Alors... Il y a un petit changement dans le découpage des chapitres, je voulais publier le 5 en entier malheureusement la correction a pris plus de temps prévu et j'ai dû le scinder pour garder le rythme de publication. J'espère arriver à garder le rythme malgré le Nano qui arrive. Souhaitez moi bonne chance !

De nouveau un grand merci à AmbreKuchiki47 pour la review.

Bonne lecture !


Chapitre 5 - Partie 1

« Comment vous sentez-vous aujourd'hui ? »

Il s'attendait à cette question, les séances commençaient toujours avec cette invitation. Une incitation à vider son sac. Il se laissa aller contre le dossier du divan sur lequel il était assis. Cette femme le connaissait depuis suffisamment longtemps pour qu'il s'autorise cette décontraction.

« Je ne pensais pas que cela durait si longtemps… Tout ce tapage. »

Cela faisait une semaine entière qu'on lui rebattait les oreilles avec son divorce. C'était à la une de tous les torchons du pays, si bien que même des journaux respectables en parlaient aussi. Enfin, ces derniers s'inquiétaient plutôt de savoir si Sôsuke continuerait de travailler chez les Kuchiki ou s'il risquait de monter sa propre entreprise. Sa mutation et promotion avaient été annoncées pour stopper ses rumeurs et ne pas donner trop d'idée à Sôsuke. Cela avait suffi à remettre de l'huile sur le feu.

C'était scandaleux.

C'était de la promotion canapé.

On troquait des enfants contre un bon poste.

En plus Sôsuke était ressorti avec une jolie compensation.

« Je ne comprends pas l'engouement et les réactions que cela suscitent. Ce n'est pas nouveau et cela n'est pas si choquant… Pas au degré que les journaux le dépeignent. Les mariages arrangés et intéressés cela n'a rien d'exceptionnel, non ? »

Il avait mal à la tête.

Sa thérapeute hocha la tête et le laissa continuer.

« En plus les filles sont inquiètes... Je le sens au téléphone. Même si mon grand-père Hiro les cajole, je vous ai parlé de lui n'est-ce pas ?
- Je m'en rappelle en effet. Vous savez que vous n'êtes pas forcément responsable de leur mal-être. La distance et comme vous l'avez dit « le tapage » de ces derniers jours peuvent les atteindre. C'est normal que les changements perturbent, ils sont encore très récents alors essayer de laisser couler pour le moment, laissez-les digérer les informations à leur rythme. Votre grand-père vous aurez informé s'il sentait que la situation était grave, non ?
- C'est vrai… Je le sais bien que… Parfois j'en fais trop mais j'aimerais être plus présent pour elles... J'ai l'impression de toujours être à côté, soupira-t-il. Sôsuke est plus doué que moi pour ça… Seulement elles vont rester avec moi et je… J'ai peur qu'elles soient déçues de se retrouver avec moi. Maintenant que je suis à ce poste, je comprends mieux maintenant pourquoi mon père était si absent lorsque j'étais enfant. Peut-être que je projette trop mes angoisses de jeunesse sur elles… »

Il prit un temps et pause et changea de sujet.

« Au travail cela n'était guère mieux. Le départ de Sôsuke a déstabilisé la mécanique bien huilé du bureau et je dois gérer de front les affaires de familles et de l'entreprise. D'habitude je tiens la pression mais j'ai dû mal à maintenir l'équilibre. Je n'arrive pas à rester concentrer. »

Cette fois il se tut et attendit qu'elle le relance. Il avait laissé les sujets qui le préoccupaient sortir mais il ne savait pas par où reprendre.

« Vous avez pris rendez-vous avant tout ces évènements il me semble. Est-ce qu'il y avait autre chose à ce moment-là qui vous posez problème ou dont vous souhaitiez parler ? »

Elle était perspicace, il avait éludé le sujet Kenpachi qui était pourtant sa préoccupation.

« Oui… Je… Le directeur du Seireitei souhaitait qu'on fasse le point sur le premier trimestre d'Ichigo et nous avons été au dojo. Il fallait qu'Ichigo choisisse un club, monsieur Yamamoto s'est rappelé que j'en faisais partie et il a insisté pour lui faire visiter. C'était pour lui l'occasion de me parler des travaux et de la prochaine levée de fonds. »

Il marqua un temps d'arrêt. Il avait toujours eu beaucoup de mal à évoquer Kenpachi avec elle. Il chérissait ce souvenir et il préférait le garder pour lui mais les souvenirs rattachés au lycée en faisaient remonter d'autre. Il ne pouvait pas passer à côté. Il fut reconnaissant qu'elle lui laisse le temps de mettre de l'ordre dans ses idées. Elle différenciait ses moments de pause au moment de flottement où il avait besoin de branches auxquelles se raccrocher.

