Bonjour à tous ! Voici le chapitre 8 de mon histoire. Je suis désolée d'avoir pris autant de temps pour l'écrire mais comme la fin de mon année approche, je dois absolument me concentrer un max sur mes études. (Et pour tout vous dire, dès que je trouvais un moment tranquille je n'avais pas vraiment la motivation d'écrire …)
C'est un chapitre que j'ai eu du mal à écrire parce que je ne le trouve pas personnellement palpitant et que j'ai tenté (tant bien que mal) de le rendre un peu moins mou … Dîtes moi ce que vous en avez pensé !
Bref, voici la suite !
Disclaimers : En dehors des personnages inventés, rien ne m'appartient. Tout est à Tolkien !
Italique : Elfique/passé
Normal : Westron/présent
CHAPITRE 8
Elwen termina son service très tard dans la nuit. L'aubergiste était parti depuis longtemps se coucher et l'avait chargée de faire la fermeture. L'elfe monta lentement les escaliers jusqu'à sa petite chambre sous les toits. Il était 3 heure et toute l'auberge dormait.
Elwen trouva la porte de sa chambre entrouverte. Elle dû se baisser pour entrer dans la minuscule mansarde où seul un matelas de paille et un tabouret occupaient l'espace. Elladan avait dû lui monter des couvertures car aucune autre n'était visible. Elwen soupira avant de s'asseoir sur son lit et de retirer cette robe.
Elle était fatiguée et tous ses muscles semblaient tirer sa peau. Elle aurait pu fondre en larmes si son contrôle et son emprise sur elle même n'étaient pas aussi fortes. Elle savait que le sommeil ne lui apporterait aucun réconfort, elle était pourtant si fatiguée …
Elle était allongée sur son lit, entre deux couvertures. Le vent soufflait fort et les parois du toit étaient si fines que le sifflements qui résonnaient dans la pièce était presque constant. Malgré cela, Elwen ne mit pas longtemps à s'endormir.
Elwen retomba brusquement dans le corps d'une jeune elfe de seize ans qu'elle pensait perdue à jamais. Elle avait laissé cette jeune elfe encore si pure près d'une énième tombe. Une perte qui l'avait brisée, déchirant son coeur et son âme en mille morceaux.
Elwen était arrivée il y a des mois, meurtrie et transie de froid, mais personne n'avait pris garde à cette petite mendiante aux pieds nus, à la peau blanche et à la chevelure de sang. Tous passaient sans un regard pour elle, elle les avait enviés, ces gens là, pour leur prestance et leur hypocrisie.
C'était Aldwyn, une jeune femme au coeur d'or, qui l'avait découverte un matin. Elwen s'était endormie dans la paille derrière chez elle et c'était sûrement le meilleur choix hasardeux qu'elle aurait pu faire.
Aldwyn avait remplacé pendant quelques temps tous ceux qu'elle avait perdus. Mahtan, Mistrid, Fingon, Elenwë et Aeglos. Elle se souvenait encore de la saveur de ces larmes, amers et pleines de culpabilité. Aldwyn avait un petit garçon de quatre ans, il s'appelait Piàn et était blond comme les blés. Elle l'aimait bien, ce petit garçon. Malgré la confiance qu'elle avait placée dans cette femme des Hommes, la jeune elfe fit naître Hecilwen (l'abandonnée), jeune fille du Rohan, abandonnée par sa famille, mais son amie découvrit bien vite qu'elle était une elfe.
Aldwyn travaillait comme servante dans une riche maison du village tandis que son mari passait des mois en tant que soldat dans l'armée. Hecilwen ne l'avait jamais vu mais elle avait bien du mal à croire ce que lui racontait Aldwyn sur cet homme. Elle faisait de lui des portraits très élogieux, elle était amoureuse. Elle le disait gentil, tendre et bon alors que les gens du village le décrivait comme quelqu'un de mystérieux, renfermé mais, en effet, très doux et généreux.
Elwen avait du mal à croire cet homme fantôme comme attentionné et doux, c'était un guerrier qui partait 6 mois de l'an pour défendre son royaume, abandonnant sa femme et son fils. Du moins, c'est ainsi qu'elle le percevait.
