Chapitre 19

Si seulement ce rêve avait pu durer éternellement... Hélas, même les rêves éveillés avaient une fin. Gríma aurait dû se douter que le sien ne ferait pas exception. Certes, il était parfaitement conscient que Faramir finirait par rentrer un jour, priant d'ailleurs pour que ce jour n'arrive que le plus tard possible, mais ce à quoi il ne s'attendait pas, c'était à voir Éomer franchir le premier les portes du château.

Ce malheur survint par une belle après-midi de printemps, alors qu'Éowyn et Gríma revenaient tous deux des Maisons de Guérison, où ils avaient passé plusieurs heures à soigner les malades et à fabriquer des potions. Ce fut le roi du Rohan en personne qui vint à la rencontre de la princesse lorsque celle-ci s'arrêta au milieu de la cour pour descendre de cheval. La surprise que Gríma lut sur le visage d'Éowyn lui prouva qu'elle n'était pas plus au courant que lui de l'arrivée de son frère.

- Éomer ? s'exclama-t-elle en voyant ce dernier marcher droit jusqu'à elle, les bras grands ouverts.

Cela faisait plus de trois ans que Gríma n'avait pas croisé la route de cet homme, et il ne manqua pas de remarquer à quel point il s'était empâté avec l'âge. Son plastron de cuir semblait prêt à exploser sous la pression qu'exerçait son immense bedaine, et cela parut un miracle qu'Éowyn ne mourût pas étouffée par son accolade.

- Comment se porte ma très chère sœur ? s'enquit Éomer avec un large sourire qui découvrit ses dents d'une blancheur éclatante. Si tu savais comme je suis heureux de te revoir ! poursuivit-il, sans même lui laisser le temps de répondre.

- Moi... Moi aussi, balbutia Éowyn, manifestement mal à l'aise. Mais que me vaut donc le plaisir de ta visite ?

- J'ai appris que Faramir était parti combattre les orques du Val de Morgul, expliqua Éomer. Je me suis dit que tu devais te sentir bien seule depuis son départ, et que tu apprécierais sans doute que je vienne te tenir compagnie.

À ces mots, Éowyn lança un regard équivoque à Gríma. Éomer, lui, se contenta de l'ignorer royalement.

- Et puis, tu tardais tellement à venir à Meduseld, reprit-il. Je croyais pourtant que tu serais impatiente de rencontrer ton neveu...

- Je le suis, mais je préférais attendre le retour de Faramir pour que nous fassions le voyage ensemble, se justifia Éowyn. Je ne pensais pas que sa mission prendrait autant de temps...

- Heureusement que me voilà pour veiller sur toi à sa place, dit Éomer en passant un bras fraternel autour des épaules de sa sœur.

- Ne devrais-tu pas plutôt rester auprès de ta femme et de ton fils ? lança Éowyn d'un air sceptique.

- Oh, ils peuvent bien se passer de moi pendant quelques jours! répliqua Éomer avec nonchalance.

- Quelques jours ? répéta Éowyn, et Gríma sentit dans sa voix comme une pointe d'anxiété.

- Je voudrais bien rester plus longtemps, mais hélas, je n'ai pas d'intendant pour gouverner le royaume du Rohan pendant mon absence..., se plaignit Éomer. Aragorn a bien de la chance de pouvoir compter sur la suppléance de Faramir.

- Oui, acquiesça faiblement Éowyn, à condition qu'il ne l'envoie pas sans cesse en mission aux quatre coins du Gondor...

- Ne t'en fais pas, je suis sûr que cette mission dans la Vallée de Morgul sera la dernière, la rassura Éomer, avant de l'entraîner à pas lents vers l'entrée du logis seigneurial, laissant Gríma derrière eux, comme s'il n'avait jamais existé.


Et dire qu'Éowyn s'attendait à dîner à nouveau en tête-à-tête avec Gríma, et que c'était désormais Éomer qui se retrouvait assis face à elle... S'il pouvait certes se montrer aussi affable que son amant, il avait cependant la fâcheuse tendance à abuser du bon vin sans en éprouver le moindre scrupule, ce qui ne manquait pas d'agacer la jeune femme. Elle ne pouvait s'empêcher de lever les yeux au ciel en le voyant se resservir de pleines rasades de ses plus grands crus, et regrettait amèrement la compagnie de Gríma qui, lui, savait faire honneur à son vin en ne le buvant qu'à petites gorgées pour mieux le déguster. Où était-il, à présent ? Prenait-il son repas en cuisine, au milieu des gardes et des domestiques, ou s'était-il réfugié dans sa chambre pour ruminer seul son chagrin ? Elle se doutait de la peine qu'elle avait dû lui causer en l'abandonnant de la sorte, mais son frère ne lui avait guère laissé d'autre choix... Une chance que le château dispose de suffisamment de chambres pour qu'elle puisse en proposer une au roi du Rohan sans avoir à déloger Gríma de la sienne.

