Deux jours qu'il faisait la manche et pour l'instant rien. Ce n'était pas comme s'il avait espéré se faire aborder aussi rapidement mais dormir dans la rue, il y avait plus agréable, en particulier au mois de décembre.
Le point positif c'était qu'il n'avait eu aucun mal à s'intégrer au reste des sdf de l'allée des embrumes. Il n'y avait en réalité que deux loups garous. Pour les autres, on avait un vampire, deux harpies, un cracmol, un sorcier et un elfe de maison qui avait été récemment remercié de ses activités et qui semblait souffrir d'un alcoolisme assez sérieux.
Il s'était ajouté au sorcier et à un des autres loups garous pour faciliter la vie commune par la magie. Il était de loin celui qui avait les meilleurs capacités du groupe.
-Il y avait une communauté des nôtres ici il y a quelques années, dit Remus le deuxième soir. Je m'attendais à les revoir.
Un des loup garous, celui qui ne pouvait pas faire de magie parce que personne ne s'était jamais fatigué à lui apprendre, secoua la tête tristement.
-Il y a une fabrique sorcière près de Liverpool pas trop dérangée par le fait de nous employer, la moitié de la communauté dont tu parles à déménagé là bas il y a une demi-douzaine d'années. Les autres sont tombés dans le trafic. Ils larbinent pour d'anciens lieutenant de Greyback et s'entretuent pour de l'argent facile. Je suis le seul rescapé de cette époque...Tu traînais dans le coin non ? Ta tête me dit quelque chose.
-J'avais un appartement pas loin.
-Et tu t'es fait mordre ?
-Oui.
Remus avait hésité, mais cette version l'arrangeait. Il n'était pas très chaud pour avouer à des gens qui n'avaient pas eu sa chance qu'il avait bénéficié des largesses de Dumbledore pour entrer à Poudlard.
-J'ai été rejoint par Al, l'homme donna un coup d'épaule affectueux à son voisin qui lui grogna dessus en réponse. Mordu l'année dernière, sa femme l'a mis dehors...Parcours classique…
-Pourquoi tu n'as pas suivi les autres à l'usine ? Demanda Remus.
S'il avait été au courant, il aurait probablement sauté sur l'opportunité.
-C'est ce que j'ai fait au début. Et y a eu quatre morts rien que le premier mois, j'ai décidé que c'était plus sûr ici.
Il éclata d'un rire sinistre. C'était pourtant pas drôle.
-Fabrique de potions destinées au ménage. Aucune sécurité, je peux te dire que les explosions y sont nombreuses. Payé une misère mais quand même assez pour faire rester les autres. Ici au moins on est tranquille, même si ça ne sert plus à rien d'aller quémander dans la rue, personne nous donne de toutes façons.
Ça, Remus avait pu le constater. Les gens le regardaient étrangement lui et sa tasse, comme si mendier leur était devenu un concept étranger.
-On a voulu se construire des baraquements de fortune mais une officielle du ministère est passée devant et le lendemain, on avait l'unité de capture qui nous brûlait tout.
-Quelle vie de merde, dit Remus en ravivant le feu d'un coup de baguette.
-Dis donc, soit un peu plus respectueux le jeune ! Moi je l'aime ma vie !
Remus sourit. Il se demandait si cet homme disait ça parce qu'il s'agissait de la seule vie qu'il avait connu ou si dans tout ce tas de désastres humains, il était capable d'y décerner du beau.
Il lui avait dit avoir quarante-cinq ans mais il en faisait soixante. Son visage était usé par les nuits de pleines lunes et ses conditions de vie éprouvantes. À côté de lui, il y avait des piles de vieux livres entassés dans un carton.
-C'est important pour toi les livres ?
-C'est bien la seule occupation ici...Artériole, il montra le vampire qui restait avec le groupe de Harpie à quelques mètre d'eux, il a un copain qui lui ramène les mots croisés.
-Pourquoi est-il là au fait ? C'est rare de voir un vampire seul...ils ont des syndicats, ils s'emploient entre eux…
-Il est banni. Opposant politique.
-Oh.
Il y eut un long silence. Remus se dit qu'il était mal barré. Deux jours déjà et il n'avait encore rien dit contre le système ou fait quelque chose d'extrêmement immature qui aurait pu indiquer que dealer de la drogue et vendre des armes lui paraissaient un plan d'avenir intéressant.
-Je peux te parler seul à seul ? Se décida t-il soudainement.
Ils s'isolèrent dans un coin du petit terrain vague où ils étaient.
-Je ne te connais pas mais je vais placer une énorme confiance en toi.
Il était prêt à prendre le risque, tant qu'il était le seul à mettre sa vie en jeu.
-J'ai besoin de rentrer dans le trafic.
L'homme le regarda mi dégoûté, mi désespéré. Il lui serra fort le bras.