« J'ai retrouvé un de mes amis du lycée, Kenpachi Zaraki, nous étions ensemble dans le club de kendo. J'ai eu l'impression de le retrouver où je l'avais laissé comme si le temps s'était arrêté. C'est vrai que retraverser ses couloirs m'a rappelé… De mauvais souvenirs mais le revoir… A surtout fait ressurgir les bons.
- Vous vous êtes senti comment ?
- Je… Je crois bien que ça m'a fait plaisir de le revoir et… Cela s'est confirmé lorsque nous nous somme revu. C'était le hasard pourtant mais… J'étais heureux de le retrouver.
- C'est plutôt positif ce que vous me dîtes, non ?
- C'est juste qu'entretemps j'avais repris mes tocs pour me laver… Finalement cela n'a pas duré longtemps mais j'avais préféré prendre rendez-vous tout de suite. J'ai un peu paniqué je crois. Il y avait trop d'éléments pour que ce soit anodin.
- Et cela s'est résolu tout seul ? Peut-être avez-vous fait face à un élément précis qui a déclenché ce toc.
- C'est arrivé après avoir… Eut un rapport avec Sôsuke. »

Elle fronça les sourcils et attendit la suite.

« Je… C'est embarrassant, j'ai eu un rêve un peu… Très… Enfin vous comprenez et Sôsuke a souhaité en profiter.
- Est-ce que vous vous êtes senti contraint par votre époux ?
- Non, je n'étais pas contre, c'était le moyen de s'apaiser physiquement mais… Je ne le désirais pas ou plutôt mon désir était tourné vers quelqu'un d'autre. De toute manière avec Sôsuke cela n'a jamais été une question d'envie, il nous fallait des enfants et nous étions tous les deux d'accord sur ce point. Une fois que les filles sont nées, il n'y avait plus de raison de continuer.
- Pourtant vous aviez toujours des rapports.
- C'était par habitude j'imagine… Je crois que Sôsuke aurait souhaité que notre relation continue, il a essayé de faire fonctionner notre mariage, il aurait pu avoir un poste important ici, mais… Je n'ai rien fait pour le retenir.
- Vous auriez aimé qu'il reste ?
- Non.
- Alors pourquoi vous questionner sur cette relation si vous ne souhaitiez pas la continuer ?
- J'aurais souhaité que les filles aient une vraie famille, qu'elles ne se sentent pas seules ou abandonnées… Avec l'arrivée d'Ichigo je craignais qu'elles puissent se sentir lésées. »

Elle nota la relation que faisait Byakuya entre l'abandon ou la solitude que pouvait ressentir ses filles avec Ichigo. Il ne semblait pas se rendre compte que depuis le début il parlait d'abandon pour ses filles alors que d'après les informations qu'il avait évoquées au cours de leur séance, il veillait à ce qu'elles soient entourées et il se montrait présent (autant qu'il le pouvait). Il ne se rendait pas compte qu'il projetait des craintes sur ses filles qui n'étaient pas réellement tournée vers elles. Ce n'était pas ses filles qu'il craignait d'abandonner.

« Et pour Ichigo, quel est votre ressenti maintenant ? Son arrivée vous avez chamboulé.
- Il a l'air de bien s'acclimater. Karin et Yuzu adorent passer du temps avec lui et elles le considèrent comme leur grand-frère, il semble que lui aussi les ait adopté. Je crois qu'il a des difficultés avec l'école, il travaille dur c'est vrai mais je crains qu'il ne soit harcelé par ses camarades. Kenpachi m'a dit qu'il avait l'impression qu'il ne trouvait pas sa place. Il s'est fait quelques amis malgré tout mais je m'inquiète pour lui. Il ne parle pas de ses soucis… Et surtout il n'a pas reparlé de ses parents, je n'arrive pas à savoir s'il arrive à faire son deuil. S'il était allé à Kyoto j'aurais demandé à Hiro de le questionner discrètement. »

Il ne répondait pas à sa question mais elle avait l'habitude. Même après des années des thérapies, il y avait des sujets sur lesquels il ne s'épanchait pas.

