Peut être était il effectivement temps que Remus s'active. Mais s'il devait commencer quelque part, c'était par interroger Carrédas et celui ci l'évitait depuis la soirée d'hier, que ce soit par peur d'entrer dans un nouveau cycle de défaite au poker ou parce qu'il avait honte de s'être fait physiquement rétamer.
-Silence ?
-Qu'est ce t'as ?
-Il est ou Carré ?
-Qui c'est ? Demanda le loup garou réellement perplexe.
-Carrédas !
-Ha ! Parle mieux, je te rappelle qu'on a un Triangle ici. Mais c'est plutôt l'instrument de musique...
-J'ai besoin de lui parler.
-Pourquoi faire ? Tu veux une clope ? Non ? Et le bédo roule roule roule...Fument fument fument les poules...le whisky a encore augmenté tu sais, Fudge est un crétin...
-C'est privé.
-C'est une histoire de filles hein ? Soit les filles soit l'argent, mais t'en a déjà plein de l'argent maintenant. Je l'avais dit aux gars que t'étais pas un moine.
Remus s'étrangla dans son désespoir. Manœuvrer Silence pour avoir une réponse claire était parfois excessivement compliqué.
-Oui c'est pour une histoire de fille, admit-il sa défaite.
-J'ai des adresses si tu veux.
-Non.
-Carrédas te fera les présentations. Je te préviens si c'est après lui que tu cours, il est pas tellement là dedans…
-Nan.
-Et il consomme beaucoup alors il va t'extorquer…
-Ok.
-Il s'est planqué dans les toilettes. Je crois qu'il sniffe.
Remus ferma les yeux, épuisé par avance.
-Il t'aime pas là. Faut regagner ses faveurs, l'encouragea Silence.
-On va tenter le coup.
Il s'engagea dans le dédale de couloirs et arriva vite devant la porte des toilettes où un loup assis sur une cuvette avait été peint en noir.
C'était complètement con, mais le loup sur la cuvette était certainement le bout de bâtiment que Remus préférait. Il toqua.
-Carrédas ?
-Dégage.
-Je viens faire la paix.
Remus respira un bon coup et attendit patiemment la réponse. Ce n'était pas avec un adulte qu'il devait marchander, non c'était bien plus compliqué ici. Il devait s'adapter constamment avec la logique de la drogue. Le vieux avait raison, on pouvait s'asseoir et les contempler plonger. S'il avait bien compris un truc depuis qu'il était arrivé, c'était que, hormis ses hommes de confiance, Sköll entretenait sciemment son effectif dans un état de dépendance, facilitant là sans aucun doute son travail de management.
-Pourquoi ?
-Franchement ? J'ai pas la force d'entretenir de mauvaises relations avec un compagnon de chambre. Et je m'ennuie, ça fait une semaine que je ne suis pas sorti d'ici.
-J'ai plus d'argent.
-Je t'invite.
-On va où ?
-Tu veux faire quoi ?
Remus regretta immédiatement sa question. Il se maudit intérieurement.
-Je veux voir Athéna.
-C'est ta copine ? Espéra t-il.
-Oui.
Ouf.
-C'est ma copine pute.
Et merde.
-Sort de là, on va voir ton Athéna.
OoO
-Le poison des victimes du ministère n'est pas le même que celui des Rowle, dit Rogue installé face à Maugrey.
-Tu l'as déjà dit.
-Mais presque. Celui des Rowles était de ce que j'ai pu en reconstituer, visqueux, de couleur bronze et composé d'un faible mélange de métaux à l'état liquide et de liants où interviennent de nombreuses plantes certes magiques mais toutes communes, vous n'aurez pas de pistes de ce côté là. Une infime dose suffisait pour provoquer les symptômes.
-Ingérée.
-Exact. Je ne comprends pas comment la sœur et cet imbécile de Thorfinn n'ont pas été touchés.
-Le fils ne revient que pour dormir. La sœur était dans une des maisons de vacances des Rowle avant de rentrer en urgence quand elle a été appelée à la rescousse. Et elle avait de bonnes raisons de ne pas toucher aux repas après, grogna Maugrey.
-Le poison des victimes du ministère n'a pas les mêmes liants, ceux ci cachent mieux sa nature mais c'est en essence les mêmes principes actifs. Il est volatile.
-Même tueur.
-Très probable.
-Bon potioniste.
-Oui, grinça Rogue comme s'il lui était difficile d'admettre qu'il existait des collègues compétents. Ou qui en connaît un. Les poisons ne sont pas très difficiles à faire mais les inventer n'est pas à la portée du premier venu.
-Tu vois quelqu'un qui peut correspondre ?
-Le niveau abyssal de ce pays dans le domaine ne me fait considérer que deux candidats. Ils ne vivent pas sur le territoire et ne manque en aucun cas d'argent. Je serais toi Fol Œil, je miserais plutôt sur un outsider.
-Mmh.
