Chapitre 42

"Marchons pendant que nous papotons, cela sera plus agréable que de rester immobile. Ne t'inquiète pas, ajouta-t-elle en le surprenant jeter un coup d'œil au château, personne ne nous verra. Je veille."

Elle lui adressa un clin d'œil complice, qui, à sa grande stupéfaction, le fit éclater de rire. Il se relava promptement et la rejoignit. Ils se mirent à marcher côte à côte, un sourire heureux sur les lèvres.

"Alors, débuta-t-elle après quelques minutes de marche silencieuses, par quoi veux-tu commencer ?"

Severus prit bien le temps de réfléchir. Il avait tellement de questions. Et il craignait que certaines réponses ne fassent que lui amener d'autres questions. Mais une de ses visions, de la nuit dernière lui revint et il préféra débuter par cela. Savoir, enfin, ce que sa mère lui cachait depuis toutes ces années.

"Hier, j'étais à l'infirmerie. Je dormais et… J'ai fais un drôle de rêve. Il y avait ma mère et une dame, qu'elle a appelé Eir. Elles ont parlé de jumeaux et… Maman pleurait.

-Et ?...

-Est... Est-ce que j'avais un jumeau et l'ai perdu ?"

Frigga souffla de dépit. Pourquoi Severus commençait-il par ce qui leur ferait le plus mal ? Mais autant débuter par le début et ce qui ne le concernait pas encore, à ce moment-là.

"Non. Non, tu n'a pas perdu de jumeau… Mais ta mère, si. Sigyn a déjà été enceinte, avant de l'être de toi, expliqua-t-elle après quelques secondes de silence à contempler le lac. Elle attendait des jumeaux. Tous les Mondes savait qu'elle attendait un bébé, mais seuls elle et moi savions qu'ils étaient deux. Elle était rayonnante et Loki aussi. Elle avait même déjà choisi les noms qu'ils porteraient : Narfi et Vali. Néanmoins, la joie fut de courte durée. Après un banquet, ta mère a ressenti de violentes douleurs au bas ventre et a commencé à perdre du sang. Elle a été menée auprès de Eir, la Chef Guérisseuse et déesse de la médecine et… Elle venait de perdre les bébés."

Severus se souvint de la vision qu'il avait eu. Serait-il possible qu'il ait réellement vu ce qu'il s'était produit à cet instant-là ? Il se promit d'y repenser plus tard.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Le Conseil d'Asgard a trouvé un moyen de déposer, dans son plat, une plante abortive : l'armoise de Helheim. Ils ont dû lui en donner à plusieurs reprises, sans que l'on ne se rende compte de rien, pour que l'on ait pas réussi à sauver les deux jumeaux.

-Pourquoi auraient-ils fait une chose pareil ?!

-Parce que les membres du Conseil n'aiment tout simplement pas ton père. Il les a trop souvent mit face à leurs fautes et mit en défaut face à Odin, pour qu'ils ne lui en aient pas tenu rigueur et n'aient envi de se venger. Ils en avaient déjà fait usage, de la plante, tu sais… Juste pour arracher à ton père, l'un des êtres les plus précieux qu'il avait pu conserver avec lui, au palais. Celui qui a agi a failli être surprit, je pense, et en a renversé accidentellement sur l'enfant. Mais l'armoise, qui est en soit abortive, elle peut causer des fausses-couches, provient de Helheim, le monde des Morts, ce qui en fait l'un des plus dangereux poisons, quand elle s'écrête sa sève. Tellement puissant qu'elle, l'enfant, en conserve encore les marques aujourd'hui...

-Hela ?"

Elle acquiesça tristement pour simple réponse et laissa le temps à l'adolescent d'encaisser la nouvelle.

"Mais pourquoi ont-ils fait tout cela ? Il faut bien plus que de la haine pour agir de cette façon !

-Tu as raison… Connais-tu la prophétie du Ragnarök ?

-Oui, Regulus me l'a raconté je ne sais plus combien de fois.

-Tu sais donc que c'est ton père qui, avec tes frères et sœurs, est censé amené les Dieux à leur crépuscule et leur ultime gloire.

-Oui... Attendez, quoi ?! "Leur ultime gloire" ?!

-En effet. Le Ragnarök doit être le dernier combat des Dieux et assurer à tous les opposants de ton père un aller simple et direct pour le Walhalla.

-C'est donc pour cela ? Pousser mon père à haïr Asgard et à se retourner contre elle, pour qu'ils puissent avoir leur dernier grand instant de gloire ?! Mais c'est ridicule et cruel !

