait pas dû revenir. Pas si vite. Pas si facilement.

Cela devenait dangereux.

Ils étaient revenus quinze ans en arrière dans le local de rangement. Kenpachi déplaça une mèche de cheveux qui s'était échappée et laissa ses doigts s'égarer. Il le surplombait d'une tête et se pencha vers lui. Quand était-il devenu si grand ? Etait-ce humain d'être grand à ce point ? Cette distance entre eux était insupportable. Les doigts contre sa joue le brûlaient. Depuis quand n'avait-il pas senti une telle frustration ? Il sentait l'envie monter en lui.

Pourquoi l'avait-il laissé entrer chez lui ?

C'était idiot.

Il savait très bien pourquoi il l'avait invité.

Un bruit de valise dans le salon le ramena à la réalité. Il s'écarta en vitesse.

« Excuse-moi, je reviens. »

Il s'échappa de la cuisine aussi vite qu'il le put. Il remarqua la surprise sur le visage des filles et il tenta de reprendre son calme.

« Vous êtes prêtes ? Demanda-t-il. Vous avez pris toutes vos affaires ? »

Karin hocha la tête et Yuzu vint s'accrocher à lui. La brune écarquilla les yeux face à ce geste… Inhabituelle. C'était la première fois qu'elles partaient sans lui et de manière aussi abrupte, il s'attendait à ce que cela soit difficile.

« Vous n'oublierez pas d'être respectueuses et gentilles avec vos grands parents.
-Nous pourrons t'appeler ? »

Il fronça les sourcils.

« Enfin si tu ne peux pas…
- Je cherchais juste le meilleur moment. Je ne suis pas sûr de pouvoir vous appeler à des horaires fixes mais je vais faire de mon mieux… Et si vous avez le moindre problème ou soucis n'hésitez pas à m'appeler tout de suite. »

Sôsuke descendit suivi par Ichigo. Il remarqua que l'adolescent n'avait pas de valise. Son ex-mari le fixa étrangement : se pourrait-il qu'il ait relâché des phéromones suite à son rapprochement inopportun ? Il préféra ignorer son regard mais les coups d'œil qu'il lançait vers la cuisine ne laissaient pas de place aux doutes.

« Nous avons un invité ? Demanda-t-il.
- Un professeur d'Ichigo qui l'a ramené.
- Un professeur… »

Ichigo sentit une fragrance étrange. Il y avait un parfum inconnu dans l'air qui n'était pas présent à son arrivée quelques minutes plus tôt. Son regard passa de Byakuya à Sôsuke : il nota une certaine tension entre eux et le ton de Sôsuke était inquisiteur.

Il eut un déclic.

Cette odeur n'avait rien à voir avec du parfum. Il était question d'autre chose : un règlement de compte entre les deux hommes dont il ne comprenait pas les sous-titres. Il ne comprenait pas grand-chose aux alphas. Pas encore. Il avait révélé son sexe secondaire il y a peu et il ne captait pas encore toutes les subtilités de ce nouveau langage. Ce dont il était certain, c'est que cela n'avait rien d'amical, et les regards qu'il lançait vers la cuisine prouvaient qu'il avait bien remarqué la présence d'un étranger dans l'appartement.

« Peut-être devrais-je le saluer ?
- Cela ne sera pas nécessaire.
- Tu l'air de gérer la situation… »

Ils se jaugèrent et Byakuya fut agacé par le comportement de son vis-à-vis. Sôsuke se montrait jaloux maintenant ? Ou cherchait-il uniquement à l'embarrasser ? Il penchait plutôt pour la seconde option… Il devait reprendre le contrôle de la situation, il n'aimait pas se faire mener par le bout du nez. Il reprit son calme face au regard moqueur de son ex-conjoint.

« Parfaitement et cela ne te concerne pas. »

« Plus » aurait été plus juste mais il n'allait pas commencer à lui envoyer des piques devant les filles.

« Vraiment ? »

Il lui lança un regard glacial et cette fois Sôsuke comprit le message. Il reporta son attention sur les filles.

