CHAPITRE 1 : Une journée qui s'annonce mal
On ne pouvait pas dire que la journée avait bien commencée.
Tout d'abord parce qu'elle ne s'était pas réellement achevée la veille, vu que Nami n'avait absolument pas dormi de la nuit. Cela ne tenait qu'à deux choses, premièrement, elle avait eu trop chaud, et deuxièmement, en plus de lui donner des bouffées de chaleurs, l'homme des cavernes aux cheveux verts qui lui servait de petit-ami, n'avait pas cessé de ronfler de toute la nuit. La jeune femme avait pourtant tenté de se boucher les oreilles, de s'écarter de la bouillotte géante, de lui donner des coups de pieds pour le faire taire, de lui pincer le nez, de siffler doucement à son oreille, rien à faire… cela s'arrêtait deux secondes avant de reprendre de plus bel. Elle avait donc décidé d'abandonner leur chambre conjugale, nouvellement installée par les bons soins de Franky, pour se retirer dans la bibliothèque, où se trouvait son bureau. Grace à, ou plutôt, à cause de son insomnie, la jeune navigatrice avait pu mettre ce temps à profit en travaillant sur plusieurs cartes qu'elle avait mises en suspens. Cela l'avait tenu jusqu'au petit matin et elle avait même pu voir le soleil se lever sur la vaste mer, depuis les fenêtre panoramique de la bibliothèque. Elle mit ses cartes fraichement dessinées à sécher sur des fils prévus à cet effet avant de rejoindre Sanji qui préparait le petit-déjeuner pendant que tous les autres dormaient encore.
C'était un moment relativement agréable. Ils n'avaient plus tellement eu l'occasion de discuter ainsi, rien que tous les deux, et cela lui fit du bien de retrouver son ami et confident. Elle savait qu'il faisait beaucoup d'effort pour accepter sa relation avec Zoro, ce n'était un secret pour personne qu'il était « un peu » jaloux du bretteur. Mais cela s'améliorait avec le temps. Zoro et elle s'étaient engagés dans une relation amoureuse il y a maintenant deux ans, un peu avant Thriller Bark, sans le faire connaitre aux autres. Cela avait continué durer après leur longue séparation, et puis, finalement après leur séjour sur l'île des Hommes-poissons, ils avaient décidé d'officialiser en l'annonçant à tout le monde. Comme ils s'y étaient attendus, presque tous l'avaient bien pris, hormis le cuisinier qui avait passé les jours suivants déprimer, n'adressant quasiment plus la parole à personne. Seul ses insultes envers le bretteur avaient persisté, et devenant même plus virulentes. Nami avait alors eu une longue conversation avec le blond afin de lui faire comprendre que sa relation avec Zoro était sérieuse et qu'elle tenait réellement à lui mais qu'elle ne supportait plus de les voir s'entredéchirer à cause d'elle.
Après quelques larmes versées des deux côtés, Sanji s'était confondu en excuse et lui avait promis de faire des efforts, car il ne souhaitait que son bonheur, même si celui-là se trouvait dans les bras de son rival. Le cuisinier avait tenu parole, et l'ambiance à bord s'était considérablement allégée. Certes, elle voyait qu'il avait du mal à supporter les quelques gestes tendres et les marques d'affections entre eux, pourtant peu nombreux. D'une, parce que Zoro n'était pas très démonstratif, et de deux, parce qu'ils ne voulaient pas être un de ces couples qui passait leur temps à se bécoter. Pour ne pas perturber l'équilibre qui régnait sur le navire, ils avaient tenu à rester les mêmes en présence des autres, et une fois la porte de la chambre fermée, ils avaient tout le temps de se rattraper.
C'est pourquoi, passer un peu de temps avec Sanji en l'aidant à préparer le petit-déjeuner avait été un moment agréable, bien que de courte durée. En effet, les autres ne tardèrent pas à arriver au compte-goutte, guider par leurs estomacs ainsi que par la douce odeur du pain chaud. La cuisine s'emplit rapidement d'un brouhaha joyeux, puis vint finalement le tour de Zoro qui daigna faire son entrée, bien après tout le monde. Il avait l'air encore tout ensommeillé et affichait la mine des mauvais jours… quoique celle des bons était assez similaire. Tout comme elle, les autres l'ignorèrent, continuant leurs chamailleries et leurs discussions, tandis qu'il venait s'assoir silencieusement à ses côtés. Du coin de l'œil, la jeune femme l'observa et lorsqu'il commença à manger, elle ressentit une vive pointe d'agacement. Pas un bonjour, p as un petit geste à son égard, pas même un regard !
- Bien dormi ? Finit-elle par demande ironiquement.
Tout en machant négligemment son onigiri, il lui adressa une œillade en biais et sembla se renfrogner un peu plus.
- Non pas vraiment, bougonna le bretteur.
Tient donc ! Est-ce qu'elle lui aurait manqué cette nuit ? Nami commença à jubiler intérieurement à cette idée. Il avait beau se faire passer pour une grosse brute insensible, il avait aussi ses petits moments de mignonnerie. La jeune navigatrice sentit sa colère s'apaiser un peu, elle ne pouvait pas lui en vouloir si lui non plus n'avait pas passé une bonne nuit à cause de son absence.
- Ah ? fit-elle faussement innocente.
- Qu'est-ce qui t'a pris cette nuit ? T'as été incroyablement chiante à me réveiller toutes les deux minutes !
