- Barry, dis-moi ? Pourquoi tu reviens vivre ici ? demanda Iris.

Barry lui lança un regard exaspéré. Elle ne le lâcherait pas tant qu'il ne lui aurait pas donné une explication.

- Pas que je me plaigne. Au contraire, confessa-t-elle. Je suis trop contente de t'avoir à nouveau à la maison. Ça nous rappellera le bon vieux temps, le lycée, tout ça tout ça...

- Tu n'as pas idée, marmonna Barry en commençant à défaire ses valises dans sa vieille chambre.

Le jeune homme profitait du week-end pour déménager ses affaires avant son premier jour de cours.

- Il y a une fuite de gaz dans l'immeuble de Barry, déclara Joe en entrant dans la petite chambre chargé d'un grand carton.

- Oui ! Tout à fait ! Une fuite de gaz ! répéta Barry.

Il adressa un « merci » silencieux à Joe avant de poursuivre son explication à voix haute.

- Me voilà donc de retour ici, le temps que les réparations soient faites. Ils ont dit qu'ils en auraient sûrement pour un moment.

- Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi tu as décidé d'aller vivre dans ce taudis. C'est pire qu'un piège mortel ! s'exclama Iris en ouvrant un des cartons de Barry.

- Eh ! J'aime mon appartement ! s'indigna Barry.

- Barry... Ça fait des mois que tu te plains parce que la machine à laver est hors service, rappela Iris.

- Il n'empêche, j'aime quand même mon appartement, insista Barry en souriant.

Iris, amusée par le comportement enfantin et l'insouciance de son meilleur ami, lui rendit son sourire.

Pour le moment, Barry avait vu sa nouvelle affectation comme une contrainte. Il n'avait alors vu que les mauvais côtés. Mais revenir vivre dans la maison de son adolescence, avec Iris et Joe n'était pas si terrible, au contraire. Même si Joe ne le montrait pas, agissant comme si ce n'était pas grand chose, Barry voyait bien qu'il était plus que ravi d'avoir de nouveau ses deux enfants chez lui. Et si Joe ne l'avouerait jamais, il avait été triste lorsque Barry avait décidé de quitter le nid. Il avait alors essayé de faire bonne figure, de la jouer cool en plaisantant sur son envie de transformer la vieille chambre de Barry en salle de sport, chose qu'il n'avait d'ailleurs toujours pas faite et dont il était bien parti pour ne jamais faire. Car au fond, la présence de Barry dans sa maison lui manquait. Sans le jeune homme débordant de vie, ce n'était pas pareil, trop calme, trop silencieux, trop morne.

- Eh, Joe, appela Barry après qu'Iris eut quitté la pièce. Tu pourrais me prêter ta voiture pour aller en cours lundi ? Enfin, si ça ne te dérange pas de prendre ta voiture de patrouille à la place.

- Tu as intérêt à ne pas la planter celle-ci, mit en garde Joe avec un regard qui faisait froid dans le dos.

- J'avais seize ans ! se défendit Barry. Et puis ce n'était pas moi au volant si tu te souviens bien. C'était Iris.

- Mais j'estime toujours que tu es le responsable de l'incident, dit Joe avec la même gravité et la même autorité avant de céder au rire. Mais oui, tu peux prendre la voiture. Je ne suis pas ce tyran qui va t'obliger à prendre le bus scolaire. D'autant plus que je te connais, tu vas être en retard tous les matins et donc le manquer tous les matins.

Barry afficha un sourire innocent.

- Sache que je m'étais enfin décidé à acheter ma propre voiture l'année dernière ? Et puis, tu sais, il y a eu la foudre et tout le reste, dit Barry avec un haussement d'épaules. Je t'avoue avoir abandonné l'idée. Je ne vois pas trop l'utilité d'avoir une voiture quand je peux aller partout où je veux en courant et beaucoup plus rapidement.

- Dommage qu'il te faille ranger les baskets sur ce coup-là, regretta Joe.

Barry et Joe en étaient arrivés à la même conclusion : ça aurait trop attiré l'attention. Comment expliquer autres, lycéens comme enseignants, qu'il venait en cours en « marchant » ? Si East Central High avait été à quelques minutes à pied, comme l'ancien lycée de Barry, ça aurait été crédible. Mais East Central High se trouvait à l'autre bout de la ville. Il ne pouvait tout simplement pas provoquer un courant d'air à chaque fois qu'il arrivait en cours ou il compromettrait plus d'une identité secrète.

