Il était debout, plongé dans l'obscurité d'Azkaban. De l'autre côté des barreaux, depuis sa cellule, Sirius le regardait avec curiosité.
-Moony, qu'est-ce que tu fais ici ?
Remus regarda ses pieds, il se sentait aspiré par le sol.
-C'est Harry que tu devrais aller voir.
Une de ses jambes flancha et il tomba lourdement.
-Quoique…Tu n'existes plus pour lui.
Il perdit sa deuxième jambe.
-D'ailleurs, qui es-tu ? Tu n'existes plus pour moi non plus.
Un de ses bras lâcha à son tour et il se retrouva face contre terre.
-Tu n'existes plus.
Sa vision disparut, Sirius se désintégra et dans sa tête tout s'éteignit.
OoO
Il se réveilla, complètement perdu. Sa tête était collée à la hanche de quelqu'un et il refusa pendant ce qui lui semblait des heures de s'y décrocher tant son cœur loupait des battements d'angoisse à la seule idée de se retrouver de nouveau sans rien. Après que ses idées se soient un tant soit peu remises en place, il décida de lever les yeux.
Un t-shirt " Bizarr' sister's " se soulevait, assoupi.
Il voulut repousser le matelas sur lequel Tonks et lui avaient dormi mais son bras droit ne lui répondait plus. Il refusa de paniquer et s'appuya sur le gauche avant de bien tester ses deux pieds sur le sol et de se lever. Il partit s'écrouler sur une chaise de la cuisine et regarda autour de lui.
L'environnement était bordélique et coloré.
Bordel, couleurs, Tonks égal habitat de Tonks.
Il se sentit pathétiquement intelligent.
Un hibou toqua à la fenêtre énervé et il dut faire un effort supplémentaire pour aller lui ouvrir, puis, tant qu'il y était, pour aller faire du café.
Son bras droit commençait progressivement à revenir à la vie mais il se trouvait de façon générale, encore anormalement léger. Il avait l'impression d'avoir à contrôler l'amplitude de ses pas, comme si la pesanteur s'était amusée à changer pendant la nuit.
La porte d'entrée s'ouvrit en fanfare et un Fol Œil plein d'énergie vint claudiquer jusqu'à la chaise d'en face. Il sortit un flacon de sa poche et en vida la moitié dans le café de Remus.
-Je ne sais pas trop Alastor, dit-il d'une voix qui lui paraissait lointaine et morte, ça ressemble beaucoup à de la boue maintenant.
-Bois, ça va réduire les effets secondaires de la saloperie que tu as prise hier soir dans un moment de pseudo héroïsme dont tu as le secret.
Il but cul sec et en quelques secondes, retrouva toutes les contraintes du monde physique.
Coup de barre...
Il ne dit pas que c'était mieux avant.
Si ne plus avoir de sensation avait été la solution à tous ses malheurs, alors ça faisait longtemps qu'il aurait sauté d'un pont.
Fol œil lui-même n'insista pas.
-Tu es sûr que tu as l'autorisation de débarquer à l'improviste chez Tonks ? Demanda Remus.
-Quand on a un aussi mauvais système de sécurité que le sien, on mérite de se faire envahir. Tu as du temps avant de devoir repartir à ton QG ? Il est dix heures, précisa-t-il.
-Oui, personne ne se lève avant le début d'après-midi là-haut, la plupart travaille la nuit.
-Je croyais qu'on t'avait enlevé tes droits de sortie, doit-on en déduire que tu gagnes leur confiance ?
Il paya le hibou et déplia la gazette qui venait d'arriver.
-Sköll est absent pour la semaine. Je ne pense pas que ça l'aurait gêné de toutes façons, surtout si certains m'ont vus consommer au club. Il ne semble pas aimer que ses hommes restent clean…
-Ils t'appellent agent d'entretien, c'est ta mission la propreté, menaça Maugrey. Si tu ne trouves pas d'échappatoires, je te ramène dans ta roulotte sans roues Lupin. Je ne t'y ai pas sorti pour t'aider à t'autodétruire.
-Ne t'en fait pas tant, soupira Remus peu habitué à cet excès d'attention, je n'ai pas particulièrement apprécié l'expérience tu sais. Se faire aspirer par le néant, c'est sympa mais uniquement jamais.
Les traits du visage de Maugrey s'adoucirent.
-Tu aurais vu ta tête quand on a essayé de te décoller de Tonks. On avait l'impression d'envoyer un strangulot ad patres.
Remus s'interdit d'intégrer ce bout d'information sur la nuit dernière et fit l'autruche en se concentrant sur la lecture à l'envers des articles de journaux tout en se reprenant un café. Un vrai cette fois.
