Il était encore tôt et personne n'était levé dans la bâtisse. Remus entra dans le hall et bifurqua vite dans les couloirs, trouvant que le sol qui menait au salon était encore trop collant et que le moins on le chopperait prisonnier d'une surface collante, le moins on lui demanderait de nettoyer.

Il ouvrit la porte de l'infirmerie et trouva le vieux au chevet de WhiskyCoca.

-Ah fils, tu fais bien d'arriver, dit-il d'une voix fatiguée. J'aurais bien creusé moi-même mais tu sais, avec l'âge, j'ai des soucis à contrôler le moindre de mes sorts et ne parlons même pas de travail manuel.

-Creuser ?

Quelque chose en lui se réveilla, une lassitude et un fatalisme qu'il avait côtoyé intimement pendant la guerre. Il se laissa guider par son expérience, l'esprit au calme.

-Dois-je organiser un enterrement ? Pour les autres…Prévenir de la famille ?

-Sa famille… ça fait belle lurette qu'elle l'a oublié sa famille. Elle l'a rejeté alors qu'il était petit encore, le type qui l'a mordu l'a récupéré et l'a prit sous son aile.

-Greyback ? Vous connaissez l'histoire de tout le monde ici ?

-Pas Greyback mais un de ces mordus à qui on n'a pas aidé à traverser sa première pleine lune et qui s'y est mal prit, un gars bien qui s'est sentit coupable toute sa vie.

Remus ne fut pas surpris par ce point de vue. Le trafic étant aux mains de lieutenants de Greyback, il savait que la plupart ici adhéraient à sa politique expansionniste, mais le vieux n'était pas un lieutenant. Il n'était même pas un suiveur.

-J'ai beaucoup voyagé jeune, je sais qui a mordu, qui est mordu où et quand. Je tiens les comptes. On me renseigne.

-Pourquoi faire ?

-Pour détecter les menteurs ? sourit-il avec malice. Remus Lupin n'est-ce pas ? J'ai été surpris de te voir ici, tu avais disparu de mes radars. Et pourtant quel spécimen unique tu fais…

-Toutes les familles ne jettent pas leurs enfants à la rue…

Mais il savait parfaitement que le vieux ne parlait pas de ça. Sa scolarité à Poudlard avait donc été connue dès le début.

-Vous l'avez dit à Sköll ?

-Non, je garde les choses pour moi.

Il allait devoir le croire là-dessus.

-Vous avez lu les journaux ? demanda Remus en lévitant le défunt comateux. Une loi vient de passer.

-Tu m'excuseras agent d'entretien, dit-il, mais la politique, je ne me sens plus trop concerné. Il y a déjà trois tombes près du bosquet derrière le ruisseau qui longe le grillage. Marque l'emplacement, ça suffira aux autres s'ils veulent se recueillir.

OoO

-Poison ? Où te caches tu poison ?

-C'est cela Tonks, il va certainement te répondre, dit Kingsley en examinant les fenêtres.

-J'ai une opinion, dit-elle en étalant la poudre de détection bricolée par Rogue pour l'occasion sur les affaires de toilette dans la petite salle de bain jouxtant la chambre, nous avons à faire à un cas de simulation de grande ampleur. Le poison est imaginaire et victime d'une odieuse diffamation.

-Et cette déclaration sonna le glas de ta carrière d'enquêtrice.

Mr Crabbe les regardait depuis le lit, pas dérangé le moins du monde et pas particulièrement actif pour sauver sa femme.

-Vitre, finit par dire Kingsley au bout de quelques minutes. Regarde-moi ça.

La poudre se déplaçait verticalement, comme attirée par la nocivité du produit qu'elle repérait. Elle formait de petit amas vert pomme qui s'étendait parfois sur une dizaine de centimètres.

-Dans le produit pour vitre ? proposa Tonks.

-Les traces ne sont pas assez uniformes, réfléchit Kingsley. On dirait presque qu'on y a posé un doigt pour faire des dessins.

-Pas très harmonieux tes dessins…

-Mme Crabbe s'est peut-être appuyé dessus à un moment ou à un autre.

-Je ne pense pas, dit Tonks en prenant une chaise et en s'asseyant lourdement, on remarquerait le relief d'une emprunte digitale sur la poudre. Ça ressemble à…

Elle plissa des yeux.

-À rien…Qui touche aux vitres dans la vie ?

-Ceux qui ouvrent les fenêtres, dit Kingsley simplement.

-Ils n'y touchent pas, seulement à la poignée et à la structure.

-Les mouches, intervint Crabbe derrière eux. On est envahis dernièrement…

-En hiver ? s'étonna Kingsley.

-Plein je vous dis ! J'ai jamais vu ça !

Une alarme sonna dans le cerveau de Nymphadora.

-Ça pourrait correspondre au tracé d'une mouche oui, dit-elle.

Elle repensa à Cetus Rowle, lui dont l'aversion pour cet insecte avait été soigneusement consignée par Maugrey.