Puisque c'était temporaire, Barry n'avait pas ramené l'entièreté de son appartement chez Joe. Mais même avec qu'une partie de ses affaires, Barry se sentait chez lui. Iris, nostalgique du bon vieux temps, insista pour célébrer le retour de Barry avec une soirée cinéma à la maison. Et alors que Barry était assis sur le canapé avec Iris blottie contre lui, regardant paisiblement leur film, il se dit que cette affectation avait finalement du bon.


- Passe une bonne journée Grant ! lança Joe, avec un sourire moqueur, alors que Barry s'apprêtait à partir au lycée.

Barry leva les yeux au ciel en attrapant son fidèle sac à dos rouge et une des tartines de Joe sur le chemin de la porte de la maison.

Conduire lui parut étrange. Dorénavant, où qu'il aille, il y allait en courant. Et même avant d'être frappé par la foudre, il n'avait pas beaucoup l'occasion de prendre la voiture, préférant déjà se déplacer à pied. Mais, alors qu'il n'était Flash que depuis quelques mois seulement, il s'était déjà habitué à utiliser sa super vitesse pour tout ce qu'il faisait, si bien que conduire lui paraissait affreusement lent.

Il lui fallut un petit moment pour trouver le lycée étant donné qu'il n'y était jamais allé. Vu la nature de sa mission, il était bien évidemment proscrit pour Barry de retourner dans son ancien lycée ou ses anciens professeurs risqueraient de le reconnaître. Il aurait aimé pouvoir faire une petite reconnaissance du quartier avant son premier jour, mais il n'en avait pas eu le temps. Tournant en rond depuis quelques minutes, il n'avait donc aucune idée de où il devait aller. La seule chose qu'il connaissait était l'adresse du lycée : 52 Jump Street.

Et il fallut une éternité pour trouver une place de parking lorsqu'il eut enfin trouvé le lycée. Décidément, conduire ne lui avait pas manqué ! Le parking était plein de voitures, mais il n'y avait plus âme qui vive. Il était tellement en retard. Sa journée ne commençait pas très bien.

Lorsque Barry se présenta au bureau de la vie scolaire, la secrétaire lui témoigna tout le mal qu'elle pensait de lui avec un regard irrité.

- Vous êtes en retard, Monsieur ?

- West, Grant West, répondit Barry à bout de souffle. Je suis navré. J'ai eu un peu de mal à trouver le lycée. Je suis nouveau ici.

- À la bonne heure ! réagit la secrétaire.

Elle griffonna avec nonchalance quelques mots sur un bout de papier qu'elle tendit à Barry.

- Voici votre autorisation, à donner à votre enseignant. Avez-vous besoin de votre emploi du temps ou de votre numéro de casier ?

- Non, pas besoin, déclina-t-il. Ils m'ont déjà été donnés, à mon inscription. Merci pour l'autorisation.

Elle lui sourit en retour et Barry quitta le bureau pour partir en quête de sa salle de cours.

Pour un établissement de petite taille, le bâtiment était immense et ressemblait à un labyrinthe. Composé de différentes parties, ce lycée était un mélange hasardeux de bâtiments d'époque et bâtiments modernes. Barry rencontrait quelques difficultés à s'y repérer. Il aurait dû demander son chemin lorsqu'il se trouvait encore au bureau de la vie scolaire.

Lorsqu'il trouva enfin sa salle, Barry avait plus d'une vingtaine de minutes de retard. Et pourtant, ce n'était pas son record. Sa notion défectueuse de la ponctualité était déjà connaissance universelle lorsqu'il était au lycée. Il semblerait que le naturel soit revenu au galop.

- Vous êtes en retard, jeune homme, incrimina Monsieur Agnew lorsque Barry entra dans la salle en essayant de se faire la plus petit possible.

- Désolé, s'excusa Barry, le regard fuyant, mal à l'aise de sentir les yeux de la classe entière sur lui. C'est mon premier jour dans ce lycée. Je suis nouveau.

Il tendit son autorisation à l'enseignant et s'avança vers la paillasse libre la plus proche, espérant que le fait de s'asseoir pousserait les autres à détourner le regard de lui. Il était désireux de ne pas trop attirer l'attention sur lui pour son premier jour en tant que Grant.

