Rating : K+
Genre : General.
Disclaimer : L'univers et les personnages de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda.
Résumé : Les soldats du G-5 ont bien des défauts. Ils sont cruels, barbares, incontrôlables. Mais ils sont également frères et sœurs d'armes. (Tashigi, G-5)
.
Note : Ce texte a été écrit dans le cadre du jeu La Pièce de Huit sur Le Forum de Tous les Périls. Le but est d'écrire en deux semaines un texte sur un thème commun à tous les participants, à savoir "A la lumière des bougies". N'hésitez pas à me contacter en PM pour plus de détails ou à nous rejoindre sur le forum !
Une bougie dans la tempête
– Mais enfin, éteignez ça ! s'agaça Tashigi.
Elle se baissa près de la bougie posée à même le plancher, enveloppa la flamme de sa main gantée et souffla dessus sans se soucier des complaintes de ses hommes. La colonel se redressa en adressant un regard furieux à Heishi, Kouha et Rokud. Les trois soldats se tenaient face à elle, grimace aux lèvres et les bras encombrés de bougies de cire.
– Nous sommes à bord d'un navire, leur rappela-t-elle d'un ton sévère. Allumer des bougies directement sur le sol et le pont, c'est de l'inconscience ! Imaginez que quelqu'un les renverse par inadvertance et déclenche un incendie. Voulez-vous mourir en mer parce que l'un de vous aura mis le feu au bateau ?
– N-non, colonel-chan ! bafouillèrent les trois marines du G-5 d'un air coupable.
– C'est juste parce que... commença Heishi en se grattant nerveusement le crâne.
– Je me fiche de vos raisons, s'exaspéra Tashigi. Si vous tenez tant à allumer des bougies, faites-le sur un support : un bougeoir, un socle de lanterne, ou que-sais-je encore !
Ils se ratatinèrent sous son regard, comme des enfants pris en faute. Une part de la jeune femme fut touchée par l'innocence piteuse qui effleurait à la surface des mauvaises manières des soldats de leur nouvelle unité. Mais son agacement était ce soir trop prononcé pour ne pas souffler net cet élan de considération.
Les hommes du G-5 étaient des sauvages incontrôlables. S'ils n'étaient pas aussi cruels que le prétendaient les rumeurs, ils se complaisaient allègrement de leur sinistre réputation et n'en faisaient qu'à leur tête. Ils n'écoutaient pas les ordres, se ruaient tête baissée dans la bagarre ou prenaient leurs jambes à leur cou dès qu'un danger trop périlleux se présentait à eux. Ils étaient rustres, bruyants, ne respectaient rien et riaient à gorge déployée des malheurs des autres. Seule l'autorité du vice-amiral Smoker les retenaient dans un semblant d'ordre. Tashigi avait bien conscience de n'être respectée de ces hommes que grâce à l'aura de son supérieur direct. Elle tirait une grande frustration de ne pas être considérée pour sa seule valeur, encore une fois.
Furieuse, elle se détourna et traversa d'un pas vif le pont supérieur pour rejoindre la proue du navire. Ce qui ne l'empêcha pas d'entendre les commentaires des trois soldats, dans son dos.
– Maaah, colonel-chan est effrayante quand elle est en colère...
– Oui, mais elle est tellement belle !
– J'aimerais bien l'avoir dans mon lit...
– Mais ça va pas ! Un rustre comme toi peut pas poser les mains sur elle...
Tashigi accéléra le pas, peu désireuse d'en entendre davantage. Elle comprenait bien sûr l'intérêt stratégique de cette unité postée à l'entrée du Nouveau Monde, le meilleur poste pour prendre dans leurs filets les pirates de Paradis, et en particulier les Mugiwaras – qui ne manqueraient pas de faire un retour fracassant, elle n'en doutait pas un seul instant. Elle avait également conscience des progrès qu'elle devait à cette base pleine de dangers. Leurs récentes promotions, à Smoker et à elle-même, en étaient la preuve la plus flagrante. Toutefois elle ne supportait plus la sauvagerie et l'inconscience de ces hommes.
Elle parvenait encore à gérer leur violence hyperactive, mais était épuisée de surveiller les bêtises qu'ils enchaînaient comme des enfants inconscients des réalités de ce monde.
– Tu devrais les laisser faire, intervint soudain la voix de Smoker dans son dos.
Tashigi sursauta, plus surprise de sa remarque que de son arrivée silencieuse.
– Mais enfin, c'est dangereux ! s'exclama-t-elle.
– Le risque d'accident est minime, surtout avec un temps aussi humide, affirma le vice-amiral en tirant sur ses deux cigares. Et ils le feront quoi qu'on leur dise. Alors autant les laisser agir en plein air, sur le pont, plutôt qu'en secret dans les cales du navire.
Effectivement, Tashigi aperçut du coin de l'œil Heishi et les autres avancer discrètement le long du bastingage bâbord, s'arrêtant de temps à autres pour déposer une bougie au sol et l'allumer. Une part d'elle s'agaça du mépris manifeste de l'ordre qu'elle venait de leur donner, mais les paroles de son supérieur la retinrent d'aller leur hurler une nouvelle fois dessus.
– Pourquoi font-ils ça, Vice-Amiral ? demanda-t-elle à la place.
– N'utilise pas ce grade avec moi, je te l'ai déjà dit ! grogna son camarade.
Elle ne prit même pas la peine de réagir à cette remarque devenue coutumière entre eux. Smoker ne portait qu'un intérêt modéré aux titres et aux statuts, ce n'était à ses yeux qu'un moyen d'obtenir plus de libertés d'action au sein de la Marine. Il se fichait bien de la gloire et de la reconnaissance, mais Tashigi était trop imprégnée du protocole militaire pour s'en défaire, même en compagnie de son mentor et ami.
– C'est une prière, révéla finalement Smoker.
La jeune femme haussa les sourcils de surprise.
– Une vieille légende de marin, expliqua-t-il dans un nuage de fumée. Que si tu allumes une bougie dans la tempête, tu appelles le soleil à revenir et à protéger tes camarades.
– Le ciel est gris, mais nous sommes loin d'une tempête, nota Tashigi en levant les yeux.
– La coutume a pris un sens plus généraliste, avec le temps. Ils allument des bougies pour un oui ou pour un non, maintenant.
Comme elle ne comprenait toujours pas, Smoker soupira :
– T'as été malade la semaine dernière.
Tashigi ouvrit la bouche, puis la referma sans rien dire. Ce geste, aussi absurde et dangereux soit-il, lui était destiné ? Ces hommes, contre lesquels elle passait son temps à crier, se souciaient d'elle au point de prier pour sa santé ?
Son cœur se serra et elle regretta tout à coup de s'être emportée contre eux.
Les soldats du G-5 avaient bien des défauts, mais ils étaient ses camarades, son unité. Elle n'était pas seulement responsable d'eux, ils étaient tous frères d'armes à bord de ce bateau. Elle regrettait d'avoir laissé de petites contrariétés lui faire oublier cette règle de marin, la première et la plus importante de toutes.
Aussi, lorsqu'en rejoignant la cabine principale, elle croisa Heishi, Kouha et Rokud en train de disposer des bougies sur le pont, Tashigi leur adressa un mince sourire, leur conseillant de ne pas les mettre dans le passage, avant de continuer sa route, laissant les trois hommes stupéfaits – et transis d'amour – derrière elle.
