Disclaimer : L'univers et les personnages de Stranger Things ne m'appartiennent pas.
Relations : Steve Harrington / Eddie Munson, Mike Wheeler / Will Byers (et Lucas Sinclair / Max Mayfield, si on est tatillon)
Rated : T pour l'univers du canon
Rappel : Cette fic compte 10 chapitres, et est mise à jour tous les jours jusqu'au bout ! Nombre de mots de ce chapitre : 3 800 ! Tout pile ! :)
Enjoy !
. . .
- Chapitre 3 : Le Portail -
Steve
(Dans la nuit du 27 au 28 mars)
-Eh, vous entendez ça ?
Steve regarda vers Nancy, puis autour d'eux, écoutant les alentours. Ils tentaient d'avoir le même rythme de marche soutenu qu'à l'aller, mais on ne pouvait pas dire qu'ils y étaient tout à fait. Entre la maison, ces fichues lianes et Vecna lui-même…
-Ici !
Steve fronça les sourcils.
-C'est Dustin, dit-il.
Alors ils le virent, qui faisait de grands signes dans leur direction.
-On est là !
-Pourquoi ils ne sont pas à la caravane d'Eddie ? Fit Robin.
-Pourquoi ils ne sont pas partis ? Ajouta Nancy, perplexe.
Mais le regard de Steve glissait sur la silhouette sombre derrière Dustin, appuyée contre le mur extérieur d'un mobilhome délabré. Eddie. Il accéléra le pas, et puis courut vers eux, les filles sur les talons.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?! S'exclama Nancy dans son dos.
-Oh merde, fit Robin à la vue du sang qui maculait le tee-shirt et les mains d'Eddie.
Steve mit un genou à terre près de lui, passa une main contre sa joue pour le faire le regarder.
-Eh, fit-il.
Les yeux d'Eddie rencontrèrent les siens. Ses grands yeux bruns, plein de douceur.
-Eh, souffla-t-il en retour.
-Comment tu te sens ? Tu peux marcher ?
Eddie fit doucement non de la tête, et Steve regarda ses blessures. Son cœur rata un battement. Il pouvait presque ressentir la douleur qui devait émaner de ses plaies. A leur première visite, ces fichues chauves-souris n'avaient pas non plus été tendres avec lui. C'était peut-être… c'était peut-être un brin pire… Mais ça pouvait se soigner. Ça devait se soigner. Il fallait juste l'emmener jusqu'à un hôpital. Il releva les yeux vers lui, et tenta de sourire.
-Je vais te porter, okay ? Je vais te porter jusqu'au portail et on va te faire passer de l'autre côté.
Eddie lui rendit son sourire. Steve se demanda s'ils n'étaient pas en train de le perdre. S'il n'était pas en train de partir dans les vapes.
-Je suis content de te voir, mon grand, souffla-t-il.
-Ouais, répondit Steve, je veux bien te croire.
Entre ça et se vider de son sang jusqu'à la mort dans le Monde à l'Envers, lui aussi aurait été content de se voir. Il passa un bras sous ses jambes, l'autre dans son dos, et fit un bref effort pour le soulever du sol sans les faire tomber tous les deux. Eddie grimaça à peine. Il ferma les yeux, un instant.
-Reste avec moi mon pote, d'accord, fit Steve dans son effort.
-Hm hm.
Il n'était pas certain qu'il l'avait vraiment entendu, mais il ne pouvait pas faire grand-chose de plus pour l'instant. Il serra les dents. Fichu enfer. Il entendait les trois autres parler dans son dos, qui le suivaient de prêt. Des échanges brefs, et concis. Ils ne voulaient pas attirer l'attention de quoique ce fût d'autre. Dustin boitait. Il raconta comment Eddie avait coupé la corde de drap. Son retour douloureux. Les chauves-souris, tombées mortes. Eddie, Eddie… Ce n'était pas sérieux, Eddie… Steve sentait qu'il glissait peu à peu de sa prise, il tenta de remédier à ça dans un bref sursaut de force. Ils faisaient presque la même taille, sans doute presque le même poids. Il fallait juste qu'il tienne jusqu'au portail.
-Je t'ouvre, se dépêcha Robin en passant devant lui pour lui ouvrir la porte.
-Merci, grimaça-t-il.
