Chapitre 7
Le château du prince d'Ithilien se dressait sur la plus haute des collines d'Emyn Arnen. La vue depuis les remparts était imprenable, et c'était pour cette raison qu'Éowyn aimait tant s'y promener, en particulier au point du jour, lorsque la forteresse était encore endormie et que la nature s'éveillait à peine. Elle profitait alors du silence et de la solitude pour se ressourcer, et admirait le lever du soleil avec le sentiment grisant d'assister à un moment privilégié. C'était un spectacle qu'elle ne ratait presque jamais, même en hiver, alors que la rigueur du climat ne se prêtait guère à des balades aussi matinales. Enveloppée dans sa mante de velours vert émeraude, elle n'hésitait pas à sortir dans le froid pour aller contempler les premières lueurs de l'aube.
Ce jour-là, l'aurore teintait le ciel de nuances rose orangé qui se reflétaient sur les coteaux enneigés. Un point noir se détachait sur le versant blanc d'une colline et ne manqua pas d'attirer l'attention d'Éowyn. Il se déplaçait à la vitesse d'un cheval au galop et semblait se diriger droit vers le château. La jeune femme ne tarda pas à s'apercevoir qu'il s'agissait en effet d'un cavalier sur sa monture. Qui pouvait bien se présenter d'aussi bon matin ? Un messager, peut-être ? À en juger par l'allure à laquelle il chevauchait, la nouvelle qu'il apportait devait être de la plus haute importance...
- Le roi Aragorn requiert ta présence à Minas Tirith, annonça Faramir, après avoir relu attentivement la lettre qui venait de lui être remise. Il dit qu'un homme de ta connaissance s'est présenté à la cour en prétendant que ta vie était menacée... Un homme du nom de Gríma Langue de Serpent.
Éowyn entrouvrit la bouche de stupeur. Son époux l'avait fait demander dans son cabinet de travail peu de temps après l'arrivée du héraut. Se doutant que cette convocation avait un rapport avec le contenu de la missive, elle avait rejoint Faramir sans tarder, curieuse de savoir ce qu'il aurait à lui dire. Elle devait avouer qu'elle s'attendait à tout sauf à ça.
- Gríma ? répéta-t-elle sans y croire. Je... Je pensais qu'il était mort...
- Manifestement non, répondit Faramir en observant Éowyn avec une telle concentration que la jeune femme finit par se sentir mal à l'aise.
Pourquoi la dévisageait-il de la sorte ? Cherchait-il à déceler sur son visage le moindre signe de tromperie ? En vérité, cela faisait des mois qu'elle était persuadée que Gríma était toujours en vie... Jamais cependant elle n'aurait imaginé que cet homme puisse se manifester à la cour du roi Elessar après tant d'années à s'être fait passer pour mort. Et dire qu'elle avait rêvé de lui la veille... Était-ce une simple coïncidence, ou s'agissait-il d'un rêve prémonitoire ?
- D'après les propos de cet homme, l'héritier du Roi-Sorcier d'Angmar serait de retour et souhaiterait s'en prendre à ta vie pour venger la mort de son père... Aragorn est convaincu qu'il ne s'agit que de mensonges et que tu ne risques rien, mais il aurait besoin de toi à la cour pour l'aider à décider du sort de ce dénommé Langue de Serpent.
- Pourquoi moi ? ne put s'empêcher de demander Éowyn, même si elle redoutait de connaître la réponse.
- Il estime que tu es – je cite – l'une des personnes les plus à même de juger le traître responsable de l'empoisonnement de ton oncle...
- Mon oncle lui a déjà pardonné sa traîtrise, fit remarquer la jeune femme. Il l'a laissé retourner auprès de son maître après avoir recouvré la santé.
- Toujours est-il que ce Gríma doit être puni pour les meurtres de Saroumane le Blanc et de Lothon Sacquet de Besace, reprit Faramir en posant à nouveau les yeux sur la lettre qu'il avait dans les mains. En attendant de pouvoir se prononcer sur son sort, Aragorn le retient prisonnier dans les cachots de la citadelle. Plus tôt tu te rendras à Minas Tirith, plus tôt il pourra se débarrasser de lui.
