Rating : K

Genre : Romance

Disclaimer : L'univers et les personnages de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda.

Résumé : Terracotta se demande ce qu'aurait été sa vie, si elle avait fait un choix différent. [Terracotta/Zeff]

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Note : Ce texte a été écrit à l'occasion de la SpécialShip Week organisée par le Forum de Tous les Périls et visant à mettre en avant des couples inattendus et peu ordinaires. N'hésitez pas à me contacter par MP pour plus de détail, ou à faire un tour sur le forum !

Le thème que j'ai choisi pour aujourd'hui est : La danse des couteaux.

(Je poste un poil en avance, parce que je pars en vacances demain, et j'aurais du mal à poster en étant sur la route XD)


À couteaux tirés

Le soleil était à peine levé que déjà des bruits de cris et de coups résonnaient à travers tout le château d'Alabasta. Le roi Nefertari Cobra et le capitaine de la Garde Royale Igaram remontèrent le couloir des appartements de la princesse Vivi en courant, une volumineuse bosse grossissant sur leur crâne, poursuivis par une Terracotta furieuse. La chef cuisinière du palais retroussa ses manches, déterminée à leur apprendre les bonnes manières, même si elle devait pour cela malmener son souverain et son époux.

Ce n'était pas parce que la princesse avait passé la nuit en compagnie d'un homme qu'ils devaient espionner par le trou de la serrure de sa chambre pour découvrir l'identité de son partenaire !

Elle savait qu'ils avaient à cœur la sécurité et le bonheur de la princesse Vivi, mais les deux hommes se montraient parfois bien trop protecteurs envers la jeune fille qui avait pourtant déjà prouvé, à bien des égards, qu'elle était mature, responsable et parfaitement capable de se défendre. Heureusement que Terracotta veillait au grain pour protéger son intimité de l'inquiétude et de la curiosité mal placée de son entourage. Arrivée au bout du couloir, elle ne vit toutefois plus trace ni du roi Cobra ni de son époux Igaram.

La cuisinière soupira. Son regard dériva vers la fenêtre, sur l'horizon indéfini derrière lequel se cachait l'océan, plein de mystères et d'opportunités manquées. Nostalgique, Terracotta se demanda ce que serait devenu sa vie si elle avait fait un choix différent.

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Vingt-huit ans plus tôt

La jeune femme aiguisa soigneusement son couteau puis le déposa à côté des autres, parfaitement alignés sur son plan de travail. Satisfaite, elle vérifia que tous ses ustensiles soient en place et prêts à l'emploi, puis jeta un coup d'œil à la grande horloge de l'autre côté de la place : elle était parfaitement dans les temps.

Autour d'elle, le port de Nanohana fourmillait d'activité. Plus loin sur les quais, les marins et les pêcheurs vaquaient à leur besogne. Dans son dos, les rues commerçantes s'encombraient de visiteurs, touristes ou locaux, venus découvrir la richesse et l'exotisme des étals qui débordaient sur le passage. Au centre de la place, se tenait une vaste tente sous laquelle des cuisiniers de tous horizons s'étaient réunis pour le grand concours de cuisine annuel de la ville, dont la réputation n'était plus à faire. En digne fille du chef cuisinier du palais royal, Terracotta excellait dans ce domaine. Mais cantonnée depuis toujours aux cuisines du château, elle brûlait de se confronter aux autres, de mettre son talent à l'épreuve. La récompense de dix mille berrys accordée au vainqueur du concours ne l'intéressait guère. Elle voulait découvrir d'autres styles de cuisine, de nouvelles techniques, se frotter à tout ce que le monde pouvait lui offrir, au delà des frontières d'Alabasta.

Un cuisinier en particulier, installé à un plan de travail juste en face le sien, avait éveillé son attention. Plus qu'un cuisinier, il se revendiquait pirate sans la moindre honte, son Jolly Roger affiché sur un foulard noué autour de son cou.

À tout juste vingt ans, Terracotta n'avait encore jamais vu un homme tel que lui. Il dégageait une assurance sauvage et magnétique, se tenant droit sur ses jambes, les bras croisés sur son imposant torse. Un sourire narquois ourlait ses lèvres, sous ses longues moustaches blondes nouées de deux rubans. Son visage bruni par le soleil affichait une expression confiante et déterminée. Plus vieux qu'elle – la trentaine passée, jugea-t-elle – il semblait avoir vu maintes merveilles au cours de ses voyages.

