Bonjour à tous ! Voici le chapitre 13 qui clôt le récit d'Halda et révèle quelques détails importants ;)
Je m'excuse du temps qu'il m'a pris pour être écrit/corrigé/posté.
J'espère que vous serez nombreux à commenter ce chapitre car j'y ai passé pas mal de temps … (J'y ai sacrifié mes maths * hum hum * mais je ne peux m'en prendre qu'à moi même.)
Sur ce, bonne lecture à tous !
Italique : histoire passée/elfique
Normal : récit/Westron
Elle est étrange ces temps ci. Comme si un voile était tombé sur elle, atténuant à peine ses sourires.
Mais je le vois. Je vois ce voile qui masque le coin de ses yeux, qui estompe l'étincelle de ses prunelles. Les autres garçons l'ont frappée, je les ai entendus. L'homme qui l'accompagne aussi. Pourtant, il n'a rien fait. Il voit les marques sur ses bras, les traces de coups sur ses côtes mais il se tait.
Le travail la ronge, elle s'éteint jour après jour. Elle se lève bien avant moi, l'aube ne l'accompagne plus. Lorsque j'entends ses pas dans les couloirs, il est si tard que plus aucun autre bruit ne vient rompre le silence de la maison.
Cela va faire cinq ans qu'elle travaille ici, pourtant, j'ignore jusqu'à son nom. Personne ne la voit, elle est un fantôme, une Invisible. Si les regards s'accrochaient à elle à son arrivée, ils l'ont laissée retomber dans l'oubli. Elle me rejoint dans les abysses du néant.
Je ne sais pas ce qu'il se passe le soir. Personne ne le sait. Mais un grand silence descend sur le manoir. Ses rires ne résonnent plus, les jumeaux d'Ella ne jouent plus, ils se cachent dans leur chambre et n'en ressortent que lorsque leur mère vient les y rejoindre.
Elros, l'enfant aux yeux vides, chouine dans son coin et sa sœur l'enveloppe de ses bras, formant autour d'eux un amas de cheveux blancs comme neige. La couleur n'est jamais apparue, leur mère a pourtant prié les Valars chaque nuit depuis leur naissance. Mais les yeux si pâles des jumeaux ainsi que leurs cheveux n'ont jamais changé d'aspects.
Elros ne nous voit pas. Ses yeux sont aveugles, ils passent sur moi sans s'arrêter. Ses orbes d'un bleu presque blanc semblent constamment vides, ils reflètent le ciel. Oui, c'est ça. Elros, l'enfant aux yeux engloutissant le ciel. Il avale les nuages et ses yeux vitreux portent sur le monde un regard vide.
Sa sœur est étrange elle aussi. Elle est très douce, on a presque l'impression qu'on pourrait la briser d'une parole. Elle est fragile, délicate, sa présence semble éphémère. Elle semble être faite de porcelaine.
Et ils sont là, l'enfant aux yeux vides tenant par la main une poupée de verre qu'une simple brise ferait voler en éclats.
Quelqu'un interrompit sa lecture en donnant un coup dans le livre. Elwen releva les yeux et trouva un homme devant elle, Grig, si elle se souvenait bien. Il était un des dizaines de larbins que comptait Norn. Et elle en faisait partie.
Il l'avait brisée. Norn avait fait de l'elleth un être de douleur. Il avait ravagé son esprit comme jamais elle ne l'aurait cru possible. À cet instant, elle pouvait encore sentir cette douleur qui battait ses côtes, un feu lui brûlait les entrailles. Son regard était vide, plus aucune expression ne venait se glisser sur son visage et Elwen sentait au fond d'elle même qu'elle était en train de fondre. Elle sortait de son corps, s'échappant.
Norn avait fait d'elle son esclave. Tuant pour lui. Volant pour lui. Plus aucun de ses crimes ne l'atteignaient. Elle n'était plus qu'une coquille vide, son âme s'écoulant d'elle sans bruit. Parce que chaque nuit, les cris d'Elenwë la réveillaient en sursaut, parce que personne n'était là pour lui dire que ça allait s'arranger.
