Chapitre 4 : La goutte de trop
Effectivement, elle était restée en selle du début jusqu'à la fin, et on pouvait dire une chose, Zoro n'avait absolument pas regretté ce changement, le moins du monde. A ce souvenir, Nami ne put s'empêcher de sourire pas plus que le feu sur ses joues de se répandre. Ce lit avait connu bien des choses depuis qu'ils avaient emménagé dans cette chambre… et pas que le lit d'ailleurs.
Et voilà… elle était toute émoustillée. Elle pouvait se moquer de Zoro et ses envies soudaines, mais contrôler sa propre libido débordante devenait de plus en plus compliqué. Elle se mordit la lèvre soucieusement alors que ses jambes frottaient l'une contre l'autre dans un besoin désespérer de calmer un peu cette sensation. Mais rien n'y fit. De toute façon, il allait bien falloir que sa passe. Nami se donna quelques petites claques sur les joues et se décolla de la porte pour se diriger vers sa penderie. Leur penderie, se rectifia-t-elle mentalement.
Son côté était nettement plus fourni que celui de son partenaire. Si ça ne tenait qu'à lui, il y aurait juste un t-shirt, un caleçon, un pantalon, une paire de chaussette, et basta. Quel sens médiocre de la mode il avait... s'en était déprimant. La navigatrice farfouilla dans la pile de vêtements qu'elle possédait et en sortit un petit jean noir moulant, déchiré au niveau des genoux et des cuisses, dans un style un peu grunge. Elle se délesta rapidement de son short souillé, qu'elle balança au passage dans la panière de linge sale, et enfila son nouveau pantalon. Le tissu lui colla à la peau et étreignit ses cuisses pour faire ressortir leur galbe parfait. Tout se déroulait normalement, jusqu'au moment fatidique du boutonnage. Dans un premier temps, Nami tira sur les deux parties de son jean censées se refermer avec aisance, et regarda sans comprendre comment elles pouvaient être aussi éloignées l'une de l'autre. Ce pantalon lui allait parfaitement il n'y a pas longtemps ! Ce n'était pas possible. Elle retenta en tirant plus fort, mais impossible de les faire joindre. Puis pour ne pas s'avouer vaincu, la jeune femme s'allongea sur le lit et rentra le ventre tout en forçant sur les deux pans de tissu. Il ne manquait pas grand-chose !
- Allez ! s'encouragea-t-elle.
Un bout de sa langue sortit machinalement entre ses lèvres alors qu'elle posait ses deux pieds à plat sur le matelas, poussant sur ses jambes pour relever son bassin. Elle se dandina sur son lit tout en se débattant avec le fermoir toujours récalcitrant.
Les minutes qui suivirent, Nami les passa à gigoter dans tous les sens et dans toutes les positions pour tenter de fermer un jean qui ne le voulait visiblement pas. Finalement, quand la bataille lui parut perdue, la rouquine renonça et se dépeça rageusement du traitre pour le jeter dans un coin. C'était surement une erreur ! un défaut du cycle de lavage qui devait l'avoir fait rétrécir ! Il n'y avait que ça !
Elle attrapa un autre pantalon, le premier qui lui passa sous la main, et l'enfila. Tout débuta bien, mais arriver à ce moment tant redouté, là aussi, impossible de joindre les deux bouts. Un début de panique commença à prendre possession de son esprit et elle essaya de se raisonner tant bien que mal. Le pantalon devait être encore un peu trop skinny, il fallait juste qu'elle en choisisse un plus ample. Avec un empressement dicté par l'angoisse, Nami farfouilla dans ses piles de vêtements, ne se souciant plus du rangement. Rapidement, tous ses pantalons ainsi que ses shorts furent placés sur le lit dans l'attente d'être testé. Le premier fut un échec, tout comme le mini-short en jean et le pantalon cargo qui suivirent. Au fur et à mesure que les essais infructueux se poursuivirent, la navigatrice sentait les larmes lui monter aux yeux. Tout à coup, parmi l'enchevêtrement de vêtements, une pièce capta son attention. D'une main tremblante, elle la dégagea du tas de linge désordonné. Une soudaine bouffée de nostalgie lui étreignit le cœur. Son petit jean bleu avec des cercles jaunes de chaque côté, qu'elle portait lors de leur réunion à Sabaody ainsi que sur l'île des Hommes-poissons. Voilà des lustres qu'elle ne l'avait pas mis…
Avec ses souvenirs heureux, Nami plaça ses derniers espoirs dans ce bout de tissu et commença à enfiler une jambe, puis l'autre. Remontant lentement le long de ses cuisses, elle s'arrêta un instant, fermant les yeux pour prendre une profonde inspiration. Elle adressa une petite prière à qui voudrait bien l'entendre avant de le faire passer sur ses hanches, sans ouvrir les yeux pour autant. Tout doucement, elle attrapa chaque côté de la fermeture et marqua un temps d'arrêt.
