Disclaimer : L'univers et les personnages de Stranger Things ne m'appartiennent pas.
Relations : Steve Harrington / Eddie Munson, Mike Wheeler / Will Byers (et Lucas Sinclair / Max Mayfield, si on est tatillon)
Rated : T pour l'univers du canon
Rappel : Cette fic compte 10 chapitres, et est mise à jour tous les jours jusqu'au bout ! Nombre de mots de ce chapitre : 4 444 ! Nice ! :DD
Enjoy !
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- Chapitre 9 : La Vie Normale -
Steve et Eddie
(30 mars)
Eddie tournait le dos à la porte quand elle s'ouvrit doucement. A demi-assis contre son lit d'hôpital, il cherchait l'endroit de son tee-shirt. Il n'avait que le souvenir de quelques égratignures sur son dos, rien de plus que quelques bleus. Ses blessures, elles, étaient sur son torse, sur son ventre. Comme ça, de dos, il avait l'air d'un jeune homme en pleine santé. Il passa ses bras dans les manches de son tee-shirt, fit une brève pause. Il pencha la tête avec précaution pour enfiler le reste. Ça devait toujours tirer un peu, à hauteur de cicatrices. Steve attendit qu'il ait refait surface pour frapper deux petits coups contre le battant.
Eddie se retourna en se redressant, ses mains finissant de tirer son tee-shirt sur son ventre. Il avait l'air surpris, mais dans le bon sens, si on pouvait en croire son sourire.
-Harrington !
Steve se sentit sourire.
-Ça fait plaisir de te voir debout, dit-il.
Et dans autre chose que cette chemise d'hôpital. Son oncle avait dû lui apporter des affaires propres, il portait un jean et un tee-shirt noir avec un dessin blanc sur le devant, probablement une référence métal qui échappait à Steve. Ses cheveux étaient un peu humides, il avait dû avoir le droit de prendre une douche. Il lui souriait toujours et Steve se sentit… bêtement léger. Il avait l'air d'aller vraiment mieux.
-Je t'avais dit que c'était pas la peine de venir me chercher.
-Et je t'avais dit que je te reconduirais chez ton oncle, rappela-t-il.
Il avait voulu être un brin moqueur, mais c'était sorti plus doux qu'il aurait cru – il eut soudain peur que ça paraisse déplacé à Eddie d'une manière ou d'une autre, mais il lui sourit de nouveau, l'air reconnaissant. Il faisait le tour du lit, allait s'asseoir sur la petite chaise contre le mur de droite, là où l'attendaient ses chaussures. Steve le regarda s'y asseoir, se pencher pour les mettre. Il prenait son temps, respirait profondément.
-Ça ne te tire pas trop ?
Il releva les yeux vers lui, brièvement.
-Non, ça va.
Steve n'insista pas. Il savait qu'il avait encore des fils, Eddie lui avait dit qu'il devrait revenir bientôt pour ça. Tous les endroits où il avait été mordu n'avaient pas eu besoin de sutures, mais il avait maintenant quand même deux belles cicatrices en plus des autres marques, une à son flanc droit, et l'autre sur son côté gauche, juste en-dessous de son cœur. Il ne les avait pas vues, mais Eddie les avait tracées pour lui, par-dessus sa chemise. Ces chauves-souris l'avaient plus abîmé que Steve avant lui. Heureusement qu'ils étaient arrivés à temps à l'hôpital.
-Et puis maintenant, on est assortis, fit Eddie avec un clin d'œil en se levant.
Le coin des lèvres de Steve se releva brièvement, mais ce n'était pas vraiment un sourire. Sa blessure au flanc n'avait pas eu besoin d'un hôpital. Peut-être que sa cicatrice serait moins nette au bout du compte, mais il n'était pas passé si près de la mort qu'il avait dû être hospitalisé deux jours complets. Il regarda autour de lui à la recherche d'un sac à prendre, ou quelque chose, mais il n'y avait rien.
-Tu n'as pas d'affaires à récupérer ?
-Non, mon oncle est passé hier soir après ton départ pour m'apporter des fringues, il est reparti avec mes trucs sales.