Les autres étaient pareil à elle, on ne voyait déambuler que des fantômes dans les galeries du repaire de Norn, des êtres vides de vie, errant sans but dans le noir. Elwen passait ses périodes d'accalmie à lire sans relâche. Parcourir les lignes d'Halda l'empêchait de penser, d'entendre résonner en elle la souffrance qu'elle avait partout répandue à son passage.
L'homme qui se tenait toujours devant elle se racla la gorge, mal à l'aise.
- « Norn te demande. Il t'attend dans la grande salle. » grogna t-il
Elwen ne répondit pas et fit glisser son regard sur le sol, elle savait ce que cela signifiait. Cette nuit, une personne de plus mourrait sous son bras. Silencieusement, elle se leva et referma le livre qu'elle posa sans bruit sur le rebord de pierre où elle lisait auparavant.
Ses longs cheveux roux se balancèrent dans son dos mais elle n'y fit pas attention. Chacun de ses pas ravivaient en elle la souffrance qui la faisait gémir, la nuit, dans son sommeil. Elwen savait que le nain avait commis l'irréparable, il avait brisé en mille morceaux son être et espérer se reconstruire était à présent impossible.
La porte s'ouvrit à son approche et elle pénétra dans la pièce sans presser le pas. Le nain l'attendait là, affalé sur son énorme siège qui faisait penser à un trône. Un sourire de jubilation se tenait sur ses lèvres. Il contemplait son œuvre, une âme brisée parmi tant d'autres.
- « Ah ! La voici, ma plus grande fierté … »
Elle vint se placer à ses côtés et le nain entoura sa taille de son bras qui ne tenait pas le verre d'alcool. En face de lui, un homme de forte carrure et à la peau bronzée le regardait avec dédain.
- « Elwen est ma plus performante tueuse. Pas une faute, pas un soupçon sur elle, elle est fiable. »
L'homme la détailla longuement de son regard perçant, plissant les yeux. Elwen ressentit un étrange malaise, filtré par sa torpeur d'indifférence. L'homme croisa les bras et pencha légèrement la tête.
- « Comment pouvez vous affirmer cela alors que cette femme est la même qui vous a trahis il y a bien longtemps. Elle a manqué de vous tuer de peu. »
- « Ceci n'est plus un problème, nous avons réglé nos différents en privé. » dit Norn d'un ton soudainement menaçant.
Elwen sentit très clairement les doigts du nain se refermer autour d'une de ses côtes. Un avertissement. Il n'aurait pas pu être plus clair.
- « Ainsi … Cette jeune femme est la plus grande assassin de tout l'Ouest de la Terre du Milieu … Pas un des plus preux titres … »
- « Vous n'êtes pas un homme de valeur et moi non plus. » coupa Norn d'un ton agressif. « Revenons en aux affaires, voulez vous. »
- « Elwen n'est pas son nom complet, n'est ce pas ? »
- « En effet mais nous l'appellerons ainsi. »
L'homme hocha imperceptiblement la tête pour montrer qu'il acceptait ce point et changea de position. Être sous terre semblait le rendre nerveux. Sans s'en être rendue compte, Elwen était restée ainsi, à le dévisager d'un air neutre et vide. Tout le long de l'échange, ils avaient discuté entre eux, comme si Elwen n'était pas là. Cependant, Norn se tourna vers elle et enleva son bras de sa taille.
- « L'homme que tu vois ici a, comment dire … un problème. Il aimerait notre aide pour régler définitivement ce problème. Je t'ai choisie pour cela. »
- « Et quel est ce problème ? » murmura t-elle en se tournant vers l'homme.
