Comme notre petit bond dans le passé vous a peut-être fait perdre le fil de l'intrigue, voici un rapide résumé.
Castiel et Dean ont été retrouvés et emmenés par la police militaire qui les recherchait. Afin de préserver Castiel d'une peine pour sa complicité, Dean le fait passer pour son otage, se mettant en danger par la même occasion. Une échauffourée éclate entre les deux et Dean finit blessé à la cuisse par sa propre arme que Castiel essayait de lui arracher. Tous deux se font emmener en hélicoptère par les soldats.
Je suis aussi désolée des délais que je mets à poster car mes études me prennent beaucoup de temps. Néanmoins cela me fait très plaisir que certains aient enregistré mon histoire et je vais essayer de poster une fois par mois.
Sam sentit son cœur flancher lorsque le lourd hélicoptère militaire passa juste au-dessus de sa tête, l'air lui giflant le visage. Le son du moteur était assourdissant.
"C'est terminé." se dit-il.
L'appareil se dirigeait vers le Sud, telle une grosse mouche mécanique. Bobby posa sa main sur son épaule. Derrière sa casquette, il était livide. Tous deux avaient très bien entendu le coup de feu, pas si loin de cela.
" Je suis sûr qu'ils vont bien. Ton idiot de frère n'a peut-être rien dans le crâne mais c'est un dur à cuir.
Sam serra les dents et se retourna en direction du Sud. L'hélicoptère était toujours visible, comme un trou de termite dans la trame du ciel. L'hélicoptère qui emmenait son frère.
- Dépêchons-nous, ils doivent les avoir emmenés à l'hôpital le plus proche.
Oui, ils devaient être à l'hôpital, son frère et Castiel ne pouvaient pas être morts. Il rajusta son sac sur son épaule et tourna les talons, vers le sud.
Lorsque la nouvelle était tombée, Sam était au collège, en cours de chimie plus précisément. Il s'était inscrit sous les encouragements de ses professeurs à un programme d'excellence et prenait des cours supplémentaires pendant les vacances d'hiver. Jessica, sa partenaire de TP portait un haut qui lui allait à ravir et Sam essayait de prendre son courage à deux mains pour l'inviter au cinéma. Elle riait en secouant la tête, ses longs cheveux blonds comme une cascade autour de son visage. Sans prévenir, le principal avait fait irruption dans la salle en lui demandant de le suivre. Il se rappelait avoir fait un petit sourire à Jess pour la rassurer avant de quitter la pièce sous les regards intrigués des élèves. Bobby était là, élément incongru dans le bureau du principal avec sa chemise d'un autre âge et sa casquette crasseuse. Mais ce n'était pas là le plus flagrant. Derrière lui se tenait un militaire, forte carrure, la barbe soigneusement taillée. Il se présenta comme le Commandant Benny Lafitte et les invita à le suivre. L'homme lui fut instantanément antipathique. Peut-être était-ce son apparente nonchalance ou la sensation confuse que cet homme était de mauvais augure. Sam essaya de capter le regard de Bobby ou du principal qui semblait l'apprécier pour "ses résultats excellents malgré sa situation familiale compliquée". Mais les deux hommes avaient les yeux baissés.
" C'est ton frère et ton père gamin, il s'est passé un truc moche." lui expliqua finalement Bobby de sa voix bourrue.
Puis s'était enchaînée une série d'interrogatoires dans une pièce qui sentait la sueur et la moisissure. "Désolé pour ça, on a un problème d'aération, il doit encore y avoir un rat crevé dans les conduits. Mais on peut vous offrir un café, bien que je ne garantisse pas le goût." Avait dit Lafitte. Effectivement, le café était dégueulasse. On lui avait ensuite expliqué que son père, son frère et Castiel avaient disparu dans des circonstances très inquiétantes. Des traces de lutte et du sang avaient été retrouvés dans le bureau de John de même que les restes d'une grande explosion dans la forêt de l'Académie. La quantité importante de sang de John retrouvée sur place présageait le pire. Sam entendait ces explications de très loin. Il ne pensait qu'à Jessica et à ses beaux cheveux d'or, comme quelqu'un se maintenant la tête hors de l'eau.