- S'il te plait, ferme-toi, supplia la jeune femme d'une voix chevrotante.
Son cœur battait la chamade dans sa poitrine alors qu'elle n'osait pas regarder sa ceinture. Ses mains tirèrent simultanément pour se rejoindre au centre, mais le vêtement atteint rapidement ses limites et elle sentit une résistance au niveau de ses hanches.
Pendant quelques secondes, Nami fixa avec incrédulité son bas-ventre et l'immense espace entre le bouton d'un côté et la petite fente où il était censé se loger de l'autre.
- Non, souffla-t-elle.
Sa vision se brouilla et elle remonta son regard vers le miroir de plein pied face à elle. Le reflet lui renvoya une image qu'elle mit du temps à reconnaitre. Outre son air de chien battu et de l'espèce de nid d'oiseau qui lui servait de coiffure, ses yeux s'attardèrent sur sa silhouette. Comment n'avait-elle pu ne pas le remarquer avant ?! Ses fesses avaient pris en rondeur, sa taille s'était épaissie et le superbe v que formaient ses hanches, dont elle était si fière, se dissipait au profit d'une petite rondeur. Elle se décala sur le côté pour s'observer de profil, et la constatation fut sans appel. Ce qu'elle redoutait était enfin arrivé... elle avait pris du poids!
La rouquine resta en état de choc devant le miroir, complètement immobile.
Son reflet devint subitement flou, indiscernable, puis ses joues se retrouvèrent inondées de larmes qu'elle n'arrivait plus à contrôler. Nami se laissa glisser au sol, les jambes repliées de chaque côté, et enfouie son visage dans ses mains. La même question tournait en boucle dans son esprit : pourquoi n'avait-elle rien remarqué ?! Le short blanc qu'elle avait jusqu'à présent, lui allait encore parfaitement. Oui mais parque la ceinture était élastique. Et les vêtements qu'elle avait mis récemment étaient soit des robes, soit des jupes. Rien de trop serré.
Ça ne pouvait pas arriver... pas maintenant ! Se désespéra-t-elle. Comment est-ce qu'elle allait faire ? Changer sa garde-robe allait coûter une B.L.I.N.D.E !
Cette dernière pensée la mortifia. Ils avaient eu une chance monstre d'avoir des vêtements gratuitement grâce à Pappag sur l'île des Hommes-Poissons, mais là…
Toutefois, ses questions restèrent en suspens lorsqu'une certaine agitation à l'extérieur de sa cabine la sortit de ses pensées. Elle ne pouvait pas rester-là à se lamenter toute la journée, elle avait tout un équipage à guider. Ses préoccupations allaient devoir attendre.
Nami se releva et observa avec dépit le bazar qu'elle avait mis dans la chambre. Des vêtements jonchaient chaque centimètre carré de la pièce et sur toute les surfaces. Tant pis, elle rangerait plus tard. Après un long soupir, la jolie rousse décida d'attraper un des sweats à capuche de Zoro. Elle prit celui de couleur crème avec une poche ventrale devant. Le vêtement était over-size sur elle et venait la couvrir à mi-cuisse comme le ferait une robe, mais avec le confort et l'odeur de son compagnon en plus. L'intérieur était incroyablement doux et en plus, elle avait l'impression que Zoro la tenait dans ses bras. Son humeur s'améliora aussitôt même si elle avait l'impression d'être un peu niaise. Après tout ce n'était qu'un sweat…
Un coup d'œil vite fait au miroir, le temps de réarrangés cette coiffure en une queue de cheval décente, puis une courte vérification que ses yeux ne trahissaient aucune rougeur, et Nami était prête à sortir.
