Tonks, après avoir cette fois raqué pour entrer, pénétra dans l'arrière salle du bar au tenancier financièrement exigeant et chercha des yeux l'homme au bingoblet.

-Vous passez vraiment vos journées ici ? Lui demanda t-elle en le repérant assez vite.

-Ah oui, vous savez j'ai besoin de pas grand-chose pour vivre...J'ai un peu d'argent de côté, le jeu c'est pour arrondir mes fins de mois. Je descends dans la rue aux heures passantes mais je préfère travailler sans pression. Une partie ?

Sans Maugrey ? Elle n'était pas folle.

-Un autre jour.

Elle se pencha vers lui.

-Écoutez j'ai réfléchis à ce que vous me disiez la fois dernière. Ces armes à feu, je me suis renseignée et j'ai découvert que ça me serait bien utile pour un de mes projets…

Il leva un sourcil septique.

-Vous savez jeune fille, moi la vie je respecte…

Et elle qui s'excitait à l'idée de tuer Maugrey...

-C'est juste pour faire peur, j'ai un copain qui veut faire un coup chez les moldus, je lui ai dit que je me renseignerais.

-Ah le vol, ça c'est permis ! Mais je ne les connais pas bien moi les garous qui traînent ici. De ce que j'en ai vu, il suffit de leur payer à boire et d'allonger la monnaie.

Il secoua la tête avant d'allumer sa pipe.

-Ce qui se passe dans cette salle ne sort pas d'ici. Du moment qu'ils la ferment et n'essaient pas de s'intégrer dans la société, le ministère leur fichent la paix. Ils devraient faire gaffe quand même, ça fait plusieurs de leurs armes qu'on retrouve chez des sorciers. Ils deviennent un peu trop gourmands à mon humble avis.

Elle se recula sur sa chaise et jeta un coup d'œil aux alentours.

-Il y en a ce soir ?

L'homme regarda à son tour et lui pointa un individu solitaire, qui regardait se dérouler la partie de poker à la table d'à côté.

-Connais pas son nom, mais je suis pratiquement sûr que c'est un de la bande.

Elle lui paya un verre en remerciement et en demanda un autre pour sa nouvelle proie. Se demandant deux secondes si s'incruster à sa table était la bonne approche, elle y alla franchement et s'assit sur la chaise face à lui, bloquant sa vue sur la partie de poker.

Il grogna.

-Oui ma belle, je veux bien tirer un coup mais après que l'autre là-bas ait abattu son jeu.

Eurk.

-Je ne viens pas pour ça, on m'a dit que vous pourriez avoir quelque chose qui m'intéresse.

Il ne la regardait toujours pas.

-Ok, décale toi un peu sur ta gauche, s'il te plaît. Merci.

C'est qu'il commençait à l'énerver celui là ! Qu'est-ce qu'il y avait de si important avec le poker ?

-Je t'écoute.

-Je cherche un pistolet.

-On fait profil bas avec ce genre de marchandise en ce moment.

-Ça ne vous retombera pas dessus, c'est pour utiliser en milieu moldu.

Il daigna enfin poser ses yeux sur elle.

-Et j'ai quelle assurance ?

-Aucune, j'ai autre chose à faire que de trouver comment vous prouvez ça. Si vous ne voulez pas, j'irai me fournir directement chez les moldus et ça ne changera rien à l'affaire.

Il soupira de contrariété et sortit un pistolet de son sac. Tonks le regarda étonné.

-Vous n'avez pas peur d'être arrêté avec ça sur vous ?

-Les aurores par ici tu sais, ça vient que si ça doit. Tu n'as pas précisé le modèle. Un comme ça, ça t'irait ?

-Euh oui...du moment que ça intimide.

-C'est cent dix gallions.

Mmmph.

-Je vais chercher l'argent, je reviens.

-Je ne vais nul part.

OoO

Flingue en main, elle se demandait si tout ça avait bien valu le coup. On ne pouvait pas dire qu'elle avait eu un très bon aperçu du milieu mafieux loup-garou.

-C'est probablement plus une activité annexe, dit Lupin.

Ils s'étaient tout deux réfugiés à Pré-au-lard, à la Tête Du Sanglier.

-Dans mes souvenirs, ils faisaient surtout circuler de la drogue. Moldue et sorcière.

-Dans vos souvenirs ?

-J'ai habité dans le coin à une époque. Je traînais pas mal dans les rues pour passer le temps. Et tutoies moi…

-Tu ne veux pas un verre Lupin ?

-Tu ne veux pas un verre Remus.

-Non je préfère en rester aux noms...Ou je dis Remus et tu dis Tonks.

-Ça ne va pas le faire Nymphadora.