- « Un couple va arriver à Easthold dans quelques jours. Ils sont très riches et la femme m'a fait du tort. Vous n'avez rien besoin de savoir de plus. Contentez vous de faire le travail pour lequel je vous paye. »
Il avait parlé sans la regarder, détournant les yeux et fixant son regard durement sur l'armoire située derrière eux.
- « Vous voulez la mort de ces deux personnes ? Vous voulez que je supprime ce problème ? »
- « Exact. Je veux la tête de cette femme, peu importe le prix. Mais avant cela, j'ai un autre travail à vous confier. Je veux que vous me disiez ce qu'elle transporte avec elle. Je veux tout savoir sur elle, tous ses secrets. »
- « Je ne suis pas une espionne. Je tue sans laisser de trace mais je ne joue pas les mouchards. »
- « Quelqu'un d'autre sera avec toi pour cette mission. Je vais enfin pouvoir te présenter Elorna. »
Alors qu'il prononçait ces paroles, une femme sortit de l'ombre qui engloutissait le fond de la pièce. Elle était assez petite, trapue et musclée. Dans son sillage, trois lourdes tresses rousses accompagnaient sa démarche.
Elle avait dans le regard une force qu'aucun ici n'avait. Elle fixa Elwen sans ciller, son regard semblait pouvoir enflammer n'importe quel objet à sa portée. Elle marchait d'un pas décidé et ses bottes frappaient avec force le sol.
- « Elorna travaille pour moi depuis des années. Elle est venue à moi volontairement et elle n'est jamais repartie. Elle a mon entière confiance. »
Elwen baissa automatiquement les yeux à ces mots. Jamais le nain n'oublierait ce qu'elle lui avait fait. Autrefois, Elwen s'était vantée intérieurement d'avoir été la seule que Norn est jamais craint. Aujourd'hui, elle fermait les yeux sur cette fierté qui faisait renaître en elle l'atroce douleur qui transperçait son cœur, son âme, son être.
Elorna avait un étrange sourire presque goguenard. Elle fixait toujours Norn dans les yeux. Autour d'elle, l'air semblait être prêt à prendre feu. Elorna dégageait un aura de puissance, sa force se ressentait dans l'air.
Elles se tenaient face à face, filles de feu emportées par les flammes. Le temps semblait s'être arrêté. Il n'y avait qu'elles. Parce qu'elles étaient si identiques au fond d'elles mêmes. Parce que chacune voyait en l'autre ce qu'elle ne voyait pas en elle. Parce qu'elles étaient si semblables et si différentes à la fois.
Norn interrompit leur échange et brisa le lien qui semblait s'étirer entre elles.
- « Le couple arrivera du Gondor dans la semaine. Ils voyagent léger, ils ne veulent pas attirer l'attention. Vous avez quatre jours pour trouver où ils logent. Ils ne resteront pas longtemps ici, leur route les emmène vers le nord. Il faudra faire vite. »
- « Que se passera t-il si nous échouons ? Si la femme survit ? »
Norn posa un regard glacial sur Elwen et celle ci baissa les yeux. Une menace était en suspend dans l'air et l'espace autour d'eux quatre semblait s'être épaissit.
- « Cela n'arrivera pas. Cette femme mourra quoi qu'il se passe. Si ce n'est pas vous, ce sera quelqu'un d'autre. Néanmoins, sachez que si vous échouez, cela pourrait entraîner de regrettables conséquences … »
Avant de les congédier, Norn se tourna vers l'homme toujours silencieux, l'interrogeant sans bruit. Un seul regard, ils échangèrent un seul regard pourtant, Elwen sentit toute la signification de ce geste.
- « Il se pourrait que vous découvriez des choses … surprenantes. Si j'apprends que vous ne nous dîtes pas tout, je saurai vous punir. Vous n'avez besoin de savoir que leur nom, Vaewen et Greador. Personne ne sait rien d'eux, à vous de trouver pourquoi ils se dirigent vers le nord, ce qu'ils transportent, qui ils sont et quelle est leur histoire. »
Les deux femmes partirent de la salle en refermant la porte. Le silence s'étira et en devint presque dérangeant. Elwen sentait le regard d'Elorna sur elle.