« Pourquoi n'était-il pas allé à Kyoto avec vos filles ?
- Nous lui avons laissé le choix, il ne voulait pas manquer les cours, apparemment il commence tout juste à bien suivre les cours. Peut-être qu'il avait peur de perdre le rythme ?
- Est-ce vous qui lui avait proposé ?
- Non c'est Sôsuke... Vous croyez qu'il s'est senti de trop ?
- Je ne sais pas, qu'en pensez-vous ?
- C'est vrai que je voulais lui proposer moi-même mais… Ce jour-là Kenpachi était avec lui et son sac était en lambeau alors je voulais le questionner sur ce qui était arrivé et… Je… »

Il bégaya et s'arrêta. Il resta silencieux et bougea maladroitement sur le divan. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance, que ce qu'il lui disait resté strictement entre eux mais cela ne l'empêchait pas douter. Devait-il vraiment tout lui dire ?

Vous savez, même si aujourd'hui vous êtes encore mineur, je n'ai pas l'obligation de tout dire à votre père ou votre grand-père. La seule chose que j'ai à leur dire c'est si vous avez besoin d'un traitement. Ce que vous me dîtes restera toujours entre nous.

Elle ne lui avait pas menti. Il l'avait constaté par lui-même le jour où Ginrei l'avait questionné et qu'elle lui avait fait remarquer que si elle avait quelque chose à lui dire elle lui aurait déjà dit. Personne ne disait jamais non à son grand-père (à part Hiro). Il était resté sans voix et n'était jamais revenu la voir.

« J'avais envie de passer du temps avec lui et c'était une bonne occasion. Lorsque je l'ai revu ça… M'a explosé au visage. Il m'a manqué pendant toutes ces années et j'ai eu l'impression de le retrouver exactement comme je l'ai laissé. Même notre relation ça… Les années ne nous ont pas vraiment changés.
- Vous avez convenu de vous retrouver ?
- Non pas encore mais nous avons échangé nos numéros. »

Secrètement il espérait contacter Kenpachi et… Si possible le voir. Il perdait l'esprit. Il ne se reconnaissait pas. Il avait suffi d'une fois, une seule fois, pour qu'il retombe dans ses bras et qu'il ne puisse plus le chasser de son esprit.

« Ça a l'air de vous faire plaisir. »

Il se rendit compte qu'il souriait comme un idiot. Il détourna le regard, gêné d'être surpris ainsi. Avec le recul, il se rendait bien compte qu'il était tombé amoureux de lui au lycée mais… Comment était-ce possible qu'il soit toujours aussi fou de lui ?

Cela le dépassait.

« C'est vrai mais… Je me sens coupable. Je veux dire, bégaya-t-il, je n'aurais jamais cru recroiser son chemin et pourtant… Il est là et je me dépêche de lui trouver une place dans ma vie. Je cherche des moments à lui accorder mais j'ai à peine le temps d'appeler mes filles chaque soir.
- Vous culpabilisez de vous faire plaisir ? Résuma-t-elle.
- Non c'est juste que… »

Il se mordit les lèvres. Il mourrait d'envie de le revoir et il parasitait son esprit. Il grignotait son énergie et sa concentration. Il prenait un temps monstre à faire les tâches les plus simples au travail et cela devenait handicapant.

« Je devrais passer du temps avec mes filles plutôt.
- Vous parlez beaucoup d'elles mais vous pouvez penser à vous. Elles sont entre de bonnes mains en ce moment et si vous êtes épanoui elles le sentiront aussi. Vous ne pouvez pas vivre que pour vos enfants. Vous avez le droit de prendre soin de vous. Pourquoi ne pas prendre une semaine de repos ? Vous pourriez échapper aux paparazzis qui vous suivent, passer plus de temps à discuter avec vos enfants et… Essayer de renouer avec votre ami. Qu'en dites-vous ?
- Mais pour le travail…
- Ne pourriez-vous trouver quelqu'un à qui confier les tâches les plus urgentes ? Le coupa-t-elle. Je ne vous dis pas de partir à l'autre bout du monde, juste de prendre quelques jours pour vous reposer et penser à vous. »

Ce n'était pas une si mauvaise idée. De toute manière il n'arrivait pas à avancer au travail en ce moment. Et puis… Il n'était pas obligé de prendre une semaine complète.

« Je vais y réfléchir. »

Elle lui sourit, elle savait qu'elle avait gagné cette bataille.

« Bien. Nous avions convenu de nous revoir régulièrement lorsque vous avez repris contact avec moi, vous souhaitez poursuivre à ce rythme de rencontre? Espacer, rapprocher les séances ? Je sais que vous vous êtes beaucoup inquiété au début mais il me semble que vous gérez bien la situation. Vous pouvez vous faire confiance vous savez.
- Pour le moment je souhaiterais qu'on garde ce rythme… Si je reprends contacte avec Kenpachi j'ai peur que d'autres souvenirs remontent à moment ou un autre. »

Elle hocha la tête et comprenait ses angoisses. Elle le suivait depuis des années et malgré ses efforts le traumatisme était toujours là tapi dans l'ombre. Son patient en avait douloureusement conscience. Cependant elle trouvait que le retour de son ami était une bonne chose, il lui rappelait des moments heureux. Peut-être que cela lui donnerait la force de creuser plus et par la même occasion se libérer enfin.

o~~O~~o

Il se résigna donc à prendre une semaine de vacance.

