-C'est la pleine lune, feula Rogue en arrêtant subitement de traîner sa pelle par terre.

-C'est pour ça qu'on fait ça maintenant, rétorqua Maugrey pragmatique. Il y en aurait toujours eu un pour nous voir exhumer leur copain.

-Et la seul solution, c'est d'affronter une trentaine de monstres sanguinaires au déchiquetage facile?

-Oui. Shacklebolt et moi posons des barrières, tu t'occupes de nous dire de quelle mort notre cadavre se décompose. Lupin a laissé une marque sur la bonne tombe.

Kingsley et Fol Œil prirent de l'avance, l'esprit alerte et la baguette prête. Tonks amena Rogue en direction du cimetière.

-Ici, dit Nymphadora, il y a une canette de coca qui fait de l'œil à une bouteille de Whisky.

-Vide évidemment, grinça Rogue. Lupin doit être en train d'hoqueter son vice aux museaux de ses congénères dépravés à l'heure qu'il est.

-Je me suis toujours demandée pourquoi vous n'utilisiez pas vos cheveux pour graisser cette voix . Vous me rappelez une porte qui couine, dit Tonks, consciente que cela n'avait rien à voir mais se sentant soudainement d'humeur défensive.

Rogue commençait à faire les gros yeux quand sa rage fut interrompue par un hurlement et une série effrayante de glapissements. Ils pâlirent, le maître des potions à la perspective de se faire manger et Tonks à celle de déterrer son premier cadavre. Ils enchantèrent leurs pelles qui se mirent à creuser promptement.

Il fallut quelques minutes et quelques ajustements dans les coups de pelle pour que Rogue soit enfin en capacité de léviter WhiskyCoca hors de terre.

Tonks enfouit son nez dans son manteau mais ne détourna pas les yeux.

-Alors?

-On se tait! l'agressa Rogue. Éclairez moi.

Il s'agenouilla sur le sol glacé et commença à prélever des morceaux de peau et de cheveux, coupa une phalange et chantonna quelques formules.

Puis il leva les yeux au ciel et lança un sort, agacé.

-Décès à trois heure six du matin. Les médicomages peuvent grossièrement quantifier le stress d'un corps dans les minutes précédant la mort. Le sort est difficile à maîtriser mais a été quasiment indispensable pendant la guerre.

Il redescendit WhiskyCoca dans la fosse et commença à reboucher. Tonks ne suivit pas son geste, hésitante.

-Déjà?

-Le défunt monstre allait aussi bien qu'un comateux pouvait aller, le cœur pompait, le cerveau divaguait. Ce n'était pas les conséquences de son overdose, seul un sort est capable de tuer aussi proprement.

-L'avada kedavra, finit-t-elle pour lui. Qu'il ai été volontaire ou marionnette, il n'était pas seul.

-Merci d'énoncer les évidences.

OoO

Remus se réveilla à moitié sur Athéna, la copine prostituée et toute aussi mordue de Carrédas qu'il avait du faire rentrer en douce la veille. Son esprit brumeux se rappela une série de paragraphes de livres variés, notamment "Le loup garou dévorera à l'occasion ses partenaires sexuels, le plus souvent dans sa forme humaine...". Ça sortait tout droit de la bibliothèque familiale de Sirius. Celui-ci avait essayé d'éloigner toute petite amie potentielle avant de lui organiser un gigantesque speed dating, sa curiosité reprenant le dessus.

Il avait toujours pensé que Sirius plaisantait mais peut-être l'avait-il vraiment cru? Était-il vraiment préjudicié?

Non.

Ta gueule Sirius.

-T'es sur ma copine, constata Carré en soulevant pathétiquement un bras comme pour amorcer le coup de poing le plus mou du siècle.

-C'est parce que le sol est glissant. À force de nettoyer.

-Faut que t'aille faire le toubib. Ça s'est bagarré hier je crois.

Remus se leva difficilement et partit en quête de vêtements.

-Oh merde, souffla-t-il avec horreur quand il glissa dans une marre de sang. Merde, merde, merde!

Il courut en direction de l'infirmerie et enfila une robe, remplit ses poches et ses mains de potions et tenta de revenir aussi vite, ignorant les cris de protestation de ses muscles.

Un observateur flegmatique aurait pu qualifier la scène de curieuse. Hormis Carrédas qui se trouvait avec Athéna dans un coin isolé de la salle dans laquelle ils s'étaient rassemblés pour la transformation, tous les autres étaient entassés, endormis ou blessés sur le sol. Ils formaient un cercle morbide autour d'un corps démembré. Le vieux était lui assis un peu plus loin, intact et réveillé.