Disant ça, il allait vers la porte de la petite salle de bain. Steve en avait déjà vu l'intérieur, pour avoir utilisé les toilettes une fois ou deux. Il y avait un WC, un jet de douche sans parois, et un petit lavabo sans miroir. Eddie fit deux pas à l'intérieur, ressorti avec une brosse à dent et un tube de dentifrice qu'il glissa dans la poche de son jean.
-Et voilà, paré.
Il ponctua d'un petit sourire auquel Steve ne put pas s'empêcher de répondre, avant de se détourner.
-Fichons le camp d'ici alors, dit-il.
-Amen !
Steve laissa échapper un petit rire en sortant dans le couloir. C'était un mot bien incongru dans la bouche d'Eddie. Ils ne mirent que quelques minutes à quitter le bâtiment et rejoindre le parking, le médecin qui avait opéré Eddie l'avait déjà vu pour sa sortie, et ils n'eurent qu'à passer les portes. Steve n'était pas garé très loin, il avait trouvé une place proche de l'entrée sur le parking des visiteurs. Sans doute parce qu'on était dimanche, il n'y avait pas beaucoup de famille en déplacement à l'hôpital. Ce qui était étonnant, d'ailleurs. Steve aurait pensé que plus de monde se serait déplacé un dimanche, au contraire. La veille, le parking avait été bien plus occupé que ça. L'avant-veille aussi. Steve fit le tour de sa voiture et avant d'y repenser à deux fois ouvrit la portière côté passager pour Eddie.
-Votre carrosse, s'entendit-il dire.
Il regretta et le geste et les paroles à la seconde où ça revint à ses oreilles, mais il n'eut pas le temps d'avoir l'air embarrassé qu'Eddie eut un petit rire en passant devant lui.
-Je savais que t'étais un gentleman, Harrington.
Il s'engouffra dans sa voiture et Steve referma la portière, levant les yeux au ciel – clairement pas en train de rougir. Ou bien si c'était le cas, c'était de son incroyable bêtise.
-Alors, fit-il en prenant place derrière le volant, où est-ce que je t'emmène ?
Steve savait que le « gouvernement » avait relogé Wayne, très certainement après qu'ils avaient constaté le portail dans la caravane. Il n'en savait pas beaucoup plus, ils n'en avaient pas exactement parlé. Il savait seulement que l'oncle d'Eddie n'avait pas quitté Hawkins. Pour le travail. Et puis, pour son neveu.
-Le motel sur Fair Street, tu connais ?
-Ouais, je situe.
Ce n'était pas très loin d'ici. Il démarra sa voiture, enclencha la marche arrière, fit une superbe sortie de stationnement. Il jeta un œil à son passager en traversant le parking. Eddie avait un genou plié, le pied contre le tableau de bord, les mains devant lui, manipulant distraitement ses bagues. Il était peut-être anxieux de quitter l'hôpital. Ces endroits n'étaient jamais funs, mais on ne pouvait pas dire que le reste de la ville était très avenante pour Eddie. Pour la justice il était innocent, bien sûr. Pour les gens… Steve ralentit devant un feu rouge. Enfin, il se trompait peut-être. Steve n'était pas le plus fin des psychologues, et Eddie pouvait être en train de penser à mille autres choses. Le feu passa au vert.
-Vous allez y rester longtemps ?
Il jeta un coup d'œil à Eddie de nouveau, juste un instant, avant de reposer ses yeux sur la route. Il regardait ses mains. Il mettait quelques secondes de trop à répondre, et Steve s'en voulut d'avoir demandé. Ça devait déjà le préoccuper assez. Il aurait pu parler de mille autres choses, lui changer les idées… et pourtant, il voulait savoir. Il voulait savoir où Eddie allait passer ces prochaines semaines, s'il allait pouvoir retrouver bientôt un semblant de normalité. Si les choses allaient s'arranger, pour lui.
-Je ne sais pas trop. On ne peut pas exactement retourner vivre dans la caravane avec ce truc au plafond. Et puis même si on pouvait… je ne suis pas sûr que je pourrais y retourner, si tu vois ce que je veux dire.
