Rating : T

Genre : General

Disclaimer : Les personnages et l'univers de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda

Résumé : Un tatoueur de North Blue reçoit un client peu ordinaire (Trafalgar Law)

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Note : Ces derniers temps, je m'amuse beaucoup à farfouiller dans mes vieilles fics, achevées ou avortées, et je suis retombée sur cet OS qui date de 2013. Donc bon, mon style d'écriture est un peu différent. Et j'étais en plein dans ma phase "fan-girl de Law", mais bon, j'aime bien le point de vue exploité et le travail sur le langage corporel, alors je me dis que ça vaut le coup de re-publier ce petit texte.


D.E.A.T.H.

« Je veux ces mots gravés dans ma chair, dans mon sang. »

Anonyme

L'aiguille pénètre dans la peau que je tiens soigneusement tendue par mon pouce et mon index. Je n'ai pas l'habitude de travailler sur les phalanges, alors je suis particulièrement consciencieux. Heureusement, le motif est des plus simples, une simple lettre : « D ». Je retire l'aiguille et la plante à nouveau, suivant un tracé précis. Mon instrument chemine sur l'épiderme, laissant derrière lui une traînée d'encre noire. J'arrive au bout. Un dernier piqué, puis je passe un chiffon propre sur le pouce de mon client, essuyant l'excès de colorant. Un rapide coup d'œil à mon œuvre m'assure de la qualité du travail.

Concentré, je passe à l'index.

Je suis tatoueur depuis des années. Et j'en ai vu, des gens, passer sur ma chaise. Des gamins qui jouent aux durs, des pirates qui sont de vrais durs, des filles rêveuses qui se veulent différentes, des prostituées qui investissent dans le capital séduction... J'ai tatoué des tas des choses - parfois vraiment étranges - sur un tas d'endroits - certains très improbables. Je pensais avoir à peu près tout vu, persuadé que rien ne pouvait plus me surprendre. Jusqu'à ce que ce gamin entre dans ma boutique. Rien de plus qu'un adolescent, mais il avait déjà l'air d'un Grand.

J'achève le « E » en piquant une dernière fois avant de me pencher sur la phalange du majeur et de faire la prochaine lettre.

Dès qu'il est entré, j'ai su que ce n'était pas un garçon ordinaire. Pas bien grand, pas bien épais, presque un gringalet, mais que, indéniablement, on ne prenait pas à la légère. Il y avait dans sa posture, dans sa démarche, quelque chose de sombre et de puissant. Les perles grises de ses yeux étaient comme des éclats de roche brut sur son visage aux traits adoucis par sa jeunesse physique. Lorsqu'il parlait, c'était d'un ton toujours courtois et poli, mais sa voix était déjà celle d'un adulte : grave, profonde. Comme s'il avait mué avant l'âge. Comme s'il était déjà plus vieux que les années passées sur cette terre.

Le « A » est terminé. L'annulaire m'attend.

Il n'est pas courant que l'on me demande de faire un tatouage sur les phalanges. La peau y est particulièrement fine, et c'est généralement plus douloureux. Surtout que je travaille à l'ancienne, avec une aiguille manuelle et de l'encre de Chine que je prépare moi-même. La technique demande plus de temps et fait plus mal qu'une méthode classique. Mais le résultat est généralement plus réussi, plus précis. Je suis un authentique traditionaliste. Cependant, il n'a pas sourcillé une seule fois devant mes mises en gardes. Et même à présent que je suis à l'œuvre, il ne se défait pas de son air calme et assuré. Son sourire en coin, insolent, semble me narguer.

Je reste concentré. J'ai fini le « T ». Ne reste que l'auriculaire.

Même la nature de son tatouage est dérangeante. Les gens ont généralement une bonne raison de venir dans ma boutique : un tatouage, c'est définitif. C'est pour toute la vie. On ne revient pas dessus. Alors il faut être sûr de soi. D'ordinaire, il me suffit d'échanger quelques mots avec le client pour deviner sa motivation. Mais là, je sèche. Le choix du motif et de son emplacement est aussi troublant que le garçon lui-même. Et pour une fois, je reste muet pendant toute la durée de l'opération, alors que je discute habituellement avec le patient, tant pour passer le temps que pour le distraire et détendre, facilitant ainsi mon travail.

Je plante une dernière fois mon aiguille, sur la barre horizontale du « H » et je m'arrête. Je repose mon instrument puis nettoie les excédents d'encre qui ont coulé sur la peau. J'applique ensuite une crème hydratante sur les symboles tatoués et recouvre les mains de l'adolescent de bandages, masquant les lettres mortelles qui ornent à présent ses phalanges.

Le reste n'est que formalités, mais le malaise ne me quitte pas. Ce type est vraiment étrange, à la fois fascinant et terrifiant. Alors qu'il s'apprête à sortir de ma boutique, j'ose enfin lui demander :

- Pourquoi ce tatouage, exactement ?

Il lève ses yeux d'obsidienne vers moi, et son regard pénétrant me transperce de part en part. Je me sens mis à nu. Comme si ces prunelles anthracite pouvaient déchirer ma peau pour observer la chair palpitante cachée dessous, effeuiller les couches de mon épiderme pour mieux voir ce que j'avais à l'intérieur.

J'ai l'habitude des pirates et des fortes têtes. Je n'ai pas froid aux yeux et je n'aime pas qu'on me marche sur les pieds. Mais devant les iris glaçants de ce gamin, je me sens soudain mal.

Le coin de sa bouche se retrousse imperceptiblement.

- Pour que les gens sachent à quoi s'attendre lorsqu'ils me serrent la main.

Sa voix étrangement grave pour son jeune âge résonne dans la petite pièce aux vapeurs d'encres, comme l'écho d'un mauvais présage. Ces mots peuvent passer pour de l'arrogance, celle d'un pirate trop sûr de lui. Mais ses pupilles froidement inquisitrices, sa voix d'adulte dans sa bouche adolescente, le pli de son sourire insolent... Cette aura noire qui l'enveloppe tout entier me fait prendre ses paroles au pied de la lettre.

Aussi lorsqu'il me tend la main, un geste affreusement banal pour me saluer avant de quitter pour de bon ma boutique, je me crispe instantanément. Ma réaction lui arrache un rictus narquois et satisfait. Sans rien dire de plus, il replie trois de ses doigts, ne laissant tendus que l'index et le majeur, qu'il porte à sa tempe, dans une parodie troublante de salut de cow-boy, avant de s'en aller.

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Je ne l'ai jamais revu. Son souvenir s'est même estompé de ma mémoire, jusqu'à ce jour. Debout devant ma boutique, le journal de la veille - abandonné là par quelque passant - à la main, je fixe le portrait qui fait la une. Il n'a pas changé, pourtant il est différent. Le même regard dur et froid, le même rictus arrogant et narquois, mais ses traits sont plus durs, plus matures. L'aspect juvénile qui contrastait jadis avec sa prestance a disparu, le rendant encore plus terrifiant qu'alors.

Le pirate Trafalgar Law rejoint l'ordre des Grands Corsaires

Le titre de la une me surprend à peine. J'ai toujours su, intuitivement, que ce gars-là ferait parler de lui. Et je pressens que ce n'est pas la dernière fois que les journaux parlent de lui en première page.