-C'est simple pourtant, dit Tonks en grinçant des dents…

Patience, patience.

-...Votre sœur était elle malade ? Diarrhée, vomissements, fièvre, les classiques...désorientation, vertige...Ça ne passe pas inaperçu normalement.

-Si vous croyez réellement que je parlais à ma sœur tous les jours ?

-Vous habitez dans la même maison !

-Oui et bien, j'avais d'autres choses à faire.

-Pendant deux semaines ?

-Oui.

-Comme ?

Ocypète avait perdu son ton hautain habituel. Elle n'avait aucun respect pour Tonks, tout cheveux roses et uniforme d'auror qu'elle était et ne faisait aucun effort. Elle fit un geste de la main pour chasser la mouche importune.

-Faire les courses.

-Pendant deux semaines ?

-Vous savez je mange tous les jours. Et les elfes étaient malades, ils ont été punis pour ça.

Tonks tourna sept fois sa langue dans sa bouche. Elle allait devoir s'habituer à ce genre de comportement dans sa vie professionnelle. Son boulot était de poser des questions aux gens et le gens lambda était un gens chiant.

-Les elfes étaient malades ? Diarrhée, vomissement, fièvre ?

-S'ils ont vomis, ils ont nettoyés.

-Braves elfes, fulmina Tonks mi consternée mi blasée. Permettez que j'aille leur parler ?

-Hors de question ! s'insurgea t-elle.

-Peu m'importe, j'ai posé la question par pure politesse. Un mandat n'est pas nécessaire pour les interroger. Restez là.

Nymphadora fut encore plus motivée pour se lever quand elle saisit une étincelle de frayeur chez Ocypète. Il y avait définitivement quelque chose à creuser de ce côté là. Elle ouvrit plusieurs portes avant de trouver celle de la cuisine.

-Que pouvons nous faire pour mademoiselle ? Demanda une petite voix plus basse qu'elle.

Quatre yeux globuleux l'observaient avec curiosité et innocence. Tonks s'assit à la table et tira deux chaises en face d'elle pour inviter les elfes à s'asseoir.

-Comment vous appelez vous ? Demanda t-elle plus sereine.

Les elfes, elle savait gérer. Ils étaient de bonne volonté, sympas, serviables. Pourquoi les gens n'étaient pas des elfes ?

-Verny et Vomy.

-Mes pauvres...

-Ils n'ont pas choisi leurs noms. Maître Thorfinn l'a fait.

-Si tu savais comme je compatis... Je venais prendre de vos nouvelles, sourit Tonks. Votre maîtresse m'a dit que vous étiez malades tous les deux ?

-Horrible, couina Verny. La maîtresse a du se débrouiller seule. La maîtresse a salit sa réputation par notre faute !

Tonks se laissa aller à imaginer un instant les femmes du club se cacher dans les différents buissons faisant face aux vitrines des marchands de légumes du pays, prenant note sur qui se salissait les mains au contact d'un artichaut, jaugeant au passage le niveau de vie du citoyen moyen.

Y avait-il une photo d'elle en plein flagrant délit d'achat de brocoli, stockée dans une armoire au club ?

-Mademoiselle veut un gâteau ?

-Non merci. Savez vous ce qui a provoqué votre maladie ?

-Impossible de savoir maîtresse, ça n'était jamais arrivé à Verny et Vomy avant... Et ils ne pensaient pas que c'était contagieux !

Il s'attrapa la tête nerveusement pendant que son camarade se mit à émincer des oignons frénétiquement.

-Parce que vos maîtres étaient malades aussi, articula Tonks en tâchant de retenir son excitation.

-Oui ! Oh oui, les maîtres étaient malades. Ils ont interdit à Vernis l'accès à leur chambre, il devait déposer les repas devant la porte jusqu'à ce qu'il ne soit plus en état de tenir debout. C'est maîtresse Ocypète qui a du le faire après, elle l'a punit pour son incompétence.

À ça, Tonks plissa des yeux, un sourire content aux lèvres. Alors comme ça on ignorait que sa sœur était malade Ocypète ?

-Vous goûtez la nourriture, les boissons ?

-Verny et Vomy mangent la même chose que leurs maîtres, mais boivent uniquement de l'eau.

-Quand les symptômes ont-il disparus ?

-Un jour après la mort des maîtres.

-Pourquoi ne l'avez vous pas dit lors du premier interrogatoire, demanda Tonks en revenant en arrière dans ses notes.

-On a juste demandé à Verny et Vomy s'ils avaient vus ou entendus quelque chose, secoua t-il la tête navré.

-Mais vous étiez trop malades pour avoir remarqués quoi que ce soit ?

-Oui.

-Vous voyez vos maîtres rentrer dans la cuisine parfois ?

-Jamais. Même quand maîtresse Ocypète s'occupait des repas, elle les faisait autre part.

Nymphadora referma son carnet et se leva promptement.