« Prenez soin de vous et faites un bon voyage… Dites-moi lorsque vous arrivez. »

Yuzu se détacha de lui et alla dire au revoir à Ichigo. Karin hésita et il fit le premier pas. Il lui frotta la tête et elle lui sourit. Sôsuke attendit qu'elle aille voir Ichigo pour s'approcher : « On reste en contact… Enfin sauf si tu m'as déjà remplacé. »

Il regarda vers la cuisine.

« Je ne savais pas qu'il existait une personne qui pouvait te faire de l'effet. Ça me rend curieux.
- Tu te fais des idées. »

Il arqua un sourcil. Il ouvrit la bouche mais la referma en voyant leurs filles de retourner vers eux.

« Il est temps d'y aller, dit-il. Le chauffeur nous attend en bas. Ichigo, salua-t-il. »

Sôsuke lui fit un signe de tête et il lui rendit son salut. Il n'avait pas envie de faire l'effort d'être chaleureux avec lui. Il avait trop à gérer, si Sôsuke avait remarqué son trouble Kenpachi ne passerait pas à côté.

Il soupira.

Comment après toutes ces années il pouvait retomber si facilement dans ses bras ? Il savait très bien comment cela se terminerait s'il retournait dans la cuisine mais il ne pouvait pas le mettre dehors. Il ne pouvait s'y résoudre. Il ne l'avouerait pas mais il espérait que tout revienne comme avant, comme s'ils ne s'étaient jamais séparés, comme si ces quinze dernières années n'avaient pas existé. Le claquement de la porte d'entrée le ramena à la réalité. Ichigo le regarda en silence.

« Tu préfères rester… Tu sais cela ne dérangeait pas que tu ailles à Kyoto…
- C'est juste que je commence enfin à suivre les cours alors j'ai peur qu'une coupure me fasse perdre le rythme.
- Je vois mais… Si cela devint trop difficile tu peux toujours changer d'avis.
- C'est ce que Sôsuke m'a dit.
- Bien, je tenais à être sûr que tu le saches…Tu dois avoir des devoirs à faire, non ?
- J'y vais. Tu… Restes là ce soir ou tu retournes travailler ?
- Je dois retourner au bureau ce soir mais Hanatarô sera là pour préparer le repas ou si tu as besoin d'autre chose. J'ai pris du retard ces derniers jours et le soir devrait être plus calme pour travailler.
- Je comprends. J'ai pu constater aujourd'hui tout le remue-ménage que ça peut faire. Je devrais peut-être dire au revoir à Monsieur Zaraki…
- C'est vrai. »

Il hocha la tête et le laissa aller à la cuisine. Dès qu'Ichigo eut le dos tourné, il fonça à l'étage. Il savait très bien où tout cela menait autant prévoir. Il ralla en farfouillant dans sa table de nuit et finit par trouver ce qu'il cherchait. Il fourra l'emballage dans sa poche et repartit aussi vite en bas. Son cœur cognait dans ses tempes. Il ne s'était pas senti ainsi depuis tellement longtemps. Un vrai adolescent.

Il savait déjà qu'il allait céder. Il s'y préparait même. Kenpachi n'avait qu'à dire un mot.

S'il se montrait vraiment honnête envers lui-même il avouerait qu'il en mourrait d'envie. Retrouver la liberté qu'il avait connu en étant dans ses bras. Il était le seul bon souvenir qu'il gardait de ses années de lycée et leur séparation brutale lui avait laissé un goût d'inachevé. Ils ne s'étaient rien promis et cela n'avait rien de sérieux mais Kenpachi aurait pourtant eut de bonnes raisons de lui en vouloir. Pourtant il ne lui montrait aucune rancune.

Kenpachi était ainsi. Il n'était pas du genre à ressasser le passé mais plutôt à profiter de l'instant présent sans se soucier du reste.

Il prit le temps de souffler et entra dans la cuisine. Kenpachi parlait et se tourna vers lui en désignant Ichigo : « Tu sais qu'il est plutôt doué. Il manque un peu de motivation mais on devrait arriver à en faire quelque chose. Tu devrais lui montrer quelques-uns de tes coups. » Il se retourna vers Ichigo : « Tu te rends compte que c'est le seul de mes adversaires contre lequel je gagnais de justesse…
- Lorsque tu gagnais, corrigea Byakuya.
- Je me demande ce que ça donnerais aujourd'hui, sourit-il. Il faudra une revanche un de ces jours. »

Il le fixa intensément. Byakuya n'arriva pas savoir s'il s'agissait d'un sous-entendu, avec Kenpachi difficile de savoir : les combats étaient toujours un sujet sérieux. Il voyait de la grivoiserie où il souhaitant en voir. Ichigo se racla la gorge.

