Chapitre 45


Alex ne savait pas si c'était un geste de coquetterie ou de nervosité, mais avant de poser le pied dans l'entrée de Carmel Ridge, elle ne put s'empêcher de réajuster sa jupe. Sans l'attendre, Bobby et Aliénor avançaient vers l'accueil. Aujourd'hui, la fillette était exceptionnellement habillée d'une jupe salopette en jean et d'un tee-shirt rose. Elle avait mis en vrac son armoire pour trouver sa tenue de la journée en voyant la détective abandonner le pantalon. Alex portait rarement une robe ou une jupe en raison de son métier. Cependant Aliénor avait toujours refusé jusque-là d'en mettre. Ce qui au vu de ses traumatismes se comprenait parfaitement. Surpris par ce changement d'attitude, Bobby et Alex l'avaient laissé faire. Toutefois, la fillette avait ajouté un leggins blanc par-dessous. C'était une autre de ses petites évolutions qui allaient dans le bon sens. Cela démontrait que la thérapie et l'amour de Bobby permettaient peu à peu à Aliénor d'atténuer ses souffrances émotionnelles.

Outre la réaction de la fillette, Bobby avait eu, lui-aussi, une étrange réaction, songea Alex. Dès qu'il l'avait aperçu sortir de la salle de bain, il avait eu un moment d'arrêt.

- Je suis trop habillée ? Lui avait-elle demandé, inquiète.

Alex ne voulait pas paraître trop guindée, ni trop décontractée, mais démontrer un certain effort vestimentaire. Elle allait rencontrer la première femme de la vie de Bobby et son premier grand amour. Elle était consciente que le moment était important pour son partenaire et elle ne souhaitait pas le gâcher. C'était une preuve absolue de confiance dont il lui témoignait en lui offrant ce privilège de connaître enfin cette femme mystérieuse qu'il chérissait. Pour Alex, cet instant pourrait considérablement renforcer sa relation avec Bobby et briser un peu plus cette vitre qui les séparait.

Bobby avait rapidement bafouillé un non, puis maltraité un de ses lobes tout en piétinant sur place avant de s'enfuir vers la chambre de sa fille. Tout ça devant l'air perplexe de Alex. Les réactions de cet homme avaient toujours leur part de mystère, même après toutes ces années passées à ses côtés.

- Monsieur Goren ! Le salua la réceptionniste enthousiaste.

Alex se dépêcha de rattraper son partenaire en pensant que la femme avait mis un peu trop d'entrain pour l'accueillir. Elle hésita à prendre son air le plus mauvais ou son sourire le plus faux et décida d'opter pour ce dernier.

- Vous avez ramené cette fois-ci des invitées ! Poursuivit l'hôtesse avec zèle. Je comprends pourquoi on dit que votre mère est dans tous ses états depuis quelques jours.

Bobby lui sourit poliment en signant le registre des visiteurs. La réceptionniste jeta un regard vers Alex, teinté d'un semblant de mépris. En y ajoutant un brin de dédain, la détective accentua son sourire en riposte. Britney, selon son badge, se leva pour avoir une meilleure vue sur Aliénor.

- Oh ! Mais quelle adorable petite fille, vous avez-là ! Quel est son prénom ?

Aliénor, comme à son habitude, dès que quelqu'un, qu'elle ne connaissait pas, s'intéressait à elle, entoura l'une des cuisses de son père de ses deux bras avant de presser son visage contre le tissu du pantalon pour se cacher. Bobby lui caressa ses cheveux afin de la rassurer que tout allait bien.

- Aliénor, ma fille, répondit-il avec fierté et tendresse.

Il demanda à la fillette de le lâcher d'une simple pression sur la tête avant de lui tendre la main.

- On y va ? Lança-t-il.