Une fois dans la voiture, il prit son portable et se mit aussitôt au travail. S'il voulait profiter d'un moment de pause il lui fallait l'organiser au plus vite. Il passa quelques coups de fils et obtint des réponses favorables. Son père fut ravi qu'il se décide à prendre des vacances, il le fut moins lorsqu'il apprit que l'idée venait de sa thérapeute.

« Je ne savais pas que tu la voyais toujours… Je peux venir te voir si tu le souhaites ? À moins que tu ne viennes passer ces quelques jours avec nous à Kyoto ? »

Il n'avait pas songé à rejoindre les filles, il ne pouvait pas laisser Ichigo seul à Tokyo et puisqu'il souhaitait poursuivre les cours ce serait irresponsable de l'obliger à quitter le lycée. Il pensait plutôt passer quelques jours coupé du monde chez lui.

Certes il devait organiser ce départ subit mais l'idée de prendre quelques jours l'avait soulagé. Il ne pouvait pas faire autrement, il avait besoin de souffler un peu. Il ne tiendrait pas à ce rythme infernal et les pensées qu'il ne cessait de ressasser. Il savait que ça allait jaser mais il ne supportait plus de devoir se cacher à chaque fois qu'il venait ou partait du travail. Peut-être que ça finirait par se tasser cette fois.

Il ne restait plus qu'à annoncer la nouvelle et croiser les doigts.

o~~O~~o

Renji lui avait fait répéter à plusieurs reprises.

« Vous… Vous prenez une semaine de congé ?
- Je reste joignable s'il y a un problème. »

Il le regardait médusé, son expression choqué aurait pu l'amuser s'il n'était pas si fatigué par tout ce tapage.

« Non, vous avez raison, vous devriez vous reposer avec tout ce qu'il se passe. Même les secrétaires sont harcelés alors je n'imagine pas ce que cela doit être pour vous. »

Voilà une remarque bien familière de sa part. Il se dit qu'il devait faire peine à voir pour que cela inquiète Renji à ce point.

« Je ferais de mon mieux pour réaliser les tâches que vous me confierez et avancer sur le projet de la nouvelle collection. »

Il hocha la tête.

Le clan était déjà au courant et avait approuvé son départ. Eux aussi espéraient que la situation s'améliorait, ce n'était pas bon pour les affaires. Quoiqu'il ne fût pas d'accord sur ce point, cela faisait parler de leurs hôtels et de leurs gammes d'ameublements. Renji arriverait peut-être à faire un carton plein avec la nouvelle collection.

Il lui confia les tâches les plus urgentes et Renji ne cilla pas. Il prit à cœur cette nouvelle charge et sembla même ravi qu'il lui fasse confiance. S'il réussissait ce serait l'occasion d'officialiser avec Rukia.

o~~O~~o

Ichigo ne s'attendait pas trouver Byakuya en rentrant. Encore moins de le trouver au piano en train de jouer. Etait-il passé dans une autre dimension ? Pendant un instant il avait cru que Yuzu était revenu, l'appartement était bien silencieux sans leur présence. Hanatarô faisait une bonne compagnie mais cela ne remplaçait pas le bruit ambiant des jeunes filles.

Byakuya ne remarqua pas sa présence et il n'avait pas pris la peine de s'annoncer, jusqu'à aujourd'hui il était seul à son arrivée. Hanatarô n'arrivait qu'une heure plus tard pour préparer le diner. Il avait insisté sur le fait qu'il n'ait pas besoin de nounou, il pouvait même se préparer un repas tout seul mais Byakuya avait insisté pour qu'il ne reste pas tout seul.

La mélodie s'arrêta et il en profita pour se manifester. Il le salua et Byakuya ne sembla pas le moins du monde surpris de le voir arriver. Ichigo hésita à poser la question qui lui brulait les lèvres, c'était tellement rare de voir Byakuya si détendu.