Au début, lorsque la jeune femme travaillait, Hecilwen s'occupait de son fils, elle faisait le ménage et confectionnait des couronnes de fleurs pour les vendre sur le marché. Mais le coeur tendre d'Aldwyn se raffermit lorsqu'elle prit conscience que cette petite elfe, si belle, si innocente, se révélait être un poids pour eux deux. Les repas se faisaient plus frugales les uns après les autres et il devint vite évident que Hecilwen devrait travailler.
C'est ainsi que la jeune elfe vint à travailler pour l' aubergiste du village, un homme d'un certain âge mais tellement gentil et généreux. Cela faisait tant d'années qu' Hecilwen n'avait pas rencontré des gens aussi bons et bienveillants …
Elle commença à travailler quelques heures par jours, rentrait pour le souper et se levait à l'aube, l'aubergiste était agréable et presque amical avec elle. Hecilwen ramenait suffisamment d'argent chez Aldwyn pour qu'elle lui permette de se passa pour le mieux jusqu'à ce qu'un événement ne survienne subitement.
L'aubergiste mourut.
Un événement qui n'aurait absolument rien signifié deux ans auparavant où tout son monde tenait alors entre les quatre murs d'une cellule. Lorsque l'aubergiste rendit son dernier souffle, ce fut un autre homme qui prit sa place, un homme du Gondor, on murmurait qu'il avait été banni. Sur sa joue s'étalait une grande cicatrice qui lui fendait le visage en deux et un étrange tatouage ornait son bras droit.
Il ne souriait jamais, ne répondait que par des mots uniques et semblait vous mépriser au premier regard. Il garda Hecilwen à son service et lui infligea des temps de travail inhumain, l'exploitant comme une ressource rare. Il était étrange avec elle, Elwen le surprenait souvent à l'observer en douce.
Elle se levait une heure avant l'aube, courrait à l'auberge, se changeait et nettoyait de fond en comble tout le local avant l'arrivée de l'homme que l'on appelait Malanor, ce n'était pas son vrai nom … Mais Elwen n'avait pas son mot à dire là dessus. Puis quand l'aube n'était plus qu'à cinq heures de se lever, il la renvoyait chez elle.
Ces temps furent durs, très durs. Elwen n'était plus que l'ombre d'elle même, la jeune Hecilwen fondait sur elle, révélant une à une des faiblesses qu'elle aurait dû ignorer. Personne ne savait qu'elle était elfique en dehors d'Aldwyn et son fils.
Elwen rentrait extrêmement tard, transparente et incapable de parler. Ses journées l'épuisaient et l'achevaient lentement. Aldwyn voyait bien que ce travail était trop lourd pour elle mais ils ne pouvaient se permettre de perdre ce salaire supplémentaire.
Un soir, alors que les clients arrivaient, une grande exclamation survint dans la rue attenante. Une clameur monta, on riait, on pleurait de joie face à cette nouvelle. Hecilwen se glissa parmi la foule attroupée devant l'auberge. Des chevaux montés par des cavaliers armés passaient majestueusement. Le bruit des sabots était hypnotisant et toute la scène faisait monter dans le coeur des gens une étrange fierté.
Les guerriers étaient revenus de la guerre de l'Est. Et avec eux, le mari d' Aldwyn, Daeley, était rentré chez lui.
Un grand froid descendit dans son cou et elle n'entendit presque pas le cri. Son amie, en larmes, se ruait sur un des cavaliers. Elle riait, souriait et pleurait de bonheur à son retour. Sa longue chevelure noire entoura le soldat alors qu'elle l'enlaçait avec force tout en pleurant. Elwen ne vit pas le visage de l'homme, seulement sa main qui caressait le dos de sa femme en se penchant vers elle.
Le souffle coupé, la jeune elfe sentit que quelque chose n'allait pas, elle sentit qu'au fond d'elle même, ça allait recommencer. Elle aurait pu partir sur le champ, laisser cette famille vivre en paix et s'évaporer pour les laisser s'épanouir. Elle les aurait sauvés … Tous.