Et puis non. Pourquoi à chaque fois se faisait-elle avoir en s'imaginant que Zoro puisse faire preuve d'un peu de sensiblerie ? C'était un rustre, elle devait bien le savoir depuis le temps… mais non ! il continuait de la surprendre, et pas forcément dans le meilleur sens du terme. Après tout, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même, elle l'avait choisi en son âme et conscience. C'est pourquoi, plutôt que de s'énerver et de crier sur cette tête d'abrutit de bon matin, elle choisit une approche plus posée. Peut-être n'avait-il pas conscience qu'elle avait mal dormi à cause de lui ?
- Ça n'a pas duré si longtemps que ça ! Et je ne suis pas restée, je te ferais dire !
- Bah heureusement, ronchonna-t-il.
Une veine sur sa tempe se gonfla. Il ne lui facilitait pas la tâche.
- Oh Marimo ! comment ose-tu dire qualifier Nami-chérie de « chiante » et comment peux-tu être content de son départ ?! Tu n'es qu'un gros pachyderme sans cervelle qui n'a même pas conscience de la chance qu'il a de partager la même couche d'une créature divine comme elle !
- Mêle-toi de ce qui te regarde, le cuistot !
- Le bien-être de ma Nami-chérie me regarde ! Et toi, l'algue avariée, tu l'as empêché de profiter d'un doux sommeil réparateur avec ta grossière personne !
Très vite, le silence se fit autour de la table, comme à chaque fois qu'une dispute éclatait entre ses deux-là au sujet de Nami. C'était l'un de ces moments gênants où elle avait l'impression de faire partie d'un numéro de marionnettes ridicule, où les personnages en tissus se tapaient dessus à coup de matraque. Le soutien de Sanji était souvent appréciable, mais là, en l'occurrence, il n'aidait pas vraiment. A la remarque de celui-ci, Zoro parut surpris avant de tourner un regard un peu perdu vers la jeune femme.
- Qu'est-ce qu'il veut dire ?
- Tu ronflais un peu trop bruyamment.
Hein ? Et tu t'es plainte de moi à cet idiot ?!
Elle rêvait ou son compagnon était en train d'inverser les rôles ? Et en plus, il faudrait qu'elle se sente coupable de l'avoir mentionné à son ami ?! C'était elle qui avait tous les droits d'être en colère et non ce crétin qui lui servait de petit-ami !
- Je ne me suis pas plainte ! C'est venu dans la conversation. Si tu ne ronflais pas, ça ne serait pas arrivé !
- Et toi, si tu n'étais pas aussi précieuse, ça ne te poserait pas de problème. C'est pas la première fois qu'on dort ensemble, et c'est que maintenant que ça te dérange ? surtout que je ne ronfle pas aussi fort que ça !
- Mais les autres fois, c'était tolérable. Là c'était infernal !
- Tss n'importe quoi.
- Les murs tremblaient, Zoro.
Du coin de l'œil, il lui sembla voir un petit air jubilatoire chez le blond alors que le vert grinçait des dents.
- On en parle, les fois où tu t'endors avant moi et où tu me baves dessus ? La dernière fois, j'ai cru qu'un escargot était monté sur mon épaule, le haut de mon t-shirt était tellement trempé que j'ai dû le changer. Et est-ce que tu m'as entendu me plaindre ? non !
- QUOI ?! hurla-t-elle indignée.
Le feu lui monta subitement aux joues, sans savoir si c'était plus de gêne ou de colère. Elle vit les autres se tasser un peu plus dans leur chaise, soucieux d'essuyer les dommages collatéraux de sa fureur envers le bretteur.
- Je t'interdis d'insulter la beauté de Nami-Chérie ! S'insurgea Sanji qui était étrangement impliqué dans leur dispute matinale.
- Toi la ferme ! gronda Zoro.
- Ne me dis pas de la fermé !
- Sanji, ça suffit ! Laisse-moi gérer ça, ordonna la jeune femme d'une voix ferme avant de reporter son attention vers son compagnon. JE. NE. BAVE. ABSOLUMENT. PAS !
- ET MOI JE NE RONFLE PAS !
Le front presque collé l'un à l'autre, ils se fusillèrent du regard, dévoilant leurs dents comme deux bêtes féroces sur le point de s'égorger. Avec le temps, ce genre de scène était devenu monnaie courante pour les membres de l'équipage au Chapeau de Paille, si bien qu'aucun d'entre ne se donnait plus la peine d'intervenir (hormis Sanji, bien évidemment), préférant attendre sagement que l'orage passe.
- Si je te dérange tant que ça, t'as qu'à dormir toute seule ! lâcha finalement Zoro en ronchonnant.
- Ça pourrait bien se produire, figure-toi !
- Eh bah vas-y, grand bien te fasse !
- Très bien !
- Très bien !
Ils se détournèrent vivement, chacun de leur côté. Zoro trouva un soudain intérêt à son assiette qu'il martyrisa de sa fourchette et de son couteau, tandis que Nami lui tournait partiellement le dos et croisait les bras sur sa poitrine. Un silence de mort tomba sur la tablée où tous les observèrent avec un certain malaise. Finalement, Luffy désacralisa la situation avec sa coutume de chaparder dans les assiettes des copains, ce qui remit de l'animation autour de la table. L'ambiance revint rapidement comme elle avait l'habitude d'être, cependant, aucun des amoureux ne s'adressa la parole ni même un regard jusqu'à la fin du repas.
A suivre...
Voilà qui clôture ce premier chapitre. J'espère que cela aura éveillé un peu votre curiosité.
Rdv la semaine prochaine pour en connaitre la suite !
