Bonsoir ! Par hasard, je suis tombée sur les reveiws de cette histoire, et j'ai donc replongé le nez dedans.
Suis-je convaincue de la reprendre ? Oui ! Mais bon, ce n'est pas mon projet prioritaire, et je suis en examens.
Si quelques personnes reviennent pour cette suite, je vous remercie, et j'espère ne pas vous décevoir à l'avenir.
Bonne lecture !
- Ana, stop now. Tigris is back. (Ana, arrête. Tigris est de retour.)
Je saisis rapidement les vêtements, une petite robe aux motifs à fleur rétro, un bonnet et une écharpe brune. Je remets mes propres talons, enfile la robe, essaye de fermer la tirette. Les mains rassurantes de Ji Yong viennent à mon secours, permettant à notre troupe de quitter le jet. Masqué, il était méconnaissable, je ne pouvais même pas faire en sorte d'attirer l'attention des personnes présentes. Nous avançons rapidement, suivant les indications de Yukari. L'heure, il est 22h36. Je n'y crois pas, cela fait une journée entière. La japonaise nous ordonne de l'attendre, soucieuse. Ji Yong approche discrètement sa main vers moi, la perd dans ma robe, attrape la mienne, fait de petits cercles avec son pouce. Son geste est rassurant, mais il me fait l'effet d'un coup de poignard. Je veux rentrer. Je veux retourner chez moi. Je n'ai plus de chez moi. Je veux que tout ça soit un mauvais rêve. Je vais craquer, il faut que je me calme. Élise, tout va bien. On va s'en sortir. Cela ne sera plus que des souvenirs, des vieilles aventures à raconter à nos petits-enfants.
Yukari revient une bonne demi-heure plus tard, un air sombre sur le visage. Elle chuchote des choses à ses complices, se tourne vers nous.
- We will stay here tonight. Follow me. Not a word. (Nous allons rester ici pour la nuit. Suivez moi. Pas un mot.)
Notre vol a un soucis, c'est parfait. Cela va les retarder. Cela laisse du temps à la police pour intervenir. Ji Yong m'adresse un regard, lâche lentement ma main. Le courage semble m'avoir désertée, je crains déjà que la police ne nous trouve pas. La japonaise semble jurer dans sa langue, jette un regard de chaque côté, nous guide vers un café sur la gauche. Elle salue les serveurs, entre dans une pièce réservée au personnel. Nous sortons via une porte discrète, nous engouffrons dans le froid. Après avoir longé plusieurs bâtiments, les filles nous poussent à l'arrière d'un taxi. La meneuse s'installe à l'avant du taxi, tandis que Yukari donne des informations au conducteur. Si seulement elle n'était pas là, nous aurions pu nous échapper, dire au pauvre homme qui nous sommes et ce qu'il nous arrive. Encore faudrait-il qu'il comprenne l'anglais... Au moins, il fait bon dans le taxi. Je soupire, regarde par la fenêtre. Les gens vont et viennent comme si rien ne se passait. Pour eux, c'est le cas, il n'y a rien de grave. Je les jalouse, j'aimerais tant vivre ma petite vie normalement, en prenant les habitudes du pays. Le trajet a été court, nous descendons une rue plus loin, devant un bâtiments crasseux. C'est un hôtel, sans aucun doute, mais même moi je n'ai pas l'habitude de loger dans ce genre d'endroits. Le reste du groupe nous rejoint en peut de temps, ouvrant la marche vers l'endroit où nous passerions notre nuit. Yukari s'arrange pendant un moment avec l'hôtelier, lui sors une liasse de billets, en échange de deux clés. Elles vont nous séparer ? Elles ne vont quand même pas faire ça ? Elles vont peut-être le faire, et me tuer dans mon sommeil ! Non, je ne veux pas, je ne veux pas mourir, et encore moins quitter Ji Yong. Je jette un regard inquiet autour de moi, ce qui fait sourire la meneuse. Nous nous enfonçons dans le vieil ascenseur, devons nous serrer pour pouvoir tous rentrer. Le chanteur en profite pour me serrer contre lui, en fixant les portes droit devant lui. Je me sens faible, mes muscles sont engourdis, l'odeur vieillie de la cigarette dans mes narines me monte à la tête. Je me suis sentie mieux les heures suivant notre repas dans l'avion, mais la fatigue vient de reprendre le dessus.
- Grazie, sleep this night. Tigris, take the second part of the night. I'll take the first.(Grazie, sors cette nuit. Tigris, prends la seconde partie de la nuit. Je prendrai la première.)
Anaxarete nous saisit tous les deux par le bras sans aucune douceur, nous force à entrer dans l'une des chambres, salue ses complices de la tête.