Steve fit de son mieux pour garder les yeux sur la route. Oui, il voyait très bien. Il repensa à l'immense faille dans le plafond. Le matelas sur le sol, la corde de linge suspendue au milieu de la pièce. Ce qu'il avait fallu faire pour ramener Eddie de ce côté. Il détourna nerveusement les yeux vers son rétroviseur extérieur, brièvement. Ce n'était pas exactement un souvenir qu'il chérissait. Et puis d'autres choses lui vinrent à l'esprit. Eddie et sa guitare. Eddie et sa bande de nerds. Sa guitare était perdue mais il y avait peut-être des choses chez lui qu'il aurait aimé avoir. Des trucs de nerd. Ou même des cassettes. Il enclencha son clignotant.
-Tu voudras que j'y passe faire un tour ? Te ramener des affaires ?
Dans le tournant, il remarqua qu'Eddie levait les yeux vers lui. Il lui rendit brièvement son regard, attendant sa réponse. Il ne s'attendait pas à cette douceur dans son regard et ressentit un instant une vive sensation de chaleur dans le fond du ventre – il se détourna vers la route.
-T'es adorable, Harrington, fit Eddie finalement – un brin moqueur, quoique pas tant qu'il aurait pu. Mais je pense que ça ira, et puis je vais d'abord voir ce que mon oncle m'a ramené au motel.
-Okay, eh bien… fit Steve, regardant strictement la route. Si jamais tu changes d'avis, dis-moi, d'accord ?
Eddie ne répondit pas tout de suite, mais il n'en avait pas besoin. Steve profita du silence, un instant. C'était agréable, après ces derniers jours. Ces dernières semaines, même.
-Enfin, il y aurait peut-être… certaines substances… illicites, si tu vois ce que je veux dire, fit Eddie au bout d'un moment. Si le gouvernement n'a pas mis la main dessus, ajouta-t-il avec un rictus dans sa direction.
Steve ne put retenir un petit hoquet amusé.
-Tu me diras où tu ranges ton matos, fit-il, j'irai jeter un œil.
Ils n'étaient plus très loin du motel, il jeta un œil dans son rétro en ralentissant à un nouveau feu. Si sa mémoire était bonne il y avait quelques rues en sens unique dans ce quartier – il tenta de se faire un petit plan mental des routes qu'il pouvait prendre. Il passait souvent par là pour aller chez les Wheeler, mais il entrait rarement véritablement dans ce quartier. Le feu passa au vert, et il repassa la première.
-Steve, je voulais te dire… merci.
Steve se tourna brièvement vers Eddie, surpris, avant de retourner ses yeux sur la route. Ce n'était vraiment pas grand-chose, il avait une voiture et Hawkins n'était pas si grand, aller de chez lui au terrain des caravanes ne lui poserait absolument aucun souci. Il s'apprêtait à lui dire.
-C'était moins déprimant ces deux derniers jours à l'hôpital avec toi.
Oh. Steve se sentit légèrement rougir, bêtement, et ferma la bouche. Du coin de l'œil, il voyait qu'Eddie regardait toujours ses mains, jouait toujours avec ses bagues.
-Et, tu sais, ajoutait-il, c'est cool de ta part d'avoir veillé sur Dustin pendant mon absence.
-Eh, répondit Steve en osant un nouveau regard vers lui, faussement indigné. Comment tu crois qu'il faisait avant de te connaître ?
Il fut ravi qu'Eddie ait un petit rire. D'ailleurs ils savaient bien tous les deux que Steve n'avait pas été beaucoup avec Dustin ces derniers jours, étant donné qu'il avait passé quasiment tout son temps à l'hôpital avec lui – il avait même demandé à faire les matins chez Family Vidéo pour avoir plus de temps ininterrompu en visites vendredi et samedi. Eddie releva les yeux vers lui et Steve se sentit terrassé par la douceur de son regard – la route, devait-il se rappeler, regarde la route.
-Mais, sérieusement, disait Eddie. Depuis le jour où on s'est rencontré t'as toujours été… là pour moi. Et en plus de ça, je te dois la vie, alors… merci.
Il le regardait par intermittence, comme s'il était gêné par sa confession, et même si Steve ne pouvait pas le regarder plus d'une seconde et demie sans risquer un accident de la route, ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il ne savait pas quoi dire, non plus. Il avait la sensation que s'il ouvrait la bouche, il allait se ridiculiser.
