Thème: Maman
Personnage: Molly Weasley
"Même si l'amour était un poison, on en boirait." La mère de Molly l'avait souvent dit. Ce n'était pas vraiment un bon mot adressé aux autres, mais plutôt une note pour elle-même ou un rappel pour plus tard. Cette phrase était parfois précédée ou suivie d'un juron que Molly faisait semblant de ne pas entendre car elle savait que ce n'était pas une bonne façon de parler.
Cette phrase, sa mère l'avait dit quand elle était montée sur le toit récupérer le chien de la maison sous les pleurs de son fils ainé. Elle l'avait soufflée un soir, épuisée après s'être acharnée à préparer un repas de Noël pour sa belle-famille et la tante Muriel. Elle l'avait hurlé le jour suivant en tirant à la carabine sur un énorme loup qui avait surgi dans le jardin et sauté en direction de Molly. Elle l'avait écrit avec la liste des fournitures à acheter au Chemin de Traverse. Elle l'avait marmonné sur le quai de la gare 9 3/4 en laissant ses trois enfants monter dans le train vers Poudlard. Un chaud après-midi d'été, elle l'avait chuchoté alors qu'elle préparait les médicaments pour son mari, encore tombé malade. Elle l'avait sûrement pensé très fort en posant ses cendres sur la cheminée après la cérémonie. Elle l'avait crié ce matin froid où elle avait grimpé au vieux chêne du jardin pour chercher son fils cadet coincé au sommet. Elle l'avait dit tout bas à Molly ce fameux soir où elle avait ramené Arthur Weasley à la maison. Et elle le lui avait répété près de l'autel le jour de son mariage. Elle l'avait sangloté en enterrant ses fils assassinés par des mangemorts. Elle l'avait chanté doucement en prenant son petit-fils Bill dans ses bras. Elle l'avait toussé au téléphone quand Molly avait pris de ses nouvelles après ses examens à Sainte-Mangouste. Elle l'avait soupiré en consolant sa fille qui n'acceptait pas le diagnostic des médecins. Et dans l'obscurité de sa chambre, Molly était sûre que sa mère l'avait respiré, à bout de force, juste avant de s'endormir dans son dernier sommeil. Elle était partie ainsi, paisiblement, enivrée par ce poison qu'elle adorait.
Bien qu'elle eût beaucoup de chagrin à la mort de son père et de ses frères, Molly avait bien dû admettre qu'une tristesse bien plus grande l'avait envahie en refermant le cercueil sur le corps immobile de sa mère. Car pour la première fois, elle pleurait sans elle.
Alors qu'elle faisait face à Bellatrix Lestrange, Molly pensait ainsi à sa mère dont elle avait suivi les traces sans s'en rendre compte. En grandissant, elle était devenue comme elle une grande femme rousse. Et comme elle, après s'être mariée, on l'avait appelé « madame ». Quand elle avait eu ses enfants, elle était à son tour devenue « maman ». Au fil des années, elle avait changé et était devenue vieille. Si elle avait perdu Arthur, elle serait, elle aussi, devenue une « veuve ». Mais surtout, comme sa mère, Molly avait perdu un fils et pour ça, il n'y avait pas de mots...
Elle sentait un poids terrible qui écrasait sa poitrine et doutait que cette sensation disparaisse un jour. Molly avait aimé tous ses enfants, même avant de les voir. Elle avait adoré le plus petit pour qu'il grandisse, les moins sages qui l'avait impressionnée, celui qu'on avait blessé jusqu'à ce qui guérisse, celui qui vivait loin, celle qui lui avait tenu tête, celui qui était parti. Et elle les aimerait tous jusqu'à son dernier souffle. Son amour était comme l'air. Imperceptible jusqu'à ce qu'on en manque. Plus haut que les nuages. Plus profond que l'océan. C'est pourquoi cette douleur était intense. Mais aujourd'hui, Molly ne voulait pas abandonner ici. Elle voulait survivre à cette guerre qui lui avait tant pris. Elle voulait survivre pour pouvoir donner encore plus.
Et Bellatrix Lestrange qui se tenait en face d'elle ne le comprenait pas. La terrible sorcière menaçait de la tuer devant sa famille. Elle ne voyait en Molly Weasley qu'une femme affaiblie par son amour maternel, quelqu'un à peine digne de pouvoir la regarder et qu'elle écraserait comme tous les autres.
Bellatrix était une sorcière puissante et une combattante expérimentée. Mais Molly était une mère. Cet amour n'était pas une faiblesse car c'était ce pour quoi elle jetterait toutes ses forces pour le défendre. Elle ne sera jamais aussi impétueuse qu'à cet instant. Ce soir, ce que disait sa mère n'était plus un simple dicton appris par cœur. C'était un avertissement. Et Bellatrix avait décidé de l'ignorer. Soit. Molly était plus courageuse qu'elle paraissait, plus forte qu'elle semblait, plus déterminée qu'on pensait. Et alors qu'elle s'apprêtait à combattre, elle savait au plus profond de ces entrailles qui avait porté les êtres les plus précieux qu'elle avait que même si l'amour était un poison…
Elle le boirait.