- Je n'arrive toujours pas à croire que tu aies pu accueillir ce traître en ta demeure, s'exclama Éomer à ce sujet. Comment peux-tu lui donner l'asile, après tout le mal qu'il t'a fait ?

Éowyn baissa la tête sur son assiette vide et avala sa salive. Si son frère savait le bien que Gríma lui faisait à présent... Mais pourquoi donc se mettait-il à parler de lui maintenant, alors qu'il ne lui avait pas prêté la moindre attention quelques instants plus tôt ? Sans doute l'alcool lui déliait-il la langue, car il ne tarda pas à révéler à sa sœur la véritable raison de sa visite.

- Quand j'ai appris que tu invitais aussi cette langue de vipère à ta table, je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond, et qu'il fallait à tout prix que je vienne pour savoir quel mauvais sort il t'avait jeté.

Ces mots laissèrent d'abord Éowyn stupéfaite, et elle ne sut que faire d'autre que porter sa coupe de vin à ses lèvres pour tenter de garder contenance. Comment son frère avait-il découvert qu'elle et Gríma prenaient leur dîner ensemble dans la Grande Salle ? Qui donc l'en avait informé ? Elle se souvint alors du messager rohirrim qui était arrivé un soir au château pour lui faire part de la naissance d'Elfwine, et elle comprit qu'il ne pouvait s'agir que de lui. Il avait certainement été surpris de trouver la princesse d'Emyn Arnen en compagnie de Gríma Langue de Serpent, et il avait dû s'empresser d'exprimer son étonnement à son roi.

- Je crains que tu ne te sois inquiété pour rien, répondit finalement Éowyn d'une voix égale. Tu vois bien qu'il ne m'a jeté aucun sort.

- En es-tu sûre ? insista Éomer en regardant la jeune femme dans les yeux.

Éowyn s'efforça de ne pas ciller, mais elle ne trouva aucune réplique à donner à son frère. Elle qui était tombée sous le charme de Gríma se sentait bien incapable de prouver à Éomer qu'il était dans l'erreur. N'avait-il pas au contraire deviné juste en la soupçonnant de s'être laissée ensorceler ?

- Prends garde à ce qu'il ne corrompe pas ton esprit comme il a corrompu celui de notre oncle, la prévint Éomer. Cet homme a toujours su trouver les mots justes pour parvenir à ses fins.


Ces propos alarmistes ne furent pas sans effet sur Éowyn. Encore une fois, elle devait reconnaître que son frère se rapprochait dangereusement de la vérité... L'adultère qu'elle avait commis n'était-il pas la preuve qu'elle avait été corrompue ? En se donnant à Gríma, ne lui avait-elle pas délibérément permis de parvenir à ses fins ?

Les paroles d'Éomer eurent beau hanter les pensées d'Éowyn le long du chemin qui menait à sa chambre, elles quittèrent bien vite son esprit lorsqu'elle se retrouva seule devant son grand lit vide et qu'elle se rappela à quel point Gríma lui manquait. Que n'aurait-elle pas donné pour pouvoir passer à nouveau la nuit avec lui et s'endormir dans ses bras... Hélas, le seul réconfort qu'il lui restait désormais était de boire une gorgée de potion de Myrien avant d'aller se coucher, et d'attendre que le sommeil la gagne pour rêver de son amant. L'élixir dont il lui avait appris la recette s'était révélé aussi efficace qu'elle l'avait espéré, et avait chassé ses cauchemars pour les remplacer par des rêves d'une douceur infinie.

Cette nuit ne fit pas exception. Elle revit la porte en chêne massif de la chambre de Gríma et posa sa main sur le heurtoir en fer forgé avant de frapper légèrement. Le panneau de bois s'entrouvrit en silence et le visage de Gríma apparut dans l'entrebâillement. La surprise qui se lut dans ses yeux laissa bientôt place à une lueur de désir, et il ne tarda pas à s'écarter de la porte pour laisser Éowyn se glisser dans la pièce. Elle sentit ses bras entourer sa taille et sa bouche se poser sur son cou. Un soupir de bonheur s'échappa de ses lèvres et elle se tourna vers lui pour caresser sa joue de sa main. Elle commença à le déshabiller lentement, déboutonnant sa chemise du haut vers le bas, embrassant son torse à mesure qu'elle le découvrait. Les propos d'Éomer lui revinrent en mémoire et elle réalisa avec un sourire à quel point il pouvait se tromper. Gríma n'avait pas eu besoin de prononcer le moindre mot pour la pervertir.