L'effort commençait à lui peser. Il entra et déposa Eddie sur une chaise, qui rouvrit les yeux dans un sursaut. Steve se dépêcha de remettre le matelas en place, au cas où l'un d'eux devait lâcher prise et rechuter, avant d'enlever le drap et de le déchirer, comme Dustin avait déchiré l'autre, dans leur monde. Il en fit une corde à nœuds, et la jeta par le portail.
-Okay, fit-il en se retournant.
Il était transpirant d'effort et de nervosité. Ses yeux continuaient d'aller se poser sur Eddie, qui regardait devant lui d'un air absent. Il s'humidifia les lèvres, pour se concentrer.
-Robin, tu passes devant. Ensuite, Nance et moi, on aide Eddie à monter et tu le rattrapes dans sa chute. Compris ?
Toutes les deux hochèrent la tête, une fois. Steve souffla, pour calmer ses nerfs.
-Okay. Super. C'est parti.
Les choses se passèrent exactement comme il le dit. Robin passa en premier, et tomba le dos contre le sol dur, évitant de justesse la chaise en plein milieu de la pièce. Elle se releva en grimaçant, leur replaça le matelas, et puis vint le tour d'Eddie. Steve l'aida à se lever, et à s'approcher de la corde. Ils montèrent sur le vieux matelas ensemble, et il le maintint pendant qu'il mettait ses mains sur les premiers nœuds. Nancy les rejoignit pour qu'il puisse s'appuyer sur eux. Il tira sur ses bras et ils poussèrent chacun sur une jambe. Sa chute fut rude malgré Robin, et elle dut le tirer hors du matelas pour qu'ils puissent les suivre. Ils firent passer Dustin d'abord, en l'aidant de la même façon, pour épargner sa jambe blessée.
Steve passa le dernier. Une fois de l'autre côté, Nancy s'était déjà jetée sur le téléphone et Steve se hâta d'aller voir Eddie, assis contre le mur. Il saignait plus abondamment encore, et même quand il ouvrait les yeux il n'avait pas l'air de le voir – ils se refermaient aussitôt, comme s'il était déjà loin. Le cœur de Steve battait à tout rompre.
-Hey, hey, reste avec moi Eddie, s'entendait-il dire. Reste avec moi, d'accord ? Nance appelle une ambulance, tu vois ? Une ambulance. Ça va aller.
Il passait sa main sur sa joue, sur sa tempe, dans ses cheveux. De son autre main il serrait la sienne, fort, sans qu'elle le serre en retour. Elle était couverte de sang. Son visage, ses cheveux étaient couverts de sueur. Il était pâle, pâle comme la mort.
-Ça va aller, répétait-il. On va te soigner, d'accord ? On va te soigner.
-Steve ! Fit la voix de Dustin. L'ambulance arrive !
La sirène transperçait le silence de la nuit, Nancy ouvrit la porte à la volée, Steve souleva Eddie du sol, sortit vivement de la caravane, rencontré à mi-chemin par trois ambulanciers qui firent vivement demi-tour pour aller chercher une civière dans leur camion – l'un d'eux prit Eddie des bras de Steve et l'y coucha, un autre découpa son tee-shirt aux ciseaux pendant que la civière était emmenée dans l'ambulance, Eddie dessus. Steve se passait la main dans les cheveux, la panique le gagnant dans le chaos de la vitesse avec laquelle les choses étaient prises en mains. Un ambulancier faisait monter Dustin et sa jambe blessée, Nancy se hâtait à sa suite.
-Vous êtes ses gardiens ?
Steve leva vivement les yeux vers l'ambulancier qui se tenait entre Nancy et l'ambulance.
-Oui ! S'entendit-il répondre de concert avec les filles.
Il les regarda tous les trois.
-On est ses- ses baby-sitters, pressa Nancy.
Il les regarda une nouvelle fois, mais ils avaient un cas pressant à l'arrière de l'ambulance et un mineur sans parents à emmener à l'hôpital, alors il leur fit vivement signe de monter, et ils furent soudain en route sirène hurlante en direction de l'hôpital. Steve garda les yeux sur Eddie. On lui avait branché une poche de sang, et posé des compresses stériles qui ne cessaient de s'imbiber de sang, aussitôt qu'on les remplaçait. Il avait perdu connaissance.