Une fois la porte ouverte, le bruit et l'agitation du monde extérieur l'agressèrent immédiatement alors qu'une bourrasque vint lui fouetter le visage. En contre-bas, dans l'herbe, Luffy et Chopper étaient penchés au-dessus quelque chose tandis que Robin faisait apparaitre plusieurs bras pour se saisir de feuilles volantes. Ussop se trouvait près de la rambarde et semblait en pleine discussion. Toutefois, d'où elle se situait, il lui était impossible de voir à qui il s'adressait. Curieuse, Nami descendit les marches et se dirigea vers leur artilleur. C'est là qu'elle le vit, ou plutôt qu'elle l'entendit. La mouette porteuse de journaux qui leur extorquait toujours plus d'argent, pour des infos pas toujours exactes. Ses oreilles captèrent de façon très ciblée le nouveau tarif et la jeune femme sentit son sang bouillir.
- Quoi ?! ç'a encore augmenté ! s'écria-t-elle.
L'oiseau eut un regard affolé lorsqu'il se posa sur elle, et Nami allait l'interpeler quand un papier à ses pieds attira son attention. Le maudit volatil en profita pour s'emparer de l'argent que cet imbécile au long-nez venait de lui offrir. Ussop allait l'entendre ! Elle ramassa le journal chèrement payé et abandonné négligemment par son idiot de capitaine.
- Hey Nami ! Nos nouvelles primes sont tombées ! s'écria ce dernier tout extatique en agitant une feuille au-dessus sa tête.
Formidable… Songea-t-elle ironiquement. Du coin de l'œil, elle aperçut Sanji sortir de la cuisine, sûrement attiré par tout ce raffut, pour se diriger vers eux. Très vite, Jinbe, Franky et Brook, les rejoignirent. De son côté, Nami s'approcha de Robin qui distribuait les avis de recherche aux personnes concernées. Ce fut avec une certaine appréhension, que la navigatrice saisit la sienne même si l'archéologue lui envoya un petit sourire d'encouragement. Un peu partout, les exclamations fusèrent. Tous semblaient ravi de voir que leur prime avait augmenté avec les évènements de Wano Kuni. Seul Ussop était dans le même état qu'elle.
Ses yeux dardèrent directement sur la somme inscrite en gros et gras en bas de l'affiche, et elle sourcilla. Sa prime était tellement montée en flèche que s'en était scandaleux ! Non loin de là, elle perçut vaguement le bruit lourd l'atterrissage du bretteur. Zoro daignait enfin les rejoindre. La perspective d'une sempiternelle chamaillerie pour savoir qui avait la plus grosse prime avec Sanji, la blasait déjà. Cependant cela passa au second plan quand un détail détourna son attention. Pour ses avis de recherches, Nami avait toujours pris soin d'exposer son meilleur profil, et elle était toujours attentive lorsqu'on prenait une photo d'elle. Or là, elle n'avait aucun souvenir de photographe sur Wano Kuni, ni d'avoir sentir un objectif braqué sur elle. Alors comment diable cette photo avait-elle pu se retrouver sur son avis de recherche ?!
Ses doigts froissèrent le papier jaunis, prêt à le déchirer tant ils étaient crispés. C'était ça qu'ils avaient choisi pour illustrer sa personne ?! MAIS CETTE PHOTO ETAIT AFFREUSE !
- C'est pas possible !
- Qu'y-a-t-il Nami-Chérie ?
- Quelque chose ne va pas, Nami ? demanda le petit renne inquiet.
Les remarques de ses nakamas lui passèrent au-dessus. L'hideuse photo la dévisageait sans vergogne, et la jeune femme sentit la jauge d'énervement augmenté un peu plus, tendant vers l'orange. Tout à coup, une présence se manifesta au-dessus son épaule de façon invasive, et elle sut immédiatement de qui il s'agissait.
- Ouhouh ! C'est super Nami ! Ta prime à vachement augmentée ! s'enthousiasma Luffy.
- Je m'en fiche de ma fichue prime ! ragea-t-elle. Regarde la photo qu'ils ont osé mettre !
Le capitaine fut surpris par sa réaction mais fit ce qui lui était demandé avec un air sérieux.
- Bah quoi ?
- J'ai l'air énorme comme ça ! se lamenta la rouquine.
