Rating : T
Genre : Tranche de vie, Mystère.
Disclaimer : Les personnages et l'univers de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda.
Résumé : On raconte que le sable a une mémoire. Si le vent est favorable, la nuit, on peut presque l'entendre raconter les histoires du passé. (Vivi)
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Note : Ce texte a été écrit dans le cadre du Santa Secret de 2021 sur le Forum de Tous les Périls. Cet OS est offert à Jya sur le personnage de Vivi, avec deux mots à placer : surprise et délicieux.
La voix du désert
« Il existe une vieille histoire.
Une de celles qui sont si anciennes que l'on ignore aujourd'hui leur origine.
Une de celles qui ont toujours existé et qui continueront d'exister, jusqu'à la fin des temps.
On raconte que le sable a une mémoire. Que chaque minuscule grain porte en lui le souvenir d'une vie, l'écho de paroles oubliées, l'empreinte d'un choix qui a tout changé. Lorsque plantes et vies s'assèchent, lorsque les forêts meurent et que le monde devient poussière, naissent les grands déserts de sable brûlant. Ils portent en eux l'histoire de ce qui a été, transmettent ce message par delà les siècles. Si le vent est favorable, la nuit, on peut presque les entendre.
Les voix du passé. »
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– C'est vrai, cette histoire ? demande la princesse Vivi avec une moue suspicieuse.
– M'accuserais-tu de mentir ? relève Pell avec un sourire amusé.
La petite fille se pince les lèvres et se dandine nerveusement sur ses jambes. Elle sait que traiter une personne de menteur est une chose sérieuse. Il ne lui viendrait pas à l'idée d'en faire une blague. De plus, Pell est très honnête et droit. Il n'est pas l'un des deux Gardes Principaux d'Alabasta pour rien. Et puis, ça ne lui ressemble pas de mentir, même pour la taquiner.
– Non, dit-elle finalement, penaude.
– Si tu ne me crois pas, tu n'as qu'à tendre l'oreille, le soir, avant de t'endormir. Mais attention, il faut savoir écouter...
– Je sais faire ça ! s'exclame la princesse avec fierté.
– En es-tu sûre ?
Prête à répondre par l'affirmative, avec toute la conviction de ses sept ans, Vivi hésite cependant et se fige, la bouche à demi-ouverte. Ses sourcils se froncent alors qu'elle devine un piège dans la question de Pell. Elle n'a cependant pas le temps de réfléchir à une meilleure réponse que la voix de Teracotta résonne dans les couloirs du palais. L'enfant écarquille les yeux, se rappelant soudain qu'elle avait une leçon de piano cet après-midi. Elle a complètement oublié et devine que l'intendante est furieuse après elle. Une grimace coupable sur son jeune visage, elle s'excuse auprès de Pell et prend ses jambes à son cou.
Ce dernier éclate de rire alors qu'il la voit disparaître à toute vitesse. La princesse est peut-être encore un peu jeune pour ces histoires, mais ce n'est pas plus mal. Elle a le temps de grandir.
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« D'où crois-tu que viennent les rêves ?
Tu ne sais pas ? C'est le désert qui les dépose sous tes paupières lorsque tu dors. Ils éclosent à l'intérieur de ta tête et à ton réveil, il n'en reste que des poussières au coin de tes yeux. »
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Vivi se mord la lèvre inférieure alors que la voix grave de Koza résonne de façon étrange sous la toile de tente. Ses mots paraissent presque mystiques, tous les autres membres du Clan Suna Suna l'écoutent avec un mélange de fascination et de gravité.
Ils y croient tous, réalise-t-elle avec une certaine surprise.
Elle ne sait pas trop quoi en penser. Elle se souvient très bien des paroles de Pell, quelques mois plus tôt, même si elle ne les as pas très bien comprises. Elle imagine mieux l'histoire de Koza et elle fait confiance à son ami : s'il dit que c'est vrai, alors ça l'est. Vivi grade les yeux grands ouverts alors que son camarade souffle sur la flamme de leur lanterne et que tous se blottissent sous les couvertures pour dormir. L'obscurité de la nuit les enveloppe, seuls dans le désert – enfin presque, leurs protecteurs veillent en cachette. Mais cela, Vivi l'ignore et la présence du désert lui semble plus palpable que jamais.
Alors, elle tend l'oreille et écoute. Le vent chuchote entre les dunes. Les grains de sable dansent dans un crissement qui ressemble à de la musique. De petits insectes se déplacent autour de la tente, dans un frottement à peine perceptible.
Le désert lui parle.
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« Le désert est en colère. »
« Vous aussi, vous le percevez, Igaram ? »
« Il est agité depuis l'arrivée de Crocodile. Cet homme ne m'inspire aucune confiance. »
« Moi non plus. Je pense qu'il cache quelque chose. Je dois intervenir. Je ne peux pas le laisser agir en toute impunité, il en va du bien d'Alabasta. Cela ne peut plus durer. Je trouverai la vérité. »
« Princesse, je ne puis vous laisser faire cela. »
« Vous pensez pouvoir m'en empêcher ? »
« Non. C'est pour cela que j'ai décidé de vous accompagner. »
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Vivi sent le désert se coller à sa peau, après les deux années passées loin de son royaume. Ce n'est pas seulement la chaleur écrasante d'Alabasta, l'atmosphère qui assèche ses lèvres, ni même les grains de sable qui se faufilent sous ses vêtements.
C'est plus subtil.
Une présence qui se glisse dans son ombre, qui accompagne chacun de ses pas. C'est une odeur qu'elle ne parvient pas sentir, une voix qu'elle n'a plus entendue depuis longtemps. Elle devine la colère du désert, intacte après tout ce temps. Mais aussi sa douleur, son impuissance et son désespoir face à la chute imminente d'Alabasta. Peut-être la jeune femme se fait-elle des idées. Peut-être l'émotion de son retour et la pression du devoir à accomplir lui font-elles prendre ses rêves pour la réalité.
Mais les rêves ne sont-ils pas soufflés par le désert, justement ? Nombreux seraient ceux à se moquer de cette idée, mais la princesse d'Alabasta sait, au fond, où se cache la vérité. Elle a grandi ici. Elle connaît et comprend ce pays mieux qui quiconque.
– Nous sommes sur la bonne voie, affirme-t-elle.
– Tu es sûre ? demande Nami avec une moue soucieuse, étudiant leur carte et la position du soleil.
– Fais confiance au désert.
Son amie hausse un sourcil sans comprendre mais Vivi se contente de sourire avant d'enjoindre ses amis à reprendre la route – avant que quelques membres de leur troupe se dispersent trop et s'égarent.
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« Le désert se souvient de tout, les joies comme les peines, les victoires comme les défaites. Entre les dunes de sable, repose l'histoire de notre pays. Ne vous est-il jamais arrivé de marcher, la nuit, pieds nus dans le sable, et de sentir le passé fourmiller sous vos pieds ? C'est que vous ne faites pas assez attention. La sensation a quelque chose de délicieux, pourtant. Ne faire qu'un avec le désert, l'entendre chanter en silence, être en phase avec tout le pays, ses villes et ses habitants... »
« Tu racontes des histoires bizarres, Mamie Vivi ! »
« Vraiment ? Peut-être que tu n'es pas encore en âge de les comprendre, ma chérie. »
« Tu veux pas plutôt raconter ton combat avec les pirates ! S'il te plaît ! »
Un rire éraillé s'échappe des lèvres de Vivi alors qu'elle fait signe à sa petite fille de grimper sur ses genoux. Il y a un temps pour chaque histoire, elle-même l'a appris lorsqu'elle était plus jeune.