- Attendez Monsieur... West, l'arrêta Monsieur Agnew en attrapant son plan de salle. Dans ma classe, on ne s'assoit pas où on veut.

Barry dut prendre sur lui pour ne pas laisser échapper un grognement alors qu'il stoppait sa course et se tournait vers l'enseignant. Des places attitrées ? Sérieusement ?

Barry se retrouva donc assis à côté d'un jeune garçon visiblement très timide. Son partenaire de labo pour le semestre lui décocha un sourire crispé, après quoi, il n'osa même plus regarder Barry dans les yeux.

- Très bien, continuons, lança Monsieur Agnew pour reprendre le cours de sa leçon. J'ai bien conscience que la stœchiométrie peut sembler compliquée à première vue. Mais quand vous aurez compris les bases, ça vous paraîtra facile. En plus, nous avons déjà commencé à résoudre des équations chimiques basiques avant les vacances. Aujourd'hui, nous allons juste accroître un peu la difficulté.

Barry sourit. C'était un cours de chimie avancée. Mais pour lui, cela ressemblait plutôt à l'école maternelle de la chimie. Ce cours allait être facile. Barry essaya de ne pas céder complètement à l'ennui tandis qu'il écoutait la leçon avec l'attention toute relative qu'on pouvait attendre d'une personne qui se voyait répéter des informations qu'elle connaissait déjà.

- Grant ! appela Monsieur Agnew après une vingtaine de minutes.

Barry ne réagit pas immédiatement. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler qu'il était Grant.

- Oui, Professeur ? fit Barry en se tournant vers l'enseignant.

Quelques élèves laissèrent échapper un ricanement, amusés par le formalisme de leur nouveau camarade. Barry, habitué à appeler Singh par son titre, comprit alors que les lycéens ne s'adressaient pas à leurs enseignants comme il venait de le faire. Et bien que Barry n'ait pas voulu se montrer irrespectueux, au contraire, Monsieur Agnew interpréta le formalisme de Grant comme de l'insolence.

- Dites-moi, Monsieur West. Vous avez une mémoire photographique ?

Barry fut pris de court par la question.

- Non, répondait-il avec confusion.

- Alors aidez-moi à comprendre pourquoi vous n'avez pris aucune note depuis que vous êtes entré en classe ?

Barry regarda autour de lui. Tous les autres élèves avaient leurs cahiers ouverts devant eux , stylos à la main, prenant effectivement des notes de la leçon. Barry rougit alors qu'il se retournait vers l'enseignant.

- Pardon. Dans mon ancien lycée, nous avons déjà étudié ce chapitre.

Ce fut la seule excuse que Barry trouva, excuse qui en soit n'était pas vraiment un mensonge puisqu'il avait vraiment étudié ce chapitre dans son ancien lycée. Il fallait juste ne pas préciser la temporalité.

- Vraiment ?

A son ton, il était évident que Monsieur Agnew n'acceptait pas cette excuse.

- Dans ce cas, vous êtes sûrement en mesure d'équilibrer cette équation ?

Il désigna l'équation notée au tableau. Barry y jeta un coup d'œil avant de reporter son attention sur Monsieur Agnew. Il acquiesça et s'efforça de garder une attitude sobre alors qu'il se levait et s'avançait vers le tableau. Cet homme essayait de le mettre dans l'embarras. Ce quarantenaire essayait sérieusement d'humilier un lycéen dans l'unique but d'assouvir son autorité.

Barry n'était pas habitué à ce qu'un autre adulte lui parle avec autant de condescendance, sauf peut-être le Capitaine Singh. Bien que jeune adulte, Barry était respecté en tant qu'adulte. Mais pour Monsieur Agnew, Barry n'était pas un adulte. Barry n'était rien de plus qu'un ado de dix-sept ans. Il lui faudrait s'y faire.

Barry récupéra le marqueur des mains de l'enseignant et se posta devant le tableau. Il examina le problème : l'équation d'une solution de nitrate de cuivre II. Barry dut se retenir de lever les yeux au ciel. Ce professeur arrogant essayait de le piéger avec une équation de niveau universitaire et donc pas vraiment à la portée d'un lycéen qui venait de découvrir les rudiments de la stœchiométrie. Malheureusement pour lui, Grant West n'était pas un lycéen comme les autres. Grant West était un lycéen avec les connaissances de Barry Allen, technicien de la police scientifique possédant une double maîtrise en chimie et en physique. Cette équation revenait à additionner deux et deux pour Barry.