Éowyn se demanda brièvement si ces mots étaient ceux d'Aragorn ou bien ceux de son mari... Dans tous les cas, ils la convainquirent d'agir au plus vite. Non pour précipiter la perte de Gríma, mais au moins pour écourter son séjour en prison. Le savoir enfermé dans les geôles de Minas Tirith avait fait naître en elle un sentiment de pitié qu'elle ne pouvait s'expliquer. Méritait-il vraiment un traitement aussi rude ?
- J'irai à la cour dès demain, déclara Éowyn d'une voix décidée.
- Dans ce cas, j'irai avec toi, répondit Faramir. Le roi aura aussi besoin de son intendant pour rendre sa justice.
La jeune femme se retint de lui signaler que c'était à elle et non à lui qu'Aragorn faisait appel dans sa lettre. Pourquoi souhaitait-il donc l'accompagner ? N'avait-il pas confiance dans son jugement ? Un mauvais pressentiment s'empara d'Éowyn... Son mari se doutait-il déjà qu'elle s'opposerait à la mise à mort de Gríma ? Hélas, elle le connaissait suffisamment pour deviner qu'il n'hésiterait pas à la désapprouver devant le roi. Si elle voulait réellement épargner la vie de Gríma, elle allait devoir se montrer convaincante...
Gríma n'aurait su dire combien de temps il venait de passer dans sa cellule. Suffisamment longtemps pour habituer ses yeux à l'obscurité et être à présent aveuglé par la torche du geôlier qui le conduisait le long d'un couloir interminable. Où l'emmenait-il ? Le roi Elessar avait-il enfin rendu son verdict et décidé de l'envoyer à la potence ? Si ce châtiment tant redouté le faisait trembler des pieds à la tête, au moins mettrait-il un terme à ses souffrances. Son séjour dans les cachots n'avait fait qu'aggraver sa toux, et son front était désormais brûlant de fièvre. Les maigres rations de pain et de gruau qui lui avaient été servies à travers les barreaux n'avaient pas suffi à calmer la faim qu'il avait accumulée depuis un mois. Il se sentait si faible qu'il avait bien de la peine à suivre son garde, obligeant celui-ci à tirer constamment sur ses chaînes pour le faire avancer plus vite.
Ils arrivèrent bientôt dans une pièce immense et lumineuse que Gríma eut d'abord du mal à reconnaître tant il fut ébloui. Il leva instinctivement ses mains devant ses yeux pour essayer de les protéger de la lumière, mais les menottes d'acier qu'il avait aux poignets lui causèrent une douleur si vive qu'il fut pris d'un vertige et s'effondra à genoux.
- Debout ! cria le geôlier en tirant brutalement sur ses fers.
Gríma se releva tant bien que mal. Clignant des yeux pour essayer de les accoutumer à la clarté environnante, il finit par s'apercevoir qu'il se trouvait au beau milieu du Hall de la Tour. Aragorn siégeait sur son trône, entouré d'une demi-douzaine de soldats parmi lesquels il reconnut le prince Imrahil. La place de l'intendant était cette fois-ci occupée par un homme au noble visage et aux longs cheveux blonds. Il portait une barbe courte, taillée avec soin, et braquait sur Gríma un regard scrutateur. À côté de lui se tenait une jeune femme aux cheveux dorés qui ondulaient gracieusement sur ses épaules et jusqu'à sa taille. Grande et svelte, elle était vêtue d'une longue robe blanche aux manches évasées et ceinte d'argent. Sa beauté éblouit Gríma plus encore que ne l'avait fait la lumière du jour, et il ne tarda pas à sentir son cœur s'emballer.
- Éowyn ? prononça-t-il à mi-voix.
Il avait l'impression de rêver. Était-ce bien elle ? Le roi Elessar avait-il fini par écouter ses prières et par envoyer chercher la dame du Rohan pour l'avertir de la menace dont elle était l'objet ? Cela dépassait tellement ses espérances qu'il arrivait à peine à y croire...
