Rating : M
Genre : Romance, Yuri, léger BDSM.
Disclaimer : L'univers et les personnages de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda.
Résumé : Kaku ne connaît rien de plus terrifiant que les rencontres entre Kalifa et Sadi-chan.
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Note : Ce texte a été écrit à l'occasion de la SpécialShip Week organisée par le Forum de Tous les Périls et visant à mettre en avant des couples inattendus et peu ordinaires. N'hésitez pas à me contacter par MP pour plus de détail, ou à faire un tour sur le forum !
Le thème que j'ai choisi pour aujourd'hui est : passif-agressif
Sombre secret
Kaku n'aimait pas se rendre à Impel Down.
Les visites à la prison sous-marine étaient parfois nécessaires à leurs missions. Beaucoup de prisonniers y étaient enfermés, certains ayant des liens – réels ou supposés – avec des cibles en liberté, ou bien susceptibles de posséder des informations nécessaires au bon déroulement de leur objectif. Il avait parfaitement conscience de ces impératifs et les acceptait, mettant de côté ses sentiments pour exécuter les ordres. Parce qu'il était un agent du CP9 avant toute autre chose.
Il n'était pourtant gêné ni par la sensation d'oppression qui saisissait les visiteurs dès les portes de la prison franchies, ni par les cris déchirants des suppliciés qui résonnaient à tout instant et en tout lieux de l'immense labyrinthe. Ni même par la violence, contenue ou affichée, qui fleurissait à chacun de ses pas dans le bâtiment sécurisé.
Non, ce qui dérangeait Kaku, c'était le passage obligé par le bureau de Sadi-chan pour accéder aux niveaux les plus profonds de la prison. Visite qui impliquait d'assister aux discussions entre la Gardienne des Enfers et Kalifa.
Et Kaku ne savait rien de plus terrifiant.
Il connaissait Kalifa depuis l'enfance. Il avait grandi avec elle, s'était entraîné avec elle et s'ils n'avaient rejoint le service actif que récemment, ils travaillaient ensemble et se faisaient confiance. Il appréciait son professionnalisme et sa rigueur. Elle était intransigeante et inflexible, n'avait aucune pitié envers ses ennemis, et guère plus de compassion pour ses alliés. Elle prenait les hommes de haut, révélant son mépris à travers ses continuelles injonctions « C'est du harcèlement sexuel ». De toutes ces années, il ne l'avait jamais vue faire preuve de gentillesse, ni d'une quelconque douceur.
La réputation de Sadi-chan n'était plus à faire. La Gardienne des Enfers était connue pour son goût de la torture. Les atrocités qu'elle infligeait aux prisonniers faisaient frémir jusqu'aux gardiens les plus solides. Mais ce qui déroutait et fascinait tout à la fois les hommes, c'était le plaisir évident, physique, et même sexuel, que la dominatrice prenait en jouant de son fouet sur ses victimes. Elle se plaisait dans la souffrance d'autrui, ne tolérait aucun affront, aucun refus. Elle inspirait la crainte dans toute la prison et même au-delà, chez les marines comme chez les criminels.
La rencontre de ces deux femmes, fortes et implacables, avait déjà de quoi donner des sueurs froides à quiconque les connaissait un minimum. Mais la réalité était pire encore que tout ce que Kaku aurait pu imaginer.
Il frappa à la porte du bureau de Sadi-chan, tout en ayant conscience de se jeter de lui-même dans le piège – mais il n'avait guère le choix, la mission avant tout. Kalifa, dans son dos, était impassible. La voix gémissante de la Gardienne leur indiqua d'entrer et Kaku, retenant inconsciemment son souffle, poussa la porte, entra, puis referma derrière sa collègue.
Les deux femmes se dévisagèrent, seulement séparées par le bureau en chêne de la maîtresse des lieux.
Une goutte de sueur coula sur le front de Kaku.
– Kalifa, c'est un tel plaisir de vous revoir, chère amie ! s'exclama Sadi-chan d'une voix innocente et pure.
– Sentiment partagé, répondit Kalifa avec une douceur ingénue.
– Que puis-je donc faire pour vous ?
– Nous avons besoin d'interroger un prisonnier du niveau six.
L'une comme l'autre affichaient un sourire enfantin, les joues légèrement rosies et l'expression bienheureuse, comme deux amies de longue date se retrouvant pour boire le thé et échanger de sages petits potins. Plus que cela, elles paraissaient être gentilles.
La goutte de sueur glissa sur la tempe de Kaku.
– Oh, mais je ne vous ai rien proposé ! s'affola tout à coup Sadi-chan. Où sont donc mes manières ? Souhaitez-vous une tasse de thé et des biscuits ?
– Cela aurait été un plaisir, vraiment, mais je crains de devoir décliner, se désola Kalifa. Nous sommes hélas pressés par le temps.
– Oh, je comprends tout à fait. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, si vous voulez bien me suivre...
La gardienne se leva pour les accompagner et Kaku se félicita que la discussion soit écourtée. Sadi-chan allait les guider jusqu'au niveau six, puis les laisserait seuls pour mener leur interrogatoire. Avec un peu de chance, ils quitteraient la prison sans la recroiser.
Il était terrifié par ces échanges surréalistes entre les deux femmes, parce qu'il savait que leur passive et vertueuse politesse ne faisait que dissimuler la luxure de leur agressivité.
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Quelque part dans les tréfonds d'Impel Down, à l'heure la plus noire de la nuit.
Sadi-chan fit claquer son fouet. Elle se passa la langue sur les lèvres avec un gémissement suggestif, observant avec envie la femme en face d'elle. Kalifa remonta d'un geste délicat la monture de ses lunettes sur l'arête de son nez en claquant légèrement de sa langue. Elle déroula son fouet d'épines.
– Je veux t'entendre gémir et me supplier, susurra la gardienne.
– C'est du harcèlement sexuel, rétorqua l'espionne avec un rictus sardonique. Tu dois être punie pour ton comportement.
Et dans le secret des cellules oubliées de la prison sous-marine, elles s'affrontèrent pour mieux révéler la part sombre de leur âme, exorcisant le plaisir dans la douleur. Elles s'abandonnaient dans la lutte, dévoilant ce qu'elles cachaient au reste du monde, non pas leur volonté de domination, mais les peines et les faiblesses que leur assurance dissimulait au grand jour. Ce qu'elles partageaient était plus intime et doux que ce que quiconque pouvait imaginer.
C'était quelque chose qui n'appartenait qu'à elles seules.