Aliénor attrapa la main de son père et de son autre main, celle d'Alex. Puis Bobby leur indiqua la direction de l'ascenseur, complètement inconscient de la réaction en chaîne qu'il venait de provoquer avec trois mots seulement. Lorsque les portes s'ouvrirent sur le troisième étage, Bobby et Alex prirent en même temps une profonde respiration, semblant avoir oublié de respirer durant la courte élévation de l'ascenseur. La présentation officielle de Aliénor et d'Alex avait des airs de rituel. Les deux adultes étaient très nerveux. Quand un homme présentait une femme à sa mère, n'y avait-il toute une symbolique derrière ce geste ? Et Alex, pourquoi avait-elle accepté de l'accompagner ? Pour répondre à sa part de curiosité. Elle voulait connaître cette femme qui avait élevé et fait de Bobby, cet homme qu'elle appréciait. Pour faire plaisir à ce dernier aussi. Et afin de le rassurer, le soutenir et le conforter dans sa démarche de présenter Aliénor. C'était un grand jour pour chacun d'eux.

Alex lâcha la main de la fillette lorsque Bobby toqua doucement à la porte entrouverte d'une chambre avant d'entrer. Une femme fluette aux cheveux courts et gris, apprêtée comme pour aller à la messe se tenait bien droite sur le sofa. Elle plissait des yeux sur le roman du comte de Monte-Cristo, sûrement sorti tout droit des étagères bien ordonnées de la petite bibliothèque installée dans le coin de la chambre. Sur celle-ci trainait un vieux cliché en noir et blanc de deux petits garçons se tenant par les épaules, ainsi qu'un portrait officiel de Bobby en tenue d'officier.

- Bobby, mon grand ! Te voilà, enfin ! S'exclama ravie une femme en l'apercevant.

Frances Goren referma son livre, non sans avoir inséré un marque-page à l'intérieur, avant de retirer ses lunettes. Elle tendit les bras vers son fils.

- Bonjour maman, lui répondit-il doucement en se penchant vers sa joue pour lui déposer un baiser. Tu as l'air d'aller bien aujourd'hui.

- Je suis ta mère, voyons ! Je vais toujours bien !

Alex, restée sur le seuil pour observer cette scène attendrissante ne put s'empêcher de sourire à la remarque de Madame Goren. Elle reconnaissait là, cette fâcheuse manie de son partenaire de lui fournir la même réponse quand elle lui demandait s'il allait bien. Sa mère lui tapota la joue.

- Allez, présente-les-moi, maintenant. Ne fait donc pas attendre ta vieille mère.

- Maman, protesta-t-il en se redressant.

Alex avait l'impression que Bobby redevenait ce petit garçon qu'il avait été autrefois. Tendrement, il posa une nouvelle fois la main sur la tête de la fillette qui regardait avec une certaine curiosité cette vieille dame face à elle.

- Cookie, je te présente ma maman, Frances. Maman, voici...

- Aliénor, je sais ! Le coupa-t-elle d'un geste de la main. Je ne suis pas encore gâteuse !

Frances s'inclina vers la petite fille. Ses traits sévères s'adoucirent lorsque son regard se mit à pétiller de joie de faire sa connaissance.

- Bonjour, jeune fille, tu es décidément encore plus mignonne que sur les photos que m'a montré Bobby. Il m'a beaucoup parlé de toi.

Dorénavant qu'elle avait l'entière attention de la mère de Goren, Aliénor fut intimidée et alla se cacher derrière les jambes de son père. Bobby fit une grimace d'excuse à sa mère.

- Cookie, n'ai pas peur. C'est ma maman. Je t'en ai parlé et je te l'ai montré sur des photos, rappelle-toi.

- Elle me rappelle toi à son âge, sourit Frances Goren, nostalgique. Tu faisais pareil. Tu te cachais toujours dans mes jupons. A cette époque, tu étais d'une timidité maladive.

Bobby protesta, vivement embarrassé par cette anecdote.

- Maman !

- Excuse-moi, je digresse. Laisse Aliénor doucement s'habituer à ma présence. Elle viendra à moi quand elle se sentira plus à l'aise. Présente-moi en attendant cette petite souris qui se cache dans l'entrée.

La petite souris en question n'avait toujours pas osé entrer dans la chambre laissant un peu d'intimité dans les retrouvailles entre une mère et son fils. Et parce que comme Aliénor, elle se sentait soudainement intimidée par cette femme qui avait élevé un petit garçon en cette masse impressionnante qu'était Bobby. Ce dernier se retourna et l'encouragea d'un sourire à venir les rejoindre. Alex retrouva un peu d'assurance en elle pour avancer. Lorsque Bobby posa délicatement la main au creux de ses reins afin de la faire passer devant lui, elle sentit une décharge électrique la parcourir.