-Hé bien, Verny et Vomy c'était un honneur. Je vous souhaite bonne continuation.

Ils rougirent au compliment et remplirent ses poches de pâtisseries avant de partir lui ouvrir la porte.

Une fois revenue dans le salon, elle s'aperçut qu'Ocypète avait disparu. Tonks fronça les sourcils et partit à sa recherche dans le manoir.

En montant les étages et en ouvrant les portes, elle avait conscience d'être à la limite de la légalité, mais la maison s'avéra de toutes façons vide. Thorfinn était partit travailler et les filles d'Ocypète étaient encore toutes les deux scolarisées à Poudlard. Leur mère, elle, avait définitivement mis les voiles.

OoO

-Suspecte en fuite, annonça Tonks en débarquant dans le bureau de Fol Œil sans frapper.

-Comme c'est surprenant de votre part miss Tonks, lança une voix suave qui lui dressa les poils de façon aussi familière que désagréable. Votre suspecte a t-elle fuit ou l'avez vous éjecté à l'autre bout de la planète par maladresse ?

-Professeur Rogue, bonjour à vous aussi, dit-elle avec entrain.

Il détestait la joie de vivre.

-Comment ça suspecte en fuite ? Aboya Maugrey.

-Le poison était dans la nourriture, les elfes sont eux aussi tombés malades. Ocypète était celle qui servait les repas, je l'ai découvert en les interrogeant. En revenant elle avait disparu.

Fol Oeil et Rogue se croisèrent du regard.

-C'est lequel pour toi Rogue ?

-Le cocktail de métaux lourd ferait une bonne sauce...

-Comment ça lequel ? Interrompit Tonks déconcertée.

-L'analyse toxicologique ne prend sens que si on y discerne deux poisons distincts, grinça Rogue. Un à base de métaux lourds serait mortel après une ingestion prolongée en plus d'être inconnu au bataillon. Il ne peut pas être stable à l'état ou je l'ai retrouvé dans le sang des victimes, j'aurai besoin d'un échantillon plus pur. Le second est une poudre classique à base de plante d'Argadaga, utilisé comme insecticide naturel par les sorciers et qui affaiblit grandement le système immunitaire. Disponible chez l'apothicaire.

-Et les deux ne pouvait pas se trouver en même temps dans la nourriture ?

-Qu'est-ce que j'en sais ? s'agaça son ancien professeur. Le sang était loin d'être frais, c'est déjà au-delà de la portée du potioniste professionnel de base d'avoir obtenu la moitié des conclusions auxquelles je suis arrivé. Quant au sang des victimes vivantes du ministère, le poison est encore différent et la toxicité plus diffuse…

-Et nous avons vérifié les repas, dit Fol Oeil, ça ne passe pas par là. Je vais prélever du sang des elfes, Tonks tu as l'air d'oublier un fait important…

-Quoi ?

-Les Rowles sont morts de blessures par balle. Retourne te concentrer sur l'heure du crime et rapporte moi cette infernal sœur en salle d'interrogatoire. Je pense comprendre ce qu'elle a fait.

OoO

Carrédas maîtrisait la pokerface, ça on ne pouvait pas lui reprocher, mais il ne semblait pas se rendre compte à quel point sa manière de jouer et d'aborder le bluff était prédictible.

Il était en plus de cela un petit être effrayé qui se cachait derrière sa fierté...

-Brelan.

Et si fragile psychologiquement.

-Carré d'as.

-TU TE FOUS DE MA GUEULE ?

Remus récolta les billets et se leva en s'étirant.

-Hé ou tu vas ?

-J'ai assez joué, je vais faire un tour.

-Reviens là ! Rend moi ma thune !

Carrédas s'agrippa à sa jambe et l'amena par terre. Il essaya de reprendre le dessus à grand renfort de coup de genoux alors que les autres commençaient à former un cercle autour d'eux. La tête de Remus commençait à tourner...la chaleur de la soirée, la glu faite maison à l'alcool collant aux parois de son estomac commençaient à le rendre malade...il réussit à assommer son adversaire et à se diriger en titubant vers la sortie.

Dehors, il prit un grand bol d'air, frottant réflexivement aux endroits ou il avait pris des coups et compta ses billets.

-Lupin, grommela une voix autoritaire dans le vide.

Remus sortit sa baguette, mais beaucoup, beaucoup trop lentement pour son interlocuteur.

-C'est pas comme ça que je t'ai élevé ! VIGILANCE !

-Fol Œil ? T'es où ?

-Sous une cape imbécile ! Deux jours que j'attends un rapport !

-Que puis-je faire pour toi ?

-Tu as retrouvé la trace de l'arme ?

-Non.

-Tu as parlé à celui qui s'occupe de dealer au chemin de traverse ?

-Je viens de lui taper dessus.

-Tu as appris quoi que ce soit ?

-Je sais comment faire boire un comateux.

-Fait ton boulot un peu !

-Pardon.