Robin et Sanji venaient également de se pencher au-dessus son avis de recherche pour constater les dégâts, ou simplement se faire leur idée sur ce qu'elle jugeait scandaleux.
- Moi je ne trouve pas, éluda Luffy.
Cette simple phrase apaisa quelque peu sa fureur. Avec son côté enfantin, Luffy était toujours d'une franchise sans filtre. Alors savoir que cette image ne le choquait pas, la rassura quelque peu. Bien que les goûts du capitaine soient plutôt douteux. Peut-être que l'incident des pantalons avait perturbé l'image qu'elle avait d'elle-même.
- En tout cas, moins que maintenant. Mais c'est normal, avec tout ce que tu manges en ce moment ! ricana le jeune homme au chapeau de paille.
Un silence de mort tomba sur le Sunny, uniquement perturbé par le rire solitaire de Luffy, très content de sa remarque. Même la mer semblait s'être tue et le vent avait cessé de soufflé, mettant leur étendard en berne. Tous les membres de l'équipage s'étaient figés comme un seul homme et observaient leur capitaine mais surtout la réaction de Nami avec des yeux ronds emplis d'effroi. La stupeur provoquée par cette déclaration d'une franchise sans égale était unanime. Bon sang, même Zoro qui n'était pas le plus vif d'esprit, savait que le poids d'une femme était un sujet tabou !
Pour sa part, Nami était resté tout aussi pantoise que ses camarades. Est-ce qu'il avait bien dit ce qu'elle croyait qu'il avait dit ?! Luffy venait-il clairement de lui dire qu'elle était grosse ? C'est vrai qu'elle avait un peu plus d'appétit en ce moment… et qu'elle ne rentrait plus dans ses jeans ultra-tight. Mais… mais… mais elle espérait que personne d'autre n'avait remarqué !
Mais ça, c'était sans compter sur Luffy.
Et alors que tous pensaient que leur capitaine écervelé avait déjà commis l'impensable, celui-ci les surprit une nouvelle fois en pinçant la peau au travers du tissus, de chaque côté des hanches de la jeune femme afin de faire ressortir la chair légèrement en excès et d'illustrer son propos.
Les visages se décomposèrent immédiatement et les mâchoires heurtèrent le sol. Seul Luffy continuait de rire joyeusement et il délaissa ses « poignets d'amour » pour lui tapoter vivement le dos de façon amicale.
- Maintenant tu vas pouvoir assister au concours de qui mange le plus, avec moi !
Malgré les tapes régulières dans son dos, Nami sentait encore l'endroit où les doigts caoutchouteux l'avaient attrapé. La stupéfaction la laissa de marbre, en extérieur du moins, car à l'intérieur, la jeune femme était mortifiée. La honte la submergeait, provoquée par ce geste aussi dégradant qu'humiliant, bien qu'il n'ait été fait sans aucune mauvaise intention.
La feuille entre ses mains se mit à trembler. Non, ce n'était pas sa feuille, c'était elle qui bouillonnait intérieurement, sur le point d'exploser. La jauge traversa la zone orange à une vitesse folle pour venir tutoyer le rouge dangereusement.
Soudain une jambe enflammée passa devant elle, le souffle chaud la caressa brièvement, et elle s'écrasa dans le visage souriant de leur capitaine. Ce dernier décolla du sol et alla s'encastrer à toute vitesse dans le bastingage de l'autre côté du pont.
- Espèce de gros crétin ! Je savais que tu n'avais aucun savoir vivre et pas de cervelle, mais là ça dépasse l'entendement ! s'énerva Sanji en mâchouillant le bout de sa clope encore accrochée à ses lèvres. Excuse-toi tout de suite auprès de Nami-chérie pour cet odieux affront à sa beauté naturelle !
L'intervention éclair du cuisinier fut assez satisfaisante à regarder, mais la jeune femme ressentit une légère frustration de n'avoir pu enfoncer son poing dans la tête caoutchouteuse de leur capitaine et de sentir le craquement de sa boite crânienne contre ses phalanges.
- Ne l'écoute pas, Nami-Chérie, tu es toujours aussi belle qu'au premier jour, lorsque nous nous sommes rencontrés, déclara le blond en posant un genou à terre pour lui saisir sa main libre dans la sienne. Et ta silhouette ferait pâlir n'importe quelle déesse.