Remus dont les oreilles commençaient à siffler, détecta la blessure la plus urgente et s'y laissa tomber. Ses doigts glissèrent sur le bouchon de la fiole d'essence de dictame sans parvenir à y mettre aucune force. Avec un sourire de mec qui frôle le craquage nerveux, il l'ouvrit par magie.

-La vieillesse est arrogante, dit le vieux derrière lui d'une voix lointaine.

Il semblait secoué par le carnage, étonné de découvrir encore à son âge de l'inédit dans leur malédiction. Il étudiait le corps déchiqueté. Le visage avait été détruit, l'abdomen ouvert et les bras rognés jusqu'aux os. Seul un morceau de jambe s'était faite la malle et avait été épargné.

Les loups-garous ne sont pas cannibales, sauf cas extrêmes comme tout le monde.

Ta gueule Sirius.

-Stéréo, la voix ferme du vieux le ramena sur Terre. Mordu au talon, pas commun.

Fuck. Stéréo. Sa pièce à conviction humaine.

OoO

-Ce n'est pas dangereux de le laisser là-haut? demanda Tonks mal à l'aise une fois que le patronus de Lupin fut dissipé. Un meurtre et un accident de pleine lune convénient, ça commence à faire beaucoup...

L'œil d'Alastor tourna plusieurs fois, le temps de composer sa réponse.

-Trop tôt pour le faire partir.

Ça méritait bien quatre tours.

Un nouveau patronus apparut dans le bureau de Maugrey.

-Trouvé la boutique sur l'île de Jersey "Miss'chif magic", dit le lynx munit de la voix profonde de Kingsley, les sels de bain et la boîte sont de fabrication locales. Les Malefoy et Lestranges sont clients historiques mais pas pour cet article. La commerçante a formellement reconnu WhiskyCoca, je n'avais pas de photo pour Stéréo.

Le lynx s'évapora.

-Il serait grand temps de déterminer si WhiskyCoca était oui ou non sous imperium, soupira Tonks.

-Avec les nouveaux développements, ça penche nettement dans cette direction, dit Maugrey. Je n'irai pas acheter en personne mon arme du crime si j'avais un assassinat à commettre.

-Je suis d'accord. D'ailleurs avec ton niveau perpétuellement élevé de paranoïa, je me demande si tu n'es pas notre serial killer.

Un papier passa sous la porte en quelques froissements et se recomposa en avion miniature que Fol Œil attrapa du bout des doigts. Il lut rapidement.

-Au lieu de faire dans l'absurde, tu vas aller à l'hôpital constater de tes yeux l'incroyable rémission d'Herbert Carrow.

OoO

Quand elle arriva dans la chambre du malade, il y avait deux êtres de trop.

Un vert et humanoïde, munit d'un sac, d'une plume et d'un air secrètement malicieux à vous donner des envies de taper sur quelqu'un et à côté, un crapaud fiévreux avec un sourire de crapaud, des petits yeux de crapaud, un nœud rose de crapaud mais démunie de la bonhomie naturelle du crapaud.

-Hum, hum...

-Mme Ombrage, dit Tonks en cachant bien sa joie, d'après les médicomages vous êtes entre la vie et la mort. Je ne suis pas spécialiste mais j'ai toujours cru que cela requerrait un lit.

-Hum, hum...

-Oh elle l'est! dit Rita Skeeter enjouée. Mais comme elle nous a fait le plaisir de ramper jusqu'ici, j'ai pensé à lui proposer une chaise.

-Si serviable.

-Auror?

-Tonks.

-Tonks, dicta Rita à sa plume à papote qui se mit à écrire bien plus que ce simple mot, le...nouveau...et séduisant visage...du... bureau des aurors.

-Vous n'avez rien à faire là non plus Mme Skeeter.

-Au...délicieux...tempérament, continua-t-elle de dicter. Mais ne faites pas attention à moi auror Tonks.

-Ça va être difficile. Que faites vous là?

-Mr Carrow...

Pour la première fois, Tonks jeta un coup d'œil au légitime occupant de la chambre. Herbert Carrow arborait un air bien portant et décidé.

-...désirait revenir sur sa déclaration d'il y a deux jours.

-Préciser quelques projets, toussota-t-il. Mmh, ou disons plutôt poser certaines conditions à leur réalisation.

-Comme? demanda Tonks sinistre.