"Quelles relations entretenait Dean avec son père, y avaient-ils des tensions entre eux ?
- Non, Dean admire beaucoup papa.
- Tu avais remarqué quelque chose d'étrange chez ton frère ou ton père dernièrement ?
- Non, je ne les vois plus beaucoup maintenant.
- Pour quelles raisons ?
- Je-...
- Dîtes, c'est pas bientôt fini ? Laissez le gamin tranquille, si vous voulez interroger quelqu'un interrogez-moi. L'interrompit durement Bobby.
- Puisque vous insistez cher monsieur. Répondit Lafitte de sa voix traînante, loin de se laisser décontenancer. Sam n'avait même pas la force de le haïr, comme écrasé par un coup de massue. Son père ne pouvait être mort, il était un roc, il était éternel et puis accuser Dean était absurde. Dean aurait donné sa vie pour John. Dean avait préféré John à son petit frère.
La suite était floue. Il se rappelait les journées pelotonné dans le canapé à regarder les informations, Bobby posté nuit et jour devant le téléphone. Le vent hurlait dehors et Sam n'allait plus en classe. Jessica passait tous les jours lui donner les cours, une pile de feuilles qui s'amoncelait sur la table basse. Tout cela semblait bien inutile à présent. Le CID leur posait beaucoup de questions mais n'apportait aucune réponse. Son frère et son meilleur ami étaient soupçonnés d'avoir tué son père et lui était coincé à Sioux Falls à se ronger les sangs en mangeant des cheetos devant les informations. Il avait besoin de réponses ou il allait finir par imploser.
Quelques jours plus tard, ils furent de nouveau convoqués par Lafitte pour identifier une voiture retrouvée dans un lac de l'Ohio. Ses yeux s'équarcillèrent en reconnaissant l'Impala bien-aimée de Dean et de son père en piteux état. Pour en arriver à sacrifier la prunelle de ses yeux, la situation devait être dramatique. Les analyses révélèrent la présence d'un cadavre dans le coffre pendant une longue durée. L'ADN correspondait avec celui de son père. La réalité le frappa encore plus durement à cet instant. Face à l'horreur les individus ont en général deux réactions : l'attaque ou le repli. Peut-être à cause de son éducation particulière, Sam choisit ce moment pour sortir de son marasme. Il subtilisa à un soldat du bâtiment une radio portative. Si on lui refusait l'information et bien il irait la chercher lui-même. Aussitôt rentré, son butin caché dans son sac à dos, il avait dédaigné le canapé et la télé pour la sécurité de sa petite chambre. Caché sous sa couverture, l'oreille collé contre la radio qui émettait un crachotis de parole. La traque des fugitifs avait bien avancé grâce au tuyau d'un automobiliste qui les avait conduit à la gare routière d'un patelin en Pennsylvanie. Sans y réfléchir à deux fois, le garçon ressortit du fond de son armoire le paquetage militaire neuf qui n'avait jamais eu l'occasion de servir et rassembla ses économies pour se payer le car jusqu'en Pennsylvanie. La lumière sous la porte de Bobby était éteinte, tout était silencieux. Sur la pointe des pieds, il descendit sans un bruit l'escalier de la maison antédiluvienne de Bobby. Une marche craqua et il se figea. La lumière du salon s'alluma pour révéler Bobby qui l'attendait devant la porte, les bras croisés sur son large torse. La scène aurait pu être comique : l'adolescent amoureux faisant le mur, pris en flagrant délit. Sam aurait aimé que ce soit Jess qu'il cherchait à rejoindre. Et que cette soirée se termine sur une discussion gênante à propos de préservatifs et de l'importance de se protéger.
" J'étais certain que t'allais finir par faire une connerie du genre : partir tout seul à la recherche de ton frère en caval. Je te connais comme si je t'avais fait, gamin.
- Ecoute Bobby, faut que tu me laisses y aller, je suis en train de devenir fou ici.
- Crois moi, c'est vraiment pas le moment de compliquer la situation en fonçant comme un buffle à la recherche de Dean. On a littéralement le CID aux fesses. Laisse ce genre de plan foireux à ton frère.
Un malaise glacial envahit la pièce à la mention de Dean.
- C'est pas un plan foireux ! Je sais où je vais ! S'exclama-t-il en brandissant la radio militaire.