Mais Aldwyn était son amie, sa seule amie, elle ne pouvait pas partir ainsi, elle avait besoin d'elle ! Ce que Elwen n'avouerait jamais c'est que cette crainte de la solitude commença ici, à l'instant où elle renonça à laisser derrière elle Aldwyn, Daeley et leur fils, Piàn.
Autour d'elle, la foule semblait s'agiter au ralenti, les bruits résonnaient à l'infini dans son esprit et Elwen était incapable de bouger. Elle était une statue, figée, immobile. Au milieu, au centre même de cette agitation, elle faisait tâche. Ici n'était pas sa place.
Elle vit Aldwyn, un sourire éclatant aux lèvres, se tourner vers elle avec ses yeux larmoyants qui brillaient dans le soleil couchant. Aldwyn était heureuse tandis qu' Hecilwen mourrait de l'intérieur. La jeune femme la pointait du doigt en murmurant des paroles à son mari. Celui ci tourna enfin la tête vers elle et la regarda droit dans les yeux. Elwen laissa lentement retomber ses bras le long de son corps. Elle avait l'air anéanti, vide et désespéré.
Un main se saisit de son tablier et la tira en arrière. L'elfe se débattit et fit lâcher prise à l'aubergiste qui tentait de l'entraîner à l'intérieur. Alors qu'elle se retournait vers l'homme défiguré, celui ci la frappa violemment à la pommette. Hecilwen trébucha et perdit l'équilibre avant de se remettre de ses esprits. Son patron la tira brusquement à l'intérieur et ce fut la dernière vision qu' Aldwyn eut de sa petite protégée.
Un bruit tira Elwen de son sommeil, stoppant net le rêve. Elle vit la porte s'entrouvrir et une paire d' yeux gris s'y glisser.
- « Tu dors Elwen ? » murmura une voix.
- « Non … » souffla t-elle
Elrohir apparut dans l'encadrement de la porte et s'approcha du lit sur lequel il s'assit. Il soupira avant de se tourner vers elle.
- « Je sais que ce travail n'est pas des plus plaisants mais nous avons besoin de cet argent pour rentrer. Demain, nous chercherons un emploi, tous. »
- « Tous les trois ? »
- « Oui, il est hors de question que tu sois la seule à travailler. Il faudra rester un peu de temps … »
Elwen se décomposa mais tenta de ne pas le montrer à son ami. Elle pouvait travailler, elle l'avait déjà fait !
- « Combien de temps ? »
- « Je ne sais pas … Elladan dit un mois, peut être ... » il se tourna vers elle et vit sa mine sombre. « On va trouver une solution, ne t'en fais pas. »
Elwen ne répondit rien et dévia simplement son regard sur la lucarne qui laissait voir le ciel étoilé. Elrohir passa un bras autour de ses épaules et la serra doucement avant de partir sans un bruit.
- « Bonne nuit Elwen. »
L'elleth rousse posa lentement sa tête sur l'oreiller et ferma les yeux. Elle connaissait la suite, elle. Elle n'avait pas envie de la voir, ça faisait tellement mal … Elle soupira et laissa le sommeil la regagner avec appréhension.
Elle rentra tard dans la nuit, la joue bleuie et exténuée. Hecilwen avait inexplicablement peur de ce qui allait se passer. Elle poussa la porte de la maison avec la boule au ventre. Le feu était allumé mais personne n'était présent dans la pièce principale. Auparavant Aldwyn et Hecilwen dormaient dans la même chambre tandis que Piàn occupait la deuxième.
Mais Daeley était rentré … Rien ne serait plus pareil. Hecilwen hésita sur la pas de la porte, se demandant ce qu'elle devait faire. Le doute était encore en elle, que devait elle faire ? Partir loin de cette famille ? Rester signifiait les condamnés tous.
C'était l'époque où Elwen avait lentement commencé à comprendre que tout être croisant sa route mourrait inévitablement par sa faute.
Mais partir n'était pas envisageable. Que fit donc Elwen ? Elle entama un long processus de descente aux cavernes de Mandos. Elwen commença à se mentir, à nier, à rejeter l'évidence qui aurait pu sauver tant de vies.