-Tu sais, t'es… Enfin, je sais que je te l'ai déjà dit, mais t'es vraiment différent que ce que je pensais.
Eddie se retournait finalement vers lui, son assurance soudain comme toute retrouvée, et Steve se détourna brièvement, dans un petit hoquet moqueur qu'il n'arriva pas à retenir.
-Je suis sérieux !
Eddie se tournait dans son siège, remontant un peu plus son pied sur le tableau de bord, appuyant son bras contre sa jambe pliée, comme dans son salon. Son sourire était éblouissant. Et communicatif.
-Steve Harrington, le roi de la promo ! On n'a jamais été dans les mêmes cours, mais t'avais une sacrée réputation. Quand Dustin a parlé de toi la première fois… ouais j'étais… plutôt surpris d'apprendre que vous étiez potes.
Steve fronça les sourcils, ouvrit la bouche, prêt à se défendre – mais il la referma aussitôt, un air vaguement consterné sur le visage alors qu'il se rappelait que oui, en fait, Dustin et lui étaient amis.
-Et quand vous vous êtes pointés dans le hangar de Rick… et après, quand vous m'avez aidé à me planquer…
Eddie baissait brièvement les yeux de nouveau. Il avait l'air songeur. Non, il avait l'air… Steve n'était pas sûr.
-Ouais. Je sais pas. Tu m'as… surpris, je pense.
-Je vais pas te mentir, soupira Steve. Mon année de terminale a été…
Il détourna brièvement les yeux vers son rétroviseur extérieur de nouveau, nerveusement, à la chercher des bons mots.
-J'ai pas mal changé, depuis, dit-il finalement.
Il repensa à Barb. A la nuit de sa disparition. A la première fois qu'il avait été confronté à la réalité du Monde à l'Envers, chez les Byers. Retournant les yeux, rencontrant ceux d'Eddie posés sur lui, il se rendit compte de la lourdeur de ses mots.
-Enfin, c'est ce qu'on m'a dit ! ajouta-t-il en se retournant vers la route.
Du coin de l'œil il vit Eddie sourire, amusé, et ça allégea quelque chose en lui. Ils arrivaient sur Fair Street et il ralentit un peu, se pencha légèrement sur son volant pour repérer le panneau du motel. Il ne mit qu'un instant à le repérer, juste là-bas sur la gauche – il mit son clignotant, s'inséra sur la bande du milieu, laissa passer une, deux voitures, et traversa pour entrer sur le parking. Il trouva une place à quelques mètres de la réception, se gara, coupa le contact. La façade avait l'air très correcte, les voitures garées là aussi. Au moins, ce n'était pas un trou à rats. Ça avait même l'air plutôt chouette.
Steve se tourna vers Eddie.
-Tu te souviens quand tu m'as dit que t'étais jaloux ? Quand Dustin parlait de moi ?
Eddie haussa les sourcils, visiblement curieux de savoir où il voulait en venir. Steve remarqua qu'il n'avait pas enlevé sa ceinture, ni fait de geste pour sortir de sa voiture. Lui non plus, ceci dit.
-Pour être tout à fait honnête, j'étais assez jaloux moi aussi, dit-il.
Eddie fronça les sourcils, dans un petit rictus circonspect qui arracha un petit rire à Steve.
-Je veux dire, depuis que Dustin est en troisième… mec, il parle de toi non-stop ! Et Eddie a dit ça, et Eddie a fait ça, et Eddie est trop génial…
-Vraiment ? S'amusa Eddie.
-Je te jure ! C'était vraiment insupportable !
Ça fit rire Eddie, et le son résonna dans l'estomac de Steve dans une douce sensation de chaleur. Il se sentit sourire.
-Mais… je comprends, maintenant, dit-il.
Eddie pencha légèrement la tête sur le côté, peut-être un brin surpris, peut-être un brin curieux, mais il souriait toujours et Steve se surprit un instant à regarder ses lèvres – mais un instant seulement.
-Je crois bien que t'es une des personnes les plus gentilles que je connaisse, dit-il. Même alors que la plupart de ceux qui te connaissent pas sont des vrais cons avec toi.