-Ce sont les crétins guerriers d'Asgard. Il ne vivent pour cette ultime moment depuis tellement longtemps, quand les hommes ont commencé à nous oublier, qu'ils sont, pour la plupart, prêts à tout pour qu'il se réalise.

-Alors... Ils ont également essayé de me tuer ?"

Elle le fixa tristement, avant d'acquiescer.

"Loki, avec l'aide de Heimdall, même s'il l'ignore, a fait sortir Sigyn d'Asgard dés qu'elle lui a révélé qu'elle était de nouveau enceinte.

-Donc... Ils n'ont pas eu le temps de me toucher, n'est-ce pas ?"

Le silence triste de Frigga fut des plus révélateur.

"Mais... Mais vous veniez de dire que...

-... Que ta mère a fui Asgard dés qu'elle a prévenu de ton père que tu existait. Mais le Conseil avait des yeux et des oreilles partout ! Nous ignorons quand est-ce qu'ils ont pu apprendre ta venue. Quand ta mère nous a informées, Eir et moi, ou quand elle l'a elle-même découvert ? Nous n'en savons rien !...

-Alors comment pouvez-vous être sûre qu'ils sont parvenus à m'atteindre, que ma mère a encore ingéré cette plante alors qu'elle était enceinte de moi ? Vous ne pouvez pas l'être ! Cela n'a aucun sens !

-Si. Si, cela en a. Pour la simple et bonne raison que nous, enfin les servantes, avons retrouvé plusieurs traces récentes de présence d'armoise d'Helheim dans les appartements de ta mère, datant de peu avant son départ et en suffisante quantité pour tuer tout un troupeau de beaufs. Il y en avait également dans ceux des anciens dignitaires du Conseil et sur leurs vêtements, mais eux n'ont aucune raison d'avorter ou de se suicider, n'est-ce pas ? De plus, Odin et moi pensons qu'ils sont retournés chercher la plante quand ils ont appris que Sigyn et toi étiez encore en vie et finir ce qu'ils avaient entamé."

Severus se souvint alors de tout ces hommes qui les avaient cherchés, sa mère et lui, quand il avait séjourner chez Lily avec Clint durant les vacances. C'était donc eux.

"Et enfin, dernière preuve pour finir, l'armoise de Helheim détruit le cœur de l'enfant, le centre de son existence physique... Et que tu es né, en partie, de la magie. Elle coule en toi au même titre, si ce n'est davantage, que ton sang... La plante s'est donc acharnée à la détruire, la rendant instable... Ce qui aurait dû causer ta mort avant même que tu ne naisses.

-... Mes crises ? réalisa Severus. C'est... C'est à cause d'eux que ma magie est comme ça et que j'ai... Mes crises ?"

Frigga ne dit pas un mot et l'adolescent le prit comme un acquiescement.

"Pourquoi ?! Pourquoi m'avoir fait ça ?! Papa et ma fratrie détestaient déjà bien assez Asgard comme ça, ma mère n'a aucun rôle à jouer dans le Ragnarök et moi non plus ! Cela ne tient pas debout !

-Je crains que ce ne soit une des choses que je ne puisse te dire, mon enfant."

Severus souffla d'agacement et de dépit. Lui qui pensait parler avec une personne qui ne le verrait pas comme un bébé qu'il fallait protéger de la réalité, parce qu'il n'était pas prêt à y faire face, il s'était bien tromper.

"Je puis te faire part de mon hypothèse, mais je ne puis te la présenter comme une certitude. De plus, avant de te révéler ma supposition, je tiens à obtenir de toi la promesse que tu ne la répéteras pas à tes amis."

Le Lokison releva la tête, stupéfié. Allons bon, qu'est-ce que c'était que cette histoire, encore ?

"Pour quelle raison ? Ils sont dignes de confiance. Et ce sont mes amis, je ne leur ai jamais rien cacher et ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer.

-Tu ne leur cacheras rien, s'ils ignorent que je t'en ai fait part. En vérité, je ne désire pas que tu leur partages et pour cause, je crains que si je n'ai raison, ils ne comprennent pas ce que cela signifie et ne te gène de quelque manière que ce soit.

-On est toujours ensemble, je ne leurs ai jamais rien cachés de ce qui m'arrivait et ils m'ont soutenu à chaque fois.