« Je vais retourner faire mes devoirs… Je vous remercie de m'avoir aidé avec mes affaires, passez une bonne fin de journée monsieur. »

L'entraineur lui servit un grognement et hochement de tête. Il s'éclipsa aussitôt. Il n'était pas sûr de vouloir comprendre tout qu'il se passait entre ces deux-là. La porte de la cuisine se referma et ils se trouvèrent seul.

« Tu veux un autre café ?
- C'est pas vraiment un café que j'ai envie de prendre tout de suite. »

Le message était clair.

« Vraiment ?
- Il faut dire que tu es difficile à oublier… Et maintenant tu es divorcé… Il me semble qu'on est entre adultes consentants.
- J'avais oublié que tu étais aussi direct.
- Et moi je t'ai connu moins patient. »

Kenpachi se jeta sur lui et il se retrouva coincé contre l'ilot central de la cuisine. Il l'embrassa à pleine bouche jusqu'à manquer d'air.

« On parlait bien de la même chose au moins ? »

Cela tira un sourire à Byakuya qui reprit l'initiative. Il se réveillait d'un long sommeil, d'une léthargie qui durait depuis des années. Il serra son visage entre ses mains et se colla à lui. Il lui avait manqué. Cette passion, cette fougue qu'il avait enfoui jaillissaient de tous les pores de sa peau.

« On dirait que je t'ai manqué, souffla Kenpachi.
- Je ne t'ai jamais connu aussi loquace. »

Il relava son polo et attaqua sa ceinture. Son vis-à-vis fit de même et le superflu disparut du chemin. Byakuya trouva tout de même le moyen de sortir le préservatif qu'il avait dans sa poche pour le poser sur la table. Cela fit rire son amant : « Tu as tout prévu… T'es plus vicieux que t'en a l'air.
- Trois enfants à gérer en père célibataire c'est suffisant… Et arrête de parler. »

Kenpachi sourit contre ses lèvres : « D'accord… Si c'est comme ça. »

Il le retourna et le plaqua contre la table, il obtint un regard noir en réponse mais le brun se laissa faire. S'il avait voulu de la douceur il l'aurait invité dans son lit… Ou il n'aurait pas choisi Kenpachi. Ce dernier ne perdit pas de temps et très vite il put le sentir en lui. Il poussa un long soupir alors que ses reins s'enflammaient. Il s'accrocha tant bien que mal à la table et retint ses gémissements alors qu'il perdait pied sous les assauts de son amant. Il lui avait manqué, sa peau, son odeur, le son de sa voix. Ces années de mariage n'étaient rien en comparaison de ce qu'il vivait avec lui. Deux facettes de sa personnalités s'entrechoquaient, celle posée et calculée et celle passionnée et spontanée qui réapparaissait aujourd'hui. Comment pouvaient-ils remettre ça après tout ce temps ? Ils se voyaient dix minutes et ils étaient incapable de se tenir… C'était délirant. Il fut tiré de sa réflexion par des vagues de plaisir qui envahissaient son corps. Il oublia ses préoccupations et se laissa porter par l'instant.

Cela termina aussi rapidement que cela avait commencé, dans un gémissement partagé.

Alors qu'il reprenait son souffle il se sentait léger. Il se redressa sur les coudes et jeta un coup d'œil à son amant qui se rhabillait. Après un soupir il fit de même et remonta son pantalon.

« Y a une poubelle quelque part ? »

Il la lui désigna du doigt et il le vit se débarrasser de la preuve du méfait. Il se tut et se balança d'un pied à l'autre en regardant Byakuya bouclait sa ceinture. Il sembla hésiter mais prit la parole : « C'est quand même pas très confortable la cuisine, cela aurait été mieux dans un lit… Une autre fois peut-être ? »

Byakuya releva les yeux vers lui : « J'aurais proposé un hôtel même pour être plus tranquille. »

Voilà ce qu'il voulait entendre. Kenpachi retrouva son sourire en coin.