Non loin de là, un grognement agacé se fit entendre, mais elle l'ignora. C'était suffisamment énervant de constater qu'à chaque fois que son honneur était bafoué, c'était Sanji qui interférait au lieu de son petit-ami.
Les flagorneries lui passèrent complètement au travers, alors que son regard foudroyant était fixé sur l'homme-élastique qui se dégageait difficilement des balustres. Son visage portait la trace du coup de chaussure dans sa largeur et ses lèvres commençaient à gonfler sérieusement pour ressembler à celles d'un poisson. Une bosse enflait sur le côté de sa tête et son œil droit était cerné par un joli coquard. Ça aurait dû être elle qui l'avait mis dans cet état, songea-t-elle amèrement. D'ailleurs, la main que tenait Sanji la démangeait encore et elle fit jouer ses doigts afin de les soulager.
- 'éso'é Na'i (désolé Nami), marmonna Luffy tout penaud.
Pendant une seconde, la navigatrice pesa le pour et le contre afin de savoir si elle cédait oui ou non à ses pulsions. Finalement, sa bouille de gamin et son air désolé, eurent raison de ses envies meurtrières, et Nami ne put se résoudre à lui sauter dessus pour lui tordre le cou ou lui arracher les yeux de la tête. Au lieu de quoi, elle se força à se calmer quelque peu, faisant descendre la jauge progressivement jusque dans la zone orange (c'était le mieux qu'elle puisse faire) et extirpa sa main de la prise de Sanji.
- Ça ira pour cette fois, déclara-t-elle sombrement.
Les membres de l'équipage relâchèrent tous en même temps leur souffle, voyant que l'orage s'éloignait. Ils y avaient échappé de peu. Nami dépila le journal d'un geste sec qui fit crisser le papier, et cela sembla donner le coup de départ pour que ses nakama reprennent les activités là où ils les avaient laissés.
Pendant que ses yeux parcouraient rapidement les nouvelles du monde, Sanji et Zoro venaient d'entamer leur rixe au sujet de leurs primes, comme elle s'y attendait. Ses autres camarades échangeaient tranquillement sur cette augmentation générale et de la somme totale, presque astronomique, qu'atteignait l'équipage au Chapeau de paille. D'une oreille distraite, elle pouvait entendre la joie et l'excitation dans leurs voix à l'idée qu'ils avaient encore gagnés en renommé, et un sourire s'épanouit sur ses lèvres malgré elle. Même si cela la dérangeait d'être un peu plus dans le collimateur de la marine et d'éventuels chasseurs de primes, Nami éprouvait la même fierté que ses nakama.
- Sanji ! A manger pour fêter ça ! s'écria joyeusement leur capitaine qui avait vite récupéré de ses blessures.
Elle tourna la page du journal, en essayant de se concentrer malgré la cacophonie que faisaient les membres des Chapeaux de paille dans son dos. Un gros titre, écris en majuscule et en gras, fait intentionnellement pour attirer l'œil au premier regard, capta soudainement toute son attention. Elle le lut une première fois, sans trop en comprendre la signification, mais quand elle prit l'article dans sa globalité, il lui apparut sous un nouveau jour. Un jour sombre. Ses doigts se crispèrent sur les bords du journal qui se froissa sous la pression exercée, avant que le papier ne se mette à trembler.
C'était comme si, loin, très loin, quelque part dans les tréfonds de son esprit, quelque chose venait de se rompre. Elle avait pu entendre très nettement un craquement, comme celui du cristal qui se fracasse en mille morceaux après un choc violent, se répercuter dans son cerveau.
Ce bruit était celui de sa jauge fictive pour mesurer son niveau d'énervement, qui venait de voler en éclat.
A cet instant, tous les bruits environnants disparurent. Ses yeux étaient bloqués sur la page, incapables du moindre battement de paupière, et le sourire qu'elle arborait se dissipa. Plus rien n'existait autour d'elle, il n'y avait plus que cet article qui obnubilait son champ de vision et son esprit.
- Nami ? Tout va bien ?