- « C'est vrai ce qu'on raconte ? »
- « De quoi ? »
- « Que tu es Mirina Sor. Que tu as tenté d'assassiner Norn. »
- « Oui. Et qu'est ce que tu vas faire ? Me couper la gorge pour avoir fait du mal à ton maître adoré ? »
Elorna parut surprise, les milliers de tâches de rousseur qui constellaient son visage ne parvinrent pas à camoufler la rougeur de ses joues.
- « Je ne suis pas comme ça. Norn m'a sauvée et je sais être reconnaissante, ne crois pas qu'on te veut toujours du mal. Si nous allons devoir travailler en équipe, autant que tout soit clair. Je ne suis pas ton ennemie. »
Legolas était reparti.
Il laissa derrière lui un vide que sa mère ne parviendrait jamais à combler. Quelques années, c'est tout ce qu'il avait pu tenir en restant ici et non pas dehors à courir les ennuis. Aldawen ne l'avait jamais compris et cela s'affichait à elle comme à nouveau un évidence.
Elle aurait voulu lui hurler de l'attendre, de lui dire au revoir. Mais Legolas était parti sans rien dire à personne, tournant dédaigneusement le dos à son royaume. Elenya avait couru après lui, le suppliant de rester mais il n'avait rien voulu entendre.
Il était sorti du bureau de Thranduil d'un pas furieux et la voix de leur père résonnait encore aux oreilles d'Aldawen. Il lui avait dit qu'il fuyait ses responsabilités, que son peuple le demandait. Legolas n'avait rien répliqué mais avait porté son regard sur sa jeune sœur.
- « Je ne suis pas fait pour cela ! Aldawen remplirait dix fois mieux que moi ce rôle ! N'en attendez pas trop de moi, Ada ! »
- « Aldawen est bien trop jeune. Elle est fragile et n'a pas les épaules pour ce genre de charges ! Tu es le prince héritier, tu me succéderas au trône mais aussi en tant qu'administrateur de ce royaume ! Ce ne sera pas Aldawen, ni ta mère, ni personne d'autre qui accomplira cette tâche ! »
Au fond d'elle même, Aldawen, la fragile, la frêle, l'insignifiante Aldawen, sentit quelque chose se briser en elle. Son père ne l'avait jamais considérée comme digne de la famille royale, et elle le savait, cependant, l'entendre de vive voix lui fit l'effet d'une claque.
Et elle n'avait rien dit. Elle les avait regardés tour à tour, ce père et ce frère qui demeuraient pour elle des étrangers. Pas un n'eut un regard pour elle, effacée et ignorée de tous.
Aldawen aurait pu fondre en larmes mais cela aurait été leur donner raison. Ils étaient si cruels, si absents et elle les détestait pour cela. Legolas était parti après avoir longuement défié leur père. Celui ci n'avait rien ajouté d'autre que :
- « N'oublie pas qui tu es, Legolas, et ce que cela implique. »
Alors, Aldawen s'était mise à penser au plus profond d'elle « Et moi ? Qui suis-je ? » . La réponse la terrifia car c'est ce qu'elle n'avait jamais voulu admettre.
« Je ne suis personne. Je suis une Invisible. »
Elwen était allongée sur un toit humide, à ses côtés ronflait Elorna. La bruine tombait sur elles et rendait poisseux leurs cheveux et leurs habits. Aujourd'hui arrivait le couple qui était destiné à périr de leurs mains. Après quelques recherches, Elorna avait facilement trouvé où allait loger la femme et l'homme.
Les jours qui avaient suivi n'avaient servi qu'à se connaître mieux. Elorna s'était révélée être quelqu'un de bon vivant et joyeux, en somme une amie parfaite pour Elwen. Elles n'avaient pas beaucoup parlé de leur histoire, qui s'avérait être dans les deux cas un sujet sensible, mais avaient passé des nuits à se raconter leurs voyages. Elorna avait été fascinée par son périple et en demandait toujours plus.