Si Gríma pouvait comprendre qu'un frère et sa sœur souhaitent passer quelque temps ensemble après s'être perdus de vue pendant plusieurs mois, il avait cependant du mal à se faire à l'idée qu'Éomer puisse vouloir rester si longtemps auprès d'Éowyn. Il lui tenait compagnie du matin au soir, et semblait bien décidé à ne pas la quitter d'une semelle, comme s'il craignait qu'elle ne s'égare dans son propre château ou qu'un malheur ne s'abatte sur elle. Le fait que Gríma soit resté fils unique l'empêchait sans doute de comprendre le lien qui les unissait tous les deux, et il n'arrivait que difficilement à contenir sa jalousie lorsqu'il les voyait se tenir si près l'un de l'autre.

Au bout de deux jours passés à les épier secrètement, sans réussir à s'adresser à la princesse ni même à s'approcher d'elle, il se résolut enfin à aller lui parler sous prétexte de savoir si elle avait toujours besoin de ses services. Il la trouva dans la salle d'armes, en compagnie de son frère avec lequel elle s'entraînait à l'épée. Tous deux étaient vêtus de leur tenue de combat, composée d'une veste rembourrée à manches longues, d'un épais pantalon de laine brune, de brassards et de jambières en cuir. Les coups qu'ils se portaient n'étaient pas feints, mais chacun parvenait à parer les attaques de son adversaire sans la moindre difficulté, dans un cliquetis de fer quasiment ininterrompu qui témoignait de leur adresse. Si seulement Gríma avait su manier l'épée aussi bien qu'il savait manier le poignard... Il aurait alors pu se trouver à la place d'Éomer et aider Éowyn à s'exercer... Mais aurait-il osé lui porter le moindre coup ? Non, jamais il n'aurait pris le risque de lui faire du mal. Mieux valait pour lui qu'il se contente d'être spectateur, et qu'il les regarde se battre sans chercher à intervenir. Cela faisait probablement partie des jeux incontournables au sein d'une fratrie...

Éowyn ne remarqua la présence de Gríma que lorsqu'elle et son frère s'arrêtèrent quelques instants pour reprendre leur souffle.

- Gríma ? s'exclama-t-elle avec un brin de surprise dans la voix.

Le nommé s'inclina aussitôt pour faire une révérence et cacher le soulagement qui devait se peindre sur ses traits. Cela semblait faire une éternité qu'il n'avait pas entendu Éowyn prononcer son nom.

- Qu'y a-t-il ? questionna brusquement Éomer.

- Madame, dit Gríma en prenant soin de ne s'adresser qu'à Éowyn, pardonnez-moi de vous interrompre, mais je voulais simplement vous demander si vous souhaitiez vous rendre aux Maisons de Guérison du village, cet après-midi... Si tel est le cas, sachez que je me tiens à votre disposition pour vous aider à préparer des potions.

- Merci Gríma, je...

- Cet après-midi, ma sœur et moi avons prévu d'aller à la chasse au faisan, répliqua Éomer en coupant la parole à Éowyn. Je doute que cela nous laisse le temps de nous attarder aux Maisons de Guérison.

- Je vois, fit Gríma, qui en réalité n'avait jamais vu quiconque partir à la chasse dans l'après-midi.

- Navrée, Gríma, ajouta la princesse d'un air peiné, je vous ferai demander dès que j'aurai besoin de vos services.

- Bien, Madame, dit Gríma en baissant la tête pour éviter de regarder Éowyn avec trop d'insistance – il ne se souvenait que trop bien de la façon dont Éomer réagissait chaque fois qu'il avait le malheur de poser les yeux sur sa sœur.

Sur ce, il se courba un peu gauchement pour saluer à nouveau la princesse, puis se retira de la salle à reculons et disparut dans le corridor.

- Que signifie ceci ? demanda Éomer en se tournant vers sa sœur et en fronçant les sourcils. Tu as recours à cette vermine pour guérir les malades, maintenant ?

