CHAPITRE 8 : Le plan de Zoro

Dormir à la belle-étoile avait ses avantages. L'herbe douce du Sunny formait un matelas douillet contre son dos, le vent frais de la nuit avait balayé son corps, empêchant que ce dernier ne s'échauffe de trop et le chant des vagues était une excellente berceuse. Au petit matin, les premiers rayons, un peu timide, du soleil, venaient lui caresser la joue pour le réveiller doucement afin qu'il assiste à sa lente ascension dans le ciel.

En revanche, il y avait aussi des inconvénients à être aussi matinal, notamment lorsque la première personne qu'il voyait de la journée s'avérait être Sanji. D'habitude, le cuisinier était toujours le premier à fouler le pont de bon matin, dans le but de préparer le traditionnel petit-déjeuner. Mais pour être franc, Zoro aurait aimé voir une autre tête que celle déplaisante et antipathique du blondinet. Dans un premier temps, le bretteur avait cru en sa bonne étoile quand Du-sourcil c'était contenté de lui adresser une œillade dédaigneuse tout en se dirigeant vers la porte de la chambre où était Nami. Voyant que le plateau n'était plus à sa place, le cuisinier avait affiché un air soulagé avant lui lancer un sourire suffisant, que Zoro s'était empressé d'ignorer d'un haussement d'épaule. Tout fier de lui, Sanji avait disparu dans sa cuisine et le jeune homme aux cheveux verts avait refermé sa paupière pour prolonger son sommeil. Enfin, c'était sans compter sur le cuistot qui avait jailli quelques secondes plus tard par la porte, le visage empourpré de colère :

- Oh Marimo ! C'est toi qui as touché au plateau que j'avais laissé pour Nami-Chérie ?!

En plus de supporter son visage disgracieux, il devait se farcir sa voix horripilante. Une journée qui commençait comme ça, s'annonçait longue.

- Je l'ai ramené parce qu'elle ne l'aurait pas pris de toute façon et il aurait servi à nourrir les mouettes.

- Qu'est-ce que t'en sais ?! Elle n'a rien mangé depuis hier matin, et si elle avait eu faim cette nuit…

- Eh bah elle serait allée en cuisine, comme n'importe quel adulte. Cesse de la traiter comme si elle était impotente.

- Tss pauvre tache ! Je me soucis de son bien-être. Nami est une femme qui mérite d'être chérie comme une déesse, il faut la vénérer ! Mais comment un abrutit comme toi pourrait-il comprendre ?

Sa remarque grotesque l'agaça autant qu'elle l'amusa, et il préféra en rire plutôt que de s'énerver de bon matin.

- Ouai… d'ailleurs c'est pour ça qu'elle t'a choisi… oh attend, non, c'est vrai ! Elle est avec moi.

Le rouge s'intensifia sur le visage du blond, sa grimace se déforma un peu plus et de la fumée lui sortit des oreilles. Zoro crut qu'il avait gagné cette petite joute verbale en lui faisant péter un câble, mais Sanji se calma étrangement et prit une cigarette dans la poche du revers de sa veste. Il l'alluma puis tira une longue taffe avant d'incliner la tête en arrière pour en expulser une fumerolle grisâtre qui s'envola dans les airs.

- Ouais... et c'est pour ça que t'as dormi dehors toute la nuit…

- Espèce de fils de…, gronda-t-il en commençant à se relever pour aller lui en coller une.

Toutefois, le cuisinier ne parut pas impressionné car il fit demi-tour pour repartir dans son antre.

- T'as raison, continu comme ça et Nami-Chérie réalisera qu'il y a sur ce navire, un vrai homme capable de prendre soin d'elle.

La porte se referma derrière lui, laissant un Zoro plus que fumasse. Fichu crétin arrogant ! Il allait lui montrer ce que c'était qu'un homme un vrai, et il allait voir si Nami aurait envie de le troquer contre un batifoleur de pacotille !

Le bretteur se leva d'un bond, bien décidé à mettre son plan en marche. C'était plus tôt qu'il ne l'avait envisagé, mais désormais, il était trop énervé pour attendre sagement. Une fois de plus, il marcha d'un pas déterminé vers leur chambre et, malgré un trajet étrangement plus long que d'habitude qui le fit passer par l'aquarium et longer le couloir à l'extérieur, il arriva enfin à destination.