Qu'il recracha, une minute après.
-Fol Œil...
Son cœur fit des bonds douloureux dans sa poitrine. Il posa son index sur une phrase précise de la page.
-Relis moi ça.
Maugrey le regarda, surpris de cette nouvelle perte de contrôle.
-Amendement 478 proposé le 2 décembre 1991 et voté le 16 rejeté à la majorité.
-Lit la phrase d'en dessous.
-Projet de loi du 28 Août 1789 adopté à la majorité lors d'une session exceptionnelle…Dans les deux cas, ils ne précisent pas de quoi il s'agit, grogna Maugrey.
-Étrange n'est-ce pas ? Le ministère est tenu de diffuser les changements dans notre législation et de rendre accessible ces informations. Ils ont un partenariat avec la gazette. Ici il ne se sont contentés que du strict minimum, ils font juste en sorte qu'on ne puisse pas leur reprocher de ne pas avoir prévenu.
-De quoi ça parle ? Ce n'est jamais bon signe quand on va repêcher un projet de loi d'il y a deux cent ans.
-Si je le connais celui-là, c'est parce qu'il me concerne, dit Remus doucement. Il donne le statut de maladie à la lycanthropie.
Fol Œil fronça les sourcils.
-Dans la tête des médicomages ça l'est déjà. Dans la tête des scientifiques, des experts, des victimes et des proches qui sont restés aussi. Mais juridiquement non, nous avons le statut de créatures des ténèbres. Ce qu'ils viennent de voter, refait de moi un sorcier ordinaire avec tous les droits d'un sorcier ordinaire. Seulement...un humain malade.
-Tu étais déjà un sorcier ordinaire.
Remus secoua la tête.
-C'est en parti vrai parce que je ne suis pas inscrit au registre. Officiellement, personne ne connaît ma vraie nature. Mais je n'ai jamais osé revendiquer quoi que ce soit, un seul test médical du ministère et je suis fiché à vie.
-Je ne dis pas être contre la mesure Lupin, articula lentement Fol Œil, mais je n'avais pas le sentiment que la politique actuelle allait dans ce sens.
Tonks entra alors dans la cuisine en baillant et trébucha trois fois dans un demi sommeil avant de réussir à atteindre son bol et de capter que la cafetière était déjà sur la table.
-Ça c'est justement le problème, continua Remus.
Il attendait de voir si Nymphadora acceptait encore de lui dire bonjour.
-Le premier truc, l'amendement rejeté, était une des immondices d'Ombrage. Il était pourtant presque sûr de passer. Il y en a trois autres qui doivent être étudiés en janvier mais je ne sais pas si ça garde un sens avec la nouvelle loi. Celui-là voulait nous interdire les professions en lien avec la nourriture.
-Fol Oeiiiiil, dit Tonks la voix traînante, c'est pas ta maison ici !
-Pourquoi la nourriture ? l'ignora-t-il.
-Elle n'arrive pas à nous interdire tous les métiers en même temps. Elle a déjà essayé deux fois rien que cette année. Alors elle a changé de stratégie, elle le fait secteur par secteur maintenant. On a déjà dit adieu aux professions publiques et on est interdit de stades de quidditch.
Il y eut un moment de silence. Tonks regardait Remus pensive et ça commençait à le stresser.
Elle ne lui avait toujours pas dit bonjour.
-Je pensais que tu t'étais coupé du monde, finit par lui dire Fol Œil.
Il haussa les épaules. Il avait du mal à se l'expliquer lui-même. Il avait l'impression qu'il fallait au moins un loup garou pour suivre ce genre de choses et de ce qu'il en avait vu, il avait bien fait de ne pas compter sur les autres pour ça. Encore ceux d'ici connaissaient un minimum le contexte parce qu'ils avaient fréquemment à contourner les lois mais ceux qu'il avait connu dans les campagnes n'avaient pour la plupart jamais croisé un sorcier de leur vie.
Si jamais un jour on l'arrêtait par exemple, même avant la nouvelle loi, il aurait eu droit à un procès.
Ça restait utile de le savoir.
-Ça j'ai suivi, se contenta-t-il de déclarer.
-Ombrage tu dis…
Maugrey fixa ses deux yeux sur lui.
-Tu la connais ?
-Je travaille là-haut, aboya-t-il distant.
Il semblait essayer de se souvenir de quelque chose.
-C'est le crapaud, dit Tonks qui avait vraiment du mal à se réveiller. Elle aime le rose mais elle aime pas mon rose.
-Oh la méchante personne !
-Très méchante.