-Les mouches ont fait le coup. Des mouches possédées…

-Comme le chat du hollandais Beijnen ? demanda Kingsley.

Elle lui lança un regard surpris. À la fois parce qu'il connaissait les articles de Beijnen et parce qu'il semblait la suivre sans problème dans sa théorie folle.

-Ne fais pas l'étonnée, je lis les rapports. N'insulte pas le professionnalisme d'un de tes supérieurs Tonks.

-Un supérieur ? Où ça ?

-Moi. Hiérarchiquement. Souviens-toi.

Elle secoua la tête amusée. Kinsgley et Fol Œil avait été ses soleils à ses débuts chez les aurors, inondant de leur lumière un océan de casse-pieds. Peut-être étaient-ils chacun exigeants à leur manière mais jamais elle ne s'était senti moins qu'une égale.

-Il faut aller vérifier l'hypothèse chez les autres victimes, dit-elle.

-Non, il faut déjà trouver d'où ces mouches proviennent. Elles ont dû rester au chaud pour se reproduire, probablement un placard.

En toute logique, les mouches avaient vécu autour de la chambre puisque Mme Crabbe avait subi une exposition prolongée et que selon les dires de son mari, elle s'était vite retrouvée dans l'incapacité de sortir de son lit.

-Peignoir, serviette, informa Tonks qui était retournée à son travail dans la salle de bain. Ça se resserre.

-Placard ?

-En cours.

Les gros placards situés en dessous et au-dessus des éviers ne contenaient pas plus de traces de poisons que le reste des affaires. Agacée, elle s'accroupit pour obtenir un angle de vue différent de la salle et détecta un petit tiroir à proximité de la baignoire, encastré dans le mur et mal refermé. Elle en sortit une longue boîte en bois, assez profonde et trouée à l'arrière, qui contenait une collection de sels de bain et ce qui ressemblait fortement aux ruines d'une ancienne civilisation de mouches, cocons et cimetière compris.

Elle sourit. C'était une chose de divaguer sur la possibilité de diptères assassins, s'en était une autre d'avoir raison.

Elle déposa de la poudre et eut une assez belle confirmation verte pomme.

-KINGSLEY ?

OoO

-Lupin ! chuchota une voix dans l'air.

Remus sursauta et arracha son regard de la pelle qui creusait à sa place pour observer mécaniquement autour de lui, même sachant qu'il ne verrait rien.

-Alastor. Comment va Ombrage ?

-Mal ! Qu'est-ce que tu fiches en compagnie d'un cadavre ?

-C'est mon comateux, mort cette nuit.

-Suspect !

-C'est une overdose, ça n'a rien à voir avec l'affaire. Ce n'est pas la première fois que ça arrive ici…

-Et bien tu vas chercher quand même, j'ai besoin que tu me rapportes tout ce qui sort de l'ordinaire ! Toutes les victimes du ministère avaient un lien avec les loups garous par leur travail…Armes à feu ou pas, ça fait trop.

-L'amendement d'Ombrage était sur les hybrides en général ! dit Remus sur la défensive.

Non pas qu'il défendait les criminels, mais il avait comme un présentiment. Ça allait mal se finir.

-La loi était spécifiquement sur la lycanthropie. Ne me fait pas répéter Lupin !

-Merde Fol Œil ! Nos vies sont déjà suffisamment difficiles comme ça. Si le coupable est ici, ça va donner du grain à moudre aux extrémistes, on va perdre le peu de libertés qu'ils nous restent !

-Je sais, je vais en parler avec Albus.

Il hocha la tête, légèrement soulagé. Dumbledore saurait limiter les dégâts, c'était toujours mieux que de faire directement part de leurs soupçons à Fudge. Il entendit le pop signalant la disparition d'Alastor et arrêta la pelle d'un coup de baguette énervé.

-Hé bien adieu WhiskyCoca. Tu fus un comateux agréable à vivre. Si un jour je retrouve ton nom de naissance, je viendrais l'ajouter à ta plaque.

D'un coup d'œil sur la gauche, il vit Carrédas tituber en sa direction. Il attendit que celui-ci vienne s'écrouler à ses côtés. Son visage était contorsionné par la douleur mais il lui fit signe de s'asseoir avec lui.

-C'est pas ta faute, dit l'homme la gorge serrée. Je voulais te casser la gueule pour pas avoir été là quand… Mais le vieux m'a dit qu'on n'aurait rien pu faire, qu'il n'avait pas souffert.

Remus acquiesça silencieusement, respectueux de sa peine.

-On le reconnaissait plus ces derniers mois…la drogue…il a pas fait gaffe.

Il essuya ses larmes sans oser regarder son ami mort.

-Vas-y. Les autres sont restés à l'intérieur, ils ne veulent pas se souvenir de lui comme ça.

Lupin lévita le corps et le déposa délicatement au fond de la fosse. Carrédas toujours présent, ils contemplèrent le trou se reboucher peu à peu.