L'elfe entendit des voix dans la chambre qu'elle occupait auparavant avec Aldwyn. Elle s'approcha mais à mi chemin, elle baissa la tête et soupira. Elle n'avait plus sa place ici, Aldwyn l'avait remplacée, Aldwyn n'était plus seule.
Alors qu'elle repartait vers la porte, une voix l'arrêta.
- « Hecilwen, c'est ça ? »
L'elfe se retourna vers l'homme qui l' avait appelé. Il était grand, fort et beau. Ses cheveux blonds ressemblaient à de l'or liquide et ses yeux verts brillaient dans le noir. Ses joues étaient parsemées de poussière d'or et un sourire timide naissait sur ses lèvres. Elwen devait l'avoir détaillé longuement car il sembla devenir mal à l'aise.
- « Oui … Oui, c'est bien moi. Tu dois être Daeley. »
- « Tout à fait. Aldwyn m'a beaucoup parlé de toi et de ton histoire. » Il fit une pause et ce fut à lui de l'observer attentivement. « Tes cheveux sont étranges, je n'en ai jamais vus de pareil. »
Les boucles rouges sang se balancèrent doucement au creux de ses reins. Elwen ne sut que répondre et baissa les yeux. c'est ainsi qu'elle vit sa couchette, là, sur le sol, près du feu. Aldwyn apparut alors et détourna l'attention de son mari.
- « Oh ! Hecilwen, voici ta couchette. Je suis désolée mais nous n'avons pas de place … »
Hecilwen resta silencieuse et alla s'allonger sur le fin matelas de paille tandis que le couple retournait à leur chambre. La nuit fut difficile, le sol était dur et Hecilwen se réveillait sans cesse, persuadée que quelque chose était en train de se passer.
Une heure avant l'aube elle se leva comme à son habitude et se rendit à l'auberge. Durant des semaines, elle ne croisa personne de la maison, rentrant toujours trop tard pour les voir et se levant trop tôt. Des mois passèrent ainsi, elle eut peur que cela ne soit des années mais il n'en fut rien.
Elwen ne vit pas Daeley se rapprocher lentement d'elle. Les mois où il était là étaient les moins durs à supporter. Il se levait en même temps qu'elle, l'attendait le soir très tard. Cela commença par ça, puis il vint la chercher quand elle avait finit son travail.
Elle l'aimait bien, il était drôle et doux. Il devint très rapidement un bon ami et les jours de labeurs passèrent tout de suite plus vite. Elwen se mit bientôt à attendre son retour à chaque fois, s'inquiétant de ne pas le voir revenir. Certains après midi, durant ses périodes de repos, il venait la chercher en douce pour aller dans la forêt et respirer un peu. Ou alors il l'emmenait avec lui pour s'entraîner au tir et à l'épée. C'était innocent, Elwen ne voyait pas cela comme de la séduction. Après tout, ils avaient tout de même huit ans d'écart …
Il s'avéra être l'ami sur qui compter. Mais peu à peu, Aldwyn devint froide, distante avec elle, sans qu' Elwen ne comprenne pourquoi. Daeley lui faisait redécouvrir les rires et les joies. De temps à autres, elle se tournait vers lui et le surprenait à la fixer avec un doux sourire aux lèvres. Il était comme un grand frère dont elle avait cruellement besoin.
Un jour, ils rentraient de l'auberge comme tous les jours quand ils découvrirent de la lumière à l'intérieur de la maison. Elwen courut et ouvrit la porte en grand, ayant soudain peur qu'il ne soit arrivé quelque chose à Piàn ou à sa mère.
Mais rien. Seule Aldwyn attendait sur une chaise au milieu de la pièce.
Elle avait le visage caché par ses longs cheveux noirs et elle avait la tête tournée vers l'âtre du feu. Des bougies étaient disposées sur la table, permettant de voir la pièce en entier. À l'instant où Elwen poussa la porte et pénétra dans la pièce, elle sut que quelque chose n'allait pas.
Aldwyn ne se tourna pas vers eux quand ils entrèrent en refermant la porte derrière eux. Elle ne bougea pas d'un pouce, continuant de regarder ses mains entrelacées entre elles. Même de dos, on pouvait sentir cette lourde tristesse, ce mal qui la rongeait. Sa tête était baissée, sa posture close.