- GD, take the bed and sleep. I'll take care of you while you'll be sleeping. (GD, prends le lit et dors. Je prendrai soin de toi quand tu dormiras.)
- I don't trust you. Élise, come. (Je ne te fais pas confiance. Élise, vient.)
- No she stays here. She doesn't need to. You are the only one who's able to sleep. (Non, elle reste ici. Elle n'a pas besoin. Tu es le seul qui à avoir la permission de dormir.)
- It's ok, Ji Yong. I'm fine. (Ça va, Ji Yong. Je vais bien.)
Il soulève la couette, se glisse en dessous, à contre-coeur. Je m'approche du mur en face du lit, m'apprête à m'assoir.
- Oh no my dear. You stand up. (Oh non ma chérie. Tu restes debout.)
- She's tired ! Let her sleep ! Even on the ground... (Elle est fatiguée ! Laisse la dormir ! Même sur le sol...)
Nous nous accordons d'un regard, restons en place. Je contemple le minuscule réveil sur la table de nuit, seule pâle lueur encore présente dans la pièce. J'ai mal au dos, à force de rester debout, mes yeux se ferment tout seuls, je dois m'appuyer sur le mur afin de ne pas tomber. J'évite le regard de mon ami, et celui sordide d'Anaxarete. Tous mes membres me font souffrir, comme si la pointe de multiples aiguilles étaient en train de me piquer la peau nue. Je baille, encore une fois, mes paupières tremblantes. Je n'en peux plus. Je ne peux plus tenir debout. Je vais céder. Pourquoi est-ce que ça m'arrive ? Pourquoi faut-il qu'elles existent ? Qu'est-ce que Jiyong leur a bien fait pour qu'elles nous fassent endurer tout cela ? Je suis désolée. Je suis tellement désolée d'avoir arrêté mes études, d'être partie. J'aurais dû vous écouter. Pourquoi je ne vous ai pas écoutés ?
Mes genoux se plient d'eux mêmes, je tombe la tête en avant, mon visage dans les bras, mon épaule s'est cognée au montant du lit en fer. Ne pas pleure. Je t'en prie Élise, ne pleure pas. Je ne dois pas pleurer. Je relève le bras, une douleur traverse tous mes muscles jusqu'à mes doigts, je tente de m'appuyer, n'y parviens pas. Mon coeur s'accélère, je commence à trembler à force d'échouer. Si je ne me relève pas, elle va me tuer. Ji Yong écarte vivement la couette, je précipite vers moi, m'attire un peu vers le lit, pose ma tête sur ses genoux. Il est maigre, ses rotules sont rocailleuses.
Non, il ne doit pas faire ça. Comment je suis sensée faire si... Si il fait ça.
- Let her sit. Just sit ! (Laisse la s'asseoir ! Juste s'asseoir !)
- You have to do something for me if you really want. (Pas comme ça. Tu devras faire quelque chose pour moi si tu le veux vraiment.)
- What do you want? (Qu'est-ce que tu veux ?)
- Sleep with me. Now. (Couche avec moi. Maintenant.)
Les doigts de Ji Yong arrêtent leur voyage, il croise mon regard, entre-ouvre la bouche, sûrement pour murmurer quelque chose. Il approche son visage du mien, me murmure un « ça va aller », en français, comme pour nous donner une certaine intimité. Je suis inutile, je ne pourrai jamais paraître en pleine forme. Il ne m'apprécie pas à ce point, si ? Le chanteur serre la mâchoire, déglutit, se relève du lit, m'attrape, avant de me poser sur le sol, dur et glacial. Je secoue la tête, attrape son poignet. Je n'ai plus la force de lui parler, je veux qu'il sache qu'il n'a pas besoin, qu'il ne doit pas faire ça. Il esquisse un sourire, s'accroupit près de moi, enfuit son nez dans mes cheveux, pose un baiser sur mon front.
- Have a good sleep, beautiful. (Dors bien, ma belle)
Comment diable pouvais-je bien dormir alors qu'ils vont... Qu'il va la faire sienne en ce moment même ? Elle ne lui appartient pas, elle ne sera jamais rien, elle pourra jamais voir de l'amour dans ses yeux, elle ne l'entendra jamais prononcer son nom de plaisir. Je la hais, pauvre idiote.
- Where ?(Où ?)
- Here, of course. (Ici, bien sûr.)
- You're joking. (Tu plaisantes.)
- It's here or nothing. ( C'est ici, ou rien.)
- You'll pay. (Tu paieras.)
- Good choice. (Bonne décision.)
