Thème : Griffe
Personnage : Gellert Grindelwald
Le soleil s'approchait de l'horizon quand Gellert aperçut enfin cette petite plage enclavée qu'il avait repéré sur une carte quelques jours auparavant. Il modifia immédiatement la position du gouvernail et de la petite voile du bateau et laissa les vagues et le vent pousser l'embarcation vers la destination. Albus dormait profondément. Les recherches avaient commencé très tôt dans ce grand lac situé au nord de la Carélie et après avoir tourné durant des heures autour des nombreux îlots sans parvenir à établir le moindre repère, le jeune homme avait commencé à éprouver un grand découragement. Et comme Gellert avait refusé de faire marche arrière, Albus avait simplement cessé de coopérer et s'était résigné à rester en boule dans un coin du petit bateau, sommant à son compagnon de le réveiller quand il se déciderait à rentrer. Le grand blond ne voulait pas s'avouer vaincu mais avait encore erré de longues heures sur les eaux calmes. La découverte de la plage était un coup de chance ou plutôt la conséquence de sa détermination à naviguer dans le vide, regardant à peine la carte et distrait par la respiration profonde et insolente d'Albus. Ce dernier sursauta quand l'embarcation accosta sur sable. Il se redressa et quand il eut rassemblé ses esprits, il comprit rapidement qu'ils n'étaient pas revenus au point de départ. Il regarda Gellert et lui sourit pour répondre à son petit air satisfait qu'il connaissait si bien et qui lui disait « Alors, je te l'avais bien dit, non ? ». Cependant, son visage changea quand il regarda l'horizon:
« Gellert, il va faire nuit…
-On dormira ici, j'ai pris la tente, répondit alors Gellert avec assurance. »
Il ne laissa pas le temps à Albus de répliquer sur le fait que la nuit serait sûrement glaciale et ajouta :
« Il y a une couverture dans le bateau mais ça tu es bien placé pour le savoir, non ? »
Puis il lui fit signe de l'aider à tirer l'embarcation sur le sable. Ils étaient arrivés à destination et c'est tout ce qui comptait. Les détails de la nuit étaient bien peu de choses, que ce soit le froid et l'humidité de l'endroit ou encore le fait qu'il n'y avait qu'une seule couverture et qu'elle n'était pas si grande que ça.
La plage était la première étape du voyage. Il fallait à présent pénétrer dans la petite grotte qui se présentait devant eux. Ils entrèrent dans la caverne et là, quelques mètres plus loin, dans la lumière du jour mourant, ils le virent. Ils virent ce qu'ils avaient cherché durant un mois, ce qui leur permettait d'accomplir la mission qu'ils s'étaient fixés. Grand et majestueux, l'objet se tenait devant eux. Le Miroir du Rised. Celui qui révélait les désirs les plus profonds de ceux qui le regardaient. Celui où seule la mort pouvait contempler son reflet et l'indice indispensable pour retrouver les reliques qu'elle avait laissées sur cette terre. Beaucoup de sorciers qui s'étaient trop attardés devant lui étaient devenus fous de désespoir. Ce miroir révélait les besoins les plus secrets mais il n'apportait ni une vision de l'avenir, ni la connaissance, ni la vérité. Il affamait mais sans jamais rassasier et cette faim pouvait vous dévorer. On l'avait caché pour ça, à défaut de le détruire. On l'avait exilé pour sa cruauté. Quand Gellert se posta devant le miroir, il comprit que tous ces gens avaient tort. Ce miroir n'avait rien de cruel. C'était le monde qui était devenu cruel à partir du moment où il avait poussé les sorciers à laisser derrière eux quelque chose de beau pour quelque chose de réaliste. À la minute où il vit son reflet dans le Miroir du Rised, il sut que rien ne pourrait jamais l'arrêter. Il ne se contenterait pas de ce monde qu'on lui avait légué. Il le changerait radicalement. Il le rendrait beau. Il entendit la voix d'Albus qui était resté silencieux à ses côtés :
« Que vois-tu, Gellert ?
-Même si je te le décrivais, tu ne pourrais pas comprendre, s'exclama Gellert, C'est juste inconcevable. Mais je pense que toi et moi voyons la même chose de toute façon. »
Un nouveau silence s'installa et Albus finit par répondre avec lassitude :
« Oui, sûrement. Je vais monter la tente. »
Gellert resta encore un instant devant le Miroir du Rised qu'il emmènerait demain avant de se décider à rejoindre Albus hors de la grotte. Ce monde qu'il haïssait brisait les sorciers comme les faibles vagues qui venaient mourir sur cette plage. Et l'ordre établi était cette marée noire où s'engluaient les rêves et la grandeur dans l'océan des concessions faites avec le monde des moldus. À partir de cet instant, Gellert n'en ferait plus. Rien ne pourrait plus le retenir. Il serait libre et il rendrait tous les sorciers libres. Ce monde ne le garderait plus dans cette prison étouffante, à l'abri des regards, sous son joug, derrière ces murailles humiliantes. Entre ses griffes.
