Bonjour! C'est la première fic que j'écris alors je suis un peu nerveuse. Il s'agit d'un Destiel se passant dans notre univers lorsqu'ils sont encore adolescents. Dean a 17 ans et Castiel 16. C'est une fic que j'ai mise en "mature" puisqu'elle abordera des thèmes difficiles tel que le meurtre, la maltraitance infantile, le harcèlement... Promis, j'essaierais de ne pas les faire trop souffrir.

Évidemment les personnages ne m'appartiennent pas et je ne tire aucun profit de cette fic.

Dean Winchester adressa un regard au jeune homme endormi sur le siège passager. Dehors, la route, long serpent de béton avalait le paysage avec avidité. Le jour tombait et Castiel n'était toujours pas réveillé. Sa frange tombait bizarrement sur son front et sa veste était toute tâchée de sang. Cette vision était décalé avec le Castiel de l'Académie, consciencieux et propre sur lui. Il essaya de ne pas regarder dans le rétroviseur le coffre de la voiture, là où reposait tout ce qu'il avait gâché dans sa vie. Un mélange de colère et de terreur lui tordit le ventre. Et Castiel qui dormait pendant que lui conduisait, et essayait de les sortir de la panade, il eut envie de l'étrangler avec sa ceinture de sécurité. Ses mains serrèrent fort le volant jusqu'à ce que ses jointures blanchirent. "Tu es si pathétique, une vraie petite fiotte inutile." se dit-il, autant à lui qu'à Castiel. Contre sa chemise, la crosse des son revolver traçait des plis inhabituels. L'arme reposait, brûlante contre sa peau, rassurante. "Si il devient un poids pour toi, tues-le. Tues-le avant que sa faiblesse ne te tue. Tout ce qui te ralentis doit-être éliminé." Sa tête, remplie de la voix de son père, le lançait. À l'intérieur des dizaines de pensées se percutaient comme des météores. Il n'avait jamais été bon pour les plans, mais ce genre de situation nécessitait de ne pas foncer tête baissée comme à son habitude. Il se força à les démêler et à jeter ce qui lui était inutile, établissant une liste de priorités: se débarrasser du cadavre de Brendol et de la voiture, trouver de nouveaux vêtements, de nouveaux papiers d'identité et disparaître le plus loin possible. Castiel balbutia dans son sommeil, les sourcils froncés.

L'Impala ralentit et s'arrêta sur la bande d'arrêt d'urgence. Il ouvrit la portière. Son regard accrocha celui de Castiel Novak. Sa première réaction fut de décortiquer son expression, mis à part le sang qui maculait sa veste et son teint verdâtre, rien ne laissait deviner les évènements dont il avait été témoin.
Son visage était tourné vers le sol, Hux remarqua qu'il évitait son regard. Castiel avait toujours admiré Dean, surtout depuis que celui-ci l'avait pris sous son aile à l'Académie. Le fait qu'il puisse détourner le regard en sa présence l'irritait et l'inquiétait.

"Le corps... tu l'as..." commença Castiel, avant de s'arrêter hésitant.

Dean grimaça, avant de répondre cinglant, que non il ne s'était pas débarrasser du corps et que Castiel l'aurais su si il n'avait pas passé son temps à dormir.
Castiel ne répondit pas, se tournant du côté de la fenêtre pour observer le paysage. D'une manière générale Castiel avait toujours été très conciliant à son égard, supportant son caractère exécrable et ses remarques cinglantes. Plus d'un à sa place aurait craqué. Mais pas lui.
En plus de sa résistance, Castiel était compétant et loyal, autant de qualités que Dean estimait. Pourtant, il sentit un noyau de haine bien familier remuer dans son ventre comme un serpent. Aujourd'hui cette passivité apparente le répugnait, il eu tout à coup envie de le prendre par les épaules et de le secouer pour le faire réagir, ou de le gifler violemment. Cette pensée déferla en lui avec la violence d'une vague.
Il ouvrit brusquement la portière, marmonnant qu'il avait besoin de prendre l'air. Castiel hocha distraitement la tête, le regard résolument tourné vers la fenêtre. L'adolescent fit quelques pas, assez pour traverser la frontière ténue entre le monde des hommes et celui des bois. Les arbres déployaient leur branches loin au-dessus de sa tête, pointant leurs doigts minces vers le ciel assombri. Après des heures passées dans le silence de l'habitacle, les bruits de la forêt étaient un baume à ses oreilles. Il inspira profondément, desserrant ses points, détendant tout les muscles de son visage. Il sentit la vague de violence se retirer petit à petit.
Dans son dos une branche craqua, les sens en alerte, il se retourna pour trouver Castiel. Ce dernier arriva à sa hauteur, une expression douloureuse sur le visage.