Pourquoi ? Elle ne cherche pas seulement à me torturer, elle veut aussi le faire souffrir ! Cela n'a aucun sens ! N'est-elle pas sensée l'aimer à la folie, lui pardonner toutes choses et lui vouer un culte ? Cette femme me dégoûte au plus au point, exhiber son corps de la sorte, m'obliger à assister à ses ébats ?
Ce ne sont pas « ses » ébats, ce sont les leurs. Il va la toucher. Il va l'embrasser. Va-t-il aimer ça ? Va-t-il s'humecter les lèvres avant de les unir aux siennes ?
Je ferme les yeux, mon être tout entier hurlant à l'aide. Je ferais tout pour que cela n'arrive pas. Mon corps fébrile se recroqueville, mon regard vide fixant le mur délavé en fasse de moi. L'obscurité est présente dans toute la pièce, seulement relevée par l'éclairage public en face de la fenêtre, duquel se mugît des ombres menaçantes, laissant apparaître toute la laideur du monde. Le tapis sur lequel je suis allongée a une odeur dégoûtante de tabac, mêlé à du vieux soda mal nettoyé, ainsi qu'autre chose de bien plus immonde. Des petits tas de saleté se sont amassés à la jointure du mur et de la moquette, dont la couleur a sûrement été rouge, dans des temps bien meilleurs.
Je n'ai jamais été auditive, cependant, ce soir, je distingue le moindre bruissement de tissus. Mes yeux à moitié clos se dirige vers les pieds d'un vieux bureau, se plante dans le miroir. Il vient d'ouvrir la fermeture éclair de son pantalon. Je la vois, légèrement floutée à travers l'objet, elle s'est débarrassée des vêtements superflus. Mon ventre est tordu de douleur, j'ai la nausée, je ne peux détourner le regard. J'espère avec tant d'ardeur qu'elle va s'arrêter, que tout va s'arrêter, rien qu'avec mon regard sur ce miroir. Il faut que cela s'arrête. Des sillons se forment bientôt sur mon visage. Je vois sa tête faire des va-et-viens, toujours plus odieux et maîtrisés. La respiration de Ji Yong se fait plus lourde, il se crispe un peu, attrape d'une main les cheveux d'Anaxarete. J'étouffe une sanglot, couvre ma bouche, les yeux écarquillés de terreur. Qu'ai-je espéré ? Qu'il ne ressentirait rien ? Qu'il... n'aimerait pas ça ? Seung Hyun m'avait dit que je n'étais pas la première à passer la nuit avec lui. Je suis une idiote, une si grande idiote. Cette femme semble contente d'elle-même, se couche sur le lit, à la manière d'un félin. C'est vrai, elle est plutôt attirante. Ils sont hors de vue. Je ne veux pas les voir. Je voudrais être sourde. Je la hais, elle qui laisse aller ses cris obscènes. Le lit est ancien, il est bruyant. C'est un son régulier, qui martèle ma tête sans s'arrêter, sans aucune pitié. Ji Yong laisse échapper un grognement rauque, enhardit la fougue d'Anaxarete. Ji Yong, son corps nu contre celui de cette folle, en ce corps. Pourquoi est-ce donc elle ? Je la hais.
J'ai les paupières lourdes, le cœur lourd. Le noir semble s'immiscer au plus profond de moi-même, accompagné d'un sentiment d'effroi.
Je cligne des yeux, me retourne. Mes membres sont lourds, mon dos me fait souffrir. Quelqu'un veut me réveiller. Je suis si fatiguée, ce n'est quand même pas déjà le matin ?
- Réveille-toi, chuchote-t-il.
- Ji Yong ?
Je l'observe un instant, cherche Anaxarete du regard, elle a disparu. À la place, c'est la jeune femme de la camionnette, Grazia. Elle a le regard plongé dans le vide.
Mon ami m'aide à me relever, me tire jusqu'à la salle de bain.
- Il faut que tu te dépêches, elle a accepté de te laisser prendre une douche, mais elle ne te laisse pas plus de quinze minutes.
- Tu as fait quoi cette fois pour qu'elle accepte ? Dis-je, une once de colère dans la voix.
Ji Yong me regarde, interloqué. Il secoue la tête, fais demi-tour.
Je ne devrais pas m'énerver. Ou plutôt si, il n'avait pas à faire ça pour moi.
La douche n'est pas très propre, mais avec un peu d'eau, cela devrait aller. J'ouvre les placards, remplie de tout sauf de quoi me défendre. Rien n'est assez lourd ou dur pour que je puisse même imaginer les blesser. La fenêtre est trop petite. Je ne vais quand même pas obéir et prendre bêtement ma douche ?
À croire que si, je préfère être propre, c'est un luxe que je ne risque pas d'avoir avant un certain temps.
S'il vous plaît, trouvez-nous, faites que la police se dépêche.