-Elle n'était pas là hier, interrompit Alastor. Je suis passé dans son département, c'est le plus touché par le poison.
Il se leva de table.
-Je dois aller vérifier. Tonks, Shacklebolt t'attend depuis un quart d'heure au bureau. Lupin, je vais probablement bientôt te demander de changer ton axe de recherche.
Il partit en claquant la porte.
L'auror restante regarda paresseusement sa montre.
-Kingsley, gentil grand patient Kingsley.
-Bonjour Tonks.
Elle posa son bol et lui tapota la joue.
-Bonjour Remus.
Il se remit à respirer alors qu'elle partait s'habiller. Il plaça sa main là où elle l'avait touché, troublé. La sensation était devenue bien trop familière à son goût.
OoO
Alastor poussa la porte du jardin de la résidence Ombrage derrière laquelle s'affairait un elfe, occupé à tailler des buissons.
-Alastor Maugrey, auror, se présenta-t-il d'une voix bourrue. J'ai besoin que vous m'annonciez auprès de votre maîtresse.
L'elfe continua à tailler frénétiquement en faisant de petits mouvements de tête rapide entre lui et son œuvre d'art qui, de ce que Fol Œil interprétait à ce stade de la construction feuillue, se destinait à représenter un dragon croisé avec un veracrasse.
-Jolie bestiole, dit-il pour rappeler à l'elfe qu'il avait fait une requête et qu'il n'avait pas que ça à foutre.
-Ce sont des chatons, il désigna les autres buissons de la propriété.
Une dizaine d'autres sculptures se dressait au sein du parterre de fleurs, en tout point identiques.
-Ma maîtresse a autorisé Mistigry à en faire un qui lève la patte, souffla l'elfe. La maîtresse met beaucoup de pression.
-Puis-je la voir ? s'impatienta Alastor.
-Mistigry doit platement s'excuser mais la maîtresse est mourante.
-Pourquoi ne meurt-elle pas à l'hôpital ? aboya-t-il.
-Maîtresse est trop faible. Mais les elfes ne peuvent rien faire, la maîtresse ne nous a pas donné d'ordre.
Fol œil parcourut des yeux son petit corps bardé de cicatrices, certaines récentes. Il lui manquait un doigt et une énorme brûlure le défigurait partiellement. L'elfe sourit et il pressentait que si ce jardinier du dimanche n'avait pas eu la courtoisie gravée à l'acide dans ses gênes, il se serait ouvertement mis à siffler de contentement.
Comme le crapaud ne semblait plus en état de diriger la maison, Alastor envoya balader les convenances et débarqua dans la maison sans plus attendre. Une nouvelle petite elfe courut vers lui, une bassine de vêtements roses beaucoup trop grande pour elle dans les bras.
-Serait pas plus facile avec la magie ?
L'elfe le regarda avec des yeux de ménagère surpassée.
-La magie ? couina-t-elle hystérique. Pas de magie ici ! La magie appartient aux sorciers !
-La chambre de votre maîtresse ? l'interrompit-il.
Cinq minutes qu'il était ici et il saturait déjà. La petite elfe se calma immédiatement.
-La maîtresse est mourante, dit-elle presque paisible.
-C'est ce qu'on m'a dit…grogna-t-il impatient. Où ça ?
-La maîtresse n'a pas donné d'ordre.
Et elle partit en se chuchotant à elle-même.
-La maîtresse n'a pas donné d'ordre, la maîtresse n'a pas donné d'ordre, ça non elle n'a pas donné d'ordre, impossible de l'aider, impossible d'aider la maîtresse…
Il claudiqua jusqu'à l'étage supérieur et ouvrit toutes les portes qui se trouvaient sur son chemin, maudissant la propriétaire des lieux d'avoir voulu se la jouer tapageuse en se dénichant un demi-palace alors qu'elle vivait seule.
Il finit par la trouver assise dans sa baignoire, refuge classique pour un crapaud. Elle suffoquait de fièvre, agrippée à son porte savon dans un effort pour se rapprocher de l'air pur qui passait par la fenêtre juste à côté. Un elfe, encore un, apparut et accourut jusqu'à celle-ci pour la fermer.
-Maîtresse ne doit pas attraper froid, les elfes accordent une grande importance à la santé de la maîtresse…
Fol Œil attrapa une serviette de bain.
-Direction l'hôpital, annonça-t-il à l'elfe. Tu préviendras tes petits copains qu'il faut toujours rester vigilant sur l'avenir. Si elle s'en sort, je ne pourrais pas vous aider…Portus !
Ils disparurent.
OoO
OoO
Warning : Ombrage prend cher.
Oui je le dis après.