- Voici donc l'homme qui prétend avoir vu le Prince-Sorcier d'Angmar revenir à la vie pour se venger de celle qui a vaincu son père, déclara Aragorn avec une pointe de sarcasme. Le reconnaissez-vous, princesse Éowyn ?
La dame de l'Ithilien avala sa salive avant de répondre faiblement :
- Oui, je le reconnais.
Gríma Langue de Serpent avait bien changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu en personne. Cela remontait au jour où il avait quitté Meduseld, choisissant de rejoindre Saroumane plutôt que d'accompagner le roi Théoden à la guerre. Si à l'époque son visage paraissait déjà blême, il semblait aujourd'hui aussi pâle que celui d'un mort. Ses cernes s'étaient au contraire assombris et faisaient encore plus ressortir ses yeux bleus globuleux. Ses cheveux emmêlés et crasseux étaient aussi noirs qu'autrefois, hormis la mèche blanche qui était apparue au-dessus de son front et qui pendait désormais sur le devant de sa figure émaciée.
- Gríma Langue de Serpent, reprit Aragorn, tu es accusé des meurtres de Saroumane le Blanc et de Lothon Sacquet de Besace. Qu'as-tu à dire pour ta défense ?
Gríma entrouvrit la bouche pour répondre, mais il fut incapable de prononcer la moindre parole tant il était pétrifié par le regard que lui lançait Éowyn. Un regard chargé de reproches, mais aussi de pitié...
- Je... Je n'ai fait qu'obéir à la volonté de mon maître, bégaya-t-il d'une voix mal assurée. Il ne m'a pas laissé le choix...
- Tu veux parler du meurtre de Lothon... Qu'en est-il du meurtre de Saroumane ?
Encore une fois, Gríma se retrouva à court de mots. Il n'osait même plus regarder Éowyn, de peur de perdre le peu d'aplomb qu'il lui restait. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il l'entendit répondre à sa place :
- Monseigneur, Saroumane était l'un des plus fidèles serviteurs de Sauron. Pourquoi vouloir reprocher à cet homme de l'avoir tué ?
Gríma n'en croyait pas ses oreilles. Pourquoi Éowyn prenait-elle sa défense ?
- Saroumane était aussi l'un des plus puissants magiciens de la Terre du Milieu, fit remarquer Aragorn. Gandalf le Blanc lui-même était prêt à l'absoudre de ses crimes. Si Gríma ne lui avait pas tranché la gorge, nul doute que les hobbits de la Comté auraient également fini par lui pardonner.
- Pardonner ? répéta Gríma en sortant enfin du silence. Comment auraient-ils pu pardonner à un homme qui n'a pas hésité à saccager leurs villages et à dévaster leur campagne ?
- Tu étais son complice, lui rappela Imrahil. Toi aussi tu as ta part de responsabilité dans ce qui est arrivé à la Comté.
- Je comprends que Gríma puisse être jugé pour les crimes qu'il a commis au service de son maître, concéda Éowyn, mais il me paraît injuste de le punir également pour le meurtre de Saroumane.
- Quelqu'un doit pourtant répondre de ce crime.
- Dans ce cas, pourquoi ne pas m'accuser d'avoir tué le Roi-Sorcier d'Angmar ? lança Éowyn avec ironie. Lui aussi était un puissant magicien !
- Cela n'a absolument rien à voir, rétorqua alors Faramir, qui prenait la parole pour la première fois. Comment peut-on comparer Saroumane le Blanc au Capitaine Noir ? C'est absurde.
- Tous les deux étaient pourtant à la solde de Sauron, répliqua Éowyn en jetant un regard glacial à son époux.
Comme elle s'y était attendue, Faramir n'avait aucun scrupule à la contredire en présence du roi. Et dire qu'un mari était censé soutenir son épouse...
- Éowyn n'a pas tort, reconnut Aragorn. Gríma ne sera condamné que pour le meurtre de Lothon. À présent, nous devons décider de la peine qui lui sera infligée.
- La mort, trancha Imrahil. Si les hobbits ont cherché à le tuer, c'est bien qu'il le méritait.
- La mort, approuva Faramir, sans l'ombre d'une hésitation.
- Éowyn, vous qui connaissez cet homme mieux que nous, quel est votre verdict ? demanda Aragorn en se tournant vers la jeune femme.