- Ma partenaire, Alexandra Eames.

- Enchantée, Madame Goren, lança Alex en lui tendant la main.

- Pas de ça entre nous, Alexandra. Frances, cela ira tout aussi bien.

La matriarche de la famille Goren accepta la poignée de main et s'en servit pour tirer la détective vers elle.

- Venez donc vous asseoir à mes côtés, Alex.

Eames fit que lui demandait la mère de Bobby. Comme sa mère, Frances faisait partie de cette génération qui aimait se faire obéir sans couinement. Elle jeta un regard vers son partenaire mais celui-ci était occupé avec sa fille qui ne voulait pas le lâcher.

- Vu l'estime que vous porte mon fils, reprit Frances, vous devez être une femme exceptionnelle. Vous êtes très importante pour lui. Savez-vous qu'il ne m'a jamais présenté ses petites-amies ? Cela fait un moment, trop longtemps, que je lui réclame de faire votre connaissance, mais il avait toujours refusé jusque-là. Soit il avait honte de sa vieille mère ou alors il désirait vous garder juste pour lui.

- Maman, gémit Goren. Alex n'est pas ce genre de partenaire, tu le sais parfaitement. C'est ma coéquipière.

Madame Goren fit un geste de la main pour balayer l'argument de son fils. Effectivement, Alex aurait préféré être une petite souris à cet instant pour aller se terrer dans un trou. La mère de Bobby ne semblait pas avoir la langue dans sa poche et se moquait bien de les mettre dans l'embarras.

- Je suis peut-être folle, je l'ai bien compris, mais je sais identifier certains signes quand ils sont là. Je me demande bien, mon fils, à quoi te sert toute cette intelligence que le Seigneur a bien voulu t'offrir, si tu ne sais pas reconnaître l'évidence.

Désormais assis sur un fauteuil, avec Aliénor installée sur ses genoux, Bobby piquait un fard qu'il essayait de dissimuler derrière l'une de ses mains. Alex n'était, à vrai dire, pas mieux lotie que lui, terriblement gênée par cette interprétation de la situation et relation entre Bobby et elle. Frances énonçait tout ce qu'elle pensait et ce sans aucun filtre. Aliénor ne comprenant pas ce qu'il se passait, étudiait l'inconfort de son père, la tête légèrement en arrière avant d'essayer de lui faire retirer la main qui cachait son visage.

- Bon, parlez-moi de vous, Alexandra, continua la mère de Goren comme si de rien n'était. Bobby m'a dit que votre père était aussi un officier de police...


Silencieux, le coude posé sur l'accoudoir pour soutenir sa tête, Goren observait les trois personnes féminines les plus importantes de sa vie. Sa mère discutait avec Eames qui tenait Aliénor sur ses genoux. La fillette avait considéré au bout d'une demi-heure que Frances n'était pas une menace. Poussée par la curiosité, elle avait abandonné ses genoux pour ceux d'Alex pour aller étudier d'un peu plus près cette étrange dame qu'il appelait maman. Cette dernière avait été ravie de ce rapprochement inopiné. Bobby sourit devant le nez froncé de la fillette lorsqu'elle lui jeta un énième coup d'œil. Amusé, il se demandait si elle vérifiait qu'il ne prenait pas la poudre d'escampette ou si elle n'arrivait toujours pas à croire qu'il pouvait avoir une mère et d'avoir été aussi petit qu'elle à une certaine époque. Elle écoutait attentivement tout ce qui se racontait, mais prêtait toujours une attention particulière dès lors qu'il était mentionné par Alex ou sa mère. Passé l'embarras des premières minutes, la conversation avait pris son rythme de croisière entre les deux femmes. Alex répondait avec patience aux nombreuses questions que lui posait l'ancienne bibliothécaire, que ce soit sur sa vie, celle de Bobby ou de leur collaboration. Elles ponctuaient au grand désarroi de ce dernier leur entretien par des anecdotes sur lui, tantôt embarrassantes, tantôt amusantes.