- Gríma en connaît plus que moi dans la fabrication des potions, confia la jeune femme. Il m'a appris de nombreuses recettes et m'a plusieurs fois assistée dans mon travail aux Maisons de Guérison.

- Ne me dis pas que tu le laisses t'y accompagner !

- Il m'a aidée à sauver beaucoup de patients, ajouta Éowyn. Sans lui, certains d'entre eux seraient morts.

- S'il croit que cela suffira à racheter tous ses crimes, dit Éomer d'un air sombre, il se trompe lourdement.


Le temps qu'Éowyn se sentait obligée de passer aux côtés de son frère lui paraissait interminable. Bien sûr, elle se doutait qu'Éomer n'avait jamais eu l'intention de partir chasser le faisan par un aussi bel après-midi de printemps, mais elle ne s'attendait pas non plus à ce qu'il lui propose à la place de l'accompagner à la taverne du village. Elle n'y avait en vérité mis les pieds qu'une seule fois, peu de temps après son mariage avec Faramir, lorsque Merry et Pippin étaient venus leur rendre visite et avaient tenu à goûter la bière des collines d'Emyn Arnen afin de la comparer à celle d'Hobbitebourg. Il leur avait fallu moult chopes avant de pouvoir se prononcer et juger laquelle était la meilleure. Si Merry avait finalement préféré les notes fruitées et la douce amertume de la bière de la Comté, Pippin, lui, avait reconnu que la pureté de l'eau des collines avec laquelle était brassée la bière d'Emyn Arnen lui donnait une fraîcheur et une légèreté remarquables.

Quant à Éomer, Éowyn ne se faisait guère d'illusions sur la raison pour laquelle il enchaînait les pintes de cervoise et les pichets de vin. Loin de se soucier de la qualité de la boisson qui lui était servie, il ne cherchait qu'à s'enivrer de plus belle pour atteindre cet état d'ébriété qui semblait être son état naturel. Gênée de se trouver assise à côté d'un tel ivrogne, la jeune femme regardait autour d'elle d'un air inquiet, prête à s'excuser auprès des clients pour le comportement de son frère. Celui-ci n'hésitait pas à héler le tavernier pour qu'il vienne remplir sa chope vide, ni même à frapper celle-ci contre la table pour le faire arriver plus vite. Par miracle, les villageois ne semblaient pas s'en formaliser le moins du monde, et ne jetaient au contraire que des regards admiratifs en direction de la princesse d'Ithilien et du roi du Rohan. Malgré les habits communs qu'ils avaient revêtus pour tenter de passer incognito, certains villageois n'avaient pas manqué de les reconnaître, et se trouvaient pour le moins ravis de se voir honorés de leur présence.

Éowyn, pour sa part, ne savait plus où se mettre, et ne rêvait que d'une chose, c'était de rentrer au château et de se jeter dans les bras de Gríma. Les yeux doux que la serveuse faisait à Éomer et la façon dont celui-ci lorgnait sa poitrine lorsqu'elle se penchait en avant pour remplir son bock à ras bord n'arrangeaient rien au malaise d'Éowyn.

- Comment se porte Lothíriel ? finit par demander la princesse, soucieuse de détourner l'attention d'Éomer de la jeune servante pour la reporter sur sa jeune épouse.

- Oh, elle va bien, répondit le roi avec nonchalance. Elle qui se plaignait sans cesse de s'ennuyer, elle ne voit plus le temps passer maintenant qu'elle doit s'occuper d'Elfwine jour et nuit.

- La pauvre, elle doit être bien fatiguée...

- Et moi donc ! s'exclama Éomer. Il n'y a pas que Lothíriel qui est réveillée en pleine nuit par les cris et les pleurs d'Elfwine qui réclame la tétée. Je t'avoue que je ne suis pas mécontent de les avoir laissés tous les deux à Edoras pour venir te rendre visite. Enfin, je peux récupérer mes heures de sommeil et aller me coucher en étant sûr de dormir d'une seule traite. Mon séjour ici m'offre un moment de répit dont j'avais grand besoin.

À ces mots, Éowyn contempla la chope encore pleine de son frère, et une lueur de désespoir passa dans ses yeux. De toute évidence, Éomer n'était pas prêt de partir de sitôt...