"Excuse moi de m'être endormi, et de t'avoir laissé affronter ça tout seul.

- Non ne t'excuse pas, tu en avais besoin. répondit-il, les lèvres pincées. Castiel avait toujours eu cette étrange capacité à comprendre ses sentiments, là où les autres ne percevaient qu'un regard dur. Cela avait le don de fasciner Dean autant que de l'agacer.

- Je peux prendre le relais maintenant, si tu veux te reposer. dit Castiel en désignant la voiture.

- Non, on devrait d'abord se débarrasser de lui avant que Bébé ne se mette à empester." Il n'avait aucune envie que Castiel conduise l'Impala, même si c'était Castiel. Cette pensée était absurde puisqu'ils seraient de toute façon obligé de se débarrasser de Bébé même si c'était un crève-cœur.

Son acolyte croisa enfin son regard avant d'acquiescer, ses yeux perçants avaient retrouvé leur détermination habituelle. Cela soulagea un peu Dean. Ces dernières heures, sa vie avait prit une tournure particulièrement sinistre. Mais il avait pourtant une donnée invariable dans son univers, c'était le sérieux et la loyauté de Castiel. Dean fut surprit de se sentir réconforté à cette pensée. Il s'accrocha à cette sensation de toute ses forces.
Avec la grâce d'une septuagénaire rhumatisante, ils sortirent le corps du coffre et le traînèrent à la lisière de la forêt.
Le cadavre était gelé sous ses mains, le sang avait séché autours de ses lèvres, le long de ses pommettes la peau était pâle, presque brillante dans l'obscurité. Dean détailla avec fascination le visage crispé, les motifs que le sang avait tracé dans sa barbe. C'était un corps d'homme qu'il portait. C'était un corps qui était sorti du ventre de sa mère, qui avait souffert du froid et de la faim, qui avait bandé tout ses muscles avant le départ d'une course, qui avait fait l'amour, qui avait digéré après un repas, qui avait porté du parfum, qui s'était habillé avant un rendez-vous…

C'était un corps mort.

Il se rappela toutes les fois où il avait saignés pour lui, où il s'était dépassé pour le satisfaire, espérant le rendre fier. C'était juste un corps mort. Le sang avait coulé pareil que pour un autre, la chaire ce n'était rien d'autres que de la chaire. Son père n'était pas un dieu, il n'était pas immortel et Dean l'avait battu. C'était comme si toute son existence reposait sur un mensonge, et il ne s'en rendait compte que maintenant.
Son regard fasciné détailla ensuite son camarade qui peinait sous le poids du cadavre. La lumière de la lune peignait des éclaboussures sur son visage. Castiel suait à grosse goutte et avait les vêtements couverts de sang.
Ils marchèrent une heure dans la forêt, le temps de s'éloigner suffisamment de la route et du monde des hommes. Au loin, un brame d'élan retentit, presque palpable dans l'obscurité. Ils déposèrent péniblement le cadavre à terre Sans même se regarder, les deux adolescents commencèrent à creuser le sol humide de la forêt à l'aide de pierres et de leurs ongles. Dean essaya d'oublier la douleur qui pulsait comme une peau de tambour contre ses ongles ensanglantés. Comme il le faisait toujours, il s'abandonna au travail. Poignées après poignées, il fallut gagner leur droit sur la terre, minutes après minutes ils creusèrent pour oublier le corps mort qu'ils enterraient. Au bout de deux heures de dur labeur une fosse profonde s'étendait sous leurs pieds. Le corps y roula sans difficulté avant de tomber au fond dans un bruit sourd. Ils y jetèrent aussi leurs vestes souillées du sang de l'homme. Puis ils rebouchèrent rapidement le trou et tassèrent la terre en espérant que la fosse serait suffisamment profonde pour empêcher les sangliers de déterrer le corps. Une nouvelle poignée de terre fit disparaître aux yeux du monde le visage de John Winchester.

Castiel se laissa tomber à ses côtés, ils fixèrent, fiévreux la tombe de son père. La nature ferait son œuvre, la terre gorgée de champignons achevant de décomposer le corps. Jamais personne ne le trouverait. Les arbres n'en avaient que faire des drames des humains, la terre de la forêt garderait leur secret.