-Musolière au travail et castration physique ou magique, libre choix du loup-garou. Ce sont mes chevaux de bataille depuis des années et ils me paraissent indispensables à une insertion réussie dans notre société.

Tonks plissa des yeux, que la lycanthropie soit héréditaire elle n'en était pas sûre. Se faire mordre par un loup-garou était un tel tabou dans le monde des sorciers que le sujet restait caché et obscur dans la littérature. De la même façon, elle savait que la malédiction se transmettait par la salive mais elle doutait fortement que cela soit toujours vrai dans la forme humaine.

-Mr Carrow, je doute de la sagesse ET du timing de votre entreprise, elle lui lança un regard entendu. Le médicomage m'a parlé de rémission, pas d'un rétablissement total. Êtes vous sûr et certain que vous n'êtes pas encore délirant?

Rita suivait la conversation, la plume dressée de suspicion. Elle devait depuis un moment essayer de trouver le lien entre l'article et la présence à l'hôpital de Carrow. La version officielle restait celle d'une vicieuse intoxication alimentaire, suivit par de nombreuses complications que Fudge avait dû rajouter et inventer pour justifier la longueur des hospitalisations. Jusque là personne n'avait parlé d'empoisonnement et Tonks réalisa que si elle voulait que ça en reste ainsi, il était grand temps d'intervenir. Elle leva les mains pour stopper la réponse de Carrow et attrapa la sonnette qui pendait près du lit.

-Mme Skeeter, sortez d'ici je vous prie et revenez plus tard. Les loups garous peuvent bien se balader la truffe à l'air pour quelques temps encore, on n'est pas à deux ou trois mois près.

Voir années, voir millénaires. Le premier qui muselle Remus elle le tue.

-Hum hum.

-Mme Ombrage...

Ombrage s'écroula.

-Bon. C'est pas plus mal.

Un infirmier entra et sursauta en apercevant sa patiente à terre. Il la lévita en se fondant en excuses, l'air surpassé. Le bureau des aurors était en sous-effectif et Fudge avait de toutes façons refusé de mettre plus de gens dans la confidence. La surveillance des victimes avait donc été laissée à la charge de l'hôpital et au personnel de l'étage qui étaient eux, inévitablement au courant.

-C'est le début de la période des fêtes, bégaya le soignant. C'est la folie ici.

-Je vais en parler à mon chef, dit Tonks.

Elle attendit que Rita soit définitivement partit, pour suivre l'infirmier dans la chambre d'Ombrage. Elle ferma la porte derrière elle et lança un sort d'impassibilité.

-Je vois bien que c'est difficile pour vous d'en être sûr mais sur les deux derniers jours, vous n'avez rien vu d'anormal entrer ou sortir de la chambre de Mr Carrow?

-Rien. Le trafic habituel, autrement dit uniquement moi et le médicomage Letuw.

-Des mouches?

-Des mouches? il la regarda comme si elle avait tourné folle. En hiver?

Il se reprit devant son air sérieux.

-Non aucune mouche. Aucun insecte d'aucune sorte. Environnement garantit cent pour cent aseptisé.

-Comme expliquez vous la rémission de votre patient?

-Un début de résistance naturelle? J'aimerais vous dire que notre laboratoire à trouvé un contre poison mais pour l'instant seul Mr Carrow à connu une amélioration et l'analyse de son sang n'a rien révélé.

-Ombrage était debout, remarqua Tonks.

-Une force de la nature peu commune cette dame, reconnut-il. Mais croyez moi, verticale ou horizontale, ses vitales ne volent pas haut.

-Il y a forcément quelque chose. Le ménage à été fait?

-Par les elfes. Mais le ménage est fait tous les jours depuis le début.

-Vous ne vous êtes pas sentit absent ces derniers temps? Fatigue? Perte de mémoire?

-J'ai comme l'impression qu'on vient d'inverser les rôles, grimaça-t-il. Non je vais bien, et je me souviens de chaque seconde passée sur cette garde.

Elle émit un léger soufflement agacé.

-Je dois reparler au médicomage. Où vivent les elfes ici?

-Je vais vous montrer.

OoO

Appuyé sur un arbre et assis par terre les yeux fermés, Remus luttait contre le sommeil. Il entendait les coups lents et irréguliers de la pelle que sa magie peinait à contrôler.

-Tu sais qu'elle creuse le ruisseau là? demanda une voix.

-Tu veux pas la redécaler sur le tas de terre. C'est sensé reboucher.

Carrédas soupira et Remus entendit un bruit d'eau et de métal qui retombe.