S'il y avait bien un endroit du château où Gríma était sûr de ne pas croiser Éomer, c'était la bibliothèque. Contrairement à sa sœur, le jeune Rohirrim n'avait jamais montré le moindre penchant pour la lecture, préférant de loin la compagnie des chevaux à celle des bouquins. Gríma, lui, avait toujours éprouvé le besoin d'étendre son savoir et voyait dans les livres le moyen idéal d'assouvir sa soif de connaissances. Aussi, après plus de cinq jours passés à se morfondre dans sa chambre en parcourant les Mémoires de Thorondir, il arriva finalement à la dernière page du grimoire en se demandant quel autre ouvrage il allait maintenant devoir emprunter afin de pouvoir continuer à tuer le temps. Il n'avait en réalité que l'embarras du choix devant la multitude de livres dont regorgeait la bibliothèque du château. Celle-ci était plongée dans la pénombre du soir, et il lui fallait rapprocher sa bougie des couvertures pour réussir à lire le titre inscrit sur leur dos. Ce fut lorsque la lueur de la flamme éclaira le nom du Roman de Mallorn qu'il entendit une voix féminine derrière lui. Une voix qu'il aurait reconnue entre mille.

- Je me doutais que je finirais par te trouver ici...

Gríma se retourna aussitôt et entrouvrit la bouche de stupeur.

- Éowyn..., murmura-t-il dans un souffle, comme pour se persuader qu'elle se tenait bien là devant lui, après tout ce temps qu'il avait passé sans la voir. Que fais-tu...

Mais elle ne le laissa pas achever sa question, car déjà elle était dans ses bras et déjà sa bouche se pressait contre la sienne. Pris de court, Gríma lui rendit son baiser avec autant de passion qu'elle mettait dans le sien, s'efforçant malgré tout de ne pas lâcher sa bougie pour éviter de mettre le feu à la bibliothèque.

- Si tu savais comme tu m'as manqué..., lui dit-elle après avoir détaché ses lèvres des siennes pour le regarder dans les yeux.

- À moi aussi..., chuchota Gríma en caressant tendrement son visage. Je croyais bien ne plus jamais pouvoir te toucher...

- Pardonne-moi, mon frère ne voulait pas me laisser tranquille une seconde. Jamais je n'aurais pensé qu'il se montrerait aussi envahissant...

- Où est-il ? ne put s'empêcher de demander Gríma avec inquiétude.

- Ne crains rien, le rassura Éowyn. Ce soir, il a décidé de retourner se saouler à la taverne du village. Le vin et l'ambiance y sont soit disant meilleurs qu'au château. Je crois surtout qu'il cherche à s'amuser avec la serveuse. Grand bien lui fasse. Au moins, je suis sûre qu'il ne rentrera pas avant l'aube.

- Tu veux dire que...

Le sourire qui se dessina sur le visage d'Éowyn fit renaître les espoirs de Gríma.

- Nous avons la nuit pour nous deux, murmura la jeune femme, avant de souffler sur la bougie qu'il tenait encore à la main.

L'obscurité envahit la pièce et le désir s'empara à nouveau de Gríma. Cette fois, il n'hésita pas à laisser tomber son bougeoir pour attirer Éowyn contre lui et l'embrasser fougueusement, promenant ses doigts dans ses longs cheveux blonds. Elle ne lui opposa pas la moindre résistance, et répondit au contraire à ses baisers avec une ardeur aussi vive que la sienne. Il sentait leur respiration s'accélérer à mesure que l'excitation les gagnait. Sans vraiment s'en rendre compte, il finit par adosser Éowyn contre une étagère, et elle se retrouva ainsi prise au piège, coincée entre son corps et plusieurs rangées de grimoires. Emporté par le sentiment grisant qu'elle était à lui, il plaça sa main derrière sa cuisse et fit remonter sa jambe contre la sienne. Il s'apprêtait à couvrir son cou et sa poitrine de baisers lorsqu'il l'entendit chuchoter d'une voix entrecoupée par l'émotion :

- Pas ici, quelqu'un pourrait nous surprendre.

Gríma s'arrêta malgré lui, haletant, et regarda la jeune femme dans les yeux pour essayer de comprendre ce dont elle avait envie.

- Viens, lui souffla-t-elle à l'oreille en le prenant par la main. Allons dans ma chambre, nous y serons plus tranquilles.

Gríma n'eut pas besoin de se le faire dire deux fois. Impatient de reprendre avec elle ce qu'ils avaient commencé, il se laissa entraîner par la jeune femme et la suivit aveuglément à travers les sombres couloirs du château. Elle était sa lumière dans l'obscurité. Son étoile dans la nuit. Une nuit qui s'offrait à eux pour les aider enfin à rattraper le temps perdu.