Remus entendis un crac, synonyme du transplanage de l'auror. Une feuille de rapport sur l'enquête plana devant ses yeux. Il la lut et y mit le feu.

Bien sûr qu'il avait retenu les leçons de Maugrey.

OoO

-On est où ? Demanda Nymphadora en manquant de se casser la gueule.

-Ce tapis est antidérapant Tonks, je ne sais pas comment tu as fait, remarqua Kingsley avec un sourire dans sa voix grave.

-On est où ?

-Dans un genre de foyer de la famille Shacklebolt. Il y a deux cent ans, trois veuves de la famille sont venues cohabiter ici et la maison est restée dans le patrimoine.

-Ocypète est là tu penses ? C'est ta cousine par alliance, elle doit savoir que tu travailles chez les aurors.

-Ocypète prend tout le monde pour des imbéciles, elle doit sans doute trouver cette cachette ingénieuse.

-Tu ne l'aimes pas hein ?

-Non.

-Moi non plus.

Il alluma la salle d'un coup de baguette. C'était poussiéreux, ça sentait le vieux et la moisissure.

-Mais tu sais, dit Tonks en parcourant la salle des yeux, tu vas peut être gagner des points auprès de ton futur beau père en la ramenant au bureau.

-Mon futur beau-père ? Dit-il soucieux. Non ne m'explique pas.

-Fol Oeil. Il a tapé dans l'œil de ta mère. C'est du tape Fol œil.

-J'ai dit ne m'explique pas.

-Vraiment tu devrais les voir discuter ensemble, c'est comme si on t'agressais avec amour.

Kingsley leva les yeux au ciel en priant.

-Je ne veux pas.

-On ne peut aller contre ce genre de choses, teasa t-elle.

-Cherchons.

Ils se séparèrent. Tonks monta à l'étage et explora quelques chambres et une salle de bain. C'est en s'attaquant à l'étage du dessus qu'elle tomba, choquée, sur Ocypète.

-Qu'est-ce que vous faites là ? l'engueula Ocypète.

-Mais je vous cherche, dit Tonks abasourdie. Délit de fuite, suspicion de meurtre…

-Vous ne pouvez rien contre moi ici, dit elle en tournant les talons. Cette maison servait d'ambassade pour le Congo...Nous ne sommes plus dans votre juridiction.

Tonks la rattrapa par le bras et se pencha au dessus de la rampe, toujours sonnée par ce développement absurde.

-KINGSLEY, ON EST AU CONGO ?

-PLUS DEPUIS LES ANNÉES 1900.

-Je vous arrête.

OoO

-Mme Ocypète Shacklebolt, née Avery?

-Je…

Fol œil dirigea ses deux yeux sur elle munit de toute son autorité naturelle et Tonks prit presque la femme en pitié quand elle se ratatina sur elle même.

Presque.

-Vous avez empoisonné la nourriture de votre sœur et de son mari.

-Vous n'avez aucune…

-L'apothicaire vous a formellement identifié. Vous achetez chez lui de la poudre d'argadaga dix jours avant le meurtre, substance retrouvée lors de l'analyse toxicologique effectuée chez les victimes.

-Ma sœur et son mari sont morts à cause de ces...apostolats…

-Pistolets.

-L'argadaga ne tue pas !

-Seule non. Vous avez appris la maladie de votre sœur, compris que c'était plus qu'un simple rhume. Elle pouvait en mourir, mais surtout elle pouvait survivre. Vous avez voulu pousser un peu les événements en votre faveur et affaibli volontairement son système immunitaire pour augmenter vos chances d'héritage. Coup de chance, vous veniez d'écoper de la responsabilité des repas.

-Je ne l'ai pas tué !

-Ce n'est pas parce que quelqu'un d'autre y est arrivé avant vous que vous ne serez pas puni, aboya Fol Oeil. Et que vous n'êtes pas l'utilisatrice d'armes à feu reste à démontrer.

Ocypète ouvrit la bouche, consternée. Tonks se sentie soudainement mal à l'aise. Cette femme ne réalisait pas ce qu'il allait lui arriver. Certes, elle avait essayé de tuer sa sœur et était probablement à deux doigts d'y être vraiment parvenue, mais Azkaban était si terrible qu'une condamnation à perpétuité n'était pas nécessaire pour ne jamais en revenir.

Tout dans le comportement d'Ocypète, lui rappelait les pensées d'une petite fille noyée dans l'amertume. Ma sœur est plus belle, ma sœur est plus riche. Le monde pour cette femme devait se réduire à cette injustice.

Si dans sa vie d' adulte elle n'avait jamais réussi à dépasser cette douleur, Tonks ne voyait pas par quel miracle elle résisterait à l'abîme des détraqueurs.

Elle s'éclipsa de la salle, fatiguée. Elle avait encore les vrais assassins à attraper et ceux là semblaient vouloir plus qu'un sororicide.

OoO

OoO

Oui le mot sororicide existe.