-Tu feras attention aux gobelins, ce sont eux qui ont balancé celui d'avant WhiskyCoca. Pas par devoir bien sûr, ça donne juste une mauvaise réputation à leur connasse de banque.
-Compris.
-Tu feras attention au Chaudron Baveur aussi, Tom ne supporte pas qu'on vienne importuner le client.
-J'éviterai les deux extrémités de la rue.
-Et n'oublie pas de faire gaffe au centre...

Carrédas, se tourna vers lui et épousseta distraitement le manteau miteux de Remus, comme une mère soucieuse de laisser son fils s'envoler du nid.

-Il y a quoi au centre?
-Un bar ou la moitié du bureau des aurors sort déjeuner.
-Je vais rester sur un banc.
-Non il faut bouger, sinon tu te fais repérer par les commerçants et c'est Azkaban.
-Je vais marcher.
-Mais pas trop, sinon les commerçants remarquent et c'est aussi Azkaban.

Remus haussa les sourcils.

-Comment faisait WhiskyCoca?
-Il a jamais dit.
-J'aurai apprécié qu'il le fasse.

Carredas s'alluma une cigarette nerveusement et plissa des yeux à cause de la fumée.

-Évite la taule hein, dit-il en se préparant à partir. Ou débrouille toi pour ne prendre que quelques jours parce que la lune là bas, on la survit le temps de choper une infection ou de devenir sec de pisser le sang.

-Je suis optimiste.
-T'es bien le seul.

Il se décida à tourner les talons, retournant au chaud dans l'allée des embrumes, endroit libre de tout fonctionnaire trop zélé.
Lupin lui, chercha un banc.

OoO

-Comment va ton fils Nel? souffla de manière complice Fontella Bulstrode autour d'une tasse de thé.

Tonks n'aurait pas su dire si elle était contente d'avoir un peu de conversation. D'un côté, elle commençait à se sentir seule et à ronger son frein d'inactivité. De l'autre, les sujets ici tournaient autour de potins, de vieillesse et de maladies, ce qui se trouvaient être difficilement ses centres d'intérêts personnels. Elle était reconnaissante du caractère stricte et silencieux de Nel Shacklebolt qui la laissait facilement en dehors des débats et qui lui permettait néanmoins d'écouter sans attirer l'attention.

-J'ai entendu dire qu'il fréquentait une jeune fille, se dandina Mme Bulstrode. Auror, apprécia-t-elle, la seule a avoir été accepté dans le programme d'entraînement depuis des années!

Nymphadora releva doucement la tête et se félicita intérieurement de n'avoir produit aucun geste brusque.

-On attend les fiançailles, taquina enjouée la vieille femme. Un homme de son âge, rooh, si beau garçon et pas marié! Quel dommage!
-Je suis sûre que mon fils s'installera quand il sera prêt, dit-elle d'un ton cassant qui partit dans les aiguës.
-Et elle, une très jolie fille d'après Alfred. Peut-être un peu...sauvage.

Elle se baissa et chuchota sur le ton de la confidence.

-Il dit que ses goûts vestimentaires frôlent l'indécence. Je ne sais pas si elle est de bonne famille...

Tonks sourit de manière tordue.

-Fille d'Andromeda Tonks.
-Une Black? Plus que respectable.
-Déshéritée.
-Ça ne fait pas disparaître le sang ça.

Tonks s'aperçut qu'elle mâchouillait sa tasse d'énervement et que la vraie Mme Shacklebolt n'aurait jamais fait ça. Elle s'excusa auprès de la grand-mère Bulstrode et monta la petite estrade qui abritait le fauteuil de la doyenne.

-Jeune fille, la salua la doyenne.
-Comment...? Et puis non, oubliez...
-Nel ne mange pas son thé.

Tonks haussa les épaules, résignée et prit le fauteuil d'en face, retenant à grande peine un affalement total, encore moins caractéristique de son déguisement.

-Fontella parlait de vous je devine? La jeune fille qui fréquente le gracieux fils Shacklebolt. Rencontré quand il avait seize ans celui là, à un gala. Il a dévalisé ma cuisine avant de se faire la belle et de réapparaître miraculeusement une minute avant le départ de sa mère. Un petit malin...! Il vous va bien...

Tonks sourit chaudement.