- Nami, ouvre, il faut qu'on parle.

Pas de réponse. Zut, il avait dû dire cela sur un ton un peu trop brusque. La faute au stupide Sourcil-en-vrille pour lui avoir mis les nerfs en pelote ! Ou alors, elle dort peut-être ? Raah zut !

- Ecoute, je ne sais pas si tu es réveillée ou non, mais sache que je ne bougerais pas d'ici tant que tu ne m'auras pas répondu.

Silence.

- Très bien, je vais attendre alors. De toute façon, tu ne vas pas passer le restant de tes jours dans cette cabine.

Zoro cala son dos contre le chambranle de la porte et se laissa glisser au sol, les jambes croisées en tailleur, et patienta. Oui, c'était bel et bien son plan, jouer sur la persévérance. Soit elle craquait et le laissait entrer, soit il la topait au moment où elle sortirait de là. C'était simple mais efficace, enfin c'était ce qu'il croyait.

Le soleil monta dans le ciel au fur et à mesure de la journée. Le cri du cuistot avait déjà résonné pour le petit-déjeuner, sans qu'il ne décolle d'un poil. Puis Robin était venu le voir pour prendre des nouvelles de chacun, sans succès pour ce qui concernait la navigatrice. Cela avait été au tour de Chopper, puis Ussop, et Jinbe. Tous étaient repartis sans avoir entendu le son de la voix de la jeune femme et en lançant un regard désolé au bretteur qui montait inlassablement la garde à côté de la porte. A midi, le chant du Coq retentit une nouvelle fois, et le repas des mugiwaras se fit sans deux de ses plus anciens membres. Quelques minutes plus tard, Robin réapparut devant lui avec un plateau chargé de nourriture et un sourire d'encouragement sur les lèvres. Après lui avoir donné, elle tenta d'utiliser son pouvoir pour entrer en contact avec la rouquine boudeuse. Zoro prêta une oreille attentive à ce qui pouvait se passer à l'intérieur, tout en mâchouillant son okonomiyaki et en avalant son riz.

- Laisse-moi Robin, je n'ai pas faim.

- D'accord. Zoro est à côté de moi, devant la porte, et il souhaite te parler.

Le bretteur lui jeta une œillade réprobatrice. Il n'avait pas besoin qu'on l'aide ! Mais Robin l'ignora.

- Dis-lui de s'en aller. Je ne veux pas le voir et encore moins lui parler !

Il accusa le coup sans broncher même si au fond, cela lui fit mal. Cependant, hors de question qu'il ne décampe. Qu'importe, il serait plus tenace qu'elle, Nami céderait avant lui.

- Et dis aux autres de ne plus venir me déranger. Je ne veux voir personne.

Robin et lui s'échangèrent un regard soucieux avant que la brune n'acquiesce à regret.

- Comme tu voudras.

L'après-midi se déroula tranquillement. Depuis son poste, Zoro observait ses nakama qui allaient et venaient sur le navire, comme lors de journées habituelles. De temps à autre, Ussop ou Chopper lui lançaient un regard préoccupé pendant qu'il somnolait au plomb du soleil, mais aucun n'osait l'approcher. Pour une fois, il avait la paix, il pouvait ronfler autant qu'il voulait, personne ne lui dirait rien… mais bizarrement, ce n'était pas aussi agréable qu'il l'aurait cru.

- A table tout le monde ! s'écria Sanji pour le repas du soir.

Le soleil avait décliné depuis un petit moment et s'approchait dangereusement de l'eau. Avec ce cri, Zoro sut que la journée allait s'achever d'ici peu, sans résultat probant. Cependant il ne renoncerait pas. Soudain, il crut percevoir du bruit à l'intérieur de la cabine, et il tendit l'oreille :

- Est-ce que tu veux que je te porte quelque chose à manger ? Sanji a préparé un délicieux soufflé, s'enquit la voix de Robin.

- Non merci.

Son intonation était faible, comme abattue, et il ressentit une pointe d'inquiétude. Ou bien était-ce l'insonorisation ?

- Tu es sûre que tu ne veux rien ?