Une calèche arriva, tirée par deux chevaux au pelage boueux. Elwen donna un coup de coude à son amie et celle ci ouvrit un œil en grognant. Une lanterne apparut à l'entrée même de l'auberge qu'elles avaient localisée quelques jours auparavant. Une femme de forte carrure sortit sur le porche et s'approcha de la calèche. La portière s'entrebâilla et une jeune femme en descendit. Sa robe d'un bleu délicat témoignait de son appartenance noble. Un homme, sûrement Greador, se précipita vers elle pour lui tendre la main et lui faire enjamber une flaque de boue.
Elorna pouffa et Elwen lui lança un regard noir. Vaewen, la femme, tenait dans ses bras un paquet de draps et de vêtements qu'elle ne semblait vouloir lâcher pour rien au monde tandis que son compagnon se hâtait de manière pittoresque pour aller chercher les malles restées dans la diligence.
Ils entrèrent tous dans l'auberge et disparurent de la vue des deux jeunes femmes. Elorna se mit sur un coude pour tenter d'observer la scène par une des fenêtres mais cela se révéla impossible.
- « Et bah ! Quels énergumènes avons nous là ! S'ils viennent du Gondor, je mets ma main à couper qu'ils vivent dans la grande tour blanche. D'après ce que Norn m'a dit, la femme devrait être une aristo bien typique. »
Après une pause où elle observa une fenêtre à l'étage être illuminée, Elorna s'assit sur ses genoux et poursuivit.
- « J'irai voir ce que je peux apprendre sur eux demain. Il fait trop noir et le temps est vraiment horrible. Je rentre, ne tarde pas trop. »
Elwen lui fit un signe de tête et elle porta à nouveau son regard sur la fenêtre où, un instant, elle crut voir la visage d'une femme. Quelque chose lui disait que cette histoire était bien plus complexe qu'elle n'y paraissait. Cette femme semblait trop importante, trop mystérieuse. Comme si le secret même de son existence résidait dans ce qu'elle découvrirait sur cette femme.
Elle devait savoir. Silencieusement, Elwen se leva et marcha sur le toit de la maison jusqu'à atteindre le bout. Elle sauta avec agilité sur le balcon en dessous et s'envola dans le ciel pour atterrir en face.
Le toit était glissant et elle faillit tomber. Elwen sentit l'adrénaline couler à flot dans ses veines et son cœur battre plus vite. Ça aurait été à Elorna de le faire mais sa curiosité était trop grande.
Elle marcha avec précaution sur les tuiles instables et s'approcha peu à peu de la fenêtre. Elle s'allongea sur le toit et se pendit dans le vide, juste à côté de la fenêtre. Celle ci s'ouvrit brusquement et la femme sortit vivement sa tête par l'embrasure. Elwen eut juste le temps de se hisser à nouveau sur le toit mais Vaewen ne sembla pas la voir.
La femme s'appuya sur le rebord en bois et inspira longuement l'air glacial, propageant de petits nuages de buée dans l'air. Elle était décoiffée et sa respiration tremblante.
Un sanglot lui échappa et elle leva les yeux devant elle, regardant la ville qui s'étendait dans le noir. Elle replaça une mèche blonde derrière son oreille et Elwen l'entendit chuchoter quelque chose.
- « Quand cela va t-il finir ? Chaque fois que je passe devant une maison, je me dis qu'il est peut être là, juste là, à portée de main ! Je ne veux plus de ces espoirs fous … » murmura t-elle.