Goren se surprit, en écoutant d'une oreille distraite la conversation, à faire quelque chose qu'il s'était toujours interdit de faire avec sa partenaire. Il laissa promener son regard sur sa silhouette. Il commença par ses sandales à semelles compensées qui laissaient ses orteils non vernis à découvert, avant de remonter lentement ses jambes fines, appréciant la forme douce de ses chevilles et le galbe de ses mollets. Il passa rapidement, gêné, les bords de cette jupe qui remontaient une fois assise, laissant à nu une partie de ses cuisses. Bobby se fit la remarque en observant Alex qu'elle aimait porter des hauts sans manches. Sa blouse à motif toile de Jouy lui dévoilait des bras finement musclés et un discret décolleté rond tout en pudeur. Il apprécia l'élégance de son cou mis en valeur par la chaîne en argent orné d'un pendentif qu'elle portait sans discontinuité depuis de longs mois. Elle avait attaché ses cheveux blonds pour faire ressortir des créoles composés de trois anneaux, ornés de petits zircon qui brillaient à chacun de ses mouvements.

Bobby trouva sa partenaire ravissante et captivante. Elle s'habillait rarement de cette manière, préférant des tenues plus neutres et plus pratiques pour leur profession comme le pantalon. Il était encore honteux pour son comportement fuyant de ce matin, tellement peu habitué à la voir ainsi apprêtée. Il avait pourtant conscience que c'était une belle femme qui parvenait toujours à faire tourner les têtes de la gent masculine sur son passage. Aujourd'hui, elle resplendissait et il était aveuglé par sa féminité. Bobby se sentait idiot d'une telle révélation et quelque peu contrarié de n'avoir pas complimenté Alex quand l'occasion lui avait été offerte.

Perturbé par les idées qui lui traversaient l'esprit à propos de sa partenaire, Bobby gigota dans son fauteuil. Sa mère lui ordonna immédiatement d'un regard d'arrêter son cirque. A bientôt quarante-six ans, il se sentait toujours comme un enfant pris en faute sous ce regard sévère. La petite horloge sur la table de chevet lui indiqua qu'un peu plus d'une heure était passée depuis leur arrivée, et sa mère commençait à donner des signes de fatigue. Son teint avait viré au gris cendre, la sueur perlait sur son visage. Pourtant elle s'efforçait de faire comme si de rien n'était. Bobby appréciait l'application que sa mère mettait pour faire bonne impression à Aliénor et Alex. Elle s'était efforcée de s'habiller pour les accueillir en se pomponnant légèrement et ne se montrait pas désagréable. C'était pour ces raisons qu'il ne voulait pas gâcher ce tendre moment en intervenant mais sa mère, trop fière, n'admettrait pas qu'elle soit épuisée et qu'elle avait besoin de repos.

- Maman, se lança-t-il en se redressant, je pense qu'il temps de te laisser...

Raide, Frances Goren se tourna vers son fils.

- Tu t'ennuies déjà de ta propre mère, Bobby ? Lui demanda-t-elle d'un ton rude.

Il soupira.

- Bien sûr que non, tu le sais bien. Mais tu as besoin de te reposer.

Alex posa une main sur le bras de la vielle femme pour attirer son attention, sauvant son partenaire des foudres maternelles.

- Bobby a raison, intervient-elle avec un sourire. Nous avons déjà beaucoup trop profité de votre hospitalité. Nous reviendrons bientôt.

- Vous reviendrez Alex ?

Alex hocha de la tête.

- Avec plaisir. Si Bobby le permet, bien sûr.

- Il a intérêt à vous le permettre, siffla Frances pour lancer un avertissement à son fils. Ce n'est pas parce qu'il mesure plus de trente centimètres que moi que je ne suis pas capable de lui tirer les oreilles !

Alors que son partenaire gémissait une nouvelle fois d'embarras qui fit glousser d'amusement Aliénor, Alex essayait de s'imaginer la scène cocasse.