-Je ne t'aime déjà pas toi.

Il afficha un sourire narquois.

-Je n'ai toujours pas d'argent alors pas de verre.

Elle leva les yeux au ciel.

-Je te le paye.

-Hors de question. Après le repas, j'ai déjà mon compte de charité pour le mois.

La personne au comptoir lui servit un verre d'eau. Et un bonbon au citron.

-Si tu pouvais manger tout mon stock, grommela l'homme dans sa barbe.

Remus rit franchement.

-Comment tu vas t'y prendre alors ? Tonks relança le sujet.

-Je vais faire la manche.

-Et tu ne veux pas que je te paye un verre ? Quel hypocrite !

-Je suis obligé de passer par là, c'est chez les loups garous les plus pauvres qu'ils recrutent. Je cracherai un peu de haine sur le système, j'essaierai de me démarquer...On verra bien. Et je ne te laisse pas payer ce verre parce que tu es encore une enfant en bas âge et que les enfants en bas âge ne paient pas les consommations.

Elle plissa des yeux.

-Tu crois que j'ai quoi au juste ? Dix ans ?

-Plutôt vingt. Vingt c'est très jeune, on a souvent encore rien vu de la vie.

Il prit un air pensif.

-Vingt et un par contre…

Elle lui piqua son bonbon au citron. Le barman le remplaça dans la seconde.

-J'en ai dix-neuf.

-Vraiment ? Ça doit être l'effet Fol Œil, je te trouve déjà bien à l'aise dans ton métier alors que tu n'en es encore qu'à l'entraînement.

Elle rougit au compliment et faillit s'étouffer de gêne avec son bonbon.

OoO

Le local du club de l'Alouette était calé entre une pâtisserie et une parfumerie sorcière dans une rue parallèle au chemin de traverse. Restait à savoir si c'étaient les magasins qui étaient attirés par le club des femmes riches ou les femmes riches qui s'étaient installées là par gourmandise et snobisme.

Au vu de la montagne de gâteaux qu'ils trouvèrent entreposés sur des chariots dans le hall d'entrée du bâtiment, Tonks penchait pour la seconde option.

-Aucun homme n'est toléré ici, s'éleva une voix féminine du haut de l'escalier centrale.

Fol Œil posa son œil normal sur la femme qui venait de faire son apparition, alors que le magique s'agitait en tout sens pour établir un plan mentale du bâtiment.

-C'est les aurors ! Aboya t-il.

Narcissa Malefoy plissa des yeux.

-C'est pour le meurtre des Rowles ? Podarge ne venait presque plus au club ces derniers temps, allez vous en.

-Ce n'est certainement pas à vous d'en décider, grommela Alastor.

Les Malefoy lui tapaient sur les nerfs. À Tonks aussi. Elle n'avait pas particulièrement envie de rester seule à seule avec sa tante, même si celle-ci ne l'avait pas reconnu.

-Je vous envoie toutes les présentes au rez de chaussée, vous ne monterez pas.

-Faites.

Tonks cacha sa surprise à sa soudaine demi capitulation. Certes Fol Œil pouvait voir entre les murs et n'avait pas besoin de monter mais...céder ? Céder quoi ! À la demande de quelqu'un !

-Je préfère éviter qu'elle nous ramène son avocat de mari dans la partie, dit-il une fois Narcissa disparue.

-Tu t'es écrasé.

-La ferme !

-Bien.

Ils installèrent un petit coin interrogatoire et les elfes leur servirent une flopée de choux à la crème.

La première à s'avancer vers eux était une petite femme à la peau noire et aux yeux à vous transpercer l'âme de part en part. Tonks agita sa baguette pour créer une bulle de silence autour d'eux et Maugrey prit la parole.

-Nom, prénom, profession.

-Nel Shacklebolt, personne n'exerce de profession dans ce club.

Tonks lui proposa un choux à la crème, c'était probablement la mère de Kingsley après tout. Elle entendit la voix de sa mère ronronner dans un coin de sa tête. Non cette femme ne deviendrait pas sa belle maman, c'était par pure politesse !

-C'est une condition pour y entrer ? Demanda t-elle pour faire taire ses voix intérieures.

-C'est plutôt la conséquence d'un bon mariage. Vous ne vous êtes pas présentés, aboya t-elle soudainement.

Fol Oeil la regarda intéressé.

-Alastor Maugrey.

-Apprentie aurore Tonks.

Personne ne lui ferait dire son prénom. Il y avait assez de sa mère pour venir l'agacer avec ça. Plus Remus maintenant. Prrrt.

-Mon fils m'a parlé de vous, dit-elle en se tournant vers Tonks. Vous êtes la fille d'Andromeda Black.