En une poignée de minutes, ils étaient arrivés. Les portes de l'ambulance s'ouvrirent et deux des trois ambulanciers sortirent la civière d'Eddie et l'emmenèrent aussitôt à l'intérieur – le troisième sortit et fit vivement signe qu'on lui amène une autre civière, ce qui fut aussitôt fait, pour y installer Dustin. Sa jambe fut immobilisée pour le trajet, et il fut aussitôt poussé dans la même direction que la civière d'Eddie, à quelques dizaines de secondes d'intervalles. Steve, Nancy et Robin suivirent aussi loin qu'ils purent, le pas rapide et le souffle court. On les arrêta aux portes battantes des soins d'urgence, et ils se retrouvèrent dans une salle d'attente presque vide, bercée d'une calme lumière blanche, qui faisait particulièrement contraste avec… tout le reste.
On leur demanda le nom des admis.
-Dustin Henderson.
Ils ne pouvaient pas mentir.
-Et Eddie Munson.
-Eddie Munson ?
-Oui.
On leur demanda ce qu'il s'était passé. Steve avait la gorge sèche. Nancy parla pour eux trois. Steve, Robin et elle venaient accompagner Dustin chez Max Mayfield. Ils avaient vu Eddie Munson se faire attaquer par un chien.
-Un chien ? Releva l'infirmière.
-Un gros chien, précisa Nancy.
Ils avaient cherché à faire fuir l'animal. Dustin était tombé. On leur demanda à quelle heure c'était arrivé. Elle donna quelques minutes avant leur appel. On les laissa s'asseoir. On allait contacter la famille des admis. Nancy donna le nom de la mère de Dustin, celui de l'oncle d'Eddie. Robin se mit à faire les cent pas, se rongeant les ongles. Quand la mère de Dustin arriva, ils leur racontèrent l'histoire du chien, mais ne parlèrent pas d'Eddie. Ils se confondirent en excuse, ils n'auraient pas dû être dehors si tard, ils étaient tombés sur Dustin qui allait chez Max, ils n'avaient pas voulu le laisser seul si tard, ils auraient dû plus insister pour le ramener chez lui, ou chez les Wheeler.
-Mon Dustin a tellement de volonté ! Dit-elle. C'est un vrai meneur, vous savez !
Mais elle semblait bouleversée.
-Avec tout ce qui arrive… ce Munson dans les rues…
Ils préférèrent ne rien dire de plus. Un médecin arriva très vite. La jambe de Dustin n'était pas cassée, seulement fêlée. On lui avait posé un plâtre pour s'assurer que ça n'empirerait pas, mais il n'aurait pas besoin de passer la nuit à l'hôpital. Sa mère pouvait le voir tout de suite. Elle partit aussitôt avec le médecin. L'infirmière à l'admission leur dit que personne ne répondait chez Monsieur Munson, s'il connaissait une autre adresse où le joindre. Ils se rendirent seulement compte que Wayne n'était pas chez lui. Ils ne savaient pas où il était. Ils ne connaissaient personne d'autre. Elle dit qu'elle réessayait. Le silence retomba dans la salle d'attente.
Robin fouilla dans ses poches, trouva quelques pièces.
-Un coca ? Fit-elle en levant les yeux vers eux.
Elle avait l'air de quelqu'un qui n'avait pas dormi depuis des jours. Steve hocha la tête, et Nancy. Ils la regardèrent partir, comme une vraie boule de nerfs. Steve, lui, avait la sensation de se dégonfler, comme un soufflé. Une fatigue sans nom prenait son corps tout entier. Ses oreilles bourdonnaient légèrement du silence environnant. Il tourna la tête vers Nancy. Elle regardait le sol, devant elle. Assis sur ces chaises d'hôpital, couverts de terre et de crasse comme ils l'étaient, ils devaient donner une sacrée image d'eux. Sans compter le sang qu'il avait sur les mains, sur ses vêtements, et peut-être sur son visage, là où il avait posé ses mains. Elle avait l'air… pensive. Inquiète. Pour Eddie, bien sûr. Mais c'était un air qu'il avait beaucoup vu sur son visage, dernièrement. Steve pensa à Jonathan. Elle s'inquiétait de ça, ces temps-ci. Que ça ne marche plus. Enfin, c'était son impression, à lui. Elle ne lui parlait pas de ces choses-là. Elle ne lui parlait pas, vraiment. Enfin elle lui parlait, mais… Elle ne se confiait pas vraiment à lui. C 'était compréhensible, bien sûr. Il n'était pas… Enfin il n'avait pas la réputation d'être… Mais il avait changé, non ? Ils avaient changé, tous les deux. Il repensa à ce qu'il lui avait dit, sur la route.
