-Artériole tu connais ? grogna inquisitivement Fol Oeil.
-Le réfugié politique ? dit Ding en sortant sa pipe de sa bouche et en la remisant dans son verre vide. Forcément que je le connais, l'est pas de chez nous le gars mais il aime le pays, ça c'est certain.
-Je le trouve où ?
-Dans le coin des SDF, derrière des mots croisés. Hé Alastor, regarde-moi ça !
Mondingus sortit une jarretière.
-C'est de la dentelle.
-Que veux-tu que j'en fasse ?
-Bah tu collectionnes pas ? C'est la petite qui fait courir la rumeur. Dis je suis allé loin pour te la trouver moi, c'est de première qualité !
-Range moi ça.
Il sortit du bar et partit au bout du bout de l'allée des embrumes, squat éternel des sans-abris du monde magique, malgré quelques tentatives piteuses du ministère pour le faire disparaître. Il trouva l'individu comme prévu derrière une édition du prophète, section mots croisés, se mordant la lèvre de concentration d'une canine disproportionnée et imperturbable, alors que tous ceux autour qui avait identifié Alastor comme un agent du ministère s'étaient terrés dans leurs cartons.
-'Jour. J'ai besoin d'informations.
- Bonjour à vous également. J'aime beaucoup votre œil, on n'en voit pas un comme ça tous les jours, dit le vampire d'un ton plaisant.
-C'est au sujet d'une vieille histoire.
-Vous savez, vieille chez les vampires c'est relatif.
-Année 1883.
-Année peu remarquable, acquiesçât Artériole. Je devais être entre deux putsch.
Il dévissa sa canne et sortit de fins parchemins, qui devaient lui servir de notes.
-C'est une recherche généalogique ?
-Un témoignage. Un pharaon empalé à Pré-au-Lard.
-Ah ! Inutile d'en dire plus.
Il sourit, rayonnant.
-Voyez-vous, personne ne veux jamais m'écouter quand j'en parle. Et pourtant, moi au moins mon témoignage est direct, seulement il est moins romantique qu'une légende transformée par 100 ans de surenchères toutes plus horribles les unes que les autres.
Alastor s'assit sur la murette qui jouxtait le terrain, reposant sa jambe de bois.
-L'histoire du pharaon de la berge, conta Artériole, a commencé quand une nuit de printemps, un adolescent est passé par-dessus bord et a fini emporté par la rivière. Je n'étais pas là quand ça s'est passé mais j'avais vu le groupe d'amis au bar dans la soirée. Le hic, c'est tout le sang retrouvé sur place et c'est de là que part la légende. Personne à l'époque n'a essayé de justifier le phénomène à part les villageois et surtout pas les autorités.
-Pourquoi ?
-Parce qu'ils étaient sur la sellette. Ils avaient sur le dos plusieurs attaques de loup garou et on commençait à chuchoter qu'ils étaient pour le moins inefficaces. Notez que cela n'a pas empêché la série d'attaques de continuer mais ils se sont offerts un petit répit en se dédouanant de celle-là. Évidemment les amis du jeune homme n'ont rien dit, cela aurait jeté un déshonneur inutile sur sa mémoire. Merlin seulement sait comment ils ont réussi à réchapper à la chose qui les a attaqué cette nuit. Cette histoire de vampire est probablement ma faute. Ma présence était connue et j'ai été assimilé à l'incident parce que j'étais au village. Les gens ont d'horribles préjudices...
-Et le corps ?
Artériole reprit son journal.
-Emporté par le courant, perdu.
-Mort ?
-Mais non. Puisque je l'ai revu.
-Quand ?
-Moins d'une semaine après, assez mal en point je dois dire. Il boitait dans les collines, couvert de sang. Il m'a donné soif.
-Et après ?
-Après plus jamais.
-Le loup garou qui l'a attaqué ?
-Il a fini par se faire découvrir par les villageois. C'est qu'il travaillait à la poste, tout le monde le connaissait.
-Merci.
-Dites-moi, c'est vous l'amateur de jarretières ? J'en ai d'époque.
-Non.
OoO
Il ne dégagea pas Myopie du lit d'infirmerie. Homard s'en chargea à sa place avant de prendre congé, sans prendre de pinces et de manière à prolonger le séjour en soin de ce pauvre homme à lunettes d'au moins quelques jours de plus. Le vieux fut déposé sur le matelas, dans un état de semi réveil.
-Comment ça va ? Demanda doucement Remus après un moment et quelques sorts de diagnostic.
