Chapitre 3
Eames leva les yeux de son écran pour observer la scène insolite devant elle. Goren le magicien était de retour en ville pour une représentation unique. La fillette, après moult cajoleries de la part de son partenaire et regards assassins envers leurs collègues pour qu'ils cessent de la dévisager, avait fini par sortir de sa cachette sous le bureau. Alex comprenait, dans une certaine mesure, leur excès de curiosité. Jusque-là peu d'enfants avaient fréquenté leur brigade. C'était inhabituel comme situation. Et le fait que ce soit eux qui avaient ramené la gamine devait alimenter encore un peu plus les rumeurs qui pouvaient circuler sur eux. De plus Aliénor ne passait vraiment pas inaperçue avec la multitude de bleus qui la recouvraient. Assise sur le siège de Goren, elle était emmitouflée dans un pull de couleur bleu que Eames laissait en rechange dans son casier. Il était bien trop grand pour elle, mais il possédait l'avantage de la couvrir et de la garder au chaud.
Les yeux écarquillés et en même temps avec un air très sérieux sur le visage, Aliénor observait sa « nounou » lui faire un tour de magie. Depuis au moins dix minutes, Goren faisait apparaître, sans se lasser, une pièce entre ses longs doigts. Étonnée les deux premières fois, la fillette lui saisissait maintenant la main à chaque fois qu'il l'approchait d'elle pour comprendre d'où venait cette mystérieuse pièce sans jamais réussir à la trouver. Goren réussissait à la duper à chaque fois, élargissant toujours plus son sourire.
Se réprimandant d'être restée trop longtemps à suivre l'adorable scène, Alex retourna son attention vers le mail qu'elle avait commencé à taper. Et elle fut aussitôt dérangée par des coups frappés cherchant à attirer l'attention de toute la section. Tout le monde chercha son origine jusqu'à trouver Ross planté devant son bureau. Une fois qu'il fut sûr d'avoir tous les regards fixés sur lui et obtenu le silence, il prit la parole :
- La tempête qui s'abat en ce moment même va être plus violente que prévu. Par mesure de sécurité, on demande à tout le personnel encore présent de rester dans les locaux.
Même si Ross leur avait dit un peu plus tôt, Eames ne put s'empêcher de soupirer de frustration. Elle ne s'était pas encore résignée à faire le deuil d'une soirée paisible chez elle. Et apparemment, elle était loin d'être la seule. Certains râlèrent, d'autres commencèrent à protester. Le ton autoritaire de leur capitaine les fit taire immédiatement.
- Ce sont les ordres !
Ross se pinça le nez et reprit avec un ton un peu plus apaisant :
- Écoutez, on est tous coincés ici pour le moment, alors faisons en sorte que ça se passe bien. Appelez vos proches et expliquez-leur la situation. Et pour vous occuper, n'hésitez pas à terminer la paperasse qui traîne sur vos bureaux.
Il y eut bien évidemment encore quelques râlements mais le capitaine fit la sourde oreille en sachant que ses hommes obéiraient. Puis il traversa la brigade d'un pas décidé pour venir vers Eames et Goren. Aliénor se réfugia dans les bras du détective, écrasant le visage contre sa chemise lorsque Ross s'immobilisa à côté de leurs bureaux. Bobby la serra aussitôt contre lui en murmurant un « tout va bien, Aliénor ».
- J'ai réussi à joindre Cragen, leur déclara de but en blanc leur commandant. Pour le moment, nous gérons l'enquête. Il va nous envoyer deux de ses hommes dès qu'il sera possible de circuler.
Eames hocha de la tête, reconnaissante de garder l'enquête maintenant qu'ils étaient impliqués. Elle voulait comprendre ce qui avait bien pu arriver à la petite et surtout retrouver les monstres qui lui avaient fait subir tant d'atrocités pour les arrêter.
- Puisque vous ne faites jamais pareil que les autres, Goren, le sermonna le capitaine, et qu'il est désormais trop tard, je me chargerais de contacter à votre place, dès demain, les services sociaux pour qu'ils prennent en charge votre petite protégée.