Eddie détourna les yeux vers ses mains de nouveau, le petit sourire à ses lèvres se changeant en quelque chose de plus… défaitiste. Et Steve savait pourquoi mais franchement il ne fallait pas qu'il laisse les connards de cette ville l'abattre.
-Tu sais mettre les gens à l'aise, tu prends soin des autres.
Il avait pris Dustin, Mike et Lucas sous son aile dès la rentrée du lycée, repérant leurs frêles silhouettes de nerds dans la foule et depuis Dustin ne pouvait pas la fermer à son propos. D'après ce que Steve en savait il n'était agressif qu'avec les cons du lycée, et sa façon d'être si décomplexé, d'être à ce point lui-même, même bruyamment, c'était assez pour que les autres se sente en sécurité pour l'être, aussi. Enfin, ceux qui comptaient. Ceux qui en avaient besoin.
-On se connaissait depuis quelques heures et t'essayais déjà d'aider ma vie sentimentale ! ajouta-t-il en écartant les bras, comme si ça voulait tout dire.
Eddie eut un petit rire, le regard toujours bas mais l'air déjà plus à l'aise. C'était peut-être idiot, mais ça faisait longtemps que personne n'avait dit du bien de lui, comme ça. A voix haute, en tout cas. Et en sa présence.
-Je veux dire, continuait Steve, tu n'y étais pas exactement mais on peut dire que l'intention était particulièrement louable.
Eddie releva les yeux vers lui, surpris, une bête sensation de… quelque chose, dans la poitrine.
-Ah non ? dit-il – un peu trop rapidement peut-être. Nancy et toi… ?
-Oh, non ! répondait Harrington en défaisant sa ceinture.
Il se tournait franchement vers lui, un coude sur son volant.
-Je veux dire, j'ai toujours beaucoup de tendresse pour elle, et crois-moi quand je te dis que ça me fait vraiment plaisir de savoir qu'elle en a assez pour moi pour plonger sans réfléchir dans un lac maudit pour sauver ma peau, mais on n'est plus… on ne ressent plus ces choses-là.
Il lui sourit et Eddie ne sut pas quoi répondre, un instant. C'était la première fois qu'il entendait un mec admettre à voix haute qu'il ressentait… de la tendresse pour quelqu'un. Et platoniquement, en plus. Il sentit une chaleur familière, dans le fond de son ventre.
-Ce que je veux dire, Eddie, c'est…
Steve baissa les yeux, juste un instant, et quand il les releva il avait le regard le plus tendre qu'Eddie avait vu de sa vie.
-Je vois pourquoi Dustin t'aime à ce point. T'es vraiment quelqu'un de bien.
Eddie aurait voulu détourner les yeux, mais il n'y arriva pas. Il ne savait pas quoi répondre, chercha quelque chose à dire. Il n'était pas habitué à ce genre de… compliments.
-Et puis, s'entendit-il dire, j'ai une dégaine incroyable.
Steve eut un petit sourire amusé, regarda brièvement son tee-shirt, son jean – Eddie eut l'impression de reprendre le contrôle, et ça le détendit.
-Enfin, ajouta-t-il, je n'ai pas les cheveux de Steve Harrington, mais…
Steve qui se détourna vers son parebrise dans un petit rire – gêné ? Il passa une main dans ses cheveux, peut-être nerveusement, et Eddie le regarda faire. Et puis il défit sa ceinture à son tour, soupirant, définitivement satisfait d'être sorti de l'hôpital. Ses nouvelles cicatrices le tiraillaient un peu, mais seulement quand il bougeait. Il s'était attendu à pire, vraiment. Et puis, il était rassuré de ne pas avoir à retourner à la caravane. Il jeta un œil à travers le parebrise, puis à travers la fenêtre, pour voir la façade du motel. Wayne lui avait dit qu'ils étaient logés dans une chambre double, qu'elle était très convenable. Tout était payé au frais du gouvernement, jusqu'à une bonne partie de leur budget nourriture, comme ils n'avaient pas d'accès à une cuisine. Ils auraient pu se faire loger à l'hôtel, mais il n'y en avait pas à Hawkins et Wayne n'avait pas voulu quitter la ville. Eddie n'était pas sûr de savoir ce qu'il en pensait.