Il n'eut besoin que d'une trentaine de secondes pour résoudre le problème, inscrivant chaque coefficient devant chaque élément sans aucune hésitation. Une fois l'équation équilibrée, Barry rendit le marqueur à un Monsieur Agnew incapable de masquer sa stupéfaction.

- Et la démonstration ? reprocha l'enseignant avec dédain. Vous devez justifier votre réponse, expliquer comment vous avez fait pour trouver ces chiffres.

Pour le coup, Barry ne put retenir son soupir. Sérieusement ? Ce type semblait suivre à la lettre le guide de l'humiliation parfaite d'un lycéen par son enseignant. Montrer comment il avait fait... Personne, dans le milieu professionnel, ne demandait à ses subordonnés de faire la démonstration du travail accompli. Barry rit intérieurement en imaginant Singh lui demander d'expliquer chacune de ses procédures scientifiques. Concrètement, qu'est-ce que cet enseignant essayait de prouver ? Barry lui reprit, sèchement, le marqueur des mains. Il laissa échapper un nouveau soupir avant de commencer son explication.

- Pour commencer, j'attribue une inconnue à chaque composant pour représenter chaque coefficient, dit-il en notant les dites inconnues devant leur élément respectif. Ensuite, en gardant en tête la Loi de conservation de la matière, j'utilise mes variables et les indices pour déterminer une équation pour chaque élément. Ainsi le nombre d'atomes réagissant est égal au nombre d'atomes produits.

Barry ne se rendit pas compte que toute la classe, ainsi que Monsieur Agnew, le regardait avec des yeux éberlués. Il était trop occupé à noter ses équations au tableau :

Cu a=b

H b=2e

N b=2cd

O 3b=6c2de

- À partir de là, je me concentre sur la plus longue équation et par substitution j'obtiens un rapport avec deux inconnues différentes.

Barry était désormais lancé dans l'explication de sa méthode de résolution, autrement dit la méthode qu'il avait apprise à l'université. Ses camarades de classe essayaient tant bien que mal de suivre et de comprendre son discours. Quand Barry eut terminé, il posa le marqueur et se retourna vers Monsieur Agnew.

Toute la classe le fixait du regard, une expression choquée sur le visage.

- Et vous avez fait toute la résolution dans votre tête ? voulut savoir l'enseignant, sceptique.

- Vous suggérez que j'aurais triché ? rétorqua Barry, non sans cacher son irritation.

- Non, répondit Monsieur Agnew en montrant de la confusion pour la première fois depuis le début de son échange avec Barry. Bien sûr que non. Je... Vous pouvez retourner vous asseoir, Monsieur West.

Barry acquiesça sèchement puis retourna à sa place. Monsieur Agnew resta là, déconcerté, à fixer le tableau pendant peut-être deux minutes avant de se donner une claque mentale pour se ressaisir et poursuivre sa leçon.

Barry décida qu'il ne sortirait pas son cahier. Il n'éprouvait que du mépris pour cet homme qui abusait un peu trop de l'autorité que lui conférait son statut d'enseignant pour intimider des lycéens dans l'unique but de se sentir puissant. C'était d'un pathétique.

Barry avait déjà observé ce comportement chez certains policiers. Voir la manière dont une personne se servait de son pouvoir ou de son autorité était toujours très instructif. Dans la plupart des cas, cette personne avait souffert d'un manque de pouvoir ou de popularité dans sa jeunesse, développant par conséquent un complexe de supériorité et comblait ce manque dès lors qu'elle se révélait en trouvant un travail qui leur conférait ne serait-ce qu'un semblant d'autorité. Cela en disait long sur la personne et notamment sur son caractère. Barry se sentait quelque peu désolé d'être entré dans le jeu de cet enseignant et d'avoir absolument voulu prouver qu'il avait raison, utilisant son propre pouvoir : ses connaissances en chimie.

Barry passa le reste de l'heure à repenser à leur échange avec regret. Il aurait dû mettre sa fierté de côté. Il aurait dû présenter des excuses, dire qu'il ne savait pas résoudre cette équation, admettre sa défaite. Il avait perdu son sang froid. Barry était loin de faire profil bas. Au contraire, il attirait un peu trop l'attention sur lui. Les autres élèves lui jetèrent de temps à autre des coups d'œil qui se voulaient discrets mais qui ne l'étaient pas pendant le reste du cours. La première heure n'était pas encore terminée que Barry s'était déjà vu attribuer l'étiquette de l'intello. C'était donc reparti, comme lorsqu'il était adolescent...