La nuit était à présent tout à fait tombée, pourtant Dean ne bougeait pas, les genoux plantés dans la terre, comme paralysé. Il aurait pu retrouver son chemin dans l'obscurité en se fiant à son sens de l'orientation mais il ne pouvait plus bouger. Pourtant il ne ressentait aucune peine, aucun chagrin. D'ailleurs, il serait incapable de décrire ce qu'il y a en lui. Quelque chose de sale, de vénéneux qui plantait ses racines autours de son cœur, le pressait pour en extraire tout le jus.
Une brise glacial se leva. Il préférerait mourir que de l'avouer mais il avait la sinistre impression que son père allait sortir de sa tombe, tout dégoulinant de vers et de boue pour venir l'avaler tout rond. Dean était pourtant un jeune homme très rationnel, il savait que son père était bel et bien mort et qu'à priori les morts ne se relevaient jamais. Mais il préférait quand-même rester un peu pour surveiller la tombe, juste au cas où…

Castiel vint se presser contre lui en quête de chaleur ou alors pour le réconforter, le simple fait de le penser était étrange. Dean resta d'abord raide, ne sachant quoi faire de ce corps contre le sien. Puis, il passa un bras autours de sa taille, le serrant contre sa poitrine. Il s'y accrocha avec la force d'un désespéré. La sensation de cette chaleur humaine l'irradiant lui fit tout drôle. C'était peut-être la première fois qu'il enlaçait quelqu'un de cette manière mais c'était aussi la première fois qu'il enterrait son père. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.
Ils veillèrent le corps toute la nuit, ne craignant ni les bêtes, ni le froid. Ils restèrent simplement là, les yeux ouverts à fixer l'obscurité qui avait vaincue le monde.
Lorsque le jour vint les surprendre, ils s'arrachèrent l'un à l'autre, retrouvant chacun leur corps, leurs muscles ankylosés et leurs mains ensanglantées. Après quelques pas hésitant, ils se retournèrent en direction de la voiture sans un regard pour ce qu'ils laissaient derrière eux.

Ils roulaient depuis une heure à peine lorsque Dean avisa une station service, au bord de la route. Ils garèrent la voiture avant de se diriger vers le petit supermarché de la station. Il grimaça à la vue de la caméra de surveillance, son œil de verre braquée sur l'entrée du magasin. Dean ne se faisait pas d'illusions, il savait que bientôt leur photo passerait sur toutes les chaînes d'information du pays. Il espérait juste que lorsque ce moment viendrait, Castiel et lui aurait pris le large depuis longtemps, sous de fausses identités de préférence. Sentant les battements de son cœur s'accélérer, Dean se força à desserrer les points et à afficher son air le plus naturel. Personne ne devait encore avoir remarqué la disparition de John Winchester. Le hasard avait pour une fois été en sa faveur, il était mort la veille de Noël, la plupart des étudiants et du personnel de l'Académie étaient rentrés pour les fêtes. Ils passèrent rapidement devant le caissier qui leur adressa un bref "Joyeux Noël", plus concentrée sur sa partie de solitaire en ligne que par son travail. Il suivit qui se dirigeait à petit pas pressés vers les toilettes de la station service.
Son reflet dans le miroir le fit grimacer, jamais il n'avait eu l'air aussi négligé, son père en aurait frémit d'horreur. Ses cheveux retombaient en une masse informe et grasse sur son front. Ses yeux avaient le tranchant d'un lac gelé, ses cernes la teinte, une coulée de pétrole sur sa peau fiévreuse. Un bleu aux couleurs huileuses s'épanouissait sur sa pommette. À l'aide d'essuie-tout et de savon liquide il nettoya méticuleusement son visage et ses cheveux de la terre qui les maculait avant d'examiner ses mains. Plusieurs de ses ongles étaient fendillés de toute leur longueur, du sang suintait de ses ampoules explosées et de ses multiples coupures. À présent qu'il se rendait compte de l'état de ses mains, la douleur se réveilla et s'étira comme un gros chat paresseux. Il les regarda un instant, fasciné par leur état misérable avant de se reprendre en secouant la tête.
Il profita de l'absence d'autres client pour ôter sa chemise et se nettoyer rapidement au lavabo pendant que Castiel arrangeait ses cheveux à l'aide de ses doigts. Se jugeant un peu plus présentables ils se dirigèrent vers le petit supermarché de la station service. Ils remplirent leur panier de quelques provisions, de deux sacs de voyage, de savon, d'un briquet, de cartes routières, d'un couteau et de quelques autres bricoles qui pourraient s'avérer utiles.
"Il faudrait aussi qu'on s'arrange pour changer d'apparence." lui souffla Castiel.
Dean hocha la tête, il ajouta à leurs achats, deux bonnets et deux paires de lunettes de lecture. Ils choisirent aussi deux parkas pour résister à la température basse de la saison et des vêtements éloignés de leur style habituel. C'est ainsi que Dean se retrouva à acheter un pull de Noël et un jean baggy. Cette vision fit glousser Castiel qui dissimula aussitôt son hilarité derrière sa main, gêné.