L'inspecteur grigna intérieurement. Il venait de recevoir son premier coup de bâton.
- Vous avez trouvé quelque chose, Eames ?
- Pour le moment, rien, lui répondit-elle légèrement frustrée. Il n'y a aucun avis de recherche lui correspondant dans l'état. Je commence à regarder dans les états voisins.
- Continuez sur votre lancée, l'encouragea Ross. Quant à vous Goren, comme vous avez décidé de faire l'impasse sur l'hôpital et que nous sommes coincés ici…
Le capitaine eut l'air soudainement amusé. Un sourire railleur fleurit sur ses lèvres.
- Amenez la gamine à Rodgers pour qu'elle l'examine.
Satisfait d'avoir donné ses ordres, il commença à se retourner dans l'attention d'aller voir une autre équipe. Goren réajusta sa prise sur Aliénor avant de se redresser.
- Je ne l'ai pas prévenue de votre visite, lança le commandant d'un ton désinvolte. Mais je suis certain qu'elle sera très accommodante avec vous.
- Merci de cette gentille attention, bougonna Goren.
Eames se retenue de rire. Même si le médecin légiste et son partenaire s'appréciaient et se respectaient, Bobby avait tendance à l'exaspérer. Surtout lorsqu'il demandait à réexaminer le corps ou qu'il commençait à chipoter sur un détail du rapport.
- Rodgers va t'adorer encore un peu plus, se moqua Eames amusée.
Mais Goren l'était beaucoup moins.
Effectivement, Rodgers ne fut pas très réjouie de voir débarquer Goren alors qu'elle était assise à consulter tranquillement une de ses revues médicales, un café chaud à peine entamé à la main.
- Goren, lança-t-elle d'un ton morne en croisant les bras sur sa poitrine. Je constate que les rumeurs qui circulent que vous aviez ramené une enfant sont bien fondées.
Bobby la salua d'un hochement de la tête, guère étonné que tout le bâtiment avait déjà connaissance de sa dernière excentricité. Il avait l'habitude d'être un sujet de potins depuis qu'il avait commencé à la Major Case. Bien qu'il n'y prêta pas une oreille particulière, les rumeurs avaient été flatteuses au début avant qu'elles ne commencent sérieusement à l'agacer lorsqu'elles avaient commencé à y inclure Eames. Ces derniers temps, elles étaient devenues beaucoup moins élogieuses à son égard.
- Rodgers, je vous présente Aliénor.
Le détective déposa délicatement la fillette sur le seul espace de libre, soit la table d'autopsie, mais ses petites mains restèrent accrochées à sa chemise.
- Aliénor, fit-il d'une voix douce pour la rassurer, c'est une amie. Tu n'as pas à avoir peur d'elle.
L'enfant tourna la tête vers la légiste, qui semblait toujours avoir un air maussade sur ses traits, avant de se cacher à-nouveau le visage contre le torse de Goren. Rodgers ne faisait pas réellement d'effort pour être un peu plus chaleureuse et accueillante.
- J'ai besoin que vous l'examiniez, expliqua sans détours Bobby.
- Vous vous êtes trompé de service, lui répondit la légiste d'un ton morose. La pédiatrie du Presbytérian est à seulement quelques blocs d'ici.
- Qui est hors de portée, Rodgers, lui réfuta l'inspecteur. Vous le savez autant que moi.
- Ce n'est pas mon rayon.
Goren soupira devant l'entêtement de Rodgers, en étant toutefois reconnaissant qu'elle mesure ses paroles en ne parlant pas de mort ou de cadavre devant la fillette apeurée. Lui dire que c'était Ross qui lui réclamait cet examen ne l'aiderait pas non plus à la convaincre. Il finit par soulever le bord du pull bleu pour dévoiler les chevilles de l'enfant, puis les mollets ainsi que les cuisses.
- Elle est couverte d'ecchymoses comme celles-ci, Rodgers.
A la vue des meurtrissures, la légiste, pourtant habituée à la vue des cadavres parfois gravement mutilés, prit un teint blafard.
