Contexte : Bonus de ma fic Juste la fin du monde.


Cersei regarde sa montre pour la énième fois, seulement pour constater que les aiguilles n'ont pas bougé de place, c'est peut-être le millième coup d'oeil qu'elle jette au cadran dans la même minute, puis à l'écran de son téléphone, il n'y a aucun coup de fil manqué, ni aucun message.

Cela fait précisément une demi-heure que Tyrion devrait être là, au café où ils se sont donné rendez-vous pour la toute première fois depuis des années, mais il n'est pas encore arrivé, habituellement, il est plutôt ponctuel.

Décidant d'attendre encore une poignée de secondes, des fois qu'il se pointe, totalement à la bourre et avec une excuse plus ou moins pourrie, elle sort son paquet de cigarettes de sa poche, et extraie une, l'allume, et commence à tirer dessus.

Elle ne s'affole même pas lorsqu'elle voit le numéro de l'hôpital s'afficher sur l'écran de son portable, elle le connaît par cœur, elle a l'habitude qu'ils l'appellent n'importe où et n'importe quand.

Mais, ce à quoi elle ne s'attend pas, c'est la raison pour laquelle ils l'appellent.

Ni une, ni deux, elle se lève, rassemble toutes ses affaires, prend sa veste, et quitte le café où elle s'était assise.

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Cersei roule aussi vite qu'elle le peut, elle ne respecte probablement pas les limitations de vitesse, et grille certainement un ou deux feux rouges, mais elle n'en a rien à faire, et se concentre uniquement sur son but.

Elle ne veut pas perdre une seconde de plus, elle doit absolument arriver à l'hôpital aussi vite que possible, Tyrion doit l'attendre, peu importe l'état dans lequel il se trouve, et, sans vraiment savoir pourquoi, ou peut-être parce que justement, elle sait parfaitement ce que c'est, ce que ça fait, d'attendre tout seul sur une chaise à l'hôpital, à regarder le monde défiler devant soi, et qu'elle ne tient vraiment pas à ce que son petit frère connaisse cette sensation amère à son tour, de voir tous les gens à deux, trois ou quatre, et d'être seul, complètement seul.

Alors elle se dépêche.

Elle court pratiquement jusqu'à l'accueil de l'hôpital, elle connaît le chemin presque par cœur, elle y est venue tellement de fois que tout ça lui est très familier, elle reconnaîtrait presque l'infirmière de l'accueil qui lui indique le chemin de la salle d'attente des urgences.

Elle se détend un peu lorsque l'infirmière des urgences lui dit que Tyrion a eu un accident de voiture et qu'il est en salle de soins, mais qu'il n'est absolument pas dans un état grave, ni même préoccupant, ce n'est rien de bien inhabituel, seulement quelques hématomes, et Cersei sent les nœuds qu'elle n'avait même pas senti se former dans sa poitrine se desserrer, savoir que son petit frère n'est pas dans un mauvais état lui procure un soulagement sans commune mesure.

Elle reprend son souffle, Tyrion va bien, tout va bien, elle n'a pas besoin de s'inquiéter, de rien.

Elle décide alors de sortir du bâtiment, qui a tout pour oppresser les gens, blanc, vide et plein à la fois, elle a besoin de quelques poignées de secondes pour reprendre ses esprits et remettre de l'ordre dans ses pensées.

Elle s'allume une cigarette, ce n'est qu'une de plus, après tout, c'est quoi, c'est rien, ce n'est pas ça qui va changer les choses, maintenant, cela n'a pas d'importance.

Cersei sursaute quand quelqu'un vient se mettre à sa hauteur, elle reconnaît l'infirmière qui l'a accueillie, et elle sait qu'elle l'a déjà vue plusieurs fois avant.

La dame doit avoir la même impression, puisqu'elle lui demande :

« Je crois vous avoir déjà vue ici, je me trompe ? »

Cersei prend une longue bouffée de sa cigarette avant de répondre :

« Je suis ce qu'on pourrait qualifier de cliente régulière de la maison. J'ai un abonnement de trois séances par semaine au service. »

Elle écrase la partie brûlée de son mégot sur un poteau à proximité, et l'infirmière la regarde faire d'un air désapprobateur.

« Et même avec ça vous continuez à fumer ? »

Cersei aurait envie de lui hurler de se mêler de ce qui la regarde, que ce ne sont ses affaires en rien, qu'elle est juste venue là pour son petit frère, pas pour se prendre une leçon de morale qu'elle a déjà entendue des centaines et des milliers de fois, c'est trop tard de toute façon et elle le sait, alors elle ne va certainement pas se priver de la goutte d'eau qu'est cet infirme plaisir dans l'océan de malheur qui a déferlé sur elle au moment où Jaime s'est tué au volant de cette putain de voiture, lui aussi, tiens, on dirait que c'est de famille.

A la place, elle se contente de hausser les épaules :

« Foutu pour foutu… »

L'infirmière semble enfin se rappeler de sa venue vers elle, puisqu'elle dit d'un coup :

« De toute manière, ce n'est pas pour ça que je suis venue vous voir. Je vous ai cherchée pour vous dire que les médecins en ont terminé avec votre frère, et que vous pouvez aller le voir, si vous le souhaitez. »

Cersei la remercie, l'infirmière a l'air de prendre ça comme une demande de prendre congé, et ça tombe bien, c'en est une.

Elle finit sa cigarette, balance ce qu'il en reste dans un cendrier, et se dirige vers l'intérieur.

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Cersei ne sait pas trop à quoi s'attendre lorsqu'elle pousse le rideau pour voir son frère, peut-être à le voir complètement défiguré, contrairement à ce que tous lui ont dit, mais il n'en est rien.

Certes, une belle ecchymose décore son œil droit, mais on a plus l'impression qu'il s'est battu avec quelqu'un qu'autre chose.

Son visage s'illumine lorsqu'il la voit, il est content de ne pas être seul. Cersei s'approche, et l'embrasse sur la joue.

« Tu es venue… »

Elle sourit, quelque chose de rare.

« Eh oui. Tu m'as peut-être posé un lapin, mais je ne l'ai pas fait. »

Dommage que son corps l'en empêche, sinon, il lui aurait probablement sauté au cou.

Mais elle voit ses yeux briller, elle comprend ce qu'il aurait envie de faire, et cela lui suffit.


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