- « Piàn t'a attendu cet après midi. Tu lui avais promis, Daeley. Si tu savais comme il attendait cette première séance de combat avec son papa adoré ... »
Elwen se figea, Aldwyn avait dans son ton quelque chose qu'elle connaissait bien : de la culpabilité, elle leur en voulait. Enfin, la jeune femme se tourna vers eux mais ce fut pire encore. Son regard était froid, distant, douloureux et triste.
- « Mais non … Non, tu ne sais plus rien ! Tu n'es plus là quand on a besoin de toi, Piàn ne voit plus son papa chéri et sa maman non plus … je croyais que tu nous aimais ! Daeley, je croyais que tu m'aimais ! »
Ses dernières paroles se brisèrent en même temps que sa voix. Aldwyn fondit en larmes et baissa la tête. Elwen était tétanisée.
- « Aldwyn a raison. Tu as une famille qui a besoin de toi, une femme qui t'aime et un petit garçon adorable qui te vénère. Tu dois rentrer à la maison, Daeley, il est temps pour toi de les retrouver. » souffla Hecilwen.
Ces mots lui brisaient le cœur, elle voulait garder cet ami si précieux pour elle seule ! Mais Aldwyn avait l'air si malheureux et son esprit divergea vers le petit Piàn qu'elle avait vu longuement pleurer plusieurs fois par jour ces dernières semaines.
Daeley ne disait rien et ce silence faisait peur. Aldwyn le regardait fixement, l'incitant à répondre.
- « Tu l'aimes, c'est ça ? On m'avait pourtant prévenue de ce qu'étaient capable ces garces elfiques ! Mais pourquoi ne t'ai-je pas laisser mourir sur cette route ! Hein ? Pourquoi ? » se mit à hurler Aldwyn en fixant Hecilwen de ses yeux fous.
À mesure qu'elle parlait, Elwen sentait son coeur se glacer, se briser en mille morceaux.
- « Pourquoi ? Parce que tu es quelqu'un de bon, Aldwyn. Tu es sûrement la meilleure personne que j'ai rencontrée. Et puis parce que je croyais que tu étais mon amie … Une si précieuse amie que je ferais n'importe quoi pour elle ... »
- « Tu ferais n'importe quoi ? Hecilwen, elfe perdue et bannie par son propre peuple ? Alors, chère amie de toujours, je vais te demander de quitter cette maison immédiatement et de ne jamais y revenir ! » cria Aldwyn en se levant et en se rapprochant à chaque pas de l'elleth rousse.
Elwen aurait voulu retenir Daeley mais elle ne comprit que trop tard son geste. Sa main s'éleva dans les airs et frappa la joue de sa femme. Celle ci s'effondra par terre en pleurs.
- « ARRÊTE ! DAELEY ! Mais qu'est ce qui t'a pris ! » hurla d'une voix tremblotante Elwen mais il ne l'écoutait pas. Il fixait sa femme écroulée sur le sol.
- « Ce n'était que de la pitié, Aldwyn. Juste de la pitié et de la compassion. C'était une union fausse. Notre mariage et ce fils étaient des erreurs, rien d'autres que des erreurs. Ce n'était pas de l'amour! Juste un peu de pitié pour une jeune fille triste de voir ses sœurs mariées et mères sans qu'aucun homme ne s'intéresse à elle ! »
- « TAIS – TOI ! TAIS – TOI ! » hurlait Elwen sanglotante près de son amie qui avait levé les yeux vers cet homme qu'elle aimait par dessus tout, cet homme qui lui disait ces horreurs.
Et dans son regard se lisait toute la souffrance du monde, la douleur à l'état pur. Mais Daeley ne s'arrêtait pas, le flot de parole détruisait petit à petit le cœur de la jeune femme brune qui s'effondra sur le sol. Dans la pièce attenante, Piàn se mit à pleurer et à hurler le nom de sa mère.
C'était une scène irréelle, c'était un cauchemar. Tant de haine pour deux êtres qui s'étaient auparavant tant aimés.