-Je pensais être le seul pas à ne pas avoir le droit de dormir. Soigneur, fossoyeur...

-Dealer, nettoyeur, compléta son ami en s'allumant un joint et en lui en roulant généreusement un. Oui on t'aime bien ici. Sköll a capté Athéna ce matin, je me suis pris une rouste.

-Une rouste? Je l'ai vu ce matin Sköll, l'était pas plus en état de bouger que nous.

-Doloris.

-Quoi?

-C'est pas la première fois.

-Si je tenais l'imbécile qui a enseigné ce sort à Greyback.

-Tu ferais probablement face au seigneur des ténèbres lui même. Enfin ce qu'il en reste. Tu sais que le vieux dit qu'il est vivant?

-Ça doit être un truc de vieux, marmonna Remus en pensant à Dumbledore.

Un silence confortable s'installa, seulement ponctué par le bruit de la terre se refermant sur Stéréo.

-Dis Carré, toi qui est un habitué de la transformation en groupe, tu pourrais m'expliquer ce qu'il s'est passé hier soir?

-Mmh...J'ai juste des impressions des nuits. On court ensemble, on joue, on se bat occasionnellement. Je suis quasiment sûr que les loups se reconnaissent d'une pleine lune à l'autre, rapport au fait que j'ai l'intime conviction que je ne peux vraiment pas blairer Sköll à aucun moment de ma vie. Si tu te demandes pourquoi tu t'es retrouvé à l'écart ce matin, je dirais qu'ils t'ont jarté du groupe, peut être en bizutage.

-Et toi tu étais à l'écart parce que tu faisais des enfants loups à Athéna?

-Ça marche pas comme ça je pense.

Remus écarquilla les yeux et prit une grande taffe avant de partir dans un rire quasi hystérique.

-Si Carré, ça marche comme ça. Si deux loups-garous transformés s'accouplent et que la femelle tombe enceinte, ça donne des loups. Des somptueux loups, magiques et intelligents, mais des loups.

-Tu te fous de ma gueule hein, tu déconnes? pâlit-il.

-Non.

-Putain de bordel de merde. Pourquoi personne prévient jamais de ce genre de trucs?

-C'est très rare.

Il fit disparaître son mégot et piqua les feuilles, le tabac et l'ingrédient supplémentaire à Carrédas pour en rouler de nouveaux. À ce stade de son état mental et physique, c'était devenu thérapeutique.

-Et pour les autres? Pourquoi se sont-ils déchaînés sur Stéréo?

-C'est déjà arrivé, répondit Carré avec une voix usée par la fatigue et la fumée, à Guirlande. Je sais pas ce qu'il avait fait, mais il s'est ramené en urgence une minute avant la transformation avec une plaie ouverte à l'épaule. La lune est tombée et...c'est pas du sang humain. Le loup veut du sang humain mais quand y en a pas il se rabat sur ce qu'il a a disposition. Si le blessé est capable de se défendre les autres lâchent l'affaire mais Guirlande ça devait faire un moment qu'il saignait et il devait pas être bien.

-Mais il est vivant lui, contrairement à Stéréo.

Carrédas sourit.

-Comme le vieux était pas là, les protections autour de la salle étaient pourries. Un de nous a dû défoncer la porte et tout le monde s'est éparpillé dans le bâtiment. On l'a retrouvé le lendemain en train de dormir dans le carton des décorations de Noël. Ça vient de là son surnom, avant il s'appelait Rideau.

-Je ne sais pas ce que je préfère.

-Il en a gardé de sacrés marques n'empêche, de cet accident. Depuis on n'accepte plus les blessés avec nous. On a une salle à part pour eux au cas où.

-Stéréo il connaissait l'histoire?

-Oui. Silence était déjà là et il est le plus récent après toi.

-Il ne serait pas venu blessé consciemment.

-Non. Mais c'est peut-être encore la drogue qui sait? On oublie qu'il ne faut pas venir en saignant, qu'il ne faut pas énerver Sköll ou que voler c'est pour les oiseaux... Je ne verrai pas mes loupiots grandir.

-C'est quoi ton vrai nom Carré? Pour ta pierre tombale.

-Peter.

-J'avais un ami qui s'appelait Peter.

-Ça t'en fera deux.

Remus arrêta définitivement la pelle, ferma ses yeux et posa son menton sur sa poitrine.

Le responsable n'était pas la drogue mais l'impérium, et il commençait à entrevoir qui l'avait lancé.

OoO

OoO

Et un nouveau pseudo cliffhanger, un.