-Qui ne serait certainement pas un des imbéciles à tête acnéique que j'ai eu en classe ces dix dernières années.
-J'ai une autre question.
-Oui ? dit Rogue sans cacher son ennui.
-Tu saurais où se trouve Crabbe ? Il travaille dans le département de contrôle et régulation des créatures magiques et on vient d'ajouter sa femme à la liste des victimes liées au ministère il y a quelques heures. Ce sont ces amies du club qui ont fini par signaler son état. Les elfes assurent qu'il est en déplacement.
-Où ça ? Ça fait bien longtemps que je n'ai plus eu à fréquenter Crabbe señor à ma plus grande satisfaction, mais je doute qu'il ai changé ses habitudes et ses noms de code.
-À Venise.
-Je m'en doutais. Inutile d'aller en Italie.
OoO
C'était plus une boîte de strip-tease qu'autre chose.
Du moins à cet étage.
Tonks se tourna vers Kingsley.
-Je suis dans le ton ? Demanda t-elle après avoir changé ses traits.
-Mmh...C'est vulgaire non cette jupe ?
-Regarde à ta gauche la fille qui fait un lapdance et repense un peu à ce que tu viens de me dire Shacklebolt.
-La question est plutôt, est on censé jouer un couple ?
-Non.
-Alors tu es parfaite.
-Tu vois Crabbe ?
Kingsley parcourut la salle des yeux alors qu'un serveur vint leur proposer une table.
-Si ça fait plusieurs jours qu'il est là, il y a des chances qu'il se soit installé dans une chambre. Dis moi...je ne suis pas sûr, je ne l'ai pas croisé depuis l'école et j'avais quatre ans de plus mais…
Tonks chercha vaguement dans l'assistance la personne que son collègue indiquait. Son cœur tomba dans son estomac d'étonnement.
-...ce ne serait pas Lupin là bas ?
OoO
Carrédas ne se souviendrait pas du lendemain, pensa Remus. Il doutait même que l'homme se rappelait de la minute précédente. Il avait la tête posé sur les genoux d'Athéna qui avait été embauchée pour la nuit et alternait des moments de flottement et d'hystérie. Ils tenaient tous les trois dans un fauteuil trop grand pour être qualifié de fauteuil et un canapé trop petit pour être qualifié de canapé, situé sur un des côtés de la scène de spectacle, vide pour l'instant.
Une des mains d'Athéna se décrocha des cheveux de son ami qu'elle caressait tendrement et passa sous le t-shirt de Remus.
Il lui fallut tout son self-contrôle pour ne pas réagir à la sensation.
La dernière fois qu'on l'avait touché, et quand il dit touché c'était touché tout court, devait être quand Fol Œil lui avait tiré l'oreille.
Ne pas penser à Fol Œil maintenant.
Athéna lui mordilla l'oreille.
OoO
-Tonks ? Tonks tu vas bien ?
-Qu'est ce qu'elle lui fait là ? Demanda Tonks.
Pourquoi elle grognait ?
-On dirait qu'elle essaie de le goûter. C'est étrange de commencer par l'oreille tu me diras.
-Je dois le sortir de là !
-Vraiment ? Il n'a pas l'air en danger imminent.
Mais Tonks s'était levée. C'était étrange comme le corps prenait le pas parfois.
OoO
Remus se sentait devenir un genre de boule mi intéressée, mi très gênée alors qu'il s'enfonçait dans le canateuil et qu'Athéna redoublait d'imagination pour lui faire sortir un glapissement d'effroi.
-Arg !
Il sentit l'espace d'une seconde les courants d'air passer sur son corps, signe que celui ci était de nouveau libre, vite étouffés par la chaleur humaine d'un nouvel individu installé sur ses genoux.
-Remuuuuus, ça faisait si longtemps.
Il leva la tête. Blonde, un air provocateur et...énervé? Beaucoup trop belle et trop jeune pour lui, c'était qui ? De l'autre côté, Athéna semblait déjà avoir oublié l'événement et Carrédas réclamait justement de l'attention.
En attendant, ils étaient maintenant quatre sur un canateuil.
-Longtemps ? Dit il suspicieux.
Les mèches de la fille virèrent au rose.
-Oh.
Tonks.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Lui souffla t-il après s'être assuré que les deux autres ne l'écoutaient pas.
Elle eut un moment d'arrêt, comme si elle sortait d'une transe.
-Tu souffrais.
Remus ne nia pas. Juste...il y avait différentes sortes de souffrances...
Carrédas tira sur son jean et lui désigna la table basse sur laquelle il avait tracé des fines lignes d'une poudre verte fluo.
-Agent d'entretien, articula t-il solennel, t'as été un vrai pote.
Il se mit à pleurer. Tonks le regarda avec curiosité. Remus attendit la fin de la crise, habitué.