Il fronça légèrement les sourcils.
-Eh, Nance.
Elle releva les yeux vers lui.
-Tu sais, ce que j'ai dit, dans le camping-car, s'entendit-il prononcer. Hm… je me rends compte que ça a pu… avoir l'air de… enfin, ce que je veux dire, c'est…
Il se pinça les lèvres, brièvement. Oui c'était… c'était idiot, d'en parler maintenant. Et pourtant, c'était important. Ça lui semblait important.
-Ce n'est plus ce que je pense, ouais ? Fit-il. Je veux dire- je veux que ce soit clair entre nous. J'ai pas… ce n'était pas une tentative de…
Le début d'un sourire amusé naissait aux lèvres de Nancy.
-Okay, dit-elle.
-Ouais, t'es sûre ? Insista Steve.
-Oui, j'ai compris, s'amusa-t-elle.
-Dieu merci, soupira-t-il, fermant un instant les yeux.
Il l'entendit rire doucement tandis qu'il rouvrait les yeux, se redressait sur sa chaise en plastique.
-Ce que j'ai voulu dire- enfin tu as vraiment été importante pour moi, tu sais ? Dit-il sans la regarder. Tu as été ma première, hm, enfin, la première personne que j'ai vraiment, heu… aimé, tu vois. Pour moi il y a un « avant Nancy » et un « après Nancy ».
Il se retourna vers elle.
-Je suis une meilleure personne maintenant, Nance. Et- et je veux que tu le saches. Je te dois énormément. Enormément, insista-t-il. Et je- je te considère comme une amie, tu sais, une vraie amie. Et je- je suis là pour toi. S'il y a… quoi que ce soit.
Nancy se pinça les lèvres dans son sourire.
-Si tu as besoin que quelqu'un, heu, garde ton frère et ses copains bizarres ou-
Elle rit de nouveau, cachant sa bouche derrière le dos de sa main. C'était clairement toute sa tension qui la quittait – c'était au moins à cinquante pourcents nerveux.
-Ou si tu as besoin que quelqu'un fasse le guet pour toi ou- ou vole une voiture, même un camping-car !
Même le dos de sa main ne pouvait plus cacher son rire amusée, dans le silence de leur déserte salle d'attente.
-Ou si tu as besoin de parler, fit Steve finalement. N'importe quoi.
Le sourire de Nancy se radoucit, et Steve lui rendit son sourire. C'était agréable de l'avoir entendue rire. C'était encore plus agréable de savoir qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes.
-Jonathan et toi… ça va ? Demanda-t-il finalement.
Nancy baissa les yeux de nouveau, sur ses mains, l'air hésitant.
-Je vois bien que ça te préoccupe, souffla Steve pour l'encourager. Est-ce que c'est à cause de la distance ?
-Non… enfin, oui, peut-être, dit-elle. Je ne sais pas.
-Okay.
Il se tut, un instant.
-Eh bien si tu as envie de te confier… ou de conseils…
-De conseils ? Releva Nancy en levant un sourcil moqueur dans sa direction.
-D'accord, peut-être pas des conseils, concéda-t-il dans un petit rire fatigué. Mais je m'améliore aussi dans ce domaine, tu sais !
Elle sourit, mais n'ajouta rien. Steve soupira doucement, de fatigue, ferma les yeux une seconde. Quelle heure pouvait-il bien être. Il rouvrit les yeux, chercha du regard une horloge dans la pièce. Depuis combien de temps étaient-ils arrivés ? Une heure ? Plus ? Moins ? Il pensait à Eddie, emmené en civière. A son oncle, injoignable. A son sang, sur ses mains. Il les baissa sur ses doigts. Ils étaient toujours rouges, mais secs, craquelant. Il lui avait dit pourtant. Il lui avait dit de ne pas faire le héros. Ils se connaissaient depuis, quoi, cinq jours ? Dustin avait tellement parlé de lui. Steve avait tellement été… oui, jaloux. Il ne s'était pas attendu à ce qu'Eddie soit… si facile à apprécier.
-Et toi, alors ?
Il releva les yeux vers Nancy.
-Moi ?
-Oui tu sais, fit-elle. Avec… Miss Platonique.
Il fronça les sourcils.
-Oh.
Il regarda vers là où Robin était partie, puis de nouveau vers Nancy.