Il y eut un moment de blanc qui marqua son hésitation et Zoro eut espoir.

- Je veux bien un verre d'eau et une mandarine.

- Je t'apporte ça tout de suite.

- Robin attend !

- Oui qu'y-a-t-il ?

- Ne laisse entrer personne d'autre.

Le message était pour lui directement, car elle devait bien savoir qu'il écoutait aux portes, et l'épéiste grinça des dents. Un peu plus tard, l'archéologue arriva avec la commande de la rousse entre les mains et lui envoya un petit sourire d'excuse. En passant, elle lui tendit un bento et il s'étonna que ce crétin de cuisinier ait pensé à lui préparer quelque chose, mais il se garda bien de faire une réflexion dessus.

- Merci, grommela-t-il. T'inquiètes, je ne forcerais pas le passage, tu peux y aller, lui signala Zoro avant d'ajouter un peu plus fort : J'attendrais le temps qu'il faudra.

Après cela, il entendit le loquet se déverrouiller et Robin disparut à l'intérieur. Toutefois, elle n'en ressortit que peu de temps après.

Le lendemain se déroula sensiblement de la même manière. A l'occasion, Jinbe était venu la sollicité pour s'assurer qu'ils maintenaient le bon cap, car n'ayant pas de log-pose, le timonier ne pouvait que se fier à son instinct. C'était aussi une manière de lui faire comprendre qu'elle avait des responsabilités envers l'équipage, et Zoro espéra que cela la ferait réfléchir sérieusement. Il partageait le même avis que son compagnon, mais Nami n'était pas vraiment le genre de femme que l'on pouvait commander, et encore moins dans son domaine de prédilection. Alors quand le verrou de la porte avait claqué dans la serrure, les deux hommes s'étaient regardés d'un air surpris, et l'homme-poisson avait affiché un grand sourire pour accueillir la jeune femme. De son côté, Zoro n'en revenait pas, mais il se prépara à se relever, quand la porte s'entrebâilla. Un objet fut éjecté par l'interstice, que Jinbe rattrapa au vol, et l'instant d'après, la porte claqua dans le dos de l'épéiste et le verrou aussitôt remis.

Tous deux observèrent ce qui venait d'être envoyé, pour constater avec effarement qu'il s'agissait du log-pose qu'elle gardait toujours jalousement à son poignet. Jinbe parut embêté de recevoir un tel effet, il n'était pas venu dans le but de prendre la place de la navigatrice des Chapeaux de paille. En revanche, le geste et sa signification, énervèrent Zoro qui se redressa rapidement pour aller tambouriner à la porte.

- Ça suffit les gamineries ! T'es la navigatrice de ce navire ! Agit comme tel !

- Plus maintenant ! Alors laissez-moi tranquille !

- QUOI ?! T'es pas sérieuse là ?! Tu veux abandonner ton rêve ou quoi ?!

- …

- Nami ! répond-moi !

- Fiche-moi la paix ! De toute façon te ne comprends rien !

- Non effectivement ! Je ne comprends pas comment tu peux renoncer à tes rêves… après avoir donné ta parole à Luffy, que tu le guiderais pour qu'il devienne Roi des pirates ! Tu ne peux pas dire ça sérieusement ? Tous l'équipage compte sur toi !

- … tout ce que je demande, c'est qu'on me laisse tranquille, sanglota la jeune femme derrière la porte.

Bordel, mais qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?! Tant pis, Franky l'engueulerait surement mais il fallait qu'il sache. D'un mouvement du pouce, Zoro dégaina son Kitetsu et de son autre main, il saisit la poignée de son sabre. Il devait mettre fin à ses conneries avant que ça ne dégénère.

- Ittoryu, gronda-t-il.

Quand soudain, une main se posa sur son épaule et l'arrêta dans son élan. Il lança un coup d'œil mauvais par-dessus son épaule et vit Jinbe qui le fixait, l'air grave.

- Laissons-lui encore un peu de temps. Nami ne semble pas dans son état normal, sans doute a-t-elle besoin de repos. Je peux me débrouiller avec ceci pour l'instant, indiqua l'homme-poisson en montrant le log-pose.

- Ce n'est pas une raison ! tu as entendu comme moi, Jinbe ! Je ne peux pas la laisser dire ça !