"Tu riras moins lorsque j'aurais trouvés les vêtements les plus laids du magasin pour t'habiller. grinça Dean en tentant de garder un air digne.

-Essaie tant que tu voudras je pense que tu pourras difficilement faire pire que ça."

Il fut surpris par la façon dont le rire de Castiel modulait sa voix, plus nerveux que réellement amusé. Son visage bizarrement déformé par un sourire. Partir en cavale après avoir commis un meurtre semblait effacer certaines barrières entre les gens.
Il dénicha pour lui un sweat bien trop grand qui lui descendait jusqu'à mi-cuisse et une casquette "God bless America". Le résultat serait ridicule pour quiconque connaissait Castiel, mais passerait relativement inaperçu dans ce monde habitué à la dégaine routier et camionneur.
Après avoir réglé leurs achats ils se rendirent au fast-food de la station service. Dean plissa la nez à l'odeur de friture et de viande bon marché, mais les lieux avaient le mérite d'être tranquilles en cet heure matinale. À l'exception d'un routier qui prenait son café, il n'y avait personne. Il alla commander pour eux, l'air anormalement sérieux de Castiel avait tendance à crisper les autres.
Son repas achevé, il se surprit à détailler son acolyte assis en face de lui. Sa silhouette était noyée dans sa chemise crasseuse. De ses manches retroussées jaillissaient deux avants-bras insolents, aussi blanc que des lingettes antiseptiques. Au bout de ses poignets se trouvaient des mains abîmées et au bout de ces mains, il y avait cinq doigts qui manipulaient un hamburger. Ce hamburger disparaissait dans une bouche bordée de dents blanches, c'était une bouche aux lèvres sèches et écorchées par le froid. Il avait un visage un peu rond au charme étrange, c'était un visage d'adulte déguisé en enfant. Son regard remonta plus haut, longea la pente droite de son nez, détailla ses oreilles, glissa le long de ses paupières tombantes avant de s'arrêter sur les yeux. Deux iris d'un bleu glacé, pour Dean il n'y avait pas de plus belle couleur au monde.
Ce dernier venait de finir son hamburger et semblait nerveux, jetant des regards de droite à gauche. En effet le restaurant commençait à se remplir de voyageurs et de mômes braillards. Ils décidèrent d'un commun accord qu'il était temps de lever les voiles.

L'Impala filait sur la route telle une comète. Laissant dans son sillage une coulée de lumière trouble. Il avait commencé à pleuvoir aux alentours de midi et le paysage s'était assombri. Dean avait grommelé qu'il détestait conduire sous la pluie avant d'allumer les phares. La carte routière étalée sur les genoux, Castiel était à la recherche d'un endroit discret où faire disparaître la voiture de John Winchester.

"Tu as trouvé quelques chose qui pourrait convenir?

- Il y a "Delaware Lake" c'est un lac accessible par la route à une centaine de kilomètres de la frontière, dès que nous serons dans l'Ohio. On devrait y être dans trois heures.

Dean émit un « hum » songeur. Essayant d'ignorer le couteau qui se plantait dans son cœur à l'idée de se débarrasser de Bébé.
Il acquiesça distraitement, le regard baissé vers la carte, planifiant le trajet à suivre.
Ils roulèrent ainsi une bonne partie de l'après midi, leur progression ralentit par la pluie. Castiel se laissa couler au fond de son siège. Quelle étrange sensation que celle de n'avoir rien à faire, aucune tâche à effectuer. D'avoir tout ce temps à disposition et pourtant aucune perspective d'avenir. Il y avait juste la route, droit devant qui faisait le gros dos, la route et l'obscurité qui se pressait aux fenêtres de la voiture. Loin de tout ce qu'il avait connu, Castiel sentit l'angoisse l'étreindre. Avant tout ça, il savait précisément où il allait et ce que l'on attendait de lui. Il avait un travail à accomplir, des horaires à respecter, connaissait sur le bout des doigts son emploi du temps et le menu de la cafétéria. L'Académie était sa maison, les fondations sur lesquelles il s'était bâtit. Mais il n'avait plus de maison à présent. Si c'était cela la liberté, elle lui laissait un goût amère sur la bouche.