« Tu finissais plus tôt aujourd'hui ?
- Oui. J'ai décidé de prendre quelques jours.
- Oh… C'est bien ? »

Il ne savait pas comment accueillir la nouvelle. Etait-ce la fin du monde ? Il n'avait jamais vu Byakuya prendre de repos jusqu'à maintenant et Yuzu avait laissé entendre qu'il ne prenait qu'une seule fois des vacances dans l'année. Ce divorce était peut-être plus difficile à vivre qu'il ne l'aurait cru. Au moins il pourrait passer du temps avec son tuteur.

« Je pensais que nous pourrions appeler Yuzu et Karin ensemble ce soir, elles seront ravies d'avoir de tes nouvelles.
- Ça me va. Est-ce que ça te dérange si je reste dans le salon pour faire mes devoirs ? En ce moment je m'étale un peu partout et c'est plus pratique sur la table qu'à mon bureau.
- Vas-y. »

Byakuya quitta le piano et Ichigo ajouta aussitôt : « Tu voulais peut-être continuer de jouer, ça ne me dérange pas.
- Je suis un peu rouillé alors cela va te gêner plus qu'autre chose et de tout manière j'avais terminé. »

Ichigo s'installa à la table comme il faisait ces derniers jours. Il découvrait Byakuya sous un autre jour, en chemise et chaussettes, il ressemblait presque à quelqu'un de normal. Quoique le décor rappelait la richesse de la famille. Il s'étonnait parfois de voir le minimalisme des pièces, il fallait se concentrer sur les détails pour voir l'opulence : des livres en éditions rares ou luxueuses, des meubles de designers en bois brutes, un canapé fait main en cuir, les vitres et verrières toujours éclatantes, un escalier sur mesure en ossature métallique et le meilleur pour la fin : le lit le plus confortable qu'il n'ait jamais eu. S'il y a bien un élément dont il ne voulait plus se passer c'était ce merveilleux sanctuaire nocturne.

Il fut happé de sa rêverie par le retour de Byakuya avec un vieux livre de poche à la main. Encore quelque chose de curieux : il savait occuper son temps libre mais d'où sortait ce vieux livre ? Il eut sursaut en voyant que Byakuya le regarder. Il se replongea dans ses cahiers et cessa de papillonner. Il fut gêné d'être surpris à l'observer.

o~~O~~o

Après une bonne heure à soupirer et raller il vint à bout de ses exercices. Il avait même poussé quelques jurons oubliant totalement la présence de Byakuya. Il se releva et s'étira lorsqu'Hanatarô entra dans l'appartement et rangea ses affaires.

« Bonjour monsieur Ichigo, puis-je vous servir quelque chose ? »

À peine il passait la porte qu'il entrait dans son rôle. Son dévouement était impressionnant (quoiqu'inquiétant).

« Monsieur Kuchiki ? Je ne savais pas que vous deviez rentrer si tôt ? Veuillez m'excuser, si j'avais su je serais venu plus tôt.
- J'ai pris quelques jours, cela s'est décidé au dernier moment. Je n'ai pas pensé à vous prévenir mais il ne sera pas nécessaire que vous veniez plus tôt.
- D'accord mais si vous… »

Il s'arrêta et hocha la tête au regard de son employeur.

« Vous souhaitez boire quelque chose ?
- Un thé vert, merci.
- Je m'en occupe. »

Il disparut dans la cuisine et Ichigo se plongea dans la relecture de ses cours d'économie. Il était toujours aussi barbant, peu importe l'attention qu'il y portait. Hanatarô revint avec un thé fumant, un verre d'eau et de jus de fruits frais. Il déposa la tasse avec un dessous de verre sur la table basse et amena le reste sur la table du salon pour Ichigo. Il le remercia et reprit ses révisions. Il n'avait pas envie de quitter sa place tout de suite. Il ne savait pas comment la soirée aller se dérouler ni comment aborder son tuteur… Et s'il devait l'aborder ? Après tout, devait-il vraiment chercher à établir le contact ? Cela pouvait se faire naturellement. Peut-être qu'il devrait juste laisser faire les choses. C'était probablement la meilleur solution, il était du genre spontané alors s'il préparait une « méthode » il savait que ça ne donnerait rien…

o~~O~~o

Byakuya avait abandonné sa lecture pour réfléchir à un SMS à envoyer à Kenpachi. Il se tritura l'esprit pour finalement se contenter d'un « Bonjour, c'est Byakuya » qu'il trouva encore plus ridicule une fois envoyé. Il sirota son thé en attente d'une réponse. Ses mains s'agitaient sur la couverture de son livre. Il se rappelait bien du jour où il l'avait acheté chez un bouquiniste à Kyoto. C'était une veille échoppe dans une ruelle désertée par les touristes. Il cherchait un coin d'ombre et à se mettre à l'abri des regards. Son corps de l'époque ne l'aidait pas à rester discret mais le couple qui tenait la boutique n'avait pas montré de résistance et lui avait même offert à boire. Le titre l'avait interpellé et il avait acheté le livre déjà jauni à l'époque. Il ne payait pas de mine mais la reliure tenait toujours malgré les lectures et relectures. Il l'avait toujours conservé dans sa table de chevet et n'avait jamais pu se résoudre à acheter une nouvelle édition. Il caressa la couverture et sourit aux nombreuses journées passés en sa compagnie.