Il réalisa qu'il était toujours dans la voiture de Steve, et qu'il n'avait pas exactement envie d'en sortir. Son oncle devait dormir, à cette heure. Il ne se réveillerait que vers huit heures, pour aller bosser à l'usine à dix. Il n'avait pas dû beaucoup dormir ces deux derniers jours, Eddie savait qu'il se couchait généralement vers midi mais il était venu le voir en début d'après-midi à l'hôpital vendredi, et samedi. Il était aussi revenu samedi soir, juste avant la fin des visites, il était presque dix-neuf heures. Il se sentait un peu… coupable, de vouloir qu'il soit réveillé quand il entrerait. Il ne lui en voulait pas de ne pas être levé, bien sûr, c'est juste… il n'était pas sûr de vouloir se retrouver seul.
Mais Steve ne bougeait pas non plus. Ne faisait pas le geste de sortir pour l'accompagner, ni ne lui disait de sortir. Eddie jeta un regard dans sa direction, et fut surpris que leurs yeux se croisent.
-Ça va, Eddie ?
Ce n'était pas étouffé d'inquiétude, mais c'était doux, et Eddie en fut reconnaissant. Il tenta un petit sourire, qui ne fut peut-être pas si convaincant.
-C'est un peu bizarre de juste… reprendre ma vie, j'imagine, admit-il.
Toute la semaine il avait été traqué par la moitié de la ville qui le prenait peut-être toujours pour un meurtrier psychopathe, il avait littéralement visité l'Enfer, et la semaine suivante après les vacances il faudrait retourner au lycée ? Pas besoin d'être défoncé pour trouver ça démentiel.
-Si seulement je pouvais juste…
Il plissa les yeux, ses mains devant lui, comme si se concentrer assez suffirait à faire des miracles.
-Quitter ce lycée pourri !
Steve eut un petit rire, dans lequel Eddie reconnut une part de compassion.
-On dit que la troisième, c'est la bonne.
-Oh la ferme Harrington ! rit-il en le poussant dans l'épaule.
Ses cicatrices le tiraillèrent un instant, mais pas assez pour faire redescendre la légèreté qui le prenait au ventre – surtout que Steve riait aussi. Eddie se retourna vers sa fenêtre, regarda en direction que l'entrée du motel. Le silence revenait, doucement. Il allait bien falloir finir par y aller.
-T'es confiant pour ton examen ?
Eddie grimaça. On serait déjà en avril dans deux jours, et la fin du mois de mai arriverait bien plus vite que ça en avait l'air. Il le savait bien, c'était déjà sa troisième fois après tout.
-Je dois t'avouer qu'avec ces derniers jours, j'ai du mal à me dire qu'il faut que je me remette dans mes cours…
-Je pourrais t'aider, si tu veux.
Eddie se retourna vers lui, surpris. Il avait l'air… sincère. La seconde suivante, même, il avait l'air… embarrassé. Mais Eddie l'avait peut-être imaginé.
-Je veux dire, tu sais, ajoutait-il. Je pourrais passer au motel, t'aider à réviser.
-Harrington, répondit Eddie d'un air moqueur, si j'ai mon diplôme cette année grâce à toi, je t'invite au cinéma.
Il regretta ses paroles à la seconde où elles franchirent ses lèvres, mais Steve n'eut pas l'air de mal le prendre – même, ça le fit rire.
-T'es conscient que je bosse chez le loueur de vidéos, pas vrai ? répondit-il. Je veux dire, je peux nous avoir des films gratuits à peu près quand on veut.
Eddie haussa les sourcils.
-Est-ce que l'expert en films vient d'insinuer qu'une vidéo sur petit écran vaut une projection au cinéma ?
-Houlà, fit Steve en levant des mains défensives devant lui – mais sans cesser de sourire. Je n'irais pas jusqu'à dire que je suis un expert, je bosse là-bas, c'est tout !
-Alors c'était juste une manière subtile de refuser mon offre, glissa Eddie sans pouvoir s'en empêcher.
Steve releva vers lui un sourcil moqueur.
-Je vais finir par croire que tu as envie d'être rejeté, dit-il.
-Oh donc notre rencard post-diplôme tient quand même ? tenta Eddie, malicieux.