- « Il faut que nous cherchions encore. Il est forcément quelque part. Chaque jour, nous nous rapprochons de lui, ne perd pas espoir. »
- « Et si quelqu'un l'avait trouvé avant nous ? Et si ce voyage était vain ? »
- « Personne ne l'a découvert. La nouvelle se serait partout répandue ! Mon amour … cela ne te ressemble pas de baisser les bras. »
- « J'ai peur. Voilà la seule et unique vérité. À chaque instant, j'ai l'impression d'être traquée, d'être observée. Ils nous trouveront, Greador. Ils finiront bien par nous rattraper ! »
- « Nous en avions conscience bien avant notre départ. Vaewen, cette mission pourrait changer notre vie et le monde avec ! Pense à ce qu'on dira de nous lorsque nous l'aurons trouvé, le royaume renaîtra de ses cendres ! Mais dans toutes révolutions il faut des braves et des sacrifices ! »
Le couple rentra à l'intérieur et un bras referma la fenêtre. Elwen resta encore un instant immobile de peur que l'un d'eux ne soit encore à l'affût. Lentement, elle se releva et pris la décision d'aller trouver Norn et de lui livrer ce qu'elle avait découvert.
Il se remit à pleuvoir fortement et bientôt des torrents d'eau empêchèrent la jeune elleth de progresser sur les toits. Elwen leva les yeux vers les épais nuages qui lui cachaient les étoiles et soupira. Les astres ne veillaient plus sur elle depuis longtemps mais elle ne pouvait s'empêcher d'espérer.
Elle était l' Abandonnée des Valars.
Elle marcha à vive allure sur le toit glissant et manqua de tomber plus d'une fois. Des trombes d'eau tombaient à présent sur la ville et le ciel noir ne laissait plus rien paraître. L'entrée des souterrains n'était jamais indiquée, évidemment car cela aurait été signaler l'itinéraire aux gardes pour trouver le repaire de la pire vermine de l'Est. Elwen connaissait cette ville depuis longtemps mais les tunnels amenant aux galeries changeaient constamment de place.
Elle arriva devant l'entrée des galeries de Norn qui était camouflée par une plaque de fer rouillée. Le panneau d'acier était négligemment jeté sur le sol boueux et aucune bougie n'éclairait le fond du puits. Le vent s'y engouffrait avec bruit et alors qu'Elwen se tenait au dessus, un souffle fit voler ses cheveux trempés par dessus son épaule. La pluie s'engouffra dans la fosse et Elwen à sa suite.
Le noir complet rendait difficile tout déplacement, Elwen n'avait pas la vue infaillible des elfes et elle n'arrivait qu'à distinguer que le contour des formes. Son pied buta contre quelque chose et elle s'agenouilla pour en déterminer la nature.
Un corps.
Il était froid et ses muscles avaient durci son corps. Cela faisait plusieurs heures qu'aucune âme n'habitait cet être de chair. Elwen sentit un frisson glacé courir le long de son dos. Que s' était-il passé ?
- « Cela faisait longtemps qu'ils n'étaient pas venus … »
La voix résonna dans le noir et Elwen se tourna automatiquement vers la source du bruit. La rougeur d'une pipe illumina un instant le visage de Norn. Il s'avança vers elle d'un pas lourd et lui saisit le bras.
- « C'est ainsi depuis que tu es partie. Ma mort a déclenché une vague de mouvement dans tout Dlohtsae et, par conséquent, dans Easthold. Ils font une descente presque deux fois par an. »
Sa voix grave et profonde semblait presque triste, atténuée par la peine. Elwen s'écarta de lui mais il ne sembla pas s'en formaliser. Il fit quelques pas au hasard, dardant son regard sur elle.
- « J'ai perdu tant d'hommes. À chacune de leur attaque, je ne peux m'empêcher de me demander ce qui me pousse à continuer … »
Le nain soupira et posa lentement sa large main sur la paroi de pierre. Il avait presque l'air vulnérable, presque chancelant, comme si tout cela l'atteignait vraiment. Elwen se mouvait en même temps que lui, restant le plus possible loin de lui.