-T'as partagé de l'argent, honnêtement gagné de MA personne. Je veux partager à mon tour...ce rail de l'amitié...et après...après...je veux monter avec Athéna…
Il sourit avidement à sa douce qui était trop occupée à constituer sa propre réserve de poudre pour l'écouter. Ce fut seulement à ce moment là que Remus remarqua la trace mal cicatrisée d'une morsure sur le haut de la cuisse de la femme et il eut un pincement au cœur.
Il s'était étonné de ne retrouver que des hommes dans le trafic.
Elles étaient là…
La vie en ville n'avait décidément pas réussi à la communauté.
-Dis moi Carré, y alla t-il franchement.
Cette conversation allait tomber dans l'oubli de toute évidence.
-T'as vendu des armes à feu dernièrement dans le quartier ?
-Tu veux pas partager mon rail ? Se remit-il à pleurer.
-Je partage si tu réponds, c'est important pour moi.
-Tu partages d'abord, bouda t-il.
Remus se pencha vers Tonks.
-Tu écouteras la réponse pour moi ?
OoO
Cette situation se compliquait, s'agaça t-elle. Elle aurait voulu souffler sur la poudre, embarquer Remus qui ne semblait lui même pas en possession de tous ses moyens à en juger par le nombre de verres vides restés sur la table. Il avait l'air lucide mais ses mouvement étaient lents et le masque d'impassibilité qu'il avait arboré le peu de fois où ils s'étaient croisés était tombé.
D'un autre côté, elle avait déjà eu tort d'interférer dans sa mission en premier lieu. Il était sans doute suspicieux de sa part de refuser l'offre, quand bien même personne ne s'en serait souvenu le matin. Par expérience, elle savait que certaines impressions pouvaient persister.
-C'est un genre de bizutage ? Demanda t-elle.
Il soupira.
-Ça fait plusieurs soirs qu'on me propose. Je n'en ferai pas une habitude.
-Vas-y.
Elle ne savait pas pourquoi il semblait chercher son aval.
Elle ne savait pas non plus ce qu'elle faisait là mais elle sentait que c'était une bonne chose.
Elle le suivit par terre.
-Tu en veux aussi ? Demanda Carrédas.
-Non, je te laisse économiser.
-Tu le ramènes chez nous après ce soir...la taquina t-il en s'affalant sur la table en une tentative de lever son bras dans sa direction. Il a besoin de ressusciter WhiskyCoca. Et il a besoin de me ressusciter aussi. Sûrement. Je suis mort ?
-Pas encore.
Remus roula un billet d'argent moldu et sniffa. Il eut le réflexe d'éloigner sa paille improvisée de son compagnon.
-Répond avant ! Dit-il en reniflant.
Ça n'avait pas l'air d'être particulièrement agréable.
-À quoi ?
-Tu as vendu des armes dans le quartier ces derniers mois ? l'aida Tonks.
-Une à une fille, il y a…
Il compta sur ses doigts.
-Un nombre de jours certains. Y a pas longtemps.
-À part elle, insista Tonks.
-Un truc, à des gars, il y a trois mois...deux jeunes crétins.
Des colocataires qui avaient essayé de dégnomer leur jardin dans un bain de sang. Un fusil avait été confisqué, elle s'en rappelait.
-C'est tout ?
-C'est pas un gros marché, les armes à feux chez les sorciers, gémit-il.
Remus à côté, semblait avoir subit une rapide descente aux enfers. Complètement déphasé, il ne cessait de vouloir enlever des cheveux invisibles du visage de Tonks. Elle lui attrapa les mains et l'attira à soi, l'obligeant à s'enrouler définitivement autour d'elle.
Quitte à vouloir la toucher, au moins était-il immobile maintenant.
-Les aurors en ont retrouvés plus que ça lors de descente, opposa t-elle.
-Tous à des copains, dit-il. Ça pour faire chier les gens comme nous, ils hésitent jamais.
Il renonça à utiliser les billets de Lupin et en sortit un à lui de sa poche.
-Mon dernier, trinqua t-il.
OoO
Après que les deux tourtereaux soient partit consommer de l'amour tarifé, elle entendit Kingsley s'approcher d'elle.
-J'ai sorti Crabbe de sa chambre.
Il grimaça. Tonks refusa d'imaginer.
-Je l'ai déposé à Ste Mangouste devant la porte de sa femme. Il ne pensait pas que sa maladie était grave mais comme elle dormait toute la journée, il en a profité.
-Les hommes, pesta t-elle.
-Tu n'y crois pas toi même, rit Kingsley de sa voix profonde. Et regarde celui là, désigna t-il Remus, comme il s'accroche.
Tonks rougit, nerveuse.
-Je tiens à préciser que je n'y suis pour rien.
-C'est ça...Tu vas en faire quoi ?
-Le ramener ?
-Où ça ?
-Chez moi ?
-Tu n'y es pour rien, tu dis ?
-Je ne sais plus, tu m'énerves Shacklebolt.
Il éclata de rire et l'aida à sortir son poids mort de l'établissement.