-Oui. Mais non.
-Haaa...Peut-être avons nous là un autre candidat?
-Non. Et si c'est pour commérer, j'aurais pu rester en bas, plaisanta-t-elle. Dites moi Mme Slughorn, les démarcheurs sont-ils acceptés ici? J'ai remarqué que certaines membres faisaient passer des catalogues.
-Le club l'interdit.
-On se contente de parler boutique? On se conseille des produits, ce genre de choses?
-Rarement. On se vante et on se compare, on se rabaisse et on s'envie.

Mais Tonks n'était pas satisfaite. Comparer du parfum ou une robe passait encore, mais des sels de bain? Elle trouvait étrange qu'ils se soient retrouvés chez autant de membres du club et avait naturellement pensé que cela transitait par ici.
Un génie du porte à porte? Ou plus simplement...

-La fierté de ces dames est-elle si exacerbée qu'elles refuseraient un produit gratuit?

La doyenne répondit par un léger ronflement.

OoO

Un client l'approcha après midi. WhiskyCoca avait un carnet de noms et de signes de reconnaissance que Remus avait retrouvé coincé dans une poche secrète de sa house de couette dès la première nuit au quartier général, notant au passage que depuis que les gars du trafic s'étaient trouvés une bonne poire pour faire le ménage et la lessive, c'était devenu une cachette bien dangereuse pour du papier.
Acc. dt banc Num 2. cCB Assis ext. dte.

-T'as du sapin?

Un jeune homme, à peine sortit de Poudlard à son allure. Un ami de Tonks peut-être.

-Si c'est un code, exprime toi clairement. Si c'est pour Noël, je crois que Ding Fletcher en vend à la sauvette dans la rue derrière.
-Du cercueil rouge, dit-il en jetant des coups d'œil nerveux de tous les côtés. Bordel, il y a une raison à ces codes. Il est où Whis'? Il était mieux Whis'.
-Il est mort Whis'.
-Bordel, répéta-t-il. Du coup j'ai plus de dettes?
-D'après mon carnet, si. Plein.

Il lui donna discrètement les pilules demandées, empocha l'argent et se rassit sur le banc. Deux employés de l'unité de capture "patrouillaient", terme officiel pour dire qu'ils faisaient la tournée des bars en plein service, dans sa direction et il décida de changer d'emplacement.
Il se mêla à la foule venu faire leurs achats de Noël et sortit de nouveau son carnet.
Pla. cr., banc 1 cCB Assis mil.
Une partie de chaque banc du quartier avait été magiquement modifié pour receler la marchandise. L'accoudoir du numéro 2 aspirait et recrachait selon ses besoins et sous réserve d'un mot de passe indiqué en fin de page, drogues, objets trafiqués et autres Best Sellers en tout genre de Sköll.
De la belle magie, aurait dit Flitwick. Il se demandait bien ou WhiskyCoca, qui avait été mordu enfant et dont Remus était certain qu'il n'avait jamais mis un pied à l'école, avait pu apprendre un sort de ce niveau.
Sa nouvelle place était proche de l'allée des embrumes. Il vit avec surprise Stéréo, un autre loup garou du trafic qui a sa connaissance aurait du à l'heure qu'il est se trouver à l'autre bout de la ville, rester bêtement debout à la jonction.
Il y avait un truc qui clochait dans sa présence. Ses yeux étaient voilés et fixes, sa position si statique qu'elle en était grotesque au milieu de l'euphorie des courses de Noël. Stéréo, pourtant, finit par s'éveiller de sa transe et avertit de sa présence un homme qui sortait du Chaudron baveur.
Remus estima la direction du vent et se leva de nouveau.

-Suflamiré, murmura t-il en sortant sa baguette.

La brise d'hiver qui le séparait du couple d'homme amplifia les voix.

-...défaire les injustices, dit une voix planante. Si vous...

Un groupe de touriste sortit à son tour du bar et fit barrage au vent.

-C'est bien le moment! s'énerva t-il doucement.
-...endrez...ce...souf...d...diction...

Il imagina bêtement taper sur Stéréo pour régler le son. Le temps que la foule entre eux se disperse et les deux hommes avaient disparu.

OoO

-Impérium, pensa-t-il à voix haute le soir chez Maugrey. Ou quelque chose dans le genre. Stéréo avait ce ton vide et convaincu du type à qui on vient de laver le cerveau.

Fol Œil grogna.