Barry se leva aussitôt que la sonnerie retentit et sortit de la salle sans demander son reste. Il voulait s'éloigner de là le plus rapidement possible. Une fois dans le couloir, il entendit une voix s'exclamer derrière lui mais il ne se retourna pas.

- Hé ! entendit-il à nouveau en sentant une main se poser sur son épaule.

Barry se retourna cette fois, surpris. La première fois, il n'avait pas capté qu'on l'appelait lui étant donné qu'il ne connaissait personne et qu'il n'était connu de personne ici.

- Hé ? salua-t-il en retour son interlocuteur.

Barry le jaugea avec la curiosité qu'on ressentait lorsqu'on rencontrait une personne pour la première fois, d'autant plus lorsque cette personne nous courait après pour nous interpeller.

C'était un adolescent, à peu près de la taille de Barry, avec de larges épaules et une coupe de cheveux suffisamment longue pour créer de petites boucles châtaines mais toujours ordonnée, accoutré d'élégants vêtements Hollister. Ce lycéen portait clairement une attention particulière à son apparence. Et dire que Barry avait fait l'effort de troquer ses habituels chandails et chemises pour une paire de jeans et un tee-shirt tout ce qu'il avait de plus basique afin de se fondre dans la masse lycéenne.

- Grant, c'est ça ?

Barry acquiesça et accepta avec surprise la poignée de main que lui offrait l'adolescent.

- Justin, se présenta-t-il en souriant. Il fallait que je vienne te féliciter en personne pour ce que tu as fait tout à l'heure.

Barry lui lança un regard confus.

- Monsieur Agnew a sérieusement besoin d'apprendre à mettre son égo de côté parfois, expliqua Justin. C'était incroyable de finalement voir quelqu'un lui tenir tête et le remettre à sa place.

- A vrai dire, c'était un peu idiot de ma part, confessa Barry en grattant l'arrière de la tête. Première heure à peine terminée de mon premier jour ici, et je suis déjà détesté d'un des professeurs.

- Ah... Ne t'en fais pas pour ça, rétorqua Justin en agitant sa main avec dédain. Monsieur Agnew déteste tous ces élèves. Pourquoi est-il devenu prof ? C'est un mystère auquel je ne pourrais jamais répondre.

Barry retrouva un peu de légèreté et son sourire grâce à la bonne humeur communicative de son camarade.

- Sinon, tu as besoin d'aide pour quelque chose ? proposa Justin. T'aider à t'orienter dans ce labyrinthe géant si tu veux ?

- Ça serait vraiment cool, accepta Barry surpris mais ravi par l'amabilité de l'adolescent.

Il n'allait pas s'en plaindre. Au contraire, il en était même ravi. Mais Barry ne s'était pas du tout attendu à être accueilli aussi chaleureusement dès son premier jour. Peut-être que cette génération de lycéens était plus bienveillante que sa génération. Ou peut-être c'était parce que ce lycée était plus petit que le sien. Ou était-ce parce qu'il n'était pas connu ici comme le garçon étrange ayant pour père un prétendu meurtrier. Être dépourvu d'une telle étiquette aidait généralement à se faire des amis.

- Pourquoi tu te trimballes ton sac à dos avec toi ? demanda Justin sur le ton de la plaisanterie en voyant le lourd sac à dos posé sur l'épaule de Barry.

- Je suis arrivé en retard, rappela Barry. Je n'avais pas vraiment le temps d'y passer pour y déposer mes affaires et encore moins le temps de le chercher.

- Je vais t'aider à le chercher. Tu as quel numéro ?

Barry sortit le papier que Singh lui avait donné avec toutes les informations utiles telles que son emploi du temps ou son numéro de casier.

- Le 227, lut-il.

- Génial ! C'est juste à côté du mien ! s'exclama Justin. Il semblerait qu'on soit voisins, toi et moi.