- Et je penserais aussi à vous ramener quelques photos que j'ai prises de Aliénor et Bobby lors de notre prochaine visite. Je vous le promets.

- Vous êtes décidément une bonne fille, Alex la complimenta Frances en lui tapotant la main posée sur son bras. Avant que vous ne partiez, rends-toi utile Bobby et va regarder dans le tiroir de ma table de chevet. Il y a un cadeau pour Aliénor.

- Maman, tu n'aurais pas dû...

Madame Goren fit un geste autoritaire à son fils de ne pas discuter et de lui obéir, tandis que la mention de cadeau n'avait pas échappée à la fillette. Goren céda. Aliénor avait besoin qu'on lui fasse des surprises, lui achète des jouets ou des livres, lui donne l'impression qu'elle était spéciale. Il déplia son long corps et en moins de trois enjambés traversa la chambre. Il trouva dans le meuble indiqué un objet emballé dans du papier kraft qu'il devina être un livre. Lorsqu'il le donna à sa mère, il regretta d'avoir protesté face à la joie qui étincelait dans ses yeux de faire ce cadeau. Elle le tendit aussitôt à la fillette.

- Aliénor, c'est pour toi. C'est pour te souhaiter la bienvenue dans la famille.

Bobby éprouva soudainement de la gratitude envers sa mère pour cette déclaration qui paraissait anodine mais qui signifiait tant pour lui. Des étoiles brillaient dans les yeux de Aliénor lorsqu'elle se tourna vers lui afin d'avoir son autorisation pour attraper ce cadeau inattendu. Il s'assit sur ses talons pour être à sa hauteur.

- Prends-le, Cookie. C'est pour toi.

Le visage de la petite fille s'éclaira. Son enthousiasme se communiqua aux trois adultes qui firent fleurir un sourire sur leurs lèvres. Elle se saisit du paquet avec précaution avant de le déballer, comme à son habitude, avec soin. Le papier retiré, elle découvrit une belle version illustrée des aventures de Tom Sawyer. Elle serra aussitôt le cadeau contre elle pour montrer qu'il lui plaisait.

- Il faut qu'elle connaisse les classiques, Bobby, lui expliqua sa mère. C'est important. Tu te...

- Je m'en souviens, la coupa-t-il doucement en posant sa main sur la sienne.

Ce fut l'un des nombreux livres que Bobby avait lu en compagnie de sa mère, parfois devant la porte de sa chambre. C'était ces souvenirs qu'ils chérissaient tout particulièrement. Elle lui avait transmis son goût de sa lecture et c'était ce qui les avait toujours liés l'un à l'autre. Lorsqu'il était engagé dans la police militaire, il prenait toujours le temps de lui écrire. Il lui parlait de ses lectures ou répondait à son analyse ou critique d'une œuvre.

Bobby et Frances s'échangèrent un long regard. Alex ressentit lors de ce beau moment entre la mère et son fils toute la tendresse et l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre.

- C'est important la lecture pour un enfant, insista Frances.

Ses yeux brillaient d'émotions.

- Merci maman pour ce cadeau. Nous en prendrons soin.

Bobby tendit les bras pour attraper sa fille, puis se pencha vers la joue de sa mère pour l'embrasser.

- Lorsque nous commencerons à le lire, Cookie et moi, je t'appellerais pour que je puisse t'en faire la lecture en même temps.

Frances prit la tête de son fils entre ses deux mains.

- Tu ferais ça ? Tu es tellement occupé entre ton travail et la petite.

- Je prendrais le temps, c'est promis.

Bobby embrassa sa mère sur la joue et incita sa fille à lui dire au revoir par un geste de la main. Il attendit que Alex en fasse de même avant de partir. Ils rejoignirent le parking en silence.

- Allez Cookie, nous rentrons à la maison, lança Bobby en l'installant à l'arrière du véhicule.

Elle rit lorsqu'il la chatouilla en l'attachant. Elle serra son nouveau livre et sa fidèle cravate magique contre elle lorsqu'il referma la portière. Les mains dans les poches, Bobby rejoignit sa partenaire, appuyée légèrement sur le capot de la voiture.