Son portable vibra et il renversa du thé sur sa chemise.

Il soupira et regarda la tache avant de reporter l'attention sur son écran. Il se dépêcha de consulter les notifications et sourit en voyant qu'il s'agissait d'un message. Il l'ouvrit avec impatience.

Je sais, j'ai pas supprimé ton numéro mais je pensais pas que tu m'enverrais de SMS. Ça va ? Quoi de neuf dans ta tour d'ivoire ? T'as réussi à te débarrasser de ton mari ou c'est toujours en cours ?

Il répondit sans attendre.

J'ai pris quelques jours de repos alors je me porte bien. Je suis en bonne de voie de me « débarrasser » de Sôsuke, les papiers sont déjà signés mais l'appartement est calme sans les filles.

Bravo ! Des vacances ? Que t'arrive-t-il ? Qu'est-ce que tu vas faire de tout ce temps libre ? On peut pas dire que tu peux sortir tranquille… Où sont tes filles ? Elles ont pas fini les cours à cette heure-là ?

Elles sont allées avec mon père chez mes grands-parents pour être plus tranquilles. Je passerais du temps avec Ichigo.

En parlant de celui-là, je confirme qu'il est pote avec Keigo Asano et Mizuiro Kojima.

Je te remercie, ça me rassure de savoir qu'il s'est fait des amis.

Au faut puisque tu as du temps libre, je suis dispo vendredi soir… Si tu veux qu'on se voit.

Il comptait sur Kenpachi pour évoquer le sujet mais il ne pensait pas que ce serait si rapide.

Ça me convint. Où veux-tu que nous nous retrouvions ? Je connais un hôtel où l'on peut diner sans être dérangé.

Si c'est toi qui recommande j'espère que tu m'invites. Je te rappelle que je n'ai qu'un salaire d'enseignant.

Je réserve et je t'envoie l'adresse ou un chauffeur si tu m'envoie la tienne. (Tu n'auras à t't'inquiéter de rien.)

Au cas où… Réserve une chambre aussi. On sait jamais, on pourrait s'entendre.

Je vais y songer.

Putain
Faut que je me trouve un costume maintenant.

Tu veux des conseils de style peut-être ?

Soyons fou… Un tailleur peut-être ? Quitte à jouer les poules de luxe autant y aller à fond ! Je veux la totale !

Byakuya pouffa. Il s'attendait à tout sauf ça. Il pensait que Kenpachi détesterait ça mais il avait plutôt l'air de s'en amuser et de vouloir profiter de l'instant présent.

Ne me provoque pas sinon je t'envoie mon chauffeur et tu passeras l'après-midi chez mon tailleur.

Chiche ! Je t'envoie mon adresse et je te laisse tout organiser !

Je note. Tu as intérêt à tenir ta parole.

T'inquiète, par contre tu seras content de pas devoir passer ta journée à bureau… Vu ce que j'ai l'intention de te faire.

Je ne me souviens pas avoir déjà été incommodé.

Toi aussi tu me cherches, tu verras bien... J'espère que les chambres sont bien insonorisées.

Au moins le programme de la soirée était clair, cela éviterait des moments de flottement gênant. De toute manière c'est la soirée qu'il espérait.

On verra bien.

Ce petit jeu l'amusait beaucoup et il put constater que son partenaire aussi. Il lui avait envoyé son adresse. Il décida de ne pas perdre temps et contacta son tailleur, Kenpachi était bien trop grand pour trouver un costume à sa taille dans un commerce classique de toute façon.

Il quitta le salon et se rendit dans le bureau, Ichigo n'avait pas besoin de tout savoir. Madame Shutara lui trouva un créneau de libre pour le lendemain soir. Il la prévint que « l'ami » qu'il lui envoyait n'avait pas l'habitude des costumes et qu'il n'avait pas une carrure classique. Lorsqu'il lui annonça le délai très court (ou son absence de marge de manœuvre plutôt) elle le rassura, elle savait très bien gérer ce genre de situation.

Il annonça dans la foulée l'heure du rendez-vous à Kenpachi et prévint son chauffeur par la même occasion.