-Je pense qu'il est temps pour moi d'arrêter de vieillir, répondit le vieux d'une voix rauque et faible.
-Arrêter de vieillir c'est mourir. Ça vous fait quel âge ?
-Faut compter les cernes, comme pour les arbres...
Un silence confortable s'installa, pendant lequel Remus se laissa tomber sur une chaise et réarrangea ses cheveux en bataille dans une vaine tentative de garder les yeux ouverts.
-Soyons honnête, je n'y connais absolument rien en médecine. Je ne sais pas ce que vous avez.
-Ce que j'ai…
Il s'arrêta là dans sa phrase, contemplatif.
-Pourquoi tu n'es pas avec ta famille, Lupin ? Dit-il finalement, à peine audible.
Remus eut un léger spasme, surprit du changement de sujet. Il ferma les yeux en essayant de contrôler les battements erratiques de son cœur.
-'Sont morts, dit-il d'une voix qui lui échappa et il maudit encore une fois sa fatigue.
- Pourquoi ne pas les rejoindre ?
Comment fallait-il le prendre ? Il fut pris de vertiges, se sentit soudainement vide et dissocié.
-Et toi le vieux, esquiva-t-il, qu'est-ce qui t'as fait devenir vieux ?
L'homme sourit avec une tendresse infinie, et simula le sommeil.
OoO
- Il serait pas en train d'essayer de fuir la justice ton vieux ? demanda Fol Œil, la tête dépassant comiquement d'un buisson de l'arrière cours de l'usine.
-En mourant ? Je ne sais pas. Il dit être fatigué, mais il ne semble pas en souffrance, ni couver de maladie incurable…Pourtant il faut bien y passer un jour. Et puis, il reste la justice divine.
- Soit disant.
- Soit disant oui.
- Pharamond Rowle, On pense que c'est son nom.
Maugrey sortit un dossier et le déposa à plat sur la végétation qui lui servait de bureau improvisé.
- C'est court, commenta Remus en l'entrouvrant d'une main. Sa date de naissance, son nom, famille directe...
- Un témoin affirme qu'il boitait après sa mort. Une mauvaise chute ou peut-être la trace de sa morsure originelle.
- Je regarderai en revenant Alastor, mais c'est un loup garou, il est très probable qu'il soit recouvert de cicatrices, et surtout sur les jambes et les bras. Si c'est LA morsure par contre, je le saurai, elle reste quasiment à vif.
Il jeta un coup d'œil furtif en direction de l'usine. Il espérait que ses sorties à répétition ne commençaient pas à se faire remarquer.
- Dis-moi. Concrètement, qu'est-ce qu'on a contre lui ? chuchota-t-il. À quoi ça nous avance de savoir le nom du vieux?
- Il faut bien commencer quelque part. Son background familial n'est pas en sa faveur Lupin. Il porte le nom de Rowle mais c'est un bâtard désavoué. Il n'a été reconnu que parce que le paternel souhaitait revendiquer une descendance masculine. Il y avait un dossier à l'époque, réservé aux professeurs, recensant les élèves sous suspicion de maltraitance, il est en plein dessus.
- Je suis bien placé pour savoir que la vie dans ces familles peut être difficile, dit amèrement Remus. Ça n'empêche pas les trois quarts de ces descendants de continuer à véhiculer le même type d'idioties que leurs ancêtres. Plus que ça, c'est du dressage.
- Même. Il y a de la haine Lupin. On ne sait jamais comment ça va se manifester la haine. Et il était différent des autres, il n'aurait jamais pu reprendre réellement les rênes de l'héritage Rowle, il aurait payé sa naissance tôt ou tard.
Remus soupira.
- Je ne ressens pas de haine chez lui.
- Jamais entendu parler de toi comme d'un instrument de mesure certifié et efficace de l'humeur.
Un bruit de bouteille qu'on débouche les fit dégainer leurs baguettes et menacer une Tonks, essoufflée.
- Fol Œil, c'est l'hécatombe à Sainte Mangouste ! Trois nouveaux morts. Ombrage défenestrée.
- Décédée ?
- Non.
- C'est quand même phénoménal cette résistance… Remus haussa les sourcils, partagé entre le choc et la perplexité.
-Ton vieux ? aboya Maugrey en faisant sursauter ses compagnons.
Remus sortit à la hâte un parchemin de sa poche, y tapota sa baguette et marmonna :
- Eta déstati.
Des runes apparurent et il lut rapidement.