-Ne fais pas ça ! Ne gâche pas ta vie là dedans ! Ils finissent junkies ou morts là bas !
-C'est pour espionner.
Son expression se mua en surprise.
-Pour quoi faire ?
-Pour les arrêter.
Parce qu'il était un justicier. Comme Zorro à la télé quand il était petit. Le seul programme que son père regardait avec lui parce que le concept du cheval et de l'épée, ça marchait encore sur les sorciers.
Pour la justice ou parce qu'il s'ennuyait et qu'il ne savait pas dire non. Au choix.
-Tu es fou ? Tu vas te faire manger !
Il se demanda s'il fallait le prendre au sens littéral. Il grimaça.
-Écoute je vais le faire quoi qu'il arrive, mais je ne cracherais vraiment pas sur une aide extérieur. Je pensais qu'ils venaient recruter ici mais comme tout le monde est parti je ne suis pas sûr de savoir comment faire.
-J'ai encore beaucoup de connaissances là haut, dit l'homme sombrement. Il suffit que je te présente comme un petit casse couilles qui dérange ma tranquillité et ils te verront d'un bon œil...mais vraiment je n'ai pas envie. Et ce n'est pas qu'une question de danger…
Le vieux loup garou frotta sa barbe mais ne dit rien de plus.
-Tu as peur de quoi ? Insista Remus. Je saurais me débrouiller, j'ai vécu pire.
-Tu es vraiment un loup garou ? Tu ne nous as pas menti en venant ici ?
Il traça les cicatrices sur le visage de Remus.
-Non.
-Alors j'ai peur que tu t'y plaises. Parce que les gars du trafic, ils sont contents. Ils vivent dans le confort et mangent à leur faim. Mais moi je pense qu'ils se trompent, ils ne font qu'accepter leur isolement. La situation des loups garous dans ce pays n'évoluera jamais dans ces conditions.
Que cet homme soit condamné à la rue avec une intelligence et une âme comme les siennes brisait son cœur.
-Je peux te jurer solennellement que je ne me ferai pas embarquer dans une vie de plaisirs faciles.
Puis d'un coup, il éclata de rire. C'était une peur justifiée mais c'était aussi très mal le connaître.
-D'ailleurs je partagerai l'argent avec ici, si ça peut aider. Peu importe.
L'homme haussa les épaules, résigné.
-Je vais t'introduire.
OoO
Quand Maugrey poussa la porte de chez lui, un patronus en forme de loup l'attendait. La voix de Lupin en sortit.
-Alastor, j'ai probablement trouvé un moyen d'entrer dans le réseau. Juste pour te prévenir.
Le patronus se dissipa et Fol Oeil grogna.
-Juste pour me prévenir...J'attends un rapport tous les jours Lupin, s'indigna t-il dans le vide. Non mais je rêve…
Il ouvrit le placard d'alcool avant de le refermer aussitôt. Il n'avait pas sommeil. Il attrapa son manteau et repartit.
OoO
-Fol Oeil il est minuit, bailla Tonks. L'heure à laquelle je vais me coucher, pas celle où je retourne au boulot.
-C'est pour l'enquête, ça sera inclus dans le nombre d'heures travaillées. Et puis on ne discute pas ! Qui m'a fichu une feignasse pareille ?
Feignasse ? Elle savait qu'il la provoquait intentionnellement mais ça marchait quand même du tonnerre. Elle se redressa et essaya de reprendre une démarche dynamique.
-Où on va ?
-Parler à un ami. Ça fait bien trop longtemps que je n'ai pas consulté son catalogue.
-Son catalogue de quoi ?
-D'objets constamment vigilants.
-J'aurai du m'en douter.
Ils rentrèrent dans l'allée des embrumes. Encore. Et dire qu'avant les aurors elle n'y avait jamais mis les pieds dans ce quartier. Maintenant elle hésitait à y regarder l'immobilier. Fol Oeil s'engagea dans une ruelle et ouvrit une porte que Tonks n'avait même pas repéré.
-Il ne doit pas avoir beaucoup de clients dans un endroit pareil.
-C'est pour que seuls ceux qui sont vraiment intéressés puissent trouver.
Un bruit de molosse enragé vint les accueillir. Il fonça sur eux et Tonks vu le moment dans l'œil du chien où celui ci reconnut le visiteur, cette lueur de peur et de respect dont elle avait déjà été témoin chez de nombreux humains et qui poussa le chien à se stopper dans son élan meurtrier pour s'asseoir devant la jambe de bois de l'aurore, la queue remuante d'admiration.
-Impressionnant, commenta Tonks.
-Alastor ! Un homme d'une soixantaine d'année arriva vers eux les bras tendus. Visite amicale ou tu viens me prendre quelque chose ?
-J'ai besoin d'un renseignement.