Gríma les observa tous les deux avec appréhension. Ainsi donc, c'était pour cela que le roi Elessar avait fait venir Éowyn à sa cour ? Pour qu'elle l'aide à choisir la sentence qu'il devrait prononcer ? Quelle décision allait-elle prendre ? Après toutes les années que Gríma avait passées à l'épier et à hanter ses pas, il ne pouvait s'attendre à un jugement favorable...
- Monseigneur, dit Éowyn, je connais cet homme, en effet, et je sais qu'il a longtemps manipulé mon oncle pour le compte de Saroumane. Je sais également qu'il n'a pas toujours été ainsi, et que jadis il servait Théoden fidèlement. C'est en tombant sous l'influence du Magicien Blanc qu'il s'est rendu coupable de crimes qu'il n'aurait jamais commis autrement. Le pouvoir de la voix de Saroumane était d'ailleurs si grand que rares étaient ceux qui parvenaient à y résister. Maintenant que Gríma est libéré de l'emprise de son maître, je doute qu'il représente une menace pour votre royaume.
- Vous suggérez donc qu'il ne reçoive aucun châtiment ?
- Les hobbits qui l'ont abattu à Cul-de-Sac l'ont pour ainsi dire déjà condamné à mort, Monseigneur. Si le sort a voulu qu'il survive à ses blessures et qu'il ait droit à une seconde chance, pourquoi ne pas la lui laisser ?
- C'est aussi le sort qui l'a conduit jusqu'à la cour du roi Elessar, commenta Imrahil. J'y vois là au contraire le signe qu'il doit être puni comme il le mérite, une bonne fois pour toutes.
- Monseigneur, reprit Éowyn, j'en appelle à votre clémence et je vous engage à suivre l'exemple de mon oncle Théoden : accordez la liberté à Gríma, à condition qu'il ne reparaisse plus jamais à Minas Tirith.
- Un bannissement ? s'exclama Faramir. Cela me semble être une peine bien légère...
- Pourquoi ne pas le bannir du royaume ? proposa Imrahil. Ce serait au moins une punition plus appropriée.
- Dans ce cas, permettez-moi de lui accorder le droit d'asile en Emyn Arnen, demanda alors Éowyn, provoquant l'étonnement général. Dans votre lettre, Monseigneur, vous disiez que Gríma voulait me mettre en garde contre le Prince-Sorcier d'Angmar. Même si je reste sceptique, je souhaiterais pouvoir en apprendre davantage au sujet de cette menace.
Gríma jeta un regard incrédule à la princesse d'Ithilien. Se pouvait-il qu'elle prête vraiment foi à ce qu'il avançait, elle qui s'était pourtant toujours méfiée de ses paroles ? Éowyn tourna la tête vers lui et l'observa fixement. Elle se demandait si Gríma allait finir par deviner la véritable raison pour laquelle elle souhaitait s'entretenir avec lui. En réalité, elle n'accordait que peu de crédit à cette histoire d'esprit vengeur venu des Hauts des Galgals. Tout ce qu'elle voulait, c'était comprendre ce qui s'était passé la nuit du solstice d'été, alors qu'elle et Gríma s'étaient entrevus par le biais d'un Palantír. Quelle était cette Pierre de Vision sur laquelle il avait réussi à mettre la main ? Pourquoi l'avait-il utilisée à l'instant même où Éowyn avait plongé son regard dans la Pierre de Minas Tirith ? Comment expliquer cette coïncidence ? Bien des questions qui la taraudaient depuis des mois, et qui trouveraient peut-être enfin des réponses...
- Ne me dis pas que tu souhaites accueillir un assassin sur nos terres ! se récria Faramir.
À ces mots, Gríma comprit alors quel lien unissait l'intendant du roi et la dame Éowyn. Tous les deux étaient mari et femme, prince et princesse d'Ithilien. C'était avec cet homme qu'elle avait choisi de passer le restant de sa vie. Cet homme qui ne se gênait pas pour la critiquer ouvertement devant la cour.