- Oh mais ça change tout… Répondit Bobby d'un ton sarcastique. Et tu comptes partir tout seul avec ton sac à dos et ta petite radio pour retrouver Dean avant une troupe de soldats d'élite ? Et si admettons que tu le trouves, qu'est-ce que tu comptes faire ? Il est accusé de meurtre et on ne pourra pas le cacher ici, c'est trop évident.
C'était une chose d'entendre Lafitte, un inconnu le dire, c'en était une autre de l'entendre sortir de la bouche de Bobby. Dean et meurtre n'allaient pas ensemble. D'abattement, Sam se laissa glisser jusqu'à une marche et s'assit dessus. Son paquetage lui sembla très lourd, d'un coup.
- Je ne sais pas… Toute cette histoire me dépasse. Il doit forcément y avoir une explication, Dean n'aurait jamais fait ça. Je… Je veux juste des réponses et personne ne nous en donne, on est juste là pour répondre à leurs foutues questions. Dit-il en donnant un coup de poing sur le mur, un peu de poussière tomba du plafond.
- J'ai pas confiance en eux, je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais je ne fais aucune confiance au CID et à ce Benny Lafitte alors si je peux être d'une quelconque aide à Dean je le ferais sans hésitation ! À ma place, il serait parti me chercher sans hésiter ! C'est peut-être un coup monté de l'Administration pour prendre la place de papa et maintenant ils veulent faire taire Dean… Déclara le garçon en reniflant.
Ce n'est qu'à ce moment qu'il se rendit compte des larmes qui glissaient le long de ses joues. Honteux, il détourna la tête, s'attendant à une remarque cinglante sur ses excès de sensibilité.
Bobby le rejoignit, le poussant un peu pour se faire de la place sur la marche si bien que Sam se retrouva pris en sandwich entre son corps et le mur au papier-peint jauni. C'était étrangement réconfortant. Immergé dans son odeur de whisky, de feu de cheminée et de vieux livres, il sentait comme la maison. L'homme passa maladroitement un bras autour de ses épaules. Bon Dieu, le gamin n'était qu'au collège et comme s'il n'en avait pas suffisamment bavé, les voilà avec une affaire de meurtre sur le dos. Si John n'était pas déjà six pieds sous terre, il allait entendre sa façon de penser. L'inquiétude le prit à la gorge, ce sentiment qui lui disait que le pire était encore à venir. Non, il ne pouvait pas laisser Sam y aller seul, mais pouvait-il vraiment laisser Dean livré à lui-même avec tout le CID à ses trousses ? Et puis, l'adolescent à côté de lui était une vraie bombe à retardement, tôt ou tard il finirait par échapper à sa surveillance et se mettrait dans la mouise. Balls… parent était vraiment un métier à plein temps et on ne lui avait pas envoyé le mémo. Il retira sa casquette et se passa une main harassée sur le visage.
- Bon c'est quoi le programme alors?
La tête du môme était impayable.
oooOOOooo
L'hôpital le plus proche était à Scranton à une vingtaine de kilomètres de là, en se hâtant de rejoindre le pick-up ils pourraient y être en une heure et demi. Sur place, la confusion n'était plus permise, le hall de l'hôpital grouillait de militaires et de policiers. Une certaine tension régnait dans la pièce, faîtes de discussions voilées, de patients intrigués et d'infirmières excédées qui zigzaguaient entre tout ce beau monde. Bobby enleva sa casquette crasseuse et se recoiffa sommairement avant de se diriger vers le comptoir d'accueil d'un air confiant.
" Bonjour, j'ai été mandaté par le CID pour intervenir comme psychologue auprès des deux jeunes qui ont été récupérés en forêt. Dit-il en sortant son ancienne carte d'identité militaire, avec un peu de chance cela suffirait.
- On ne m'a pas prévenu de votre arrivée, tout le septième étage est bouclé. Laissez-moi prévenir mon supérieur, vous verrez avec lui pour les pass. Répondit la secrétaire d'un air épuisé en décrochant un téléphone. Elle avait le teint pâle et des poches impressionnantes sous les yeux lui donnant l'air d'un bulldog maladif.