- « Ne me faites pas croire que tout cela vous fait douter. Je sais de quoi vous êtes capable, Norn. Vous avez un coeur de pierre et une âme absente. »
- « Un coeur de pierre … Je ne suis pas le seul alors. Les gens peuvent changer, Elwen, mais ce n'est apparemment pas ton cas. Après tant d'années, j'ai cru que tu aurais appris à pardonner mais j'ai eu tort. »
Elwen stoppa sa marche et leva la tête vers lui. Son visage inexpressif ne parvint pas à dissimuler sa haine et elle vit très clairement le nain sourire.
- « Vous êtes celui qui m'a brisée … Et vous me parlez de pardon ! Vous semez la mort et anéantissez tout être que vous souhaitez voir souffrir ! Vous êtes un monstre ! »
- « Je crois ne pas être le seul ici." Il fit une pause qui glaça toute entière Elwen." Comment t'appelles t-on au Sud ? La Faucheuse ? La Mort Écarlate ? La Femme du dernier sommeil ? »
Elwen sentit ses poings se serrer et elle inspira un grand coup. Ses paupières battirent un peu trop rapidement mais Norn ne sembla rien remarquer. Il reprit sa lente progression, s'agenouillant devant le corps d'une jeune fille trop peu vêtue pour qu'elle ne vienne de là haut.
- « Oui … Oui, je suis un monstre. Mais n'ai-je pas le droit de compatir les morts ? Regarde toi, tu n'es plus l'ombre de toi même. Une guerrière sans pitié, sans coeur, … sans âme ? Tes amis seraient tant déçus de t- »
- « Taisez vous ! » hurla t-elle.
Norn se releva lentement et lui fit face. Son visage ne portait plus trace de quelconque tristesse mais une colère froide naissait sur ses traits. Il porta sa main à sa barbe et tint entre ses doigts la fine tresse où se mêlait roux et blanc. Il l'observa pensivement et le regarda bien en face de ses yeux si durs.
- « Nous sommes bien plus semblables que tu ne veux l'admettre. Oui, je brise les êtres dont je souhaite la souffrance mais ne t'es tu jamais demandée pourquoi je faisais de telles choses ? »
- « Parce que le monstre qui vit en vous a pris la place de votre coeur. »
- « Derrière chaque monstre se cache un homme qu'une histoire a jadis métamorphosé. La vie m'a tant de fois prouvé que j'étais mon seul guide que plus rien ne pourra m'arrêter. Je ne suis pas pire qu'un autre, pas pire que toi. Je suis peut être ton monstre mais tu sais aussi bien que moi que tu es celui de centaines de personnes. »
- « J' hante les cauchemars des enfants, je fais fuir les passants et une noire réputation me précède partout où je vais. Cela fait-il de moi le monstre que vous voyez en moi ? »
- « Je ne vois aucun monstre. Ce sont ceux qui sont si sages, si respectables, dans leur haute tour loin du monde et de ses horreurs, qui nomment tous ceux qu'ils jugent mauvais des monstres. Mais n'est ce pas trop facile ? Juger les autres pour leurs actes alors que vous avez passé votre vie sans jamais à avoir à lever le petit doigt ? »
Norn s'arrêta un instant et leva des yeux vides vers Elwen. Celle ci s'était tendue et jetait sur lui un regard intense et à la fois vide. Elle s'entendit parler avant même avoir pensé le faire.
- « Ils appellent monstres ceux qu'ils trouvent détestables … alors qu'ils ne les comprennent pas. Ils nous appellent monstres pour n'avoir jamais été aussi haut qu'eux. Ils jugent sans connaître la douleur, le froid, la faim, la détresse ou la contrainte. »
- « Comme il est facile de juger un monde que vous surplombez du haut d'une tour d'ivoire … » murmura une voix dans la pénombre.
Elorna sortit d'une galerie et resserrant sans grande conviction une couverture autour de ses épaules. Arrivée à leur hauteur, elle s'appuya contre un mur et se laissa glisser à terre.