Daeley tira de force Elwen hors de la maison alors qu'elle continuait de crier que tout n'était que des mensonges. Il la porta jusqu'au petit bois derrière le jardin et l'adossa contre un arbre. Elwen se calma instantanément et braqua ses yeux gris clairs dans ceux de Daeley.
- « Pourquoi avoir fait cela ? Pourquoi vouloir à tout prix détruire cette femme qui ne mérite que du bonheur ? » Souffla t-elle encore sous le choc.
- « Parce qu'elle a raison. C'est toi que j'aime plus que tout. C'est pour toi que bat mon coeur et ce n'est que torture de se mentir. » murmura t-il en la regardant intensément.
Il mit ses mains autour de son visage et posa ses lèvres sur les siennes avant qu'elle ne se dégage. Elle inspira l'air tremblant avant de s'écarter de lui et de le contourner. Sa voix était tremblante, comme si elle allait fondre en larmes dans la seconde.
- « Mais non … Non, Daeley. Tu as une femme, tu te souviens, Aldwyn. Elle t'aime plus que tout, tu es sa fierté et sa raison de vivre. Tu es mon ami mais rien de plus. »
Ses yeux verts reflétèrent une douleur sans nom avant qu'il ne tente de faire un pas vers elle.
- « Tu ne m'aimes pas ? » murmura t-il.
- « Non, Daeley, je ne t'aime pas d'amour. Je t'aime comme un frère, un ami, rien de plus. Je suis encore trop jeune pour comprendre vraiment. Chez les elfes, l'amour est quelque chose de très spécial. On n'aime qu'une unique fois dans une vie … Et je ne penses pas que tu es celui que je recherche. Je suis désolée Daeley. »
- « Tu es une elfe … Je n'en avais jamais vu de ma vie. Mon père m'avait compté à quel point ils étaient beaux mais comment aurais-je pu imaginer à tel point c'était vrai. » Il posa sa main sur la joue d' Hecilwen. « Tu es magnifique, Hecilwen. »
- « Je ne m'appelle pas Hecilwen … » Elle vit le visage de Daeley se figer. « Tu ne sais pas qui je suis, tu ne me connais pas ... »
Tout en disant ces paroles, l'elleth reculait lentement en arrière, mettant autant de distance que possible entre elle et lui. L'amour faisait il aussi peur ? Comment aurait elle pu se douter que l'amour dont on vantait les mérites rendait il aussi fou ?
- « Mon nom est Ilestelwen, fille de Fingon. Ne connais tu pas les contes qui relatent l'amour impossible entre une elfe et un fils des Hommes ? Daeley, ouvre les yeux, Aldwyn t'aime ! Tu es tout son monde … Si tu disparais, elle disparaîtra aussi. »
- « Pourquoi es tu venue à nous ? » Il s'accroupit et se prit la tête entre les mains. « Tout était si parfait, si simple. Et puis, à l'instant où je t'ai vue, j'ai su … J'ai su que jamais plus je ne pourrai vivre sans toi, Ilestelwen, si c'est ainsi que l'on t'appelle. Pour moi aussi, tu es tout mon monde, si tu disparais, tu m'emportes avec toi. »
- « Retourne voir Aldwyn, dis lui que tu l'aimes, que tu as fais une bêtise et qu'il n'y a qu'elle qui compte. » souffla t-elle alors qu'elle s'éloignait des arbres et faisait demi-tour.
- « Et toi ? »
- « Moi ? Je partirai à l'aube sans un regard en arrière, sans un au revoir. »
Après cette dernière phrase, Elwen se retourna et partit en courant doucement. Elle n'entendit pas la dernière phrase que murmurait Daeley du bout des lèvres.
- « Si tu pars, il est vrai que je risque de faire une bêtise … Mais tu l'as dit toi même, tout disparaîtra avec toi. »
L'aube se leva et Elwen émergea du rêve difficilement, la journée de la veille se faisant ressentir. Elle passa devant la chambre de ses amis mais ils n'étaient pas encore levés. Les marches de l'escalier craquèrent quand Agnès descendit à son tour.