- Cela ne m'étonne pas, cette histoire est un sacré foutoir si vous voulez mon avis. En attendant je vais me chercher un café, vous en voulez un aussi ?
- Volontier, je n'ai pas eu une minute à moi depuis que les militaires ont débarqué. Avec les autres patients à gérer, je suis épuisée.
- Bien serré le café, alors je note !
La secrétaire le remercia sincèrement. Lui adressant un dernier sourire crispé, Bobby tourna les talons de sa démarche la plus naturelle et se cacha dans un recoin du hall avec Sam qui le regardait comme s'il lui était poussé une deuxième tête.
" Faut qu'on se dépêche, son supérieur ne va pas tarder à arriver. Ils sont au septième étage. Quoi, enfin ?! grogna-t-il.
- Tu la draguais…
- Roh la ferme, c'était pour avoir des infos.
- N'empêche, ça fait bizarre.
- C'est ça, grouille toi maintenant, on a pas toute la soirée.
Ils sortirent du bâtiment pour atteindre l'escalier de secours métallique qui courait le long de la façade. Le plus discrètement possible ils montèrent les sept étages. Les genoux de Bobby protestèrent, ce n'était plus de son âge tout cela et il était vrai que depuis sa retraite du front il s'était un peu ramolli. Arrivés sur le palier extérieur, il sortit une épingle à cheveux et crocheta la serrure. Le gamin le considéra d'un air mi-impressioné, mi-réprobateur.
" Je t'apprendrais, ça pourrait toujours servir."
Visiblement, la serrure était ancienne et ne résista pas longtemps. Le battant s'ouvrit dans un chuintement et révéla un couloir qui fleurait bon le linoléum et le désinfectant. Sans un bruit ils s'y engagèrent.
oooOOOooo
Sur le plafond, il y avait deux tâches, l'une d'un brun rougeâtre avait vaguement la forme d'un diplodocus s'il se concentrait, il pouvait même le voir bouger. Castiel se demandait si c'était du sang. L'autre était plutôt jaunâtre, Castiel ne voulait pas savoir ce que c'était. Il avait perdu l'habitude d'avoir un toit au-dessus de la tête, comme si ce n'était plus naturel. A cet instant, il donnerait n'importe quoi pour sentir l'odeur du vent et de la pluie. Pour se tenir devant la crête des montagnes et sous le ciel infini. Même la morsure du froid lui manquait. Un sifflement aigu envahit son oreille gauche, remplissant sa tête cotonneuse. Depuis la détonation de l'explosion, cela lui arrivait fréquemment. Il n'avait pas osé en parler aux médecins, d'ailleurs il ne voulait pas avoir affaire aux médecins ni à qui que ce soit d'autre. Il voulait voir Dean. Lui parler, savoir s'il allait bien, s'excuser aussi pour lui avoir tiré dessus. Même si c'était un accident, cela lui paraissait de circonstance. Il ne savait pas si c'était d'usage courant lorsque l'on s'excusait mais il avait très envie aussi de le prendre dans ses bras et de le rassurer. Pas sûr que ce soit quelque chose que Dean apprécierait. Son oreille gauche le démangeait fortement à présent mais il ne pouvait pas se gratter, ses deux bras étant immobilisés et mis en écharpe. Il pouvait bouger son bras dont l'épaule était déboîté mais une onde de douleur le fit grimacer. Le jeune homme était résolu à entreprendre une opération assez acrobatique : c'est-à-dire se retourner contre le mur pour pouvoir y frotter son oreille lorsqu'un courant d'air suspect l'alerta. Quelqu'un était entré dans la chambre. Deux yeux le fixaient avec gravité.
" Bonjour Cas. dit Uriel.
Sa silhouette massive se découpait à contre-jour dans la petite chambre d'hôpital, son visage dévoré par l'ombre. Sa présence ne pouvait être que de mauvais augure.
- Il y avait un garde devant la porte, qu'en as-tu fait ?
L'autre fit un geste négligent de la main. Le petit protégé de Zachariah, qui pouvait se glisser partout. L'élève modèle dont le père était malade. Le croyant zélé. Bien sûr, au cours de ces derniers jours, l'idée d'une trahison d'Uriel lui avait traversé l'esprit. Mais il l'avait repoussée, dégoûté de ses soupçons. Uriel était son frère.