- « Comme j'aurais aimé entendre ses mots de la bouche de ma mère … »
Elle est morte.
La fille aux cheveux de feu a périt dans les flammes. Quelle ironie.
Sa mort a fait naître en moi quelque chose que je ne saurai décrire. Une détresse qui vous déchire l'âme.
Chaque matin, je me réveille et son départ me revient en mémoire. Comme si tout cela n'était qu'un cauchemar ayant subitement émergé dans le monde réel. Alors je fonds. En larmes, en dehors de mon être. Je disparais, je quitte ce corps de douleur. Je glisse hors de moi.
Je ne veux plus voir leurs larmes. Je ne veux plus de leur hypocrite compassion. Je ne veux plus de cette souffrance éternelle qui semble ne plus vouloir me quitter. Je traîne derrière moi cette douleur qui me dévore. Je ne veux pas y croire. Je ne veux pas que tout cela soit réel.
Je veux que tout cela s'arrête.
Mon coeur veut cesser de battre, mon souffle me laisse constamment essoufflé. Cela fait tellement mal.
Et les cris que je voudrais pousser ne sortent pas. Ils s'accumulent en moi, résonnant sans relâche dans mon esprit.
Je veux que tout cela s'arrête.
Lorsque j'ai vu les flammes dévorer sa chambre, je suis resté tétanisé. Une vague glaciale m'est tombée dessus, gelant mon corps et mon esprit. Et je n'ai pas compris. je n'ai pas voulu comprendre.
Parce qu'elle ne pouvait pas être morte. Elle ne pouvait avoir quitté ce monde sans que je ne lui ai parlé.
Elle ne pouvait avoir disparu de ma vie. Elle ne pouvait être morte. J'ai prié nuit et jour les Valars de me la rendre.
Parce qu'elle ne m'avait jamais vu. Parce que je n'existais pas dans son esprit et que la mort l'avait prise avant que nous ayons pu échanger un sourire.
Je ne me souviens ni des cendres volant partout, ni des gens hurlant, ni d'Ella, la mère des jumeaux, se précipitant dans leur chambre pour ne jamais revenir. Tout cela reste hors d'atteinte, comme si une barrière de verre me tenait loin de ces souvenirs que je perçois pourtant si bien.
L'enfant aux yeux vides, Elros, nous a quitté. Il a accompagné sa mère aux portes des Cavernes de Mandos. Sa jeune jumelle pleure sans cesse, cherchant le fantôme de son frère. Lorsqu'elle parle, Elenwë, fille couronnée d'étoile, s'arrête soudainement comme si quelqu'un allait poursuivre sa phrase. Son absence résonne sans cesse dans son être. Son regard dérive vers sa droite, cherchant un être dont l'adieu retenti dans chacun de ses gestes.
Cette petite fille porte en elle un gouffre, une blessure qui la tiraillera sa vie entière.
Parce qu'un seul être manque et toute la terre est dépeuplée. La fille de feu ne chantera plus dans les bois, elle ne dansera plus dans les blés et elle ne connaîtra jamais mon nom.
Elle ne saura jamais que j'ai découvert son secret.
Elle ne saura jamais que je le partage avec elle. Tout comme elle, deux oreilles à la forme pointue se cachent sous mes cheveux.
Elle ne m'entendra jamais prononcer son nom.
Parce que la fille de feu, l' elfe bannie, a périt dans les flammes.
Elle ne connaîtra jamais mon secret, ni mon nom.
Je suis Halda et les ténèbres m'emporteront comme ils ont emportés Ilestelwen, fille de feu, fille sans espoir, elfe abandonnée des Valars et de la faveur des astres.
Et son nom résonnera à jamais dans le monde comme celui d'une fille aimée d'un fantôme invisible.
Voilà Voilà …
Qu'en pensez vous ? Je vous avoue que suis assez fébrile de lire vos retours ;)
Soyez nombreux à me dire ce que vous en avez pensez, s'il vous plait !
A bientôt !
