Rating : K
Genre : General
Disclaimer : Les personnages et l'univers de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda
Résumé : La danse ne fait pas partie des talents de Jimbei.
La danse du moustique
La nuit était belle, remplie d'étoiles et de rires.
Après une journée chaude et venteuse, propice à la navigation, les températures avaient brutalement chuté et des flocons de neige virevoltaient à présent sur le pont, comme des étoiles tombées du ciel. Habitués aux caprices météorologiques de GrandLine, les hommes-poissons avaient craint une tempête imminente, dont la violence aurait été proportionnelle à sa soudaineté, mais Kuroobi affirmait que le temps resterait dégagé. Jimbei nourrissait quelque déplaisance envers l'homme-raie et certaines de ses idées, mais il avait confiance en son jugement de navigateur. Tout l'équipage s'était alors réjoui de la soirée qui s'offrait à eux.
Smack avait sorti deux tonneaux de rhum ; Octo faisait griller des brochettes de takoyaki ; Pisaro jouait de ses maracas avec entrain, très vite rejoint par Akogi à la guitare et Rappa à la trompette. Le rire de Fisher Tiger résonnait d'un bout à l'autre du pont.
– Tiens, tu vas prendre froid, dit Aladdin en plaçant un épais manteau sur les frêles épaules de Koala.
La fillette sursauta, à la fois surprise dans son observation émerveillée de la fête improvisée à bord, et gênée d'avoir attiré l'attention sur sa personne. Le triton la rassura d'un sourire et se pencha pour boutonner le vêtement jusqu'au menton. Le visage de Koala sembla aussitôt reprendre des couleurs.
– C'est mieux comme ça, non ? affirma-t-il.
Elle esquissa un timide sourire, qui valait mille fois plus que le sourire factice affichée par l'ancienne esclave tel un masque. Cela serra le cœur de Jimbei, comme à chaque fois. L'histoire entre les hommes-poissons et les humains était complexe, sanglante, rancunière, comme prise au piège d'un cercle sans fin de violence, pourtant le fragile sourire de Koala lui semblait être le plus précieux des trésors. La regarder s'épanouir au milieu de leur équipage dévoré par la haine lui redonnait espoir.
Octo fourra trois brochettes dans les mains de la fillette et resta plaisanter avec elle jusqu'à ce qu'elle ait avalé la dernière boulette de poulpe. Il s'éloigna alors, seulement pour lui ramener une nouvelle portion.
Kusemai et Odori attirèrent bien vite l'attention générale. Le premier poussait des vocalises, rendues quelque peu dissonantes par l'alcool, tandis que le second esquissait ses premiers pas de danse. D'autres membres de l'équipage ne tardèrent pas à se joindre à eux, et il y eu bientôt une belle brochette d'hommes-poissons se dandinant – avec plus ou moins de grâce – au milieu du pont. Jimbei assista au spectacle en sage observateur : s'il s'était en de rares occasions essayé à la danse, il avait bien vite compris que ce n'était pas là un de ses talents, aussi s'abstenait-il la plupart du temps. Sa forte carrure était plus adaptée aux combats qu'à la chorégraphie. Un sourire satisfait ornait toutefois ses lèvres, à voir ses camarades si heureux.
Son regard tomba sur la petite silhouette de Koala, à côté de lui. Une brochette de takoyaki encore à la main, la fillette regardait les hommes-poissons avec un mélange de fascination et d'ahurissement.
– Tu veux danser ? demanda Jimbei, sur une impulsion.
Il voulait seulement l'inciter à rejoindre les autres sur la piste de danse, mais en voyant son regard effrayé, l'homme-requin-baleine comprit qu'elle n'oserait jamais s'y frotter seule.
Alors sans plus hésiter, il lui tendit la main. Hésitante, tremblante presque, Koala glissa ses maigres doigts blancs dans l'énorme paume bleue et palmée de Jimbei. L'homme-poisson l'entraîna au milieu des autres, qui s'écartèrent légèrement, l'air de rien, pour ne pas étouffer la petite fille. Soudain maladroit, Jimbei essaya de se rappeler des rares pas de danse qu'il connaissait, mais Koala semblait si petite, si fragile, entre ses mains, qu'il se mouvait avec prudence et douceur, de crainte de la blesser ou de l'écraser sans le vouloir. Elle lui faisait l'impression de n'être qu'un moustique devant sa forte carrure. Elle était aussi maladroite que lui, et semblait plus terrifiée que jamais.
Jimbei la souleva délicatement, et lui fit poser ses minuscules pieds sur les siens.
– Accroche-toi, lui souffla-t-il.
Elle serra ses mains sur les poignets de l'homme-poisson, et sa confiance aveugle réchauffa le cœur de Jimbei. La portant sur ses pieds – elle ne pesait rien, à peine plus qu'un moustique – il enchaîna quelques pas de valse. Aladdin et Octo se mirent à les acclamer, très vite rejoints par leurs camarades. Au milieu des rires et des cris, Koala gloussa.
Et Jimbei réalisa que, pour elle, il serait capable de danser toute la nuit.