"Finalement, dans cette histoire tout est une question de trahison." pensa-t-il amèrement. Des frères qui s'entredéchiraient, un père tué par son fils, un gradé qui se retourne contre ses élèves. Il pensa avec nostalgie au Castiel pétri de certitudes d'il y a quelques années, sûr de sa foi, de son père et de son avenir. Mieux valait le doute, car c'était la certitude qui créait des gens comme John Winchester.
- C'est étrange comment le colonel Adler, ce soir-là, semblait tout savoir de nos faits et gestes.
Il détourna le regard du jeune homme alité.
- Tu sais, je t'ai longuement observé Castiel. Tout au long de ta déchéance, je voulais comprendre ce que tu pouvais bien trouver à ce macaque pour te détourner ainsi de ta famille. Ce que j'ai découvert allait bien au-delà de ce que j'imaginais. Je suis immédiatement allé prévenir la hiérarchie.
- Le colonel Adler…
- Zachariah oui, -son visage se teinta de révérence- a été très intéressé par votre petit bunker secret et vos armes clandestines. Il m'a fait une proposition que je ne pouvais refuser.
- Mon Dieu, que t'est-il arrivé ? Demanda Castiel d'une voix blanche.
L'autre planta enfin son regard dans le sien. Ses yeux étaient graves et teintés de quelque chose qui lui rappelait John Winchester, la pesanteur de l'air avant un orage.
- Je pourrais te retourner la question. Te souviens-tu comme nous étions heureux avant ? Tu étais promis à un avenir brillant avant que tu ne t'entiches de ce macaque. Répondit-il, le regard perdu dans le vague, en des temps plus innocents.
- C'était donc cela ton petit travail de secrétaire pour le Colonel ?
- J'ai subtilisé pendant plusieurs mois des caisses d'armes et de munitions que nous nous chargions de livrer hors de l'Académie. A chaque fois, je touchais un pourcentage des bénéfices et j'ai ainsi pu payer les frais d'hôpitaux de mon père. Cet imbécile de macaque n'a rien vu pendant plusieurs mois jusqu'à ce que vous découvriez le pot aux roses. A partir de là, il n'a pas été bien difficile de vous surveiller.
- Seulement, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, n'est-ce pas ?
Le regard d'Uriel se fit triste alors qu'il dévoila une lame au creux de sa main. Comme s'il regrettait d'en parvenir à de telles extrémités.
"Voilà, nous y sommes." Songea Castiel.
- Cas… Je te le demande une bonne fois pour toute, n'interfère pas avec les plans de la hiérarchie. Si tu nous rejoins, toute cette histoire ne sera qu'un mauvais souvenir, tout redeviendra comme avant. Nous pourrions faire de grandes choses ensemble. Tout ce que tu as à faire, c'est dire que tu étais l'otage de Dean et ne pas parler de Zachariah, ni de moi. N'ai pas peur Castiel, nous te soignerons et notre Père te pardonnera.
Castiel était un témoin gênant, alors qu'en était-il de Dean ? Aucun doute qu'à la minute où Uriel sortirait de cette pièce, le jeune homme serait condamné. Et probablement qu'on ne lui sortirait pas tout le discours sur le pardon de Dieu. Par choix ou par obligation, l'usage de la violence avait toujours un prix. Mais ce n'était pas quelque chose qu'on lui avait appris à l'Académie, il l'avait assimilé tout seul.
Il y avait sur le chariot à côté de lui une seringue. Un frisson d'anticipation traversa son corps.
- Pour la première fois depuis longtemps, je n'ai pas peur.
Un air soulagé emplit immédiatement le visage d'Uriel, comme un rayon de soleil vient chasser la pluie. Se forçant à sourire, Castiel se leva en chancelant et se rapprocha, comme pour lui faire accolade. De sa hanche, il feignit de percuter accidentellement le chariot et ouvrit son bras en écharpe pour se stabiliser dessus. Sa main se referma sur la seringue. Tout se déroula très vite. Il ignora la douleur dans son épaule, brandit son arme de fortune et très vite, l'abattit sur le visage d'Uriel. Le jeune homme poussa un hurlement de douleur et recula. Sa lame tomba au sol dans un bruit métallique. L'aiguille était plantée dans sa paupière, à peine au-dessus de l'œil. Du sang coulait à travers ses cils, noyant le blanc dans une mer carmine. Un œil qui le dévisageait avec une immense amertume. Uriel arracha la seringue toujours plantée dans son visage et l'envoya voler à travers la pièce. Puis il se jeta sur Castiel avec rage et abattit son poing sur son visage. Dans un craquement, son arcade sourcilière se brisa et il tomba à terre. Le choc lui coupa le souffle, ces derniers jours l'avaient bien affaibli.