Steve n'était pas intéressé, bien sûr, mais ça ne faisait pas de mal de flirter un peu. Pourtant le silence qui suivit parut durer une poignée de secondes de trop et Eddie crut qu'il avait poussé trop loin. Mais Steve ne détournait pas les yeux, l'expression comme en suspens, comme s'il décidait encore ce qu'il allait dire ensuite. Ça ne dura qu'un instant.
-D'accord.
Le courage qu'il avait fallu à Steve pour prononcer ce mot était absolument ridicule. Surtout qu'Eddie n'était pas sérieux sérieux, il était juste… Eddie. C'était comme ça qu'il était, avec tout le monde. Et pourtant il y avait ce doute dans le fond de son crâne qui le faisait très légèrement rougir.
-Et- et en attendant que t'aies ton diplôme, il nous reste toujours Family Video, dit-il.
Eddie ne répondit pas. Steve avait tout le mal du monde à ne pas détourner les yeux, et il avait le début d'une boule dans la gorge. Mais si Eddie le regardait sans rien dire, c'était qu'il avait du mal à croire ce qu'il était en train d'entendre. Steve Harrington ne pouvait pas être en train de lui proposer un rencard. Un vrai rencard.
-Demain ? disait-il pourtant. Je viens après le taf, révisions et film ?
Il n'arrivait pas à y croire.
-Okay.
-Ouais ?
Steve avait l'air tendu, et Eddie se sentit sourire, bêtement. Il n'y avait aucune raison d'être tendu, si ce n'était qu'un film, avec un pote.
-Ouais, répéta-t-il.
-Cool.
Le sourire de Steve ne fit qu'amplifier sa sensation de légèreté. C'était un rencard. C'en était forcément un. Il se détourna, mit sa main sur la poignée de la portière, mais hésita à sortir. Il pourrait demander. Comme ça, il serait sûr. Un doute sournois se glissait sous son crâne. Est-ce que Steve serait capable de proposer une soirée film à un ami ? Oui, bien sûr. Et à quelqu'un qu'il connaissait depuis, quoi, une semaine ? Est-ce que ça, il le ferait ? Il devrait demander, pour être sûr. Mais s'il demandait et que c'était non, ça mettrait un sacré malaise. Tant pis, il verrait bien le lendemain – il ouvrit la portière, s'apprêta à sortir.
-Eddie.
Il se retourna vers lui, coupé dans son élan.
-C'en est un, non ?
L'expression de Steve était indéchiffrable et Eddie se figea. Son cœur battait ridiculement vite.
-Un rencard, je veux dire ?
Quelque chose explosa dans la poitrine d'Eddie. Un bon mix d'enthousiasme et d'adrénaline.
-Ouais, répondit-il en tentant d'avoir l'air dégagé. Je veux dire… ouais ?
-Okay, sourit Steve, soudain bien plus détendu. Cool.
Eddie sentait que son sourire était celui d'un idiot, mais il ne pouvait pas faire autrement.
-Steve Harrington… souffla-t-il. T'es plein de surprises.
Il vit avec délectation Steve en rougir, juste un peu. C'était une vision incroyable. Sans pour autant se départir de son sourire, Eddie sortit enfin de la voiture, vérifia d'un geste qu'il avait toujours brosse à dents et dentifrice dans la poche. Et puis, au moment de refermer la portière, il sentit une vague d'adrénaline le saisir au corps – il retourna vivement sur le siège passager et, l'instant suivant, il embrassait Steve sur les lèvres. Ça ne dura qu'un instant et il fut aussitôt ressorti, claquant la portière derrière lui. Eddie disparut à l'entrée du motel, et Steve resta seul dans sa voiture, rouge et souriant comme un idiot.
Mais un idiot avec un rencard. Un rencard avec le type le plus incroyable de Hawkins.
A suivre...
J'ai tellement aimé écrire ce chapitre ! \ o /
J'espère qu'il vous a plu ? :D
Demain, le (tout dernier) Chapitre 10 : Les amis ne mentent jamais :) (Et il n'y a plus que UNE chose qu'on n'a pas encore vue... donnc... ;) )
Ciao ciao ~
Chip.