-D'Andromeda Tonks.

La femme fronça les sourcils.

-Née Black.

-Emploi du temps de lundi dernier ? coupa Maugrey. À trois heures trente-cinq du matin exactement.

Les autopsies dans le monde sorcier avait l'avantage d'être très précise.

-Je dormais.

-Un témoin ?

-Non.

Tonks sentait qu'ils n'allaient pas avoir beaucoup d'alibis pour cette nuit là.

-Connaissiez vous les deux victimes ?

-Je connaissais Podarge évidemment, elle était très investie dans le club. Cetus, son mari, je l'ai vu à l'occasion de dîners mondains. Il était dur de ne pas le remarquer, il y finissait systématiquement ivre.

-Vous aviez de bonne relations avec eux?

-Podarge était une femme qui n'avait pas eu de chance dans sa vie. Son mari était violent, son fils un crétin, sa propre sœur en avait après son argent même si elle ne l'aurait jamais avoué devant nous…

-Violent comment ? Interrompit Fol Oeil.

-Il était d'une susceptibilité extrême d'après elle. Le paroxisme a été atteint pour une histoire de mouche…

Décidément.

-Pourquoi dites vous que sa sœur n'en avait que pour son argent ? Demanda Tonks.

-Podarge venait moins au club ces temps ci, on suspectait sa sœur Ocypète de l'y éloigner par jalousie. Je connais cette femme, nous somme cousine par alliance...Je n'ai jamais croisé quelqu'un aussi perclus d'ambition qu'elle. Elle est née Avery mais n'était pas l'aînée et était moche comme un poux par dessus le marché. Elle a eu extrêmement de mal à se marier...Après ça elle est venue envahir sa sœur, lui extorquant de l'argent, demandant des faveurs pour elle et ses filles…

Pff. Tonks essayait de ne pas décrocher. Ce milieu snob, rempli d'envieux, de commères et de fou furieux lui donnait envie d'aller s'en jeter une à un concert des bizarr'sister's, entouré de gens simples et colorés. Après Mme Shackelbolt, ils passèrent aux autres membres présentes, toutes portant un des noms de la soit disant liste sacrée des vingt-huit, mais aucune ne leur apprit quoi que ce soit. Ils finirent par l'actuelle présidente du club, Narcissa Malefoy. Tonks cacha son badge dans sa poche pendant tout l'interrogatoire, qui lui aussi n'apporta rien de nouveau à part la confirmation que Cetus n'était pas le plus apprécié des racés du coin.

-Mon mari ne l'appréciait pas beaucoup, il était dur en affaire et beaucoup trop secret à son goût.

En d'autre mots, il était difficile à faire chanter. Quelques minutes après en avoir fini, Tonks regarda sa montre en gigotant sur place, pressée de partir.

-Il en manque une, grogna Maugrey, son œil magique bloqué en haut de son orbite. Shacklebolt !

Tonks regarda autour d'elle, s'apprêtant à voir surgir Kingsley d'un pan de mur. Mais c'est la minuscule dame mère de son ami, qui s'approcha d'eux.

-Si c'est comme ça que tu t'adresses aux dames Fol Oeil, ne t'étonne pas d'être resté célibataire.

Mais la femme avait un étrange sourire appréciateur. Entre gens qui aboient, on se comprend.

-Il manque quelqu'un.

-La doyenne Mme Slughorn, fondatrice de ce club. Elle a des difficultés à se déplacer.

-Allez me la chercher je vous prie.

-Non. Elle a cent vingt huit ans. Elle a droit à la paix.

Et ils commencèrent à marchander à coup de répliques bien senties tels les bulldogs adultes qu'ils étaient. Tonks s'étira. Elle remarqua que les autres femmes étaient reparties à l'étage. Une occasion en or.

Elle s'éclipsa et se changea en Mme Shacklebolt, transfigurant ses vêtements au passage, puis monta les escaliers. À l'étage, elle se fit assaillir par Narcissa Malefoy.

-Qu'est-ce qu'il voulait ?

-Parler avec notre doyenne, je lui ai dit que c'était hors de question évidemment. Je vais lui demander moi même et lui porter les réponses.

Les autres femmes la regardèrent les yeux ronds, visiblement sidérées à l'idée qu'on aille de soit même aller titiller la doyenne.

-C'était ça ou lui qui monte, insista Tonks. Cet homme est d'un persistant !

-À vos risques, dit Narcissa. Je sais que vous avez quelque chose de prévu ce soir mais avant de partir, je vous prierai de déposer un bout de parchemin avec une suggestion quand au nouveau membre qui pourrait remplacer Podarge.