- Tu te trompes, Uriel. Dieu se fiche bien de qui je peux aimer, mais je peux être certain qu'Il ne te pardonnera jamais pour ce que tu es en train de faire. Haleta le jeune homme. Du sang s'écoulait de son arcade brisée pour lui tomber dans l'œil, obscurcissant sa vision.
- Et comment peux-tu en être si sûr, on ne t'a pas beaucoup vu à la paroisse ces derniers temps. Lâcha-t-il en abattant une nouvelle fois ses poings sur le visage de Castiel.
Un goût métallique envahit sa bouche et il redressa le torse pour en cracher au visage d'Uriel. Ses yeux se rétrécirent de rage, le gauche n'étant plus qu'une fente sanglante.
C'était un ouragan, un ouragan formé à la violence mais incapable de la contrôler. Et il en avait des centaines d'autres dehors, prêts à se déchainer d'un seul mot de quelqu'un comme Zachariah Adler. Parfois, il fallait être son propre officier et se donner soi-même les ordres. C'était peut-être douloureux, mais c'était ça l'honneur et le devoir dont on lui parlait depuis son enfance.
- C'est donc cela le chemin que tu as choisi d'emprunter ? Crachota-t-il à travers sa bouche en sang. Devenir un sbire de Zachariah ?
Nouveau coup de poing.
- Toi aussi tu étais promis à un avenir brillant. Si je suis un traître, alors comment te définis-tu? "
Uriel sembla en avoir assez de ses réflexions et après un dernier coup de poing rageur sur sa pommette se redressa pour récupérer sa lame. Il la brandissait au-dessus de sa poitrine lorsque la porte s'ouvrit avec violence, d'un coup de ranger. Les rangers en question appartenaient à un homme barbu, la cinquantaine passée et qui portait une casquette crasseuse. Derrière lui se tenait un Sam qui ne semblait pas avoir pris de douche depuis plusieurs jours. C'était étrange de voir ses cheveux aussi négligés et sales. Tous deux tenaient en joue Uriel. Le soulagement l'envahit, Dieu avait encore d'autres plans pour lui.
" Bouge pas où je te plombe la cervelle ! Déclara l'homme d'une voix rugueuse.
"Un ancien militaire." comprit aussitôt Castiel.
- Et lâche ton arme ! Renchérit le petit frère de son ami.
La lame tomba au sol pendant que Uriel mit ses mains au-dessus de sa tête.
- Faut trouver Dean, il est en danger… Marmotta Castiel péniblement, sa langue semblait avoir triplée de volume dans sa bouche. Peut-être lui manquait-il une dent, impossible de savoir au milieu de toute cette douleur.
- Tu peux te lever gamin ? Lui demanda l'homme.
Castiel acquiesça et chancela en essayant de se redresser. Il préféra s'asseoir sagement sur le sol. Le sifflement dans son oreille était revenu.
- Sam, essaie de trouver un gars du CID- Distingua-t-il à travers ses acouphènes.
- Non ! Le coupa le garçon. On ne peut pas faire confiance aux militaires, ils vont le tuer, ils-
- OK, on va chercher Dean, mais qu'est-ce qu'on fait de lui ? Demanda Bobby en désignant un Uriel toujours fulminant.
A travers la porte qui était restée ouverte, une infirmière hurla. Il y eu un moment de flottement dans la pièce, alors qu'ils se regardaient tous en chien de faïence. Déjà des bruits de cavalcade se faisaient entendre dans le couloir.
- Balls… Grogna Bobby alors qu'une demi-douzaine de militaires entraient dans la pièce en les tenant en joue.