- Il n'y a rien à craindre de lui, certifia Éowyn. Il peut d'ailleurs à peine tenir sur ses jambes. Comment pourrait-il encore faire le moindre mal ?
- Êtes-vous prête à vous porter garante de sa conduite, princesse Éowyn ? demanda Aragorn.
- Oui, Monseigneur.
- Très bien, dans ce cas, j'accède à votre requête, répondit le roi, avant de se tourner vers l'accusé et de prononcer d'une voix sentencieuse : Gríma Langue de Serpent, tu es banni céans du royaume du Gondor et de l'Arnor. Tu pourras toutefois trouver refuge en Emyn Arnen auprès de la princesse d'Ithilien, pour le temps qu'elle jugera nécessaire.
- Monseigneur..., protesta Faramir en se levant de son siège.
- Telle est ma décision, trancha Aragorn d'un ton ferme.
Réduit au silence, l'intendant du Gondor ne trouva rien d'autre à faire que de lancer un regard noir à son épouse. Celle-ci lui adressa en retour un regard triomphant où brillait une lueur de malice.
- Monseigneur, s'exclama à son tour Gríma en inclinant révérencieusement la tête, je ne saurais comment vous remercier...
- Contente-toi de ne plus jamais croiser mon chemin.
Gríma salua le roi jusqu'à terre pour lui faire part de sa gratitude.
- Garde, libérez-le de ses fers.
Ces mots que Gríma n'aurait jamais cru entendre de sitôt, il ne les devait à nulle autre qu'à Éowyn. C'était elle qui venait de lui sauver la vie, malgré tous les griefs qu'elle pouvait avoir contre lui. Pourquoi avait-elle fait cela ?
Le prisonnier tendit ses mains devant son geôlier pour qu'il puisse retirer ses menottes. Celles-ci s'ouvrirent et tombèrent sur le sol dans un grand bruit métallique. Éowyn ne put s'empêcher de tressaillir à la vue des poignets ensanglantés de Gríma.
- Il est à vous, princesse Éowyn, lança Aragorn avec un brin d'amusement. Qui sait ? Peut-être vous expliquera-t-il plus en détails comment le Prince-Sorcier d'Angmar compte s'y prendre pour vous faire expier la mort de son père...
- Monseigneur, êtes-vous sûr qu'il soit sage de laisser ce serpent aux côtés de la princesse ? demanda Imrahil, soudain pris d'inquiétude.
- Rassurez-vous, Éowyn sait se défendre. Quand bien même elle viendrait à manquer de vigilance, son mari serait là pour assurer sa protection. N'est-ce pas, Faramir ?
- Assurément, marmonna le prince d'Ithilien, d'un air qui laissait présumer le contraire.
Sur ce, il s'approcha de Langue de Serpent et le toisa du regard. Il faisait presque une tête de plus que lui et paraissait user de cet avantage pour montrer sa supériorité. Après avoir tourné autour de Gríma comme pour l'examiner sous toutes les coutures, il s'arrêta devant lui et renifla brièvement.
- Tu empestes le cheval, lança-t-il avec une grimace de dégoût.
Cette remarque rappela à Gríma celles que lui faisait jadis Saroumane lorsqu'il le rejoignait en Isengard après avoir chevauché pendant cinq jours depuis Edoras. Nul doute que le mois qu'il venait de passer sur le dos d'Églantine avait dû imprégner ses vêtements d'une odeur particulièrement tenace.
- À propos de cheval, dit Aragorn. Il lui en faudra un si vous comptez le ramener jusqu'en Emyn Arnen.
- Si du moins il s'en trouve un qui veuille bien le porter.
- Justement, Monseigneur, dit Gríma à l'adresse du roi. Avec votre permission, je souhaiterais pouvoir repartir avec la jument noire qui m'a conduit jusqu'ici et qui doit – je l'espère – toujours se trouver dans vos écuries.
- Soit. Cela m'évitera d'avoir à te céder l'un de mes chevaux.
Gríma poussa un soupir de soulagement à l'idée de ne pas abandonner Églantine. Au moins, avec elle, il était sûr que la route se ferait sans encombres. Il espérait seulement qu'elle avait eu droit à un meilleur traitement que lui...