D'après les dires des autres cuisiniers participant au concours, Zeff était le capitaine de l'équipage du Cook, un pirate violent et intraitable qui sillonnait GrandLine depuis des années, en quête de gloire et de richesse. Terracotta ignorait quelle était la part de vérité et de mensonge dans les rumeurs circulant sur ses exploits passés, mais il ne faisait nul doute à ses yeux que Zeff avait la trempe d'un vrai pirate – et d'un cuisinier. Rien qu'à voir sa posture et l'organisation de son plan de cuisine, elle pouvait affirmer qu'il savait ce qu'il faisait. Et elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il avait pu apprendre et voir à travers le monde.

– S'il vous plait ? intervint au micro l'organisateur du concours.

C'était un grand homme, fin et maigre, aux cheveux pourpres coiffés en haute queue de cheval et vêtu d'un costume trois-pièces violet à rayures blanches. Il se tenait au milieu de la tente, l'expression hautaine et sérieuse :

– L'épreuve du concours consiste à revisiter la recette du Kochari, plat traditionnel du Royaume d'Alabasta, composé de pâtes et de sauce tomate, mais également de riz, de lentilles, d'oignons caramélisés, d'ail et de pois chiches.

Terracotta se redressa, intéressée par le défi culinaire.

– Vous avez deux heures pour réaliser votre préparation. Suite à quoi le jury goûtera chaque plat et prononcera le vainqueur.

L'homme sortit un petite cloche de la poche de son pantalon et sonna le départ.

Terracotta commença aussitôt à sélectionner ses ingrédients, les idées fusant dans sa tête alors que ses doigts cherchaient les tomates les plus mûres. Elle se mit bientôt à l'œuvre, mit de l'eau à bouillir et, couteau en main, commença à découper les aliments sur son plan de travail. Du coin de l'œil, elle observait le cuisinier pirate en face d'elle, qui maniait son propre couteau avec une dextérité admirable. La jeune femme s'appliqua d'autant plus, déterminée à donner le meilleur d'elle-même.

Alors qu'elle commençait à couper son oignon, Terracotta surprit le regard du pirate, qui surveillait lui aussi son avancée. Un étrange frisson la parcourut. Troublée et flattée d'avoir attiré l'attention d'un tel homme, elle se concentra toutefois sur ses gestes. Il ne manquerait plus qu'elle fasse un faux pas à cause d'un manque de concentration. Se pinçant légèrement les lèvres, elle fit danser son couteau sur sa planche à découper, en reflet à la chorégraphie de Zeff, qui tranchait avec tant de précision et de doigté que sa technique relevait de l'art. Les joues légèrement rougies – et pas seulement à cause des feux de cuisson – la jeune femme se plongea cœur et âme dans sa cuisine.

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Terracotta finit en troisième position du concours.

C'était un bon score, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être légèrement déçue. Elle aurait aimé pouvoir faire mieux. Le pirate Zeff avait fini deuxième, même s'il aurait amplement mérité la première place, à son avis. Il avait écarté les lentilles et les pois chiches de son plat, les gardant de côté pour en faire des galettes frites en accompagnement. Le jury avait considéré ce choix comme hors-sujet, préférant accorder la victoire au chef Suiji, célèbre dans tout Nanohana – et vainqueur pour la quatrième année d'affilée du concours. Terracotta était furieuse de voir le jury être influencé par leur amitié au gagnant, au détriment de toute impartialité.

Le pirate s'était contenté d'éclater de rire à l'annonce des résultats, mais la jeune femme gardait la nouvelle en travers de la gorge. Le concours terminé et les plans de travail remballés, Terracotta traînassait sur le port. Elle n'avait guère l'envie de rentrer à Alubarna pour faire face aux « Je te l'avais bien dit » de son père.

– Seriez-vous en quête d'aventures, Mademoiselle ? résonna une voix grave dans son dos.

La cuisinière se retourna d'un bond. Un vertige creusa son ventre, lorsqu'elle aperçut Zeff à deux pas de là, qui la dévisageait avec un petit sourire en coin. Il s'approcha lentement, d'une démarche féline.

– Je vous ai vu à l'œuvre pendant le concours. Vous avez du talent, Mademoiselle... ?

– Terracotta, précisa-t-elle en se raclant la gorge. Vous êtes doué aussi. Vous auriez mérité la première place.