Tu perds pas de temps toi.

Byakuya contacta le concierge du Senbonzakura, posséder une chaine d'hôtel avait ses avantages : il avait ses entrées et des places libres partout. Ce dernier marqua un temps d'arrêt pour assimiler sa demande d'une table et d'une chambre pour le vendredi soir. Byakuya ne réservait jamais directement que ce soit pour des réunions familiales ou des diners d'affaires. Il conclurait sans peine qu'il s'agissait d'un rendez-vous galant. En réalité, c'était le premier qu'il organisait, peut-être était-ce pour ça qu'il était si excité ?

« Je compte sur votre discrétion. Je préférais que Rukia ne soit pas au courant.
- Bien sûr monsieur. Je m'occuperais personnellement d'accueillir votre ami, si vous me donnez son nom je veillerais à ne pas l'inscrire sur le registre.
- Je n'en attendais pas moins, sourit-il. Son nom est Kenpachi Zaraki, c'est mon chauffeur qui le conduira. Vous ne devriez pas le manquer.
- Bien monsieur, vous pouvez compter sur moi. »

Un autre avantage : aujourd'hui personne n'oserait rapporter l'affaire à son père ou son grand-père. Il n'était pas encore le chef du clan mais il était aussi respecté que Ginrei en son temps. Tout le monde savait que ce n'était qu'une question de mois avant qu'il n'y ait une passation.

Il espérait juste ne pas croiser Rukia, il n'avait pas envie que sa soirée soit coupée par des questions de famille. Il savait qu'elle ne dirait rien ou ne ferait pas de commentaire à ce sujet mais il voulait entrer dans sa petite bulle rien qu'à lui. Etait-ce trop demandé ?

Il ne pouvait se résigner à aller chez la concurrence ou dans un love hotel. Il se savait épié en permanence et cela aurait ajouté de l'huile sur le feu.

Maintenant il lui fallait trouver un cadeau… Kenpachi lui avait dit qu'il souhaitait « la totale », alors il l'aurait mais que pouvait-il lui offrir ? Il n'allait pas lui acheter des fleurs ou des chocolats. Une bonne bouteille éventuellement ? Un bijou ou une montre ? Il n'était pas sûr que cela lui convienne, bien qu'une belle montre soit toujours utile mais c'était aussi la première chose qu'il avait offerte à Sôsuke. C'était trop superficiel et pas assez personnelle. Avec un sabre ou un couteau il était sûr de faire mouche mais pour un premier rendez- vous c'était un peu extrême.

Il n'avait que deux jours pour trouver une idée.

o~~O~~o

Ichigo ne manqua pas les éclats de voix ni les cents pas que le brun fit dans le bureau. Lorsqu'il revint dans le salon il sembla contrarié. Difficile de savoir ce qui le mettait dans cet état et encore plus de le lui demander. Il pourrait entamer la discussion avec ce vieux livre qui l'intriguait maintenant qu'il avait terminé ses révisions.

« Je me demandais, qu'est-ce que tu lis ? »

Byakuya releva la tête.

« Les 47 rônins de Jiro Osaragi, je l'avais lu lorsque j'avais ton âge et j'en avais gardé un bon souvenir. Je me suis dit que c'était l'occasion de relire. Je te le conseille d'ailleurs.
- On ne lisait pas beaucoup dans ma famille et moi non plus ça n'a jamais été mon fort. Je préfère les activités en plein air.
- Ça se passe bien le kendo ?
- Oui c'est vraiment efficace, monsieur Zaraki est… Particulier mais je progresse bien au moins.
- Il a toujours été brutal et la technique n'était pas vraiment son fort.
- Ça pour être brutal. »

Ichigo pouffa en pensant à l'entrainement qu'ils avaient eu. Il avait envoyé deux premières à l'infirmerie, Hyôsube n'avait rien trouvé à redire à part les mettre en garde « si vous voulez défier un professionnel, il faut s'attendre à prendre la raclée qui va avec. » Kenpachi n'avait même pas cherché à les impressionner, il avait même eu l'air blasé d'être défié.

« Messieurs si vous le souhaitez le repas est prêt. »

Ni l'un ni l'autre n'avaient remarqué l'intrusion d'Hanatarô dans le salon ou que le temps passait si vite.

« Je vais voir si les filles sont disponibles pour parler, nous mangerons après. »

Mauvaise idée.

Ils passèrent deux heures au téléphone. Yuzu tenait à raconter tout en détail à Ichigo et tout savoir en retour.

o~~O~~o

Byakuya fut bien embêté ce matin-là.

