Thème : Trône

Personnage : Narcissa Black


On n'appelle pas Chérie, celle qui prend place sur le trône. C'est ce que pensa Narcissa Malfoy devant le miroir de sa salle de bain quand son mari lui signala qu'il se rendait au ministère cet après-midi et qu'il avait ponctué sa phrase par un « Au revoir Chérie. »

Non. On n'appelle pas Chérie, celle qui est assise sur le trône. En fait, Narcissa le savait depuis longtemps. Elle l'avait compris en lisant ce livre « Alice au pays des Merveilles ». Elle l'avait volé à sa sœur Andromeda et ne le lui avait jamais rendu. Cette dernière n'avait jamais osé le lui reprendre ou même la dénoncer car dans ce cas, elle aurait dut reconnaître qu'elle l'avait acheté secrètement dans une librairie moldue. Cette lecture l'avait d'abord ennuyée et même agacée. Cette gamine qu'on trimballait d'une situation à l'autre comme une poupée était décidemment bien idiote et les personnages qu'elle rencontrait plus stupides les uns que les autres. Elle allait presque refermer le livre quand était apparue cette femme cruelle et sans pitié vêtue de rouge : La Reine de Cœur. Elle était crainte de tous, même de son mari, un tout petit Roi totalement effacé et soumis. Colérique, elle ne s'encombrait pas de difficultés et disait « -Qu'on lui coupe la tête ! », sans même lever les yeux. Narcissa fut fascinée. Elle avait le plus grand respect pour la noble et très ancienne maison des Black mais son quotidien était ennuyeux et maintenant, elle savait pourquoi. Malgré leur position, ses parents ne voyaient pas grand monde, juste quelques sorciers notables qui venaient prendre le thé de temps à autre. Ils manquaient d'ambition et il valait mieux ne pas penser à Andromeda qui voulait presque vivre avec les moldus. Il y avait bien Bellatrix qui semblait partager ce sentiment mais cette dernière ne savait pas encore quoi en faire. Narcissa ne voulait pas d'une vie de petite aristocrate. Elle voulait plus. Elle voulait être une Reine. Elle voulait un trône et elle comptait bien aller le chercher.

La première étape avait été de réussir brillamment une grande école, Poudlard, ce qui lui conférerait une crédibilité inconstatable dans ce milieu où les titres ont autant de valeur que le sang. La deuxième consistait à se marier à un homme de sang-pur et fortuné. Elle avait une image très précise de ce qu'elle voulait. Elle refusé d'ailleurs la proposition des Lestrange qui s'étaient alors tournés vers Bellatrix. Ni Rodolphus, ni Rabastan ne lui convenait. La perle rare s'était alors rapidement présentée à elle. Grand, blond, riche et ancien élève de Serpentard, elle était même surprise de ne pas l'avoir remarqué plus tôt. C'était celui qu'elle cherchait. Il présentait bien, parlait bien et avec répartie mais Narcissa remarqua dans ces yeux gris cette petite pépite qui le rendait si spéciale pour elle et qui ferait de Lucius Malefoy un roi idéal: une inavouable lâcheté. Ainsi, elle avait pu pénétrer dans des sphères plus élevées et œuvrer dans l'ombre à la position de sa famille, enfin plutôt sa position.

Elle avait rapidement appris les rudiments de ce monde-là, comme ces soirées mondaines dans les manoirs somptueux et sur les bateaux hors de prix, où l'on se rencontre, s'allie, complote et se trahit. Elle connaissait ces liens faussement d'amitiés qui sont des liens de cupidité et de corruption. Narcissa assistait à toutes ces transactions et guidait Lucius dans l'ombre. Elle adorait les calculs, rechercher les faiblesses, écarter les plus faibles et faire partie des forts. Rien ne se décidait sans son accord. Elle manœuvrait dans ces eaux troubles et d'un regard entendu, elle concluait les petits arrangements qui défient l'intérêt général et servent les affaires de quelques-uns. Elle ne connaissait que trop bien ce sentiment d'impunité dont les gens ordinaires ne pouvaient saisir l'ampleur.

Dans ce jeu, les relations étaient capitales. Il fallait bien les choisir. Le Seigneur des Ténèbres en avait été une. Narcissa y avait vu un projet prometteur, un monde nouveau où elle pourrait avoir une place de choix mais elle avait aussi envisagé la possibilité de sa chute et veiller à éviter de laisser des éléments trop compromettants. Elle avait eu raison. Malheureusement, ce grand sorcier avait disparu et son projet avec lui mais sans entraîner dans sa chute, ni elle, ni son œuvre, ni sa famille. Mis à part Bellatrix. Narcissa dévia presque avec son rouge à lèvre en pensant à elle. Elle aimait sa sœur mais elle devait bien avouer qu'elle était quand même très encombrante à présent depuis qu'elle était à Azkaban. Fort heureusement, la presse la nommait toujours « Bellatrix Lestrange » (et non Black) et insistait davantage sur le couple sulfureux qu'elle formait avec Rodolphus et ses crimes que sur le reste de sa famille. Cependant, il avait tout de même fallut que Narcissa se retire quelques temps. Cet isolement était insupportable et chaque jour, elle se répétait que c'était la faute de Bellatrix.

Bellatrix… Narcissa n'avait jamais compris ni quel feu pouvait bien l'animer, ni pourquoi elle avait pris autant de risques. Sa sœur avait suivi le seigneur des Ténèbres dans la plus grande dévotion. C'est bien cela qui l'avait mené en prison, la réduisant à une simple femme dont la loyauté confine à la folie. Elle avait obéi aveuglement à tous ses ordres pour qu'il la voit comme sa plus fidèle mangemort et retrouver dans ses yeux la reconnaissance qu'elle pensait mériter. Comme si elle n'avait jamais rien connu d'autres. Ça ressemblait presque à de l'amour. Narcissa grimaça de dégoût dans son miroir. Pour elle, c'était une pauvre et faible raison.

Elle termina sa coiffure, en pensant que sa réputation n'était pas sortie indemne de cette histoire et qu'il fallait recoller les morceaux. Ce serait un long travail mais Narcissa était une femme patiente. D'ailleurs la soirée qui aurait lieu aujourd'hui au manoir des Malefoy serait un premier pas pour son grand retour. Parmi les invités, il y aurait le nouveau Ministre de la Magie. Ce serait sa renaissance. Il fallait d'ailleurs qu'elle aille s'assurer de l'état d'avancement de son elfe de maison. Elle quitta la salle de bain et se rendit d'abord dans la pièce qui abritait son plus précieux trésor, son nouvel atout de charme, son fils Drago. Il avait à présent cinq mois et il était temps de le présenter officiellement. Il serait l'élément central de ce gala. Elle embrassa le front pâle du nourrisson endormi en lui murmurant « Maman compte sur toi ». Elle alla ensuite dans son dressing où elle choisit sans hésiter sa longue robe rouge.

Elle reprenait ce soir son irrésistible ascension. Il était temps de rencontrer ce nouveau Ministre de la Magie et de s'en faire un allié. Elle avait été Narcissa Black. Elle était Narcissa Malefoy. Un jour, elle serait crainte comme une reine et elle verrait les sorciers ramper sur le carrelage du manoir.

Quant à ceux qui ne la suivraient pas… Elle pensa: "Qu'on leur coupe la tête."