Elles commencèrent par laver le sol puis les tables furent remises en place. Elwen passa derrière le comptoir et vérifia le stock d'alcool. Monsieur Romuald arriva à son tour deux heures plus tard, une fois que tout était en ordre. Il paya à Elwen la soirée d'hier et leur ordonna d'aller préparer les chambres à l'étage.
Tout était monotone, répétitif et lui rappelait une époque ancienne où elle était sous les ordres d'un certain Malanor. Elle passa une nouvelle fois devant la chambre de ses amis qui étaient sortis depuis. Elwen ne résista pas à la tentation de pousser leur porte. Elle s'approcha du bureau et y découvrit une carte, un itinéraire y était tracé.
C'est ainsi qu'elle apprit qu'ils devraient faire un détour vers Hoarwell.
Elwen sentit son sang se glacer. Elle n'était pas retournée à Hoarwell depuis plus de 160 ans. La dernière fois qu'elle s'y était rendue c'était lors de sa première rencontre avec les jumeaux. Elle ne voulait pas y retourner, surtout pas.
Elle avait appris à contrôler ses souvenirs, à ne pas les voir ressurgir à chaque endroit où ils étaient attachés mais Hoarwell était spécial. C'était un des lieux où elle savait que jamais elle ne pourrait plus s'y rendre. C'était plus fort qu'elle. Déjà, Elenwë, Hélios, Mistrid et tous les autres tentaient de se faire une place dans son esprit.
Hoarwelle restait l'unique souvenir qu'elle ne trouvait pas la force d'affronter. Jamais elle n'en avait rêvé, c'était trop dur, c'était sûrement le plus dur de tous à braver. C'était là que résidait sa plus grande douleur. Des centaines de tombes où il était inscrit la même date sauf une, dix ans plus tard. La tombe d'Hélios.
Parmi ces centaines de pierres tombales, quatre la détruisait plus que tout au monde, plus que n'importe quel souvenir.
Elwen sortit précipitamment de la chambre et descendit hâtivement les escaliers. Agnès l'attendait déjà en cuisine et avait commencé seule les préparations. Alors que l'elleth commençait à découper les légumes pour en faire une soupe au goût approximatif, Elwen se surprit à replonger dans ses souvenirs. Ils défilaient devant ses yeux, ses mains faisant seules les gestes qu'elle avait répété de nombreuses fois.
Elle ferma subitement les yeux, elle ne voulait pas revoir Hoarwell. Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas. Cela l'anéantirait à jamais.
Lorsque midi sonna, quelques clients arrivèrent, pas beaucoup mais suffisamment pour qu'Elwen soit occupée et ne puisse pas parler à ses amis.
Elle sentait Hecilwen revenir, renaître dans chacun de ses gestes. L'après midi passa rapidement mais Elwen se sentait inexplicablement épuisée. Elle mettait tous ses efforts dans le contrôle de ses souvenirs. Elle savait que Hoarwell tentait de percer dans son esprit mais elle ne le laisserait pas gagner, elle le rejetterait pour l'éternité.
Le soir vint lentement, la salle se remplit et le brouhaha combla le vide d'Elwen. Un plateau calé contre sa hanche, elle virevoltait à travers les hommes, servant assiettes et chopes machinalement. Ses côtes lui lançaient des piques de douleur à chaque mouvement mais cela lui semblait insignifiant face à d'autres souffrance bien pires que celle la.
Agnès servait à ses côtés, elle était encore maladroite et ses gestes hésitants. Cela fit sourire l'elleth, lui rappelant ses débuts au manoir où Mistrid les avait recueillis. Elle n'avait que huit ans mais elle avait appris vite, un peu trop d'ailleurs.
Dans l'agitation ambiante, un geste brusque attira son attention. Agnès était à la table de cinq hommes.
La petite avait les joues rouges d'embarras quand un des hommes se saisit de son bras pour la faire s'asseoir sur ses genoux. Monsieur Romuald ne dit rien et observa juste la scène de loin.
L'homme qui l'avait violentée riait à présent à gorge déployée, mimant quelques atrocités à ses amis. L'aubergiste rit lui aussi à ces gestes et n'eut pas un seul regard pour la petite jeune fille qui tentait de retenir tant bien que mal ses larmes. Elwen avait observé la scène et était figée de stupeur. Quel homme était assez monstrueux pour rire d' une telle cruauté ?