Le pirate haussa les épaules d'un air dédaigneux. Puis il dévisagea longuement la jeune femme, qui frémit sous l'attraction magnétique de son regard brun. Elle prit soudain conscience de leur proximité, et du charme qu'il dégageait sans même paraître s'en apercevoir.

– Je pourrais vous accorder une place sur mon navire, dit-il finalement.

Elle cligna les yeux de surprise.

– Pardon ?

– Vous êtes une excellente cuisinière, j'en ai eu la preuve aujourd'hui. Vous auriez parfaitement votre place dans mon équipage, Terracotta. La vie de pirate n'est pas sans dangers, mais si vous souhaitez voir le monde, découvrir ses merveilles...

Il laissa sa phrase en suspens, et un bref instant, Terracotta s'imagina partir avec lui. Écumer les mers à ses côtés, cuisinier à ses côtés, explorer l'océan et ses mystères à ses côtés... Et peut-être même plus. Elle se visualisa dans ses bras, pirate et criminelle, mais fière et libre. Heureuse. L'image était tentante, faisait battre son cœur plus fort et nouait son estomac d'excitation.

– Je ne peux pas, dit-elle toutefois.

Un voile de déception se déposa sur le visage de Zeff, mais il ne fit rien pour la contraindre.

– J'aimerais bien visiter le monde, découvrir de nouvelles cuisines... mais j'aime encore plus mon pays. Alabasta, c'est chez moi. C'est ici que se trouve ma place.

– C'est tout à votre honneur.

Elle sourit doucement, avec un mélange de soulagement et d'amertume. Terracotta avait une place dans les cuisines du palais royal, et elle prendrait un jour la place de chef de son père. Elle aimait le Royaume des Sables et sa capitale, Alubarna. Même si le monde extérieur l'intriguait et l'attirait, elle ne se voyait pas quitter son foyer. Ce n'était pas un manque de courage ou de motivation. Elle était seulement heureuse, ici.

Zeff leva la main et caressa tendrement sa joue.

– Dommage, murmura-t-il, plus pour lui-même que pour elle.

Le pirate se pencha et déposa un baiser léger sur ses lèvres. Terracotta ferma les yeux au contact, aussi troublant que fascinant, et lorsqu'elle rouvrit les paupières, Zeff avait disparu. Elle l'aperçut, plus loin sur les quais, remonter à bord de son navire.

Rêveuse, elle se demanda si elle le reverrait un jour.

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De nos jours

Terracotta déposa un plat de Kochari sur la table, et entreprit de servir le Roi Cobra et son époux Igaram. Dans les assiettes bien remplies de pâtes, de riz, d'oignons et de sauce, elle rajouta les galettes frites de lentilles et pois chiches.

– Mais imaginez, Majesté, que la princesse se soit éprise d'un pirate ! s'inquiétait Igaram.

– Vous êtes encore là-dessus ? s'exaspéra Terracotta.

– Mmh, les pirates au Chapeau de Paille sont pourtant partis il y a presque trois mois... nota le roi.

– Mais tous les pirates ne sont pas aussi bienveillants que ces derniers ! Imaginez donc qu'une crapule monte sur le trône ! Ou pire, que la princesse quitte le Royaume pour aller écumer les mers avec un bellâtre !

La chef cuisinière passa dans leur dos et leur donna à chacun une tape derrière la tête.

– Il suffit ! gronda-t-elle. La princesse Vivi a déjà eu l'occasion de partir avec Chapeau de Paille, non ? Pourtant, elle est restée. Croyez-moi, elle n'est pas prête d'abandonner son Royaume. Vous devriez lui faire un peu plus confiance !

Les deux hommes marmonnèrent des excuses tout bas, puis commencèrent à manger.

– Nous sommes quand même en droit de savoir qui elle fréquente, non ? bougonna Igaram.

– Elle vous en parlera lorsqu'elle le jugera nécessaire. D'ici là, je vous défends de jouer les petits curieux.

– Terracotta a raison, admit le roi Cobra. Je fais confiance à Vivi. Le reste ne nous regarde pas.

– Sans doute, oui, soupira Igaram. Notre petite Vivi est devenue une adulte...

La cuisinière sourit tendrement et déposa un baiser sur le front de son époux avant de retourner en cuisine. Peu lui importaient les occasions manquées par le passé, elle était infiniment heureuse de la vie qu'elle s'était construite ici, au Palais, et de la famille formée autour d'elle.