- Lâchez vos armes et mettez-vous à terre ! Hurla l'un des soldat.
Sans rechigner ils s'exécutèrent.
- On a pas le temps pour ces conneries, l'autre gamin est en danger. Vous avez vu dans quel état on l'a retrouvé celui-là ? L'apostropha Bobby en désignant le visage en bouillie de Castiel.
- Ferme ta gueule ! Et Turner, contacte le Commandant.
Pendant ce temps-là les autres soldats se chargeaient de les immobiliser et de leur retirer leurs armes. En quelques minutes seulement, Lafitte pénétra dans la pièce et sa voix traînante retentit :
- Qu'est-ce que c'est que ce merdier encore ?
Ce fut la dernière chose qu'il entendit, sa tête peu à peu remplie d'un sifflement aigu. Il se sentit glisser, glisser tout au fond alors que l'inconscience le gagnait.
oooOOOooo
Lorsque Dean émergea des brumes des anesthésiants, la douleur le frappa de plein fouet. La douleur ou la réalité, il ne savait pas laquelle était la pire. Sa cuisse était en feu, la chair complètement à vif. Sa jambe était bandée et immobilisée. Son corps semblait encore raisonner de l'impact de la balle, comme un diapason mortel. Il hésita à appeler une infirmière pour demander de la morphine mais il préférait encore souffrir le martyre que de devoir assumer les conséquences de son réveil. Ces derniers jours étaient confus. Des bribes de souvenirs dans sa chambre d'hôpital, l'infirmière qui remplissait sa perfusion, des militaires palabrant à son chevet… Le jeune homme essaya de replonger dans l'inconscience mais peine perdu, il semblait bien réveillé à présent. Toute sa torpeur envolée, les réalités de son corps le rattrapaient et il pensa avec angoisse au moment où il aurait besoin d'aller aux toilettes. Ses pensées se déchaînèrent. Merde, Cas lui avait tiré dessus et maintenant ils avaient été attrapés. Il se rappela avec amertume la fois où Cas lui avait dit de ne pas compter sur les armes pour se protéger. Ce n'était pas lui qu'il voulait protéger, c'était Cas. Lui ne le méritait pas. Comme il ne méritait pas ce que Cas semblait voir en lui. Sa main dans la sienne, sa peau contre ses doigts, la chaleur et les soupirs. Il avait à peine vécu et pourtant ses miettes avaient suffit à éveiller en lui une faim qu'il ne connaissait pas. C'était différent de toutes les filles qu'il avait fréquenté, c'était terrifiant. Une coulée de lave envahit son visage. Il avait envie de s'arracher ses souvenirs ou de se lover dedans pour les revivre encore et encore. Merde, c'était trop compliqué, jusqu'à présent Cas était son pote, son frère. C'était une discussion avec lui-même qu'il n'avait pas envie d'avoir, ni avec personne d'autre d'ailleurs. De toute façon, quelque chose lui disait que les prochains jours risquaient d'être un peu chargés…
Comme pour faire écho à ses pensées, la porte de sa chambre coulissa. Il eut le temps d'apercevoir le garde massif dans le couloir avant que la silhouette de Lafitte ne le remplace. C'était étrange de voir devant soi quelqu'un que l'on ne connaissait qu'à travers un écran. Comme s'il était passé à la 3D sans prévenir. L'homme faisait plus grand qu'à la télé et Dean tenta de se redresser dans son lit, il se sentait déjà suffisamment en position d'infériorité. La douleur cuisante dans sa cuisse le fit grimacer. Mais pas autant que la conversation à venir.
" Bonjour, Dean content de voir que t'es de nouveau opérationnel." Dit Lafitte d'une voix traînante, en s'installant au bord du lit.
Cela diminua un peu sa taille imposante. Puis il sortit un calepin et un crayon qui avait été machouillé jusqu'à la moelle, comme s'il faisait ses dents dessus. L'image sourire Dean intérieurement.
"J'aurais quelques questions à te poser si tu veux bien."
Le garçon demeura mutique, il ne fallait pas compter sur une collaboration sans faille de sa part.
"Je prend ça comme un oui, pas comme si tu avais réellement le choix de toute façon." Continua l'autre sans se laisser démonter.