L'homme fit la moue. Il était maigre et avait de longs cheveux gris. En fait il ressemblait étrangement à Maugrey, sans la jambe de bois et l'œil fou.
-Dis, c'est pas ton frère ? Souffla Tonks.
-Non.
-Qu'est-ce que dis la jeune ? Demanda le commerçant.
-Des bêtises. Tu ne nous inviterais pas à boire un verre ? J'aimerais voir ton catalogue en passant.
Il les mena dans l'arrière salle, qui était en fait ses appartements, et leur servit un verre d'un liquide jaune fluo.
-C'est quoi ? Demanda Tonks sans oser s'approcher.
-Vigilante hein ? Tu l'as bien éduqué Alastor.
Éduqué. Encore un qui la prenait pour une enfant.
-C'est de l'alcool de riz mélangé à un de mes ingrédients secrets, mais néanmoins comestible. C'est ce qui lui donne cette couleur si reconnaissable.
Tonks sirota sa boisson en regardant tout autour d'elle. Des glaces à l'ennemie, un scrutoscope géant et d'autres engins dont les sifflotements et mouvements permanents lui rappelaient fortement le bureau de Maugrey.
Peut être que si les deux hommes se ressemblaient autant, c'était parce qu'ils étaient modelés par leur parano commune.
-Est-ce que tu aurais eu vent d'un appareil d'espionnage imitant une mouche ? Fol Œil demanda sans tergiverser.
L'homme plissa des yeux, le regard lointain.
-Pas comme ça. Il y a un hollandais spécialiste des sortilèges de transferts qui a fait une expérience où il prenait la place d'un chat. Il n'avait pas seulement la possibilité de voir avec ses yeux mais il avait aussi le contrôle sur une partie des facultés motrices de l'animal. Ce n'était pas très au point à l'époque et on n'entend plus guère parler de cette recherche dans les revues spécialisées. Il faut dire que les possibilités sont immenses et que les gouvernements doivent contrôler les publications, c'est comme posséder à distance.
-Quel était le problème ? Demanda Tonks. Les limites de l'expérience ?
-Le lien avec la cible était faible. Le chat a repoussé facilement Beijnen, c'est le savant, de ses pensées. L'homme en est aussi ressortit complètement épuisé.
-Il existe de nombreux moyens de posséder des personnes à distance, dit Maugrey, mais ils relèvent tous de la magie noire.
Son ami confirma de la tête.
-Ils demandent systématiquement un sacrifice. Il semble que creuser trop loin dans les sortilèges de transfert ne déroge pas à la règle. On va probablement en rester au bon vieil impérium au final.
Ils méditèrent là dessus.
-Tu vas me dire pourquoi on parle de ça Alastor ?
-Tu connaissais Cetus Rowle ?
-Le mort violent de la semaine dernière ? C'était un de mes clients. Probablement un des plus étranges. Il ne venait que ivre parce que dans ces moments là, il était convaincu qu'un complot international se tramait contre lui. Il venait et il criait " les allemands veulent ma peau " et à chaque nouvelle visite, ça changeait de nationalité... "les mexicains, ces fils de salauds " ou " le Belize, ah on n'y pense pas au Belize et après vous finissez le ventre ouvert et les entrailles qui sortent ", c'était assez amusant à entendre. En plus son penchant pour l'alcool m'a rapporté beaucoup d'argent.
-Il avait un contentieux avec les mouches.
L'homme rit.
-Moi aussi Alastor, j'aimerai te dire que des mouches espionnes le suivaient. Mais Rowle avait déjà un pied à l'asile, il avait peut être vraiment un problème avec les mouches, allez savoir.
Il perdit le sourire et se resservit un verre.
-L'autre possibilité, c'est qu'il connaissait l'article de Beijnen et qu'il y ait cru. Parce qu'il ne venait peut être que dans un état second mais j'ai cru comprendre qu'il était un curieux de ce domaine de recherche. Il en connaissait un rayon sur les objets dans le magasin.
-Et puis il a finit par se faire tuer, remarqua Tonks, c'est que sa paranoïa était justifiée.
-C'est toujours justifié de se méfier jeune fille, dit l'homme. Alastor j'espère qu'elle a ce qu'il faut pour se défendre !
Elle leva les yeux au plafond d'exaspération.
-Son principal problème c'est elle même, répondit son mentor. Tu savais Ruppert, qu'il était possible de se fouler le pouce en enfilant une chaussure ? C'est elle qui me l'a apprit.
-On part, coupa Tonks.
OoO
OoO
Woah cette histoire s'écrit toute seule. Bon je tiendrais par le rythme rapport à la rentrée la semaine pro, mais je laisserai pas des gouffres de temps comme après le 1er chap. Une enquête policière, c'est pas fait pour être dedans qu'à moitié.
Big up à Cache Cœur, qui s'est vraiment foulée le pouce en enfilant une chaussure.