Il se rendit compte qu'il ne possédait pas vraiment de tenues décontractées dans sa garde-robe. Point de jean ou de t-shirt. Il avait deux tenues de sport mais il ne porterait pas ça pour se balader chez lui. En fouillant dans les placards il tomba sur des affaires que Sôsuke n'avait pas encore récupérées. Tout au fond des tiroirs il trouva un yukuta. Un vieux souvenir qu'il ne pensait pas avoir gardé. Il fit glisser le coton couleur caramel entre ses doigts. Il se rappelait de son contact, de la moiteur de l'été où l'avait porté.

L'air se raréfia et son cœur se serra.

Il s'assit sur son lit pour reprendre ses esprits. Il chassa ses souvenirs douloureux. Il avait une occasion de se rattraper alors il devait saisir cette chance.

Il en vint aussi à la conclusion qu'il devrait ranger ses placards. Il venait de se trouver une occupation pour la journée. Il souffla. Il enfila une chemise et de ses vieux pantalons de costume.

o~~O~~o

Ichigo avait pensé que son tuteur profiterait de sa matinée pour dormir : erreur. Il s'était levé en même temps que lui et ils avaient déjeuné ensemble. Il lui avait fait remarquer que ce n'était pas la peine qu'il se lève pour lui, il devrait plutôt profiter de ses vacances. Byakuya lui rétorqua que c'était justement l'occasion pour qu'ils passent du temps ensemble.

Cela le laissa sans voix.

Il n'aurait pas pensé que Byakuya ferait ça pour lui. Il semblait vraiment vouloir créer des liens entre eux, peut-être devrait-il se montrer plus ouvert et profiter de ce temps qu'il passait tous les deux ensembles.

Cette opportunité ne se représenterait pas deux fois.

o~~O~~o

« Alors comme ça il a pris des vacances ? »

Keigo semblait encore plus abasourdi que lui.

« D'un autre côté vous pourrez passer du temps ensemble. Tu avais dit que ça t'embêter de rien connaitre de lui, c'est l'occasion. Tu ne faisais pas des activités avec tes parents que tu pourrais faire avec lui ? Des sorties ou trucs comme ça ?
- À part me disputer avec mon père on ne faisait pas grand-chose… Des pique-niques au printemps, des sorties aux temples. On faisait rien de particulier.
- Tu pourrais lui demander qu'il te fasse une visite du Senbonzakura.
- Le quoi ?
- Le Senbonzakura, l'hôtel que la famille Kuchiki possède à Tokyo, soupira Mizuiro. C'est un des plus beaux palaces au monde. Ce serait l'occasion de te faire connaitre là-bas aussi. C'est Rukia Kuchiki la sœur de ton tuteur qui le dirige. Il l'a dirigé pendant presque six ans avant de prendre la tête du groupe.
- Ça va lui rappeler le travail plus qu'autre chose, non ?
- Ça lui fera plaisir que tu t'y intéresse.
- Tu y es déjà allé, non ? Reprit Keigo.
- Il y a longtemps, mes parents y ont fait un concert alors j'avais vu la salle de réception. C'est beau à voir, ils avaient installé des fleurs partout et surtout il y a un cerisier dans le hall d'entrée. Je pensais que c'était un faux mais il se raconte qu'il était là avant la construction de l'hôtel.
- Ça doit être sympa de nettoyer lorsqu'il perd ses feuilles ou que les fleurs se fanent.
- Ichigo tu es un rabat-joie.
- Non il est réaliste, corrigea-t-il.
- Vous deux, vous n'êtes pas drôle du tout. »

Ils changèrent de sujet en entrant dans les couloirs. Ils trainaient dehors pour profiter du temps ensoleillé. Ichigo entendait toujours des murmures sur son passage mais cela semblait réduire. Il se sentait moins épié que lors des premiers jours.

Il croisa Ishida avec un autre délégué. Ils avaient l'air préoccupé, qu'est-ce qu'y pouvait bien agiter le monde des délégués ? Un examen ou une absence ? Absorbé par ses réflexions, il heurta quelqu'un. Il s'empressa de s'excuser et tomber nez à nez avec la professeure Isaka.

« Toujours aussi distrait, sourit-elle. J'espère que vous êtes plus concentré à votre club.
- Je le saurais vite si je ne regarde pas devant.
- Je me moque mais cette fois je crois bien que c'est moi qui ne regardais pas devant. Messieurs je vous retrouve tout à l'heure. »

Elle tapota son épaule et repartit. Il s'étonna de son geste mais n'ajouta rien. Ils reprirent leur chemin vers la salle de classe et il se gratta la tête. Il avait dû se coincer les cheveux dans son uniforme.