Le monde aux alentours sembla se ralentir, les sons devinrent imprécis tandis que les images se floutaient. Elwen tenta de se contrôler, elle avait besoin de cette place et ses amis aussi. Alors, elle fit une chose qu'elle allait regretter pour l'éternité, elle baissa simplement la tête et ferma sa main en un poing serré sur la table.
Elle ne dit rien.
Elle détourna les yeux lorsque la jeune fille passa près d'elle. La honte la rongeait, la dévorait et semblait vouloir réduire tout son être en un corps de douleur. Un autre sentiment s'empara d'elle, quelque chose qu'elle ne put nommer, étrangement indescriptible.
Elwen serra ses lèvres l'une contre l'autre avant de poser son regard plein de haine retenue sur la tablée de malotrus. Elle, autant coupable que ceux là, se voilait encore une fois la face. Elle était autant méprisable que Monsieur Romuald et ce n'était pas un air haineux qui allait changer ce quelque chose qui arrachait à son être une nouvelle part de son âme déjà si sombre …
Mais c'était ainsi, Ilestelwen, fille de Fingon, originaire du Nord, n'était pas de celles qui sauvent veuves et orphelins. Ilestelwen, fille sans espoir, n'était pas le héros d'un conte. Elle n'était pas courageuse ni brave, encore moins intrépide, volontaire, dévouée et fidèle.
Elwen était simplement une elfe qui avait vu, subit et accomplit trop de monstruosités pour encore se persuader d'agir pour la bonne cause.
Legolas descendit les escaliers et trouva son amie tétanisée, le regard braqué sur une table où les hommes riaient fort. Elle avait sa main serrée autour du rebord du comptoir. Il s'approcha lentement d'elle.
- « Tout va bien ? » souffla t-il
Elwen détourna son regard des hommes et regarda ses yeux bleu glace, si pur, si angélique. Il lui sembla qu'elle voulait lui dire quelque chose mais elle se tut. Elwen prit une grande inspiration et se détourna de la table où riaient encore les cinq hommes.
- « Est ce que je suis quelqu'un de mauvais, Legolas ? » murmura t-elle
Il écarquilla les yeux et sembla se mettre à réfléchir longuement. Son regard se braqua sur le table des hommes et il plissa les yeux avant de se tourner vers elle.
- « Je ne te connais pas assez, Elwen. Mais le simple fait que tu te poses cette question montre que tu es quelqu'un qui donne de l'importance à cela. Quelqu'un qui se soucie de savoir s'il est bon ou mauvais ne peut pas être totalement l'un ou l'autre. »
Elwen le dévisagea mais ne dit rien.
- « Quelqu'un m'a appris que je ne pouvais juger personne sans la connaître vraiment. Tu es la seule qui puisse te juger, seul ton jugement a de la valeur. Celui des autres ne vaut rien, tout simplement car ils n'ont pas vécu ce que toi tu as vécu. Personne ne te connais vraiment, Elwen. »
Legolas la regarda un instant avant de se retourner et de partir vers la table que les jumeaux avaient réservée. Elwen resta un moment songeuse, pensant aux paroles de l'elfe. Elle n'avait jamais tenté de se juger elle même … Pourquoi ? Par peur de découvrir qu'elle était réellement un monstre ?
Quand elle alla se coucher, tard dans la nuit, Elwen sentit que le rêve n'était pas fini. Elle ne voulait pas voir la suite, surtout pas, c'était le pire ! Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux quand le visage de Daeley, d' Aldwyn et celui de leur enfant apparurent devant ses yeux.
Voilà ! C'est tout pour aujourd'hui ;)
Merci de m'écrire un commentaire pour me dire ce que vous en pensez, ça me ferait très plaisir ! Ah oui, et je voulais savoir un petit quelque chose : est ce que la longueur des chapitres vous convient ? Est ce qu'ils ne sont pas trop longs ? Merci de répondre à cette interrogation qui me permettra d'adapter ou non mes textes …
Bref, à la prochaine !
;)