-Ça vient de chez toi.
-Le trafic n'est pas "chez moi" et l'impérium, ça se pratique de loin.
-Pourquoi avoir ciblé ton Stéréo? Tu nous l'as dit, son secteur est à l'autre bout de Londres, ton copain Carrédas aurait été une proie plus évidente. Ou toi d'ailleurs.
-Je suis nouveau et Carré a tellement l'habitude des drogues qu'il a apprit à ne pas écouter les voix dans sa tête, il aime s'en vanter.
-S'en vanter devant ceux qui l'écoutent, devant ceux du trafic, insista Alastor.
-D'accord, souffla Remus fatigué. Peut-être.
-J'ai retrouvé ton WhiskyCoca, intervint Kingsley qui s'était tu jusque là.

Fol oeil alla chercher une nouvelle bouteille.

-J'ai besoin d'une confirmation, je n'avais que ta description physique. Inscrit au registre après s'être fait prendre dans une rixe à quatorze ans. Quelques bagarres par la suite qui l'ont menés dix jours à Azakaban, rien d'autre.

Remus examina la photographie, récente. Le registre vous oblige à pointer chaque année.

-C'est lui. Tibère Grr.
-C'est le nom qu'ils mettent par défaut quand ils n'en ont pas, Grr, expliqua Kingsley.
-Grr, répéta Tonks endormie. Un acronyme?
-Non ça doit simplement leur paraître amusant, c'est le cri du loup énervé.
-Ou de Fol Oeil qui chante.
-Tibère comme l'empereur romain, interrompit Remus.
-C'est le nom qu'il a bien voulu donner. Il n'y a aucun Tibère de son âge né dans la communauté sorcière.
-Il a sans doute été renommé par son père adoptif, le loup-garou qui l'a mordu. Ça m'évoque quelque chose, Tibère...
-Ça me fait penser à Severus, dit Tonks. Encore un prénom latin rébarbatif.
-Severus était un nom de famille, dit Remus sans faire remarquer qu'il possédait lui même un prénom latin par peur qu'elle le traite à son tour de vieux croûton, Tibère, Néron et Claude sont des empereurs romains assez connus, tous de la famille des Claudius.
-Tu connais un Néron?
-Je connais un Claudius. Le loup-garou SDF qui m'a introduit dans le trafic. Et ça expliquerait beaucoup...Pourquoi il tient à rester dans l'allée pour commencer, et son rejet du trafic. La drogue avait détruit WhiskyCoca, déjà bien avant son overdose.
-Tu le vois tuer son fils? demanda Tonks.
-Il a parlé de vouloir changer les choses, la société. Mais non, je ne le vois tuer personne, encore moins quelqu'un pour lequel il a une dette de vie. Seulement je suis le dernier juge de caractère, ajouta-t-il amer.

Il chassa Sirius de sa tête. Il revenait souvent en ce moment.

-J'irai lui parler demain. Je lui avais promis de donner des nouvelles.
-Vigilance, ponctua Maugrey.

OoO

Fol Œil claudiqua en direction de la chambre de l'empoisonné numéro cinq, ordre chronologique, au troisième étage de l'hôpital. Il y avait du mieux chez les malades, d'après un mémo du bureau.

-Je dois vous demander l'autorisation préalablement, toussa une voix qui allait effectivement suffisamment bien pour articuler du mot compliqué.

L'homme, un employé du registre au bureau des créatures, Mr vasavoirqui Carrow était à demi assis dans son lit, les cheveux plaqués sur son front de sueur.

-À propos de quoi? aboya t-il.
-Pour faire rentrer les journalistes!

Manquerait plus que ça. Le ministre en ferait une syncope de l'entendre, lui et sa manie des affaires discrètes.

-Je dois leur dire, se pencha t-il fiévreux, que j'ai toujours beaucoup fait pour les loups-garous. Hé, quand les petites bêtes venaient s'inscrire au registre, je leur disais, si ton père t'as pas descendu après ta morsure, c'est qu'il a vu quelque chose. Peut être pas son fils mais un petit reste de lui quoi!

Alastor ne cilla pas.

-Je sais qu'ont peut en faire quelque chose, les caser dans la société si on prend les bonnes mesures de sécurité, insista l'homme. Faut le dire aux gens, faut l'inscrire noir sur blanc que je suis de bonne volonté!