- Vous comprenez pourquoi j'ai besoin de vous, dorénavant ?
Une fois le choc passé, Rodgers reprit rapidement son sang-froid.
- A une condition, Goren, finit-elle par déclarer.
- Laquelle ? Demanda-t-il, curieux de sa requête et soulagé qu'elle accepte de procéder à l'examen de son plein gré.
- Au prochain cad… Commença-t-elle à dire avant de se reprendre. Dossier que nous avons en commun, vous vous contentez juste du rapport que je vous fournis.
Goren était parfaitement conscient que ses méthodes d'analyses l'irritaient quelques fois comme tout le CSI. Ce n'était pas un manque de confiance envers eux, loin de là. Il reconnaissait que Rodgers était excellente dans son domaine. C'est juste qu'il aimait analyser la scène de crime à sa manière, absorbant chaque détail pour établir une première ébauche de l'affaire, sans être pollué par la vision de la légiste ou du CSI.
- Je vais essayer de me contenir, avança-t-il prudemment avec un petit sourire.
- Je l'espère ! Sinon je demande à Eames de s'occuper de votre cas ! S'il y a bien une seule personne sur cette terre capable de vous faire peur, c'est bien elle !
- Vous n'oseriez pas ? Lança-t-il outré qu'elle utilise sa partenaire pour le menacer.
- Oh ! Vous voulez parier ? Sourit Rodgers, amusée par la réaction de l'inspecteur, en attrapant une paire de gants en latex.
Durant une bonne demi-heure, Rodgers s'occupa des examens préliminaires. Elle commença par prendre des photos d'Aliénor, de son tatouage et de ses meurtrissures, puis prit sa taille et son poids, lui arracha quelques cheveux et gratta le dessous de ses ongles, avant de commencer ses prises de sang. Pendant ce temps-là, Goren babillait tranquillement, rassurant et apaisant la gamine. Il lui expliquait tout ce que la légiste faisait. C'était un bon pédagogue car la fillette buvait toutes ses paroles et elle se laissa faire avec une facilité déconcertante.
Lorsque Rodgers termina ses premiers examens, elle croisa le regard de Goren. Il ne mit pas longtemps à comprendre ce qu'elle voulait.
- Aliénor, dit-il d'une voix douce. Je vais devoir sortir un moment et te laisser toute seule avec le Docteur Rodgers.
La petite montra vivement son désaccord en secouant la tête et en agrippant fermement la manche de sa veste.
- Je serais juste derrière la porte, expliqua-t-il en la lui désignant de son doigt. Je ne serais vraiment pas loin.
Les coins de la bouche d'Aliénor s'affaissèrent et son menton se mit à trembler, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes. Goren se sentit désarmé face aux sentiments de panique et d'abandon qu'il lisait en elle. Il se demanda l'espace d'un instant s'il n'avait pas fait quelque chose de stupide en voulant maintenir le lien qu'il avait commencé à établir avec elle avant de balayer cette pensée d'un revers de main. Cependant il ne pouvait vraiment pas rester durant l'examen un peu plus approfondi que la légiste devait faire. Et même s'il le voulait, Rodgers le mettrait sûrement à la porte.
Bobby devait donner à Aliénor une raison de ne pas s'inquiéter, qui lui prouverait qu'il reviendrait la chercher. Une sorte d'objet de transition pour l'aider à gérer leur séparation. L'idée de lui laisser quelque chose qui lui appartenait lui traversa l'esprit. Sa première pensée fut celle de lui confier son insigne mais c'était un objet trop froid à son sens. Il fallait quelque chose de plus personnel qui prolonge pour Aliénor le sentiment de sécurité qu'elle semblait ressentir en sa présence. Une source de réconfort pour pallier à son absence. Quelque chose de doux et à l'odeur apaisante pour elle. Et il trouva.
Bobby retira sa pince à cravate pour la fourrer dans une de ses poches, puis commença à desserrer le nœud autour de son cou. Il fit glisser de son col la longue bande de soie pour la retirer.