Ah. Tiens une idée lui venait en tête. Une femme qui avait fait un beau mariage, comme les membres d'ici l'aimait. Mouahahahahaha.

Elle s'approcha du coin où s'était repliée la doyenne. La femme était tellement ridée et rétractée sur elle même que Tonks n'était pas sûre d'identifier correctement les éléments de son visage. Cette bosse là était-elle le nez ? Une oreille ? Il aurait fallu déplier la peau pour mieux voir…

Elle s'aperçut qu'elle n'avait pas la moindre idée de son prénom.

-Doyenne ?

-Oooooooooooooooh, dit-elle lentement. Enfin une de vous pour venir me parler. Les bonnes manières reviennent à la mode.

Elle se redressa dans son fauteuil et allongea le cou, telle une tortue sortant de sa carapace. Son regard se mit à briller.

-Il y a eut un meurtre doyenne. Podarge est morte.

-Pas une grande perte.

Tonks lui trouvait l'esprit vif pour son grand âge.

-Vous la connaissiez bien ?

-Comme tout le monde ici, je les écoute mais seule les elfes osent m'adresser la parole. J'entends ce qu'elles se disent entre elles, ce qu'elles racontent sur leurs maris. Mais Podarge, c'était rare qu'elle parle...

Tonks commença à s'affoler sur le fait que la doyenne différenciait maintenant sa fausse identité du reste du groupe.

-J'ai cent vingt-huit ans jeune fille, je ne suis pas bernée si facilement que ça. Vous avez peut être l'apparence et la voix de Nel mais il vous manque le ton. Mais parlez, n'hésitez pas...C'est que comme je vous l'ai dit, je n'ai pas souvent l'occasion de discuter…

-Euh…

Elle se refit la liste des classiques, un peu perdue. Même sa propre mère se faisait avoir par son morphing !

-Votre alibi ?

-Pour quand? demanda patiemment la vieille femme.

-Dimanche dernier. Trois heures trente cinq du matin.

-Je prenais un verre d'eau chez moi, c'est à dire dans cette maison à l'étage du dessus. Je dors mal ces derniers temps mais je me souviens de tout vous savez? Je suis très intelligente.

Elle attrapa un gâteau. Il ne cessait d'apparaître des pâtisseries sur les tables de ce bâtiment, ça en devenait déconcertant.

-Sans témoin, rajouta t-elle.

-Vous l'aimiez bien Podarge ?

-Oui et non. Elle avait un caractère exécrable mais on ne pouvait nier qu'elle était intéressante. Suffisamment intelligente pour savoir se taire quand il fallait, elle était difficile à cerner.

-Des tensions quelque part ?

-Oh elle se détestent toutes entre elles, c'est pour ça que j'ai fondé ce club il y a presque cent ans.

Elle se pencha vers Tonks.

-Pour me divertir. Même jeune, ma place ici a toujours été dans l'ombre, sur cette chaise.

Elle secoua la tête.

-Les membres étaient trop intimidées par elle pour aller chercher querelle. Peut-être y avait-il quelques échanges difficiles avec Narcissa, entre présidente et trésorière, mais rien de sérieux.

-Et son mari ?

-La dernière fois que j'ai croisé Cetus, c'était à un dîner de famille. Sa mère était la seconde cousine de mon mari vous voyez. C'était un colérique et un emporté. Il n'avait que sept ans bien sûr à l'époque, donc je ne suis pas convaincue que ça vous aide.

Tonks commençait à regarder fréquemment la porte, effrayée que la vraie Mme Shacklebolt ne se ramène et elle estima qu'elle avait eu le temps de demander le nécessaire. Elle salua la doyenne et prit ses cliques et ses claques.

-Votre bout de parchemin Nel ! Lui rappela sa tante à l'autre bout de la salle.

Elle attrapa de quoi écrire et proposa le nom de Molly Weasley.

OoO

Après avoir chopé Fol Oeil sur le chemin du retour, elle sortit du bâtiment et expira un bon coup.

-Aaaaaaaah, plus jamais je ne retourne là dedans.

-Peut-être, on verra. Figure toi que j'ai réussi à passer un marché avec cette exquise dame…

-C'est la mère de Kingsley dont tu parles suavement ?

-Si besoin tu la remplaceras au club, ça te validera un de tes modules d'entraînement.

Pitié non.

OoO

OoO

Prochain chap chez les loups garous (j'aime bien annoncer des trucs dont je ne suis pas sûre, je vous préviens).

Six mois ne se sont pas écoulés et ce chapitre est sorti.

Applaudissez la performance. Applaudit Destrange OO. Applaudiiiiiiiiit. (oui j'ai des soucis)