Justin disait vrai. Le casier de Barry se trouvait quatre casiers plus loin que celui de l'adolescent. Barry se délesta donc des affaires dont il n'aurait pas besoin pour le cours suivant et se vit expliquer par Justin comment trouver sa salle. Après quoi, les deux jeunes hommes se séparèrent. Sur le chemin, Barry pouvait dire qu'il se sentait bien. Jusqu'alors, il avait été inquiet. Il était persuadé qu'il rencontrerait toutes les peines du monde à se faire des amis. Il en avait été d'autant plus inquiet que se faire des amis faisait partie intégrante des impératifs de sa mission.

Barry arriva à l'heure pour son deuxième cours à East Central High, ce qui était un énorme progrès par rapport à son premier cours. Et pour ce deuxième cours, il n'y avait pas ce principe absurde d'attribution des places. Barry choisit donc une table vers le milieu de la salle. C'était stratégique. Il voulait être au plus près du plus grand nombre, pas seulement pour faire plus facilement connaissance avec ses camarades mais aussi parce qu'il se retrouverait au centre des diverses conversations, augmentant donc ses chances d'entendre parler du vertigo. Les adolescents pouvaient parfois se montrer très stupides à parler et pas toujours de manière très discrète de leurs activités incluant la drogue alors que ce n'était pas toujours l'endroit le plus approprié, par exemple une salle de classe.

En sortant son manuel, Barry comprit que le cours ne portait pas juste sur la santé. Il s'agissait en réalité d'un cours d'éducation sexuelle... Il maudit Joe. L'idée ne pouvait venir que de Joe. Barry savait de Singh que Joe l'avait aidé à faire son emploi du temps. Il imaginait bien la scène désormais : Singh et Joe pouffant de rire en choisissant ses cours et ses options. Éducation sexuelle sérieusement... Ça allait être de la torture. Il avait vingt-cinq ans ! Il n'avait pas vraiment besoin qu'on lui enseigne toutes ces informations une nouvelle fois.

Barry sortit son cahier cette fois-ci et s'astreint à prendre des notes bien qu'il n'en avait pas besoin, ni envie même. Par respect pour l'enseignant qui s'attardait alors sur les notions de base sur l'anatomie humaine, il griffonna quelques informations. Aussi, il s'amusait de l'expression mortifiée des lycéens autour de lui. Il s'en amusait surtout parce qu'il avait l'impression de se voir à leur âge. L'idée même de parler de ce sujet était alors tellement embarrassante. Il l'admettait, c'était toujours malaisant presque dix ans plus tard, mais il se sentait moins désemparé. A vrai dire, il découvrait que ce cours était en fait bien plus malaisant pour celui qui le dispensait, dans ce cas, un simple professeur de sport à qui l'on avait demandé, contraint plutôt, d'assurer ce cours. Barry ne voulait vraiment pas se retrouver à sa place. Jamais.

- Et rappelez-vous jeunes gens, le meilleur moyen de contraception reste l'abstinence, lança Monsieur Ronan en concluant son cours.

A peine eut-il fini sa phrase que la sonnerie retentit , au grand soulagement de tous les élèves qui se levèrent prestement de leur chaise pour fuir le plus loin possible de cet enfer.

- Ok tout le monde, dit Monsieur Ronan alors que sa classe se vidait. N'oubliez pas qu'il y a une boîte à questions dans le fond de la salle. Et n'oubliez pas qu'il n'y a pas de questions stupides en éducation sexuelle. Alors ne soyez pas timide, d'autant plus que c'est anonyme.

Barry ressentait subitement des envies de meurtre envers Joe. Barry savait que Joe l'avait inscrit dans ce cours juste pour la blague. Mais Barry ne trouvait pas la blague très marrante. Cette mission sous couverture était déjà suffisamment pénible pour en plus devoir assister tous les jours à des cours sur les choses de la vie.

Une fois dehors, Barry regarda avec beaucoup d'appréhension son emploi du temps pour connaître son prochain cours. Rien ne pouvait être pire que le cours d'éducation sexuelle, pas vrai ? Il s'avéra qu'il avait tort...

Son prochain cours était le Glee Club... Comment le Glee Club pouvait être un cours ? Barry avait cru que ce n'était qu'une activité extrascolaire comme dans son ancien lycée, où ce n'était qu'un groupe se réunissant après les cours composé d'à peine de lycéens pour mériter l'appellation club. Alors une classe à part entière ! Peut-être que le Glee Club avait gagné en popularité depuis son départ du lycée. Barry ne savait dire.

Il savait juste qu'il n'avait vraiment pas envie de se rendre à ce cours.