Contexte : Suite du premier drabble de mon recueil La caresse et la mitraille (cette plaie qui nous tiraille)
Si on avait un jour demandé à Tyrion Lannister s'il souhaitait devenir père un jour, il n'aurait probablement pas su quoi répondre.
Bien sûr, la question lui avait déjà traversé l'esprit à de multiples reprises, quand il croisait une mère avec ses enfants, ou qu'un homme arrivait au Donjon Rouge en annonçant être devenu père dans la nuit, ou bien encore quand il regardait les gamins sales de Culpucier courir et gambader dans les rues de Port-Réal.
L'idée lui avait paru peu séduisante, même s'il savait qu'étant (mal)heureusement né Lannister, il était attendu de lui qu'il en ait un jour, afin de poursuivre les lignées ancestrales qui faisaient la renommée de son illustre maison, et c'était dans ces cas-là qu'il se félicitait de ne pas être venu au monde pour être le premier de sa fratrie, et de ne pas avoir à produire de descendance alors qu'il était bien trop jeune pour ça, et que la vie ne demandait qu'à être vécue plutôt que de s'enfermer dans un mariage et dans une famille pour le restant de ses jours.
Étant une des rares fois où il était bien content de ne pas être à la place de Jaime, et il songea avec amusement que son frère avait trouvé la parade parfaite. Même si son serment l'avait obligé à n'engendrer aucun enfant, cela n'était pas ça qui l'avait empêché de concevoir à trois reprises avec Cersei. Le seul bémol dans toute cette histoire était qu'il ne pouvait pas être aussi proche de ses enfants qu'il l'aurait souhaité, par peur d'éveiller les soupçons.
Tyrion, qui s'était égaré dans ses pensées, fut bien vite ramené à la réalité par le cri de douleur que laissa échapper Cersei, tout en attrapant sa main, avec une force étonnante.
Elle lui semblait bien loin, la nuit où ils s'étaient abandonnés aux bras l'un de l'autre, à cause de l'ivresse provoquée par le vin, à cause de la solitude, à cause de l'ennui et certainement à cause de l'envie aussi.
Si quelqu'un lui avait dit qu'un jour, il coucherait avec sa grande sœur, il lui aurait très certainement ri au nez, et encore plus fort si cette personne avait prédit que Cersei tomberait enceinte.
Et pourtant, Tyrion était en train de tenir la main de Cersei, alors qu'elle souffrait tous les maux du monde pour faire naître leur enfant.
Si, au début, le Grand Mestre Pycelle avait protesté contre sa présence, et que Tyrion, n'ayant pas ni l'habileté de Jaime à l'épée, ni sa force, ni son charisme, et il avait fortement douté de pouvoir faire valoir son droit à être ici, mais un regard noir de Cersei avait été suffisant pour convaincre le mestre de laisser son frère entrer.
De toute façon, le crime ne pouvait guère être plus grand qu'il ne l'était déjà : mettre au monde un enfant bâtard était déjà, pour une dame de la noblesse, et pour une reine encore plus un véritable scandale, une honte pour toute sa famille, alors mettre au monde un enfant bâtard issu d'un inceste entre un frère et sa sœur, l'offense aux Sept dieux et à la morale atteignait son paroxysme. Que le père reste donc pour assister à la naissance ne pouvait choquer plus personne après ça.
Une fois que le mestre s'éloigna un peu, pour aller chercher quelque chose, ou distribuer des directives à l'armée de sages-femmes qui avaient envahi la pièce, Tyrion porta la main de sa sœur à ses lèvres, posant un baiser sur ses phalanges.
« Allez, encore un petit effort, c'est bientôt fini. »
Tyrion n'avait aucune idée de si ce qu'il avançait était vrai, mais, à en juger par le soleil qui commençait à entamer son déclin dans le ciel qui se paraît de lueur orangées et rosées, cela faisait déjà de nombreuses heures que le travail de Cersei avait commencé – il était forcément plus proche de la fin que du début, à en croire la logique des choses.
Finalement, il s'avéra qu'il avait raison.
Au moment où le soleil disparut, des cris forts résonnèrent dans les appartements de la reine.
Mestre Pycelle tenait le bébé à bout de bras, et se pressa de le déposer dans les bras en attente de sa mère, comme s'il cherchait à se dépêcher de s'en débarrasser, à croire que le nouveau-né était sali du péché de ses parents.
« Un garçon, Votre Majesté… Un garçon en bonne santé. »
Merci d'avoir lu !