Qui parlait ? Et à qui est-ce qu'il s'adressait ? Elle mit un certain temps avant de reconnaitre la voix d'Ussop, et un temps de plus pour comprendre qu'il venait de lui parler. La réalité l'absorba de nouveau, mais dans un flash rouge. L'éclat de rire de Zoro lui parvint comme déformé à travers un spectre tandis qu'il se moquait de son rival pour une raison qu'elle ignorait mais dont elle s'en fichait. Un nouveau flash écarlate perturba sa vision. Son visage se voila d'une ombre menaçante tandis qu'elle refermait doucement le journal pour le laisser tomber à ses pieds.
- Nami ?
Très calmement, elle s'avança d'une démarche souple vers le trio qui se chamaillait comme toujours, et ignora l'appel de l'artilleur. Flash rouge. Tout lui parvenait comme au ralentit. Alors pourquoi entendait-elle comme de la peur dans la voix d'Ussop ? Au fur et à mesure qu'elle passa lentement devant chacun de ses camarades, ceux-ci s'arrêtèrent de discuter pour l'observer. La joie et la bonne-humeur se dissipèrent à son passage, comme si une force négative émanait d'elle et faisait fuir tout sentiment positif.
- Nami ? s'enquit la voix de Robin tintée d'inquiétude.
D'extérieur, la belle navigatrice n'exprimait plus rien. Elle était d'une neutralité effrayante. Luffy, Sanji et Zoro continuaient leurs gamineries, complètement inconscient de la tempête qui montait vers eux. Le capitaine fut bousculé sans ménagement par le cuisinier, et recula en titubant au moment où Nami passait à côté de lui. Sa présence inattendue le surpris mais il en profita pour la prendre à partie :
- Nami, demande à Sanji de préparer un barbeuc géant.
- N'embête pas Nami-chérie avec ça ! C'est son choix et tu lui dois au moins ça après ce que tu lui a fait, maudit macaque ! Et pour la énième fois, j'ai déjà commencé à préparer le repas de ce midi MAIS CE N'EST PAS UN BARBECUE GEANT !
L'attitude capricieuse de Luffy cessa au moment où Nami le dépassa. Quelque chose clochait chez la navigatrice et le poussa à adopter une expression sérieuse. En revanche, Sanji, ne semblait pas encore l'avoir remarqué, pas plus que Zoro, et tous deux continuaient à se prendre la tête.
- Ohé cuistot d'merde ! Sers-nous donc à boire au lieu de gueuler !
- TOI, LA PLANTE AQUATIQUE, ON T'A PAS SONNE ! Faites-moi plaisir et ALLEZ VOUS NOYER TOUS LES DEUX !
Le bretteur haussa les épaules et commença à se diriger vers la cuisine. La jolie rousse arriva à la hauteur du cuisinier, qui instinctivement, posa un genou au sol en tendant un bras vers elle alors que son autre main reposait sur sa poitrine.
- Ne t'en fais pas ma douce, ce midi ce sera bien canard à la sauce mandarine…
La fin de sa phrase mourut sur ses lèvres quand elle passa juste à côté de lui sans lui adresser un regard. Lui aussi venait de sentir ce vent glacial qui accompagnait la jeune femme, comme si la mort lui succédait. Décontenancé par l'attitude de sa nakama, Sanji resta muet, figé dans sa posture courtisane, réduit à l'état de témoin d'une catastrophe inévitable.
De son côté, Zoro avait préféré prendre les devants en allant vers la cuisine pour se chercher de quoi picoler. Se quereller avec le blondinet n'avait plus d'intérêt lorsque Nami interférait, et à coup sûr il en prendrait pour son grade. Alors cette fois-ci, il laissait l'autre débile, s'aplatir comme une crêpe devant la sorcière. Toutefois, une chose l'alerta et le fit s'arrêter. Le silence. C'était extrêmement étrange de ne plus entendre le moindre babillage de la part de ses nakamas. Il n'y avait plus aucun son ni mouvement de leur part, hormis celui de sa compagne qui avançait dans son dos. Intrigué et légèrement alerté par ce comportement atypique, Zoro se retourna lentement, une main posée, au cas où, sur ses katanas.