-Non, fit-il. Vraiment, on était sincères en te disant qu'on n'est pas… non, répéta-t-il. Absolument pas.
Nancy haussa un sourcil sceptique.
-C'est vrai, j'ai eu le béguin pour elle, concéda Steve – et Nancy sourit. Un bon, bon gros béguin, même. Mais elle est… on n'est pas… On est très bons amis.
-Alors tu n'as personne ? Insista Nancy. Personne du tout ? Steve Harrington, sans un seul petit rencard ?
-Oh, je vois des filles, répondit-il, peut-être un brin sur la défensive – mais pas vraiment.
-Des ? Releva Nancy, dans un petit rire dubitatif.
-Oui tu sais… je sors, çà et là… Pour être tout à fait honnête, Robin dit que je ne sais pas ce que je cherche, et elle n'a pas tort.
Il cherchait… quelque chose de spécial, sans doute. Une personne avec qui les choses pourraient être… faciles. Avec qui il pourrait être lui-même. Et qui ne soit pas rebuté par le fait qu'il était amis avec une bande de mômes. Quelqu'un de doux, mais avec une vraie personnalité, qui s'en ficherait de ce que les autres pensent. Steve avait encore un peu de mal à ignorer ce qu'on pensait de lui. Eddie s'en fichait complètement, lui. Steve se demandait vraiment comment il faisait. Ils avaient été en terminale la même année, et il avait déjà la réputation d'être bizarre. Il avait redoublé, et il faisait partie de ce club, Hellfire. Dire qu'ils n'avaient pas eu les mêmes cercles sociaux auraient été un sacré euphémisme. Il n'avait même pas su qu'Eddie avait redoublé une deuxième fois. A vrai dire, il avait oublié jusqu'à son existence. Jusqu'à ce que Dustin se mette à parler de lui non-stop.
Mais Dustin avait raison. Eddie c'était… quelque chose. A la seconde où il avait décidé de leur faire confiance, il s'était comme… métamorphosé. Et il était passé d'un psychopathe armé d'un tesson de bouteille au garçon le plus doux que Steve ait jamais rencontré. Et malgré le fait d'être traqué à la fois par la police et par une bande de brutes basketteurs, il avait été… Enfin, il ne savait pas trop. Et puis quand ils s'étaient retrouvés dans le Monde à l'Envers la première fois, il lui avait dit qu'il avait juste sauté pour ne pas être tout seul, qu'il avait suivi les filles, que c'était une réaction de lâche… Steve n'était pas sûr qu'Eddie sache ce que « lâche » voulait dire. D'accord ses choix avaient été réduits, mais un lâche n'acceptait pas de suivre une bande d'inconnus partout pour lui sauver la mise, un lâche ne volait pas un camping-car, ne nageait pas vers un monde parallèle maléfique.
Steve ne put retenir un petit sourire. Eddie avait cette façon de… s'exprimer. De vous mettre à l'aise. Ces grands yeux bruns, et ce sourire, comme s'il n'avait rien à se reprocher. Et d'ailleurs, il n'avait rien à se reprocher. Enfin, mis à part le vol d'un camping-car, et aussi la vente de drogue. Steve ne s'était pas attendu à ce qu'Eddie soit… comme ça. Dustin en avait beaucoup parlé, mais… Il s'imaginait ce… nerd grandeur nature… qui lui avait volé Dustin. Un voleur d'enfant, finalement. Maniaque et égocentrique. Mais Eddie n'était pas un maniaque. Et il n'avait rien d'égocentrique. Il était vif et futé, il avait l'œil pour les gens, et il se laissait adopter comme de rien.
-Et Eddie ?
Steve releva de nouveau les yeux vers Nancy, vivement.
-Hein ?
-Eddie, répéta-t-elle. Vous vous entendez bien, finalement.
-Oh.
Il se rendit compte qu'il s'empourprait, détourna les yeux pour le cacher.
-Oui. Oui…
-Il m'a surpris, un peu, dit Nancy, pensive.
-Qui ça, Eddie ? Demanda Steve – particulièrement inutilement.
-Oui, fit-elle. Je ne l'imaginais pas… comme ça.
Steve se retourna vers elle. Elle faisait la moue.
-Gentil ? Tenta-t-elle.
-Ouais, souffla Steve. Non. Moi non plus. Il est…
Il se sentit s'empourprer un peu plus.
-Hm, c'est quelqu'un de bien.
Il vit Robin revenir du coin de l'œil et fut ridiculement ravi de la revoir.
