Thème : chaleur

Personnage : Fumseck


Un phénix ne connait pas le froid. Même quand il meurt, c'est le feu destructeur qui le terrasse. Ensuite, c'est la cendre et le noir et puis de nouveau, la lumière et la vie. Ainsi est le cycle. Fumseck le vit depuis ce jour à Heliopolis où un brasier l'a vu naître deux millénaires auparavant. Et même après tout ce temps, il n'a jamais éprouvé cette sensation qui fait grelotter les autres êtres quand l'hiver arrive.

Pourtant, le phénix a connu bien choses. Il y a bien des lieux qu'il a visités, bien des soleils qu'il a vus se lever et se coucher, bien des chants qu'il a entendus, bien des hommes qu'il a côtoyés mais aussi bien des vies qu'il a oubliés. C'est inévitable. Sinon son esprit s'écroulerait sous le poids des souvenirs. Il ne se rappelle parfaitement que de son tout premier cycle sous le soleil égyptien. Le reste est flou car à chaque mort, ses souvenirs les plus anciens s'effacent petit à petit, comme un foyer qui se consume. Après 59 ans aux côtés d'Albus Dumbledore, Fumseck peine déjà à se rappeler de la personne qui l'a précédée. Il se souvient néanmoins que Yelena était une grande femme brune et fière avec de petits yeux verts et brillants. Il est a peu près certain qu'elle riait fort et qu'elle l'emmenait souvent avec elle en bateau pour aller… pour aller… il ne sait plus. Il finira de toute façon par ne plus rien savoir d'elle. Il ne conservera qu'une seule chose : sa chaleur, intense et versatile. Cette chaleur est unique à chacun de ses compagnons. Fumseck en a des milliers en mémoire. C'est peut-être pour ça qu'un phénix n'a jamais froid.

Aujourd'hui, Albus Dumbledore lui a dit adieu. Il part avec Harry Potter dans une caverne et il ne reviendra pas. L'homme lui a dit de ne pas intervenir dans ses affaires, quoi qu'il arrive. Sur son perchoir, Fumseck n'a toujours pas pu se résoudre à quitter le bureau du directeur de Poudlard. Abandonné, il pleure mais ses larmes ne peuvent guérir cette souffrance qui vient avec le deuil et la solitude. Seul le temps le réconfortera quand les cycles viendront petit à petit effacer le visage du vieux sorcier, comme ils ont effacé sa vie avec Yelena pour ne laisser d'Albus que cette chaleur douce et sucrée.

Dans quelques heures, Fumseck prendra néanmoins son envol pour chanter sa complainte et puis il s'en ira d'ici, en quête d'une nouvelle vie, faite de mort, de renaissance et d'oubli. Il sent que son cycle sera court cette fois-ci. Il ne tiendra que quelques mois, tout au plus. Cependant, le phénix ne craint pas la mort et ce n'est pas parce qu'il est certain d'en revenir. Bien au contraire, il apprécie chacune de ses fins de vie. Car quand le feu le consume, il y a cette fraction de seconde où vient l'obscurité mais où il sent la chaleur de tous ceux qui l'ont aimé. Ils sont comme des étoiles dans son ciel noir. C'est le seul moment où il peut tous les retrouver, juste avant que l'aveuglante lumière ne l'arrache de ce lieu hors du temps et ne le rappelle à la vie.