Thème : Echelle

Personnage : Neville Londubat


Neville ne savait plus vraiment depuis quand il était assis les restes du mur nord de la cour intérieure. De son point d'observation, le jeune homme avait vu durant de longues heures les nombreuses allers et venues des Aurors procédant à des arrestations, le ballet incessant des guérisseurs de Sainte Mangouste qui évacuaient les blessés et le passage éphémère des mines tantôt soulagées, tantôt défaites de ceux venus demander des nouvelles de leurs proches. Il avait aussi aperçu Argus Rusard, errant parmi les débris du château. Avec Miss Teigne à ses côtés, il avait constaté avec effroi l'étendue des dégâts comme quelqu'un qui revenait sur les lieux d'une catastrophe naturelle. Finalement, de l'agitation perpétuelle et des robes noires des sorciers, il n'était resté que des ombres découpant la lueur des torches, accompagnées parfois de sanglots, de soupirs ou de cris. Puis, ce fut le silence. Neville réalisa alors qu'il était resté là toute la nuit. Le ciel devenait clair et les étoiles avaient disparus mais le soleil n'était pas encore perceptible. C'était l'aube.

Quelques sorciers traversaient la cour de temps en temps, le saluant parfois discrètement, d'un mouvement de tête ou d'un sourire. Neville n'aurait pas pu dresser la liste de ceux qui avaient combattu dans l'enceinte de Poudlard. Cependant, il pouvait sans mal les reconnaître, rien qu'en croisant leur regard car ils avaient tous cet air fatigué et surtout cette petite lueur presque éteinte au creux des pupilles, un peu comme la dernière étincelle d'une bougie que l'on souffle, un mélange étrange fait d'espoir et de lassitude, un dernier vestige de la peur ou l'ultime frontière entre le renouveau et la folie. Cette lutte les tous avait changés et... Tout le monde ne s'en remettrait pas. C'est ce que Neville pensa quand Georges Weasley passa non loin de lui sans le voir, jetant des coups d'œil saccadés de tout côté, vérifiant que la pierre qui venait de rouler était vraiment du fait d'un rat, constatant qu'un éclat de rire provenait bien d'un petit garçon et réalisant que les pas résonnant derrière lui n'étaient que l'écho des siens. Georges n'avait probablement pas dormi de la nuit et resta agité ainsi un long moment. Neville l'observa sans rien dire et fut soulagé de voir Bill Weasley accourir pour récupérer son frère ou plutôt le fantôme qui avait pour le moment pris sa place.

Neville se retrouva soudainement seul et le soleil se leva enfin. Une nouvelle journée commençait. La première journée de paix. Hier, ils avaient faits quelque chose de grand et Neville était bien le dernier à y croire. Car bien peu étaient ceux qui avaient cru en lui. Il avait toujours été une source de déception. Tout d'abord pour sa famille qui l'avait pris pour un cracmol durant son enfance. Il se souvenait encore des tentatives désespérées de son oncle Algie qui avait tout fait pour provoquer une réaction magique chez lui. Des souvenirs pénibles lui revenaient alors en mémoire comme ce jour où l'homme l'avait poussé du bout de la jetée de Blackpool. Il avait bien failli se noyer. Mais le pire moment qu'il avait encore à l'esprit était sans aucun doute ce jour où il était monté en haut d'une échelle pour cueillir des cerises et que son oncle Algie avait frénétiquement commencé à secouer l'escabelle de toutes ses forces. Neville se rappelait parfaitement des tremblements parcourant son corps, de ses mains serrant les barreaux de l'échelle, de ses jambes pendant dans le vide et de sa respiration rapide. Il entendait encore entre ses doigts le craquement du frêle échelon qui avait brutalement cédé, l'entraînant dans une chute inévitable et douloureuse. Il n'avait plus aimé les hauteurs depuis ce jour-là. Il était resté au bas de l'échelle dans tous les sens du terme. Il avait ainsi provoqué par la suite la déception des professeurs à Poudlard qui ne s'attendaient pas à ce que « le fils de Frank et Alice » soit un élève si moyen et si maladroit. Malgré ses efforts, Neville n'était jamais parvenu à égaler ces sorciers fabuleux qu'étaient ses parents. Chaque cours avait alors été une épreuve, particulièrement celui des potions où il était loin d'exceller. Il n'y avait que la serre où il pouvait échapper aux soupirs, aux murmures et à la gêne des professeurs qui devaient le corriger encore et encore. Ses efforts ne lui permettaient pas d'aller très loin et il restait presque cantonné premier échelon. Il n'était pas assez doué pour aller plus haut, pas assez fort pour faire mieux. Il s'était finalement déçu lui-même. Seul au milieu des aubépines et des sorbiers de Madame Chourave, il avait espéré prendre racine, s'enfoncer sous terre comme un bulbe et y rester. Il n'était pas digne du sacrifice de ses parents. Mais Neville n'avait jamais vraiment abandonné. Entraîné par des amis comme Harry, Ron, Hermione, Ginny et Luna, il avait continué de grimper même si c'était pénible. Petit à petit. Échelon par échelon. Il y en avait eu d'autres qui avaient voulu le faire tomber comme Dolores Ombrage, Bellatrix Lestrange et les Carrow. Malgré les attaques, la peur du vide et les risques de chute, il s'était cramponné à cette échelle. Face à Lord Voldemort, il était arrivé en haut.

Un cri strident et sonore retentit au-dessus de la tête de Neville qui sursauta. Il s'en suivit un chant d'oiseau mélodieux. le jeune homme écarquilla les yeux quand il reconnut l'animal qui déployait ses ailes. C'était Fumseck... Fumseck était revenu. Il avait quitté le château peu après la mort d'Albus Dumbledore et nul ne l'avait revu après. Son chant résonnait à présent à travers les murs, aussi beau que triste, apaisant la douleur, inspirant courage et redonnant espoir. Neville sourit et se leva sur son mur pour observer le vol du majestueux phénix.

Au sommet de son échelle, Neville n'avait plus peur de la hauteur et à présent, il fallait juste qu'il apprenne à voler.