L'homme secouait nerveusement la manche de Fol Œil et celui-ci réfréna son envie de le transformer en nourriture pour hibou.
Mais il réfléchit.
Carrow avait clairement été menacé et cela probablement par l'intermédiaire du message de Stéréo au chemin de traverse. Peut-être pouvait-il se servir de cette excuse de parangon pour avancer dans cette charade meurtrière.

-Je m'en occupe, grogna-t-il.

OoO

-C'est l'édition du soir, demanda Remus en s'asseyant sur un carton mal en point.
-Fraîchement sortie, c'est Artériole le vampire qui nous a offert son abonnement, faut juste lui conserver ses mots croisés. Dis t'as mis du temps à revenir petit, tu t'es pas fait embrigader au moins?

Claudius mouilla son doigt et tourna une page, faussement nonchalant et le regard fuyant. Il sait. Remus alla donc droit au but.

-J'ai besoin de te parler de Tibère.
-WhiskyCoca.
-Tu préfère son surnom? s'étonna Remus.
-Tibère, ça fait longtemps qu'il est partit. Remplacé par la drogue.

Lupin hésita. Fol Œil voulait explorer toutes les pistes mais le destin de l'homme semblait avoir été prédit par tous ceux qui l'avaient un tant soit peu connu.

-C'est toi qui lui a apprit la magie?
-Comment? Jamais eu aucun don pour la magie, cracmol. À la majorité, je me suis fait jeter par mon père pour finir mordu dans la semaine.
-Et Tibère?

Ses épaules se tendirent à l'extrême.

-À ma première pleine lune, à Pré-au-Lard. Il avait réussit à grimper à un arbre, sa jambe pissait le sang mais c'est comme ça qu'il a survécut. Je savais pas comment le soigner alors je l'ai laissé devant un pub. Seulement je l'ai revu un peu après, en train de mendier dans un village moldu plus au nord et j'ai vu les...services sociaux je crois que c'est comme ça qu'ils les appellent, venir lui parler...Je ne pouvais pas les laisser le prendre, il aurait provoqué un carnage. Je les ai suivis et je l'ai pris avec moi.
-Il était comment?
-Malin. Bien plus que moi. Patient mais susceptible. Il a mal vécu la pauvreté, il m'en a voulu.
-Il aurait pu confondre du sucre avec de la cocaïne?
-Dans l'état où il a finit, il aurait pu te confondre avec une chaise.

Claudius leva enfin ses yeux brillants de larmes vers lui.

-Du gâchis. Mon gâchis.
-Pas que le tien.

Celui de Sköll, de sa famille et des sorciers. De ses propres choix.

-T'as lu les journaux? Les lois qui passent?
-Oui. Le monde marche sur la tête, Claudius se frotta les yeux avec sa manche sale et sembla heureux de changer de sujet.
-Ou il se remet à l'endroit, question de point de vue.
-Non, le mois dernier, Ombrage avait carte blanche pour nous supprimer à petit feu et là, alors qu'il ne se passe absolument rien dans l'actualité, on nous redonne tous nos droits? Regarde moi ça!

Il rouvrit son journal à la deuxième page.

"Herbert Carrow ouvre un fond de soutient aux jeunes mordus" lit Remus à l'envers.

-Herbert Carrow...Ce n'est pas celui qui milite pour notre castration chimique?
-Le même.
-Il veut peut-être financer les potions nécessaires.
-C'est pas ce qu'il dit. Adoption des orphelins, insertion des adolescents dans la vie active. Tout l'arbre généalogique des Carrow doit s'en bouffer les racines.
-Sans parler des vivants, pensa Remus qui en connaissait quelques uns. Herbert à intérêt à surveiller sérieusement ses arrières.

Remus regarda l'heure sur la montre qu'il avait piqué au quartier général et décida de ne pas tarder, on lui avait encore refilé la vaisselle à faire. Il sortit des gallions de ses poches.

-C'est une partie de mon profit, expliqua-t-il.
-Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse?
-Manger? T'acheter un livre?

Claudius accepta l'argent et se racla la gorge.

-J'ai un truc à te dire, dit-il la voix rauque. Important.

-Je t'écoute.

-WhiskyCoca je l'ai revu. De loin, en cherchant des pièces par terre...Devant la porte des Rowles.
-Quand?
-Le soir de leur assassinat.

OoO

OoO

De retouuuuur.

Désolééé.

Oh un pseudo cliffhanger!