Son regard se fit plus dur alors qu'il faisait glisser une photo jusqu'à lui. Un Uriel le contemplait d'un air revêche, enfin plus qu'à l'accoutumé.
" Qu'est-ce que tu peux me dire sur Uriel Winsdow ?
Alors ça comme première question pour un interrogatoire, c'était inattendu. Un mauvais pressentiment l'envahit. Pourquoi l'interroger à propos d'Uriel ? Il tenta de rassembler ses derniers neurones abrutis par les anti-douleurs.
- Pas un grand chose, c'est un trouduc dans l'église de Cas ou quelque chose comme ça. Puis il marmonna quelque chose de grossier à propos des "culs bénis".
A sa réponse un fin sourire vint ourler les lèvres de Lafitte.
- OK, "trouduc" je note.
Dean fronça les sourcils. Un gradé qui faisait de l'humour, c'était suffisamment rare pour être souligné. Ce Commandant était déroutant. Moins désagréable qu'il l'aurait imaginé même s'il restait un ennemi.
- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi vous me parlez de lui ?
- Ecoute, je sais que tu te méfies de moi mais je vais te proposer un marché. Tu me raconte tout ce qu'il s'est passé et en échange je te dis ce que je sais et comment va Novak.
L'offre était alléchante mais il refusait de lui faire confiance. Sens de l'humour ou pas, le Commandant serait toujours son ennemi. Et puis manifester trop d'inquiétude envers Cas pourrait ruiner sa couverture de preneur d'otage.
- J'ai rien à vous dire, et je m'en fous de Cas, il m'a tiré dessus.
- tu t'en fous aussi si je te dis qu'il est à présent au bloc ?
Son cœur rata un battement, comme s'il venait de louper une marche dans l'escalier. Cas n'était pas blessé lorsqu'il lui avait tiré dessus, après ses souvenirs s'arrêtaient. Qu'avait-il bien pu se passer ? Est-ce que cela avait un rapport avec Uriel ? Il allait poser la question avant de se raviser. Sa couverture ne pouvait être risquée.
- Oui. Fut tout ce qu'il arriva à dire.
Lafitte haussa un sourcil, pas dupe. Dean eut envie de lui arracher son masque d'assurance et de lui faire cracher tout ce qu'il savait sur Cas.
- Comme tu voudras, j'aimerais à présent que tu me dises ce qu'il s'est passé entre ton père et toi.
La question épineuse, dont lui-même n'était pas bien certain de connaître la réponse. Que s'était-il réellement passé ce soir-là entre lui Cas et son père ? Les trois acteurs tragiques d'une mauvaise pièce de théâtre. C'était la première fois depuis les événements qu'il se laissait aller à y repenser. Déterrer cela de sa mémoire le laissait poisseux, sale. Les souvenirs étaient des déchets toxiques qui infectaient le présent sur des milliers d'années. Il revit la crise de paranoïa de son père, leur lutte dans le bureau, l'explosion, Cas étendu contre un arbre, la folie dans les yeux de son père et enfin le couteau qui était là depuis le début. Non, tout avait commencé il y a bien plus longtemps. La mort de sa mère, la production d'armes dans l'atelier, Castiel, le départ de Sam, le vol des armes… Tout était de sa faute, c'était lui qui n'avait pas fait assez attention à Sam, lui qui avait laissé les armes se faire dérober, lui qui avait tenu le couteau.
- C'est ma faute, je l'ai tué.
- Que s'est-il passé Dean ?" demanda à nouveau le Commandant d'une voix précautionneuse qui ne lui allait pas. Il attendait les coudes posés sur ses genoux en le dardant de son regard perçant.
La réponse ne vint pas. Les mots se bloquèrent dans sa gorge et Dean déglutit péniblement. Il ne pouvait expliquer sans risquer de trop impliquer Cas, sans parler de Sam. Non, l'atelier et les évènements de cette nuit-là resteraient secrets. Devant son mutisme, Lafitte se leva, emportant son calepin et son petit crayon ridiculement machouillé.
" Il va bien, tu sais. " Lui dit-il, sa silhouette découpée dans l'encadrement de la porte.
Dean n'eut pas besoin de demander pour savoir qu'il parlait de Cas. C'était comme s'il respirait à nouveau.