OoO

Le soir, Tonks et Kingsley revinrent au bureau muni d'une petite dizaine de boites en bois identiques à celle trouvée chez les Crabbe.

-Le bois est aspergé de poison, expliqua-t-elle à Fol Œil, les mouches se roulaient dedans avant de partir harceler leur victime. On en a retrouvé quelques-unes mortes à proximité des oreillers. D'après Rogue, passé une certaine dose les toxines s'autoentretiennent dans l'organisme, quiconque a pratiqué la possession a finit par faire sortir les mouches au bout de quelques jours, il n'y en avait plus de vivantes nulle part. En ce qui concerne les Rowle, la paranoïa de Cétus à du obliger les assassins à se débrouiller autrement.

-Comment ont-elles réussies à se développer dans un environnement aussi hostile ? grogna-t-il pensif. Il faudra que je soumette le problème à Rogue. D'où viennent ces boîtes ?

-Personne n'a su nous dire et les victimes ne sont plus en état de nous répondre, intervint Kingsley. Nous allons faire le tour des boutiques spécialisées demain…

-Pas toi Tonks, ordonna Alastor. Demain tu retournes au club sous l'identité de Shacklebolt mère, je lui en ai déjà fait part. Cette affaire de poison renferme sans doute un problème de chantage.

Il but un coup dans sa flasque et son œil remua faiblement dans son orbite. Même Fol Œil était un jour atteint par la fatigue.

-Rapporte moi l'ambiance. Plusieurs de leurs membres sont à l'hôpital à présent, ça devrait délier des langues…

-On ne peut pas directement demander à Mme Shacklebolt de le faire ? se plaignit Tonks qui n'avait vraiment, mais vraiment pas envie de se retaper des discussions futiles à n'en plus finir autour de pâtisseries.

-Elle ne dénoncera pas ses amies…Et arrête de paresser ! Vigilance !

Elle sourit et se dirigea vers la porte accompagnée de Kingsley.

-Tu as entendu ? Il parle avec ta mère en dehors du travail…

-Par pitié tais toi !

OoO

Remus décolla son pied du sol avec un soupir à faire pleurer les ménagères de flemme.

-C'est Triangle et Sakamain, ils ont renversé une bouteille…dit Silence dont la journée était mi occupée à dealer à Glasgow, étant un des seuls en capacité de transplaner, mi occupée à rouler des clopes pour tout le monde sur le canapé en racontant sa vie. Le vieux a dit qu'il fallait que tu trouves autre chose qu'exploser le parquet pour nettoyer, ça laisse de la sciure et ça abîme ses tapis…Ne regarde pas derrière toi Le Homard s'approche…

-J'ai pas faim.

-Pas ce genre de homard…

Remus se fit retourner violemment et se retrouva nez à nez avec le garde du corps de Sköll. Apparemment c'était pour lui.

-Toi la bonniche…

-Agent d'entretien.

-Le boss t'attend dans son bureau. File-moi une clope, casse couille qui jacasse.

-Faudrait apprendre à respecter nos surnoms, se vexa Silence.

Remus s'éclipsa, préférant ne pas être témoin de la tannée que se préparait à recevoir Silence par un mec faisant sa taille en kilos et qui plaçait sans aucun doute la loi du plus fort au-dessus de celle de la bonne répartie. Il n'était encore jamais rentré dans le bureau de Sköll, la pièce était vaste et les fournitures, bien que différentes de celles imposées dans le reste du bâtiment par le vieux, étaient toutes aussi démonstrative d'un luxe indécent.

-Alors doc, comme ça on laisse mourir ses malades ? s'éleva la voix grinçante de Sköll derrière son bureau.

Il eut un frisson. Il détestait cette voix, elle lui rappelait des temps plus sombres.

-Enfin c'est la vie, se reprit-il sur un ton de businessman et sans plus élaborer. Tu vas récupérer son secteur.

-Qui est ?

-Le plus risqué de tous les secteurs et le moins rentable, Sköll eut un sourire carnassier et s'alluma un cigare. Chez les sorciers, pile sous le nez des aurors, dans la partie lumineuse du chemin de traverse. J'espère que tu es un débrouillard, parce que tu peux être sûr qu'aucun des autres ici ne sera prêt à prendre ta place. Carrédas te fera un stage d'initiation. Il a fait le job pendant que son pote ronflait de façon non productive à l'infirmerie. En cas de problème clientèle tu reviens fissa ici pour qu'on les règle, il y a toujours un temps d'adaptation. Si tu finis à Azkaban dès le premier jour, ne t'embarrasse pas à revenir à ta libération. Maintenant dégage.

Voilà qui était expéditif. Remus tourna les talons, pas particulièrement inquiet, il n'aurait pas pu obtenir meilleur secteur.

-Ah attend j'ai oublié, l'arrêta Sköll alors qu'il était déjà à moitié dans le couloir, tu es toujours préposé au ménage sur ton temps libre ! Nouveau et déjà indispensable, regarde toi agent d'entretien, soit fier!

Fuck.