- Je te confie ma cravate, murmura Bobby comme si cela devait n'être qu'un secret entre eux. Tu la gardes avec toi et tu me la rendras quand Rodgers viendra me dire que je peux venir te chercher, d'accord ?
La fillette serra la bande de soie de couleur bleue contre elle comme un doudou dès qu'il lui déposa dans les mains. Elle renifla, contenant ses larmes.
- Le docteur Rodgers est une amie, continua-t-il. Elle ne te fera pas de mal. J'aimerais beaucoup que tu l'écoutes et que tu fasses tout ce qu'elle te demande.
Aliénor hésita puis jeta un regard vers la légiste. Celle-ci patientait avec un sourire un peu plus accueillant qu'à leur arrivée. Gardant son air circonspect, la fillette finit par hocher lentement de la tête.
- Tu es une petite fille très courageuse, la complimenta Bobby en lui tapotant la tête.
Il ouvrit son col en dégageant le bouton de sa boutonnière avant de se redresser.
- Je vous la confie Rodgers.
Bobby s'était tourné vers la légiste. Il n'y avait plus rien de doux en lui. C'était plutôt un Goren sombre, menaçant et intimidant qui se révélait face à elle.
- Je vais en prendre soin, lui promit alors Rodgers en déglutissant légèrement.
Goren regarda à-nouveau l'heure sur son téléphone portable avec impatience et nervosité. Cela faisait déjà plus d'une heure qu'il avait confié Aliénor à Rodgers. Cela commençait à devenir long. Autant au début, il avait commencé à lire et à analyser les affiches accrochées dans le couloir pour s'occuper l'esprit, tout en échangeant quelques messages avec Eames qui lui demandait comment ça se passait de son côté, il avait été rapidement à court d'occupations. Il avait tenté une approche au bout de quarante minutes en prenant le risque d'entrebâiller la porte en appelant la légiste. Il s'était vite sauvé lorsqu'il avait entendu un choc sourd sur la porte qui fut accompagné d'un grognement qu'il avait interprété comme un : « Pas finis, Goren ! Du balai ! ».
Alors Bobby faisait les cent pas. Portable à la main. Il allait et venait dans le couloir, enchaînant les contournements d'objets disposés sur son trajet avant de faire demi-tour et recommencer la boucle. Le tout entrecoupé par de longs moments d'immobilité. Il était bien incapable de rester tout bonnement assis à attendre. Bobby savait la légiste minutieuse et qu'elle prendrait le temps qu'il lui faudrait, ni plus ni moins pour procéder à ses examens. Il espérait que tout se passe bien, que Rodgers se montrait patiente et compréhensive avec Aliénor. Ils savaient, tous les deux, l'importance de cet examen pour l'affaire. Cela l'aiderait à conceptualiser et à en préciser le contexte. Mais malheureusement aussi à comprendre et à connaître tout ce que Aliénor avait dû traverser.
Vingt longues et autres pénibles minutes passèrent avant que Rodgers surgisse soudainement de sa salle d'autopsie, les épaules tendues et le visage fermé. Goren sut immédiatement qu'il n'aimerait pas ce qu'elle allait lui annoncer. Elle tendit un doigt furieux vers lui.
- Jurez-moi Goren, lui exigea-t-elle, d'attraper ces monstres !
La légiste parlait à voix basse car elle avait laissé la porte entrouverte et ne voulait pas que l'enfant l'entende.
- Jurez-moi, répéta-t-elle, de mettre ces rats dans leurs cages et qu'ils n'en ressortiront plus jamais de leur vie. Jurez-le-moi Goren !
Surpris par tant de véhémence de sa part, Bobby commença à paniquer.
- Qu'est-ce qui se passe ? Aliénor… Est-ce qu'elle…
Rodgers le coupa rudement.
- Elle va aussi bien que son état le lui permet. Donnez-moi votre parole.
- Ai-je vraiment besoin de vous la donner ? Lui répondit-il vaguement soulagé. Vous me connaissez Rodgers.