- Cela n'a pas été trop... pour toi... Bredouilla-t-il. Elle n'est pas facile... Je suis désolée si...

- J'ai passé un bon moment, la rassura Alex. Même si elle est d'une franchise déroutante.

Bobby frotta le bout de sa chaussure contre le bitume.

- Merci de m'avoir accompagné... Avec Cookie... Tu n'étais pas obligée mais j'apprécie que tu...

Alex le stoppa en posant la main sur son bras et lui offrit un sourire.

- Cela m'a fait plaisir de la rencontrer.

Elle ne le dirait jamais à Bobby. Cependant, cette rencontre permettait de mieux le comprendre, ainsi que ce lien qui l'unissait à sa mère. Elle venait d'une famille traditionnelle et aimante. Son enfance et son adolescence avaient été d'une banalité affligeante. Tout son contraire. Il souffrait et subissait la maladie de sa mère. C'était quelque chose qui l'avait accompagné la majeure partie de sa vie. Elle comprenait pourquoi il avait entamé une lente descente l'année dernière à l'annonce de la tumeur de sa mère. Malgré tout ce qui s'était passé, il aimait sa mère d'une façon inconditionnelle et pouvoir la perdre le terrorisait. Il était effrayé du vide que cela provoquerait ayant passé la majeure partie de sa vie à s'en occuper. Sous ses doigts, elle sentit son partenaire se tendre.

- Tu lui as dit que tu souhaitais revenir la voir, ce n'était pas...

- Je le pensais réellement, Bobby. Ce n'était pas juste pour lui faire plaisir.

Alex lut le soulagement dans les yeux de son coéquipier.

- Tu sais, j'ai encore des tas de choses à apprendre sur le petit Goren en culotte courte et j'ai encore des tas d'anecdotes à lui dire sur tes manières d'enquêter.

- Je suis certain que tes parents ont aussi un tas d'archives sur toi, lui rétorqua-t-il à sa plaisanterie. Et que je n'aurais aucun mal avec mes dons d'enquêteur, à savoir, par ton frère ou ta sœur, ce que l'adolescente rebelle a pu cacher à ses parents. Surtout à les persuader à ce qu'ils me montrent cette fameuse photo où tu es couronnée et à me raconter cette fameuse histoire dont elle est l'illustration.

- Tu n'oserais pas Goren ? Fit Alex, décontenancée par son offensive.

- Je sais être charmant et persévérant, Eames. Tu le sais bien mieux que moi pour m'avoir observé durant toutes ces années avec nos témoins ou nos suspects.

Alex croisa le regard de Bobby et ils éclatèrent de rire, chassant ainsi les derniers signes de nervosité de leur visite. Elle enroula ses bras autour du sien et s'appuya sur lui. Elle ne devrait pas mais leur dernière conversation avait eu pour conséquence d'abaisser d'autres barrières entre eux, notamment celle de son inhibition physique avec lui. De plus, Bobby ne semblait pas vouloir repousser ce rapprochement. Il se retourna pour jeter un coup d'œil du côté de Aliénor afin de vérifier si tout allait bien. Celle-ci était paisiblement en train de feuilleter son nouveau livre en essayant de déchiffrer les mots puisque ses lèvres remuaient.

Après quelques minutes paisibles, Alex tendit la main, paume vers le haut.

- Allez Goren ! Donne-moi tes clefs !

- Eames...

- Puisque tu as conduit à l'aller, c'est mon tour !

Bobby fit tinter ses clefs en les sortant de sa poche pour les présenter. Alex les attrapa avec une joie non dissimulée. C'était la première chose qu'elle avait sincèrement appréciée chez son partenaire excentrique. Contrairement à leurs homologues masculins, elle n'avait jamais eu à lutter avec lui pour prendre le volant. Il lui avait laissé les clefs dès le début de leur association et la laissait conduire le plus souvent. Il poussa un soupir blasé.

- Tu es une accro.

Alex ouvrit la portière.

- Mais pas du tout ! Lança-t-elle. Je suis une bien meilleure conductrice que toi ! Et j'aimerais revenir vivante à New-York, si tu le permets.

La détective éclata de rire en entendant son partenaire crier faussement d'indignation.