-Oui, pour des petits détails, des petits changements, comme ton apparence, ta physionomie, tes pouvoirs ou ta vie familiale. En bref, là où ils ne pouvaient pas réellement agir. Mais là, cela concerne toute ta vie. Si mes suppositions sont vrais, ou même si elles sont fausses, comprendront-ils ce que cela signifie, les enjeux ? Seront-ils prêt à te suivre ? Ou essaieront-ils de te retenir ?

-Alors, je devrai ne jamais leur en parler ? Ils ne sauront jamais rien ?

-Si, quand ils rejoindront notre monde, quand ils seront de notre côtés des choses et verront ce qu'ils ne voient pas encore.

-Mais... Le seront-ils seulement un jour ?"

Frigga repensa à l'image qu'elle avait eu du jeune Regulus dans ses flammes.

"Oui... Oui, si nous laissons les choses se faire... Ils le seront un jour. Je pense même qu'ils apprendront tout sans que tu n'ai à leur dire quoique ce soit.

-Alors... Je promets... Je ne dirai rien...

-Bien... Je sais à quel point cela t'es difficile, mais je t'assure que c'est pour le mieux et que je ne te le demande pas pour te compliquer la vie, tenta-t-elle de la rassurer en lui saisissant les épaules.

-Étonnamment... Je vous crois."

Elle lui adressa un sourire éblouissant, et ils se remirent à marcher. Frigga se stoppa de nouveau, se tourna vers le lac et inspira profondément avant d'expliquer.

"Tout commence peu de temps après la naissance d'Yggdrasil et l'installation au pouvoir des Aesirs. Il faut que tu saches que la plupart des messages sur l'avenir qui nous proviennent des Normes, puisqu'elles tissent les grandes lignes de notre vie, nous ne pouvons qu'en changer les détails. Mais au pied d'Yggdrasil se trouve un puits... Son puits. En général, grâce à lui nous pouvons entrer en communication avec l'Arbre-Monde. Le plus souvent c'est pour obtenir toutes les connaissances de l'univers... En échange de quelque chose, bien sûr. Mais cette fois-là... Yggdrasil s'est exprimé de lui-même et tous les Mondes sachant son existence l'ont entendu.

-Quel est le rapport avec moi ?

-Yggdrasil nous annonçait la naissance à venir de son enfant par les opposés, présagée par son messager. Il serait là pour rétablir l'équilibre en son sein ainsi que la vérité, développa Frigga en se tournant vers son petit-fils. Tes parents sont respectivement Dieu de la Tromperie et Déesse de la Fidélité. Yggdrasil a jailli lentement du Chaos Originel, tout comme la magie. Loki est le premier sorcier aillant exister et... Tu es le second. Je pense que nous pouvons donc le voir comme le messager.

-Cela ne veut rien dire. Ce n'est peut-être pas nous, ce n'est peut-être pas moi. Vous l'avez affirmé vous-même, ce n'est qu'une hypothèse.

-Mais une hypothèse à laquelle le Conseil a crue. Ta puissance est incroyable, un peu supérieure à celle de Loki, sûrement dû à celle de mage venant de ta mère, mais suffi samment pour que cela rejoigne celle des Gemmes d'Infinité, elles-mêmes nées du Chaos Originel.

-C'est peut-être...

-Non, ce n'est absolument pas à cause de l'armoise que ta magie est si forte, l'interrompit-elle. Tu as cette puissance depuis ta naissance, sinon tu n'aurais jamais survécu. Tu ne serais même pas là à l'heure actuelle... Je suis presque sûre que mes suppositions sont justes, Severus. Ta magie est sœur avec celle des gemmes. Tu es l'enfant d'Yggdrasil.

-Cela n'a pas de sens. Rien n'a de sens ! cria-t-il. Enfant d'Yggdrasil, moi ? Allons bon ! Pourtant, ma magie m'abandonne brusquement dés qu'une personne lève la main sur moi, me laissant sans défense et j'ai donc passé les trois quarts de ma vie à me faire passer à tabac par Tobias, que je pensais mon géniteur, et mes camarades de maison. Ma magie stagne durant plusieurs années et je me révèlerais d'un seul coup né du cœur de l'univers ! C'est n'importe quoi !

-Pourtant, tu es d'une intelligence exceptionnel selon tes instituteurs, autant moldus que sorciers. Sans oublier que malgré ta connaissance sur les gemmes et que tu saches que tu vas les obtenir... Tu n'as pas une seule fois manifesté le moindre désir de les voir. Savoir que tu auras une telle puissance entre tes mains ne te fais donc rien ?