- Je comprends ton indignation, Zoro. Mais je ne suis pas sûre qu'il faille employer la force dans ce cas de figure, cela ne ferait qu'envenimer les choses. Quelque chose tourmente notre navigatrice, et il te revient de le découvrir, mais certaines discussions ne se font qu'avec l'esprit clair et apaisé.

Zoro ricana. En voilà, une bonne blague.

- Ouai, comme si c'était évident, railla le bretteur.

L'homme-poisson éclata d'un rire franc.

- J'en conviens. Vu vos caractères respectifs, ce ne doit pas être une chose aisée, mais il n'empêche que parfois, il faut savoir ravaler sa fierté et mettre de côté son égo, pour le bien de l'autre.

- Très bien, soupira l'épéiste en refermant le Sandai Kitetsu dans son fourreau.

Nami mettait ses nerfs à rude épreuve mais, grâce à ses compagnons, il ne flancherait pas.

Quatre jours. Cela faisait quatre jours que Nami s'était recluse dans leur cabine, et tous avaient beau se montrer patients, ils n'en demeuraient pas moins de plus en plus inquiets pour leur navigatrice. Jinbe n'avait mentionné à personne, l'échange verbal qui avait eu lieu, entre elle et Zoro, et le soi-disant « abandon de ses fonctions ». Caché une information à Luffy n'était pas son passe-temps favori, mais parfois, l'ignorance était préférable à la connaissance.

Cependant, bien qu'il soit patient et d'une volonté à toute épreuve, quatre jours commençaient à faire long. En plus de cela, les regards réprobateurs se faisaient de plus en plus insistant, signe que sa tactique ne semblait pas convaincre l'ensemble de ses camarades par son efficacité. Et le crétin aux sourcils vrillés ne se privait pas de lui faire remarquer à chaque fois qu'il se trouvait de passer devant lui.

Alors quand le repas de midi arriva, Zoro décida de changer de stratégie. Il leva le camp pour se rendre en cuisine, où tout l'équipage s'était rassemblé.

- Zoro ! Tu viens enfin manger avec nous ! s'enthousiasma Chopper qui déplorait de ne plus le voir à table avec eux, tout comme Nami.

Il ignora les exclamations de surprise et relativement contente pour certains, lors de son entrée fracassante et parcourut la pièce du regard. Celui-ci s'arrêta sur l'archéologue qui se tenait debout, prête à partir, avec un plateau dans les mains. Sans un mot, le bretteur traversa la pièce à grandes enjambées et se planta devant Robin. Ses nakamas l'observèrent avec curiosité, y compris la jolie brune, qui arqua un sourcil en guise d'interrogation. Pour toute réponse, le Supernova attrapa le plateau et la délesta de son fardeau avant de tourner les talons.

- Bah les pattes, espèce de laitue défraichie ! Robin d'amour allait porter ce plateau à Nami-Chérie ! aboya le Chef.

- Plus maintenant, coupa sèchement Zoro. Une fois que je serais devant la porte, préviens-la que tu lui apporte son repas, ordonna-t-il à Robin d'un ton sévère.

Sans se soucier de son consentement, le bretteur ressortit de la cuisine et fila vers le lieu de son siège de ces derniers jours. A peine eut-il finit de monter les marches, qu'une forme fleurit sur le pont et l'archéologue apparut dans son intégralité. Elle assena trois petits coups à la porte et signala sa présence. A l'instant où la serrure se déverrouilla, Zoro bondit en avant et passa à travers la brune qui disparut dans une envolée de pétales roses. La poignée céda sous sa grosse pogne et il poussa la porte sans hésiter, de crainte que la jeune femme ne cherche à la refermer aussitôt qu'elle se serait rendue compte de la supercherie. Agir de manière aussi fourbe ne lui plaisait pas, mais s'il voulait solutionner la situation, c'était moyen le plus rapide qu'il ait trouvé.

Cependant, bien qu'il soit animé d'une détermination sans faille, Zoro n'était peut-être pas aussi prêt mentalement qu'il le croyait pour affronter ce qui l'attendait à l'intérieur.

A suivre...


Ahah ! la confrontation arrive ! Préparez-vous ;)