- Pouls stable Alastor, il dort depuis des heures, sa fatigue n'était pas feinte. Aucune activité. Désolé, mais cette fois, il a un bon alibi.
Fol Œil transplana. Remus et Tonks échangèrent un regard, avant que celle-ci ne disparaisse à son tour, à la poursuite de son mentor.
OoO
Kingsley prit en charge une équipe médicale paniquée, puis un ministre au bord de l'hystérie, qu'il remit subtilement dans les pattes de l'équipe médicale paniquée, pour qu'il puisse s'occuper de terminer de sécuriser la zone, à l'aide des 3 autres collègues chargés de la surveillance de l'hôpital et des 2 autres arrivés en renfort.
- Qu'est-ce que Fudge fait ici ? grogna Fol Œil en surgissant.
- Il était déjà là, précisa Kingsley. Sa femme a montré des symptômes d'empoisonnement, fausse alerte d'après certains médecins, paranoïa pour d'autres. Ils ont fini par conclure à un rhume.
- Il était présent au moment des meurtres ?
- Non, aux urgences, au rez-de-chaussée.
Tonks arriva à son tour.
- Qu'est-ce qu'il fait là Fudge ?
- Quand cela s'est-il produit ? l'ignora Maugrey. Pourquoi personne n'a rien vu ?
- Il y a entre une et deux heures. Les victimes sont trois centenaires, l'une était ici depuis un mois, les deux autres depuis environ deux semaines. La moitié du service est partit prévenir les familles et mener des interrogatoires. D'après le personnel de l'hôpital, il s'agissait de trois amis de longues dates.
- L'assassin ?
Shacklebolt haussa les épaules, faisant état d'une frustration assez inhabituelle chez lui.
- On a tout fouillé. L'hôpital est bouclé.
- Des traces du poison dans l'alimentation ?
À ça, Kingsley le regarda fixement, de façon vide. Fol Œil aurait pu le déclarer à son tour impériusé si Tonks n'avait pas réagi également, de façon beaucoup plus expressive à sa phrase. Alastor eu la soudaine impression d'avoir loupé un élément vital, et son esprit surmené ne voulait pas faire clic.
- Cause des morts ? Hésita-t-il.
- Deux étouffements et un crâne défoncé à l'aide d'un objet encore indéterminé, reprit Kingsley. Non retrouvé.
- Pas de poison donc?
- Non.
- Et personne n'a rien vu ?
- Non. Mais on a été réactifs en bouclant l'hôpital, les corps étaient chauds. C'est toi qu'on a eu du mal à dénicher.
- Le meurtrier est encore ici…
- C'est fort possible, souffla Kinsgley Un personnel ou un patient de l'étage, ça serait idéal. Il semble avoir été opportuniste et profité d'un moment de relâchement. C'est Noël après tout.
- Et Ombrage ?
- Miraculeusement vivante, indiqua Tonks. D'après l'infirmière, elle a surement été poussée dans le dos, elle avait commencé à prendre ses habitudes de zombi fiévreux près de la fenêtre ouverte. Elle est inconsciente et cassée de partout. Inintérrogeable dans l'immédiat.
L'œil fou de Fol Œil zigzagua dans son orbite et il s'assit sur le lit d'un des morts étouffés qui occupait la salle.
- Il y a beaucoup trop de vieux dans cette histoire. Des centenaires à la pelle, chez les victimes, chez les suspects.
Il ouvrit le dossier de Pharamond, qu'il avait encore en main.
OoO
Remus tata la jambe de son patient principal, toujours visiblement dans les vapes. Pas un pli du drap n'avait bougé. Il pouvait se tromper mais il ne voyait pas comment le vieux aurait pu aussi rapidement quitter l'infirmerie sans se faire voir, assassiner des gens à l'hôpital et revenir aussi vite, tout ça sans faire bouger d'un poil son rythme cardiaque. La trace de morsure était au niveau du flanc, la jambe présentaient bien de nombreuses cicatrices, toutes anciennes, qui aurait certainement fait boîter à l'époque.
Il essaya de compter les cernes, depuis sa chaise.
Il s'endormit.
OoO
- Nymphadora.
- Tu veux te battre? réagit Tonks, pas d'humeur.
- Va me chercher ta vieille.
- Ma mère ?
- La doyenne du club. Madame Slughorn. Quel est son prénom déjà ?
- Elena.
Fol Œil tsska, les yeux toujours rivés sur le dossier.
- Son âge ?
- Cent-vingt-huit ans.
- Va me la chercher.
La jeune fille disparut.