-En toute franchise, je ne réalise pas vraiment tout ce que ces gemmes peuvent faire... Pour moi, ce ne sont que des pierres... Des pierres pouvant sauver ma vie, certes, même si je ne vois pas comment, mais des pierres tout de même. De simples pierres."

Ils restèrent un moment à se fixer, Frigga méditant les paroles de l'adolescent.

"Si tu les vois ainsi, je pense alors que quand tu les verras et les toucheras, tu parviendras à aller au-delà des pouvoirs qu'elles t'apporteront. Qui sait, tu parviendras peut-être même à atteindre leurs consciences. Sais-tu pourquoi les gemmes sont maintenus éparpillées dans tout le cosmos ?

-Parce que... Parce que ce sont des pouvoirs cosmiques phénoménaux, dans de petits mouchoirs de poches et que... Réunies elles pourraient anéantir la moitié de l'univers d'un claquement de doigts ?

-Il y a de cela, il est vrai. Mais aussi, et c'est pour cela que c'est la meilleure solution pour calmer tes crises, c'est qu'elles ne sont jamais aussi instables que séparées et jamais autant équilibrées que réunies. Les gemmes ne formaient qu'un avant de se diviser et comme chaque chose dans la nature, elles n'ont pas pas de raison d'être les unes sans les autres. A quoi sert d'avoir le pouvoir, si tu n'as pas l'âme pour en user avec sagesse et bonté ? A quoi sert d'avoir une âme, si tu n'as aucun pouvoir d'en user ? Quel utilité à modifier la réalité, si tu n'as pas un esprit suffisamment fort pour te ramener à la vraie ? Quelle utilité d'avoir de l'esprit, s'il ne peut te permettre de t'évader de la réalité ? Pourquoi disposer d'un grand espace, si tu n'as pas le temps de le parcourir et inversement ?

-Mais... Si je ne dois posséder que cinq gemmes sur les six, comme elles se complètent... Ne va-t-il pas y avoir un déséquilibre ?

-Je viens de te le dire Severus. Tu es l'enfant d'Yggdrasil. Tu rétablies la vérité, car tu es la vérité. Ce qui veut dire que tu as le pouvoir de savoir ce qu'il en est en réalité, sur tout, peu importe et quand cela s'est passé et tu as l'âme et l'esprit pour ne pas en abuser."

Severus se laissa tomber sur un rocher.

"C'est complétement dingue. Encore plus dingue que d'apprendre ma véritable filiation et tout ce qui l'a accompagnée.

-Je me doute, affirma Frigga en s'asseyant à ses côtés, même si je ne puis pas réellement comprendre ce que tu vis...

-Non. Non, c'est sûr, vous ne pouvez pas.

-Mais je peux au moins t'assurer de notre protection et tout notre soutien à ton égard. Le Conseil a été décimé et ses membres sont pourchassés et condamnés par Odin, le Trio Palatin et tout les soldats fidèles à ton père. Et ils le sont tout autant envers ses enfants, toi inclus, ce qui t'assure bons nombres d'hommes, si tu en as besoin. Tu sais déjà que tu es reconnu membre des familles royales d'Asgard et Vanaheim, ce qui t'assure d'être intouchable dans les Neufs Mondes. Et tu as des amis et une famille qui t'aiment et veillent sur toi, alors... Même si nous ne pouvons totalement te comprendre, nous sommes au moins là, sache-le. Ton collier a toujours été là pour te le prouver."

Le sorcier ne répondit pas, il ne comprenait pas le sens de la dernière phrase. Il ferma simplement les yeux et laissa sa tête reposer contre l'épaule de la reine. Il avait besoin de réfléchir, d'assimiler ce qu'il venait d'apprendre. Il avait besoin de dormir. Oui, la nuit porte conseil, comme on dit, et tant pis si on était au beau milieu de l'après-midi. Et il était bien là, appuyé contre sa grand-mère, entouré par son aura aimante. Il sombra sans s'en rendre compte, dans les limbes du sommeil. La Déesse de la Maternité manipula délicatement son petit-fils pour que sa tête repose sur ses genoux, entonna une berceuse d'Asgard et resta là à profiter de ce simple moment à la tenir dans ses bras, jusqu'à ce qu'elle doive partir. Elle lui murmura alors des mots à l'oreille avant de disparaitre.

Si tu leur est vraiment relié et si elles t'en jugent digne, alors les gemmes t'indiqueront comment les retrouver.


S'il y a encore des détails auxquels vous n'avez pas de réponse, dites le moi dans les reviews, pour que je sache et y réponde.