Tous les membres de l'équipage étaient figés, comme si on leur avait jeté un sort, et leurs yeux ronds, braqués sur lui, ou plutôt sur la navigatrice qui s'approchait de lui. L'expression qu'ils arboraient était unanime, ils avaient tous ce même mélange d'incompréhension et d'inquiétude dans le regard. Celui de Zoro se posa finalement sur la rouquine et son sixième sens le titilla. Le haut du visage de Nami était obscurci par ses longues mèches et ses lèvres formait une ligne horizontale stricte. Le bretteur fronça les sourcils alors qu'il percevait que quelque chose n'allait pas chez elle.
Puis le temps sembla ralentir et il fut coincé au milieu.
Le bras droit de la jeune femme se tinta de noir jusqu'au niveau de son coude alors qu'elle refermait sa main dans un poing étroitement serré. Les yeux s'écarquillèrent et les bouches s'ouvrirent par la stupéfaction de constaté que Nami employait le haki. Elle releva le poing au niveau de sa tête et au travers des quelques mèches orangées, Zoro aperçu une lueur rougeoyante, là où d'habitude, deux prunelles chocolatées le regardaient.
Sans être capable du moindre mouvement, l'épéiste vit l'aura meurtrière qui se dégageait désormais de la jeune femme, alors qu'elle paraissait possédée, et suivit de l'œil, le poing noirci, fondre vers son visage à une vitesse effarante.
- Nam…
Paf!
Les phalanges s'enfoncèrent dans sa joue et il entendit l'os de sa mâchoire craquer sous l'impact avant que son esprit ne court-circuite. Le coup le fit décoller du sol, l'envoya valdinguer plusieurs mètres plus loin, fracassant la porte des quartiers des hommes, pour qu'il finisse encastrer dans un enchevêtrement de lit suspendus.
Les débris retombèrent et la poussière finit par se tasser au sol, sous les yeux ébahis des Chapeaux de paille. Le bras de Nami retrouva sa couleur naturelle mais la colère irradiait toujours de son corps alors qu'elle se tenait droite, devant le trou béant où était passé Zoro. Il y eut un moment de flottement, pendant lequel la stupeur les figea, et étrangement, Chopper fut le premier à sortir de sa torpeur.
- ZORO ! s'écria le petit renne en s'élançant vers les quartiers des hommes.
Quand il passa à côté de la rousse, le médecin lui jeta un coup d'œil et sentit son sang se glacer. Il aurait juré que ses yeux chocolatés, étaient devenus d'un rouge écarlate sous les mèches orangées, et que son visage avait l'apparence de celui d'un démon. Voilà pourquoi, il redoubla d'effort pour rejoindre l'épéiste sûrement blessé. Ou peut-être même mort !
Le deuxième à réagir fut Franky, qui fit un pas en avant vers la navigatrice de dos.
- Oi oi oi ! Sunny n'a rien à voir avec vos querelles d'amoureux ! Alors, frangine, tu vas…, commença à s'énerver le charpentier.
Cependant, la fin de sa phrase s'étouffa dans sa gorge lorsque la jeune femme se retourna vers lui et que les deux mirettes à la lueur assassine, le transpercent. Le vent glacé de la mort souffla sur son visage et Franky fit un pas en arrière. Ussop bondit par réflexe derrière le plus éloigné de ses nakamas, à savoir Jinbe.
- Nami-chérie…
Sanji tenta une approche en douceur avec une voix rassurante mais le regard courroucé se posa sur lui et il vit le poing de la jeune femme, se resserrer. L'inquiétude et l'incompréhension se lut sur les visages alors qu'ils étaient tous, sans exception, la cible de la rage de leur navigatrice. Puis sans prévenir, la rouquine explosa.
- J'EN AI PLUS QU'ASSEZ DE VOUS TOUS ! J'EN AI MARRE DE VOS GAMINERIE ! DE VOUS ENTENDRE GEINDRE ! JE NE VEUX PLUS VOUS VOIR ! VOUS ME FAITES TOUS CHIER ! DEMERDEZ-VOUS ! ET TOI, CAPITAINE, DEMERDE-TOI A TROUVER LE ONE PIECE TOUT SEUL !
Aussitôt qu'elle eut fini de rugir, Nami se précipita vers la cabine qu'elle partageait avec Zoro et claqua violemment la porte derrière-elle, laissant ses amis complètement sous le choc.
A suivre...
Alors, que pensez-vous de ce chapitre ? n'hésitez pas à me le faire savoir dans une review ou en mp !
A bientôt pour la suite !
