Thème : Prix

Personnage : Albus Dumbledore


« Le problème avec toi Albus, c'est que tu veux le plus grand bien mais que tu n'es pas prêt à en payer le prix. »

C'est la dernière chose que Gellert Grindelwald avait dit à Albus Dumbledore derrière les barreaux de sa prison à Nurmengard. Albus n'avait plus les idées claires. Depuis quand était-il dans cette grotte avec Harry ? Et combien de gorgées devrait-il encore boire de ce liquide qui lui faisait perdre la raison. Il se laissa aller sur un rocher de l'île et parcourut des yeux cette caverne où jadis, Tom Jedusor avait terrorisé de l'orphelinat où il avait grandi. C'est aussi là qu'il avait caché un des morceaux de son âme pour demeurer à jamais. Albus avait trouvé curieux que Tom ait choisi un endroit aussi évident et mentionné dans de nombreux rapports le concernant. Il avait fini par comprendre. Le jeune et solitaire Tom, ce garçon qu'on avait abandonné à la naissance et privé de tendresse était venu dans cette caverne et en était ressorti changé à jamais. Et contrairement, à ce que certains pourraient penser, le garçon n'avait pas appris le mal ce jour-là en malmenant ses camarades. C'était en réalité bien pire que cela. Dans cette caverne, Tom avait appris le pouvoir. Et le bonheur de soumettre ceux qui étaient bien trop faibles pour le rechercher. Son existence avait toujours été vide et c'était ici que pour la première fois, il s'était sentit vivant.

« Vivant ». Ce mot tournait dans la tête d'Albus quand le jeune Harry lui amena encore une fois cet affreux liquide. Il protesta mais le jeune homme qui suivait les directives à la lettre le força à boire tout en s'excusant. « Vivant ». Quand s'était-il senti vivant pour la dernière fois ? Avec une vie aussi remplie que celle d'Albus, ça ne devrait pas être difficile à trouver mais ce dernier ne voyait pas les choses ainsi. Se sentir vivant n'avait pour Albus que peu en commun avec un combat intense, le bonheur d'une journée ensoleillée, l'angoisse d'une perte ou un simple baiser. Tout ça était bien trop fade et ordinaire, rien à côté de se tenir près de quelqu'un et endurer un brasier terrible juste à cause de la certitude de partager le même air. Rien à côté du moment où cette personne vous regarde, même à travers les barreaux d'une prison et qu'instantanément vous avez la sensation qu'il vous touche.

« Tu veux le plus grand bien mais que tu n'es pas prêt à en payer le prix. » Cette phrase revint dans l'esprit d'Albus. Il fit non de la tête. Non, ce n'était pas vrai. Il y avait bien eu un prix. Tout d'abord sa mère. Trop concentré sur ses études et ses projets, il l'avait laissée seule affronter les crises de fureur de sa sœur Ariana qui ne contrôlait plus ses pouvoirs et l'une d'elle avait fini par avoir raison de Kendra Dumbledore. Dans sa quête, il avait ensuite perdu son adorée Ariana, la seule mort qui aurait pu le détourner de Gellert. Et juste après, il avait perdu Abelforth qui ne le lui avait jamais pardonné. Et puis il avait donné Gellert. Il s'en était séparé définitivement en 1945 quand il l'avait fait enfermer au château de Nurmengard. C'était nécessaire. Une offrande pour « le plus grand bien ». Malgré la rancœur et le ressentiment accumulés, Gellert avait été un lourd tribut car en donnant cet homme, Albus avait donné son cœur et donc tout ce qui le faisait se sentir vivant. Il devrait se contenter de l'être tout simplement. Juste vivre et avancer. Il avait laissé bien d'autres âmes sur sa route mais son esprit s'embrumait et il ne parvenait pas à se souvenir de tous les noms.

Gellert avait tort. Albus avait payé.

Dans un instant de folie, il avait même espéré récupérer sa mise en enfilant la bague des Gaunt qui renfermait la Pierre de Résurrection. Mais la mort n'est pas dupée aussi facilement et les fraudeurs le paient très cher. Vouloir à tout prix revoir Ariana, juste un seul instant l'avait perdu. Albus n'avait à présent plus que quelques mois, selon Severus qui s'occuperait de l'achever. « Un acte de compassion et non un crime. », c'est ce qu'Albus lui avait dit pour qu'il comprenne bien ce que c'était nécessaire. Severus... Lui aussi faisait partie du prix à payer. C'était un dégât collatéral, un pion qu'il avait pu manier par sa culpabilité et sa souffrance.

Ses yeux se posèrent alors sur Harry qui reprenait encore du liquide de la bassine. Il l'aurait sacrifié lui aussi. Il était un Hocruxe involontaire de Tom Jedusor et il semblait évident qu'il faudrait l'éliminer tôt ou tard. Sans la mort d'Harry, Voldemort ne partirait jamais. Harry… Il avait commis des erreurs le concernant. Il l'avait bien trop ménagé. Durant longtemps, il s'était soucié davantage de son bonheur et de sa tranquillité d'esprit que de le préparer au projet qui l'attendait. Mais tout allait bien se passer à présent. Même s'il allait bientôt partir, tout était prêt. Severus serait là pour que le garçon accomplisse sa partie du plan et qu'il ne comprenne la vérité qu'au tout dernier instant. Le plan ne reposait que sur eux ou plutôt l'amour de l'un porté à sa seule amie et la détermination de l'autre bâtie sur l'amour que lui portaient ses parents.

Albus but encore une dernière gorgée du liquide apporté par Harry. Il y avait comme une odeur de mort. Il eut cette intuition qu'il partirait aujourd'hui. Il n'avait pas peur. Il eut presque envie de sourire. Car il savait qu'Ariana serait là. Elle l'attendrait de l'autre côté pour l'accueillir. Elle se tiendrait debout devant lui et le regarderait de ses grands yeux clairs. Et là, elle dirait :

« Alors, combien ça t'a coûté ? »

Et il lui répondrait :

« Tout ce que j'avais. »