-Hey Ro-
-Alors paniquez pas, marmonna-t-elle en se plantant devant eux, mais la police est là.
Steve fronça les sourcils, ouvrit la bouche, mais Nancy saisit sa manche et faisant un nerveux signe de tête devant eux et Steve les vit. Deux officiers de police qui arrivaient du même endroit d'où Robin était revenue, et qui s'avançaient vers le bureau des admissions. Ils venaient de l'intérieur de l'hôpital. Pourquoi de l'intérieur ? Robin leur donnait leurs cannettes de coca, droite comme un pique, et Steve les regardait s'arrêter devant l'infirmière d'accueil. Ils demandaient confirmation qu'Eddie Munson avait été récemment admis. Le cœur de Steve s'accéléra. Ses jambes s'emplirent d'adrénaline. Ils demandaient à le voir. Impossible, disait l'infirmière. Ils demandaient qui l'avait amené. Steve échangea un bref regard nerveux avec Nancy puis Robin, mais l'infirmière les pointait déjà du doigt et les officiers s'avançaient vers eux – Steve prit sur lui pour calmer sa respiration.
-Bonjour jeunes filles, jeune homme, salua l'un des hommes.
Robin se retourna lentement, comme un animal pris dans les phares d'une voiture.
-Vous êtes ceux qui avez accompagné Eddie Munson ?
Steve avait la gorge sèche, il ouvrit la bouche pour répondre quelque chose.
-C'est exact, dit Nancy en se levant.
Steve et Robin échangèrent un bref regard surpris. Dieu, elle était incroyable. Comme il était le seul à toujours être assis, Steve se sentit obligé de se lever.
-Vous savez certainement que Monsieur Munson était jusqu'ici vivement recherché par nos services, disait l'officier. Vous comprendrez que nous avons quelques questions à vous poser.
-Bien sûr, répondit Nancy en joignant ses mains devant elle.
Steve se repassa vivement en tête l'histoire du chien qu'elle avait donné aux ambulanciers. Ils commencèrent par leur demander leurs noms, et ils leurs donnèrent. Ils demandèrent s'ils savaient où Eddie se trouvait tout ce temps, ils dirent que non. Ils demandèrent s'ils avaient des liens avec lui avant ça. Ils répondirent que non. Ils demandèrent s'ils avaient des liens avec le club Hellfire. Nancy parla de son frère, qui n'était pas en ville ces jours-ci. Ils demandèrent qu'ils racontent comment ils s'étaient retrouvés à appeler une ambulance pour Eddie Munson. Ils parlèrent de Dustin, de Max, et du chien.
-Max Mayfield, vous dîtes ? Intervint le deuxième officier.
Son ton les mit mal-à-l'aise, ils échangèrent un regard, mais approuvèrent.
-Vous ne saviez donc pas qu'elle n'était pas chez elle ?
Si.
-Elle ne l'était pas ? Fit Nancy.
-Ce Dustin, reprit le premier officier sans répondre, s'agit-il de Dustin Hunderson ?
-Oui, s'entendit répondre Steve. Pourquoi ?
-Saviez-vous qu'il est membre du club Hellfire ?
-Hm, oui, admit Steve. Il en parle parfois. C'est un club de jeu, ou un truc du genre.
Leur façon de prendre de note était désarmante.
-Et à quelle heure cette… attaque de chien a-t-elle eu lieu ?
Nancy redonna la même heure qu'elle avait donné aux ambulanciers. Les deux officiers échangèrent un regard. Steve aurait donné n'importe quoi pour savoir à quoi ils pensaient.
-Très bien, on a tout ce qu'il nous faut pour l'instant, dit le premier officier. Merci.
Ils s'éloignèrent et Steve le vit sortir sa radio, parler dedans en atteignant le couloir. Mais qu'est-ce qu'ils faisaient là.
-Eh, fit Robin au bout d'un moment.
Sa voix était blanche et Steve et Nancy se tournèrent vers elle, nerveusement.
-Comment ils savaient que Max n'était pas chez elle ?
A suivre...
Premier "long" chapitre ! J'ai beaucoup, beaucoup aimé écrire celui-là ! (Je veux dire, j'ai aimé tous les écrire... mais...)
Alors, vos avis ? :3
Retour à quelque chose de plus court demain, avec le Chapitre 4 : Menteurs menteurs :)
Ciao ciao ~
Chip.