La légiste l'observa pensivement quelques secondes puis hocha de la tête, satisfaite de sa réponse. Elle se redressa en croisant les bras.
- Je vous donnerai mon rapport détaillé demain matin. Ce que je peux vous dire pour le moment, c'est que cette enfant est sous-alimentée depuis des mois. Elle est bien en-dessous des courbes en termes de taille et de poids. Comme vous vous en doutiez, elle a été battue durant les dernières vingt-quatre heures. On le sait grâce à la couleur de ses bleus. Et ce n'est sûrement pas la première fois. Les lacérations sur son poignet ou sa cheville proviennent d'un enchaînement répété sur une longue période. Elles n'ont pas été soignées correctement et elle en gardera des cicatrices. Pour le reste, il vous faudra attendre les résultats des tests sanguins et toxicologiques. Je lui ai fait quelques soins basiques mais il vous faudra l'amener à l'hôpital, dès que possible, pour des traitements plus poussés. Une dernière chose, Goren, avant que je vous laisse rejoindre Aliénor.
Rodgers s'interrompit pour inspirer profondément avant de reprendre :
- Elle a été abusée. Récemment et depuis quelques mois d'une manière répétée.
Un brasier de colère s'embrassa en Goren. Il avait écouté attentivement et calmement mais à l'intérieur de lui déferlait une tempête de fureur. Ce n'était qu'une enfant. Une fillette qui avait à peine vécu dans ce monde et qui se retrouvait déjà avec un traumatisme à vie. Il serra les poings. Il voulait en cet instant faire mal.
- Goren ! Siffla la légiste. Ce n'est pas le moment pour ça !
Il sursauta, ébahi qu'elle sache lire les émotions destructrices qui s'étaient réveillées en lui.
- Venez, ajouta-t-elle plus calmement. Aliénor est impatiente de vous retrouver.
Bobby secoua la tête, essayant de repousser les ténèbres qui l'envahissaient et suivit Rodgers après s'être recomposé un air serein sur le visage. Une tornade brune et bleue se précipita dans ses jambes et agrippa son pantalon dès qu'il posa le pied au sein de la pièce sacrée de Rodgers. Il se pencha vers elle et croisa son regard émeraude brillant de joie de le revoir. Goren sentit brusquement ses émotions tanguer comme un bateau sur une mer déchaînée. Rassuré de retrouver Aliénor, il l'attrapa délicatement par les bras pour la caler sur sa hanche. Si elle portait à-nouveau le pull de Eames, Bobby remarqua rapidement que Rodgers ne s'était pas juste contentée de la soigner en lui bandant la cheville et le poignet. La fillette sentait dorénavant le savon antiseptique et ses cheveux mouillés étaient coiffés en une simple tresse. Elle devait probablement porter d'autres habits que sa blouse sous le pull bleu si la légiste était allée jusqu'au bout de sa démarche. Goren croisa le regard de Rodgers.
- Comme ses vêtements sont scellés, j'ai dû faire preuve d'imagination, lui expliqua-t-elle en lui confirmant ce qu'il pensait. Comme pour le reste.
Elle coula un regard explicite vers le bac et le robinet installés au bout de la table d'autopsie.
- Merci Rodgers, fit-il sincèrement.
L'enfant remua dans ses bras, attirant son attention. Elle lui montra alors la cravate qu'elle tenait dans sa petite main.
- Elle l'a gardé précieusement avec elle, se manifesta Rodgers avec une surprenante affection dans le ton de sa voix.
Aliénor tendit le bout de soie à Bobby pour le lui rendre. Ce dernier sourit face à son geste.
- Veux-tu la garder ? Lui proposa-t-il.
Aliénor fit alterner son regard entre la cravate et Bobby, indécise sur ce qu'elle voulait faire.
- Garde-la, je te l'offre, décida-t-il pour elle.
Une lueur brilla dans les yeux d'Aliénor en ramenant précieusement la bande de soie contre elle. Puis elle posa la tête contre l'épaule de Goren. Celui-ci se sentit submergé par un élan de